Project Gutenberg's L'Illustration, No. 1584, 5 Juillet 1873, by Various

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Title: L'Illustration, No. 1584, 5 Juillet 1873

Author: Various

Release Date: July 14, 2014 [EBook #46282]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 1584, 5 ***




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        L'ILLUSTRATION
        JOURNAL UNIVERSEL

        [Illustration:]

        DIRECTION, RDACTION, ADMINISTRATION
        22, RUE DE VERNEUIL, PARIS.

        31e Anne.--VOL. LXII--N 1584
        SAMEDI 5 JUILLET 1873

        SUCCURSALE POUR LA VENTE AU DTAIL
        60, RUE DE RICHELIEU, PARIS.

Prix du numro: 75 centimes La collection mensuelle, 3 fr.; le vol.
semestriel, broch, 18 fr.; reli et dor sur tranches, 23 fr.

Abonnements Paris et dpartements: 3 mois, 9 fr.;--6 mois, 18 fr.;--un
an, 36; tranger, le port en sus.



SOMMAIRE

_Texte:_ Histoire de la semaine.--Courrier de Paris.--Nos gravures.--Les
Thtres.--Variations numriques sur le Salon de 1873 (second
article).--Un quatrime cble transatlantique.--La Cage d'or, nouvelle,
par M. G. de Cherville (suite).--Conqutes des Russes dans l'Asie
centrale.--Bigarrures anecdotiques, littraires et
fantaisistes.--Bulletin bibliographique.--Salon de 1873; _Source de
posie; le prsident Bonjean_.

Gravures: Exposition universelle de Vienne: pavillon de l'empereur de
Russie.-Nassr-ed-Din, shah de Perse.--Un autographe du shah de
Perse.--Le shah de Perse dessinant le portrait du commandant
Duhousset.--Salon de 1873: _Choix de paysages_; sculpture: _Source de
posie_, par M. Guillaume; _le prsident Bonjean_.--Le Turkestan.--Le
tremblement de terre de San-Salvador (6 gravures).--Rbus.



[Illustration: EXPOSITION UNIVERSELLE DE VIENNE.--Pavillon de l'empereur
de Russie.]



HISTOIRE DE LA SEMAINE

FRANCE.

La question de la mise  l'ordre du jour des projets constitutionnels
labors par le prcdent gouvernement vient de recevoir une solution.
Sur la proposition de M. Leurent, l'Assemble a dcid qu'elle ne se
prononcerait sur ces projets que dans le mois qui suivrait sa rentre.
La discussion de cette grave question, qui avait caus depuis quelques
jours une certaine agitation au sein de la Chambre et dans le public,
est donc ajourne probablement jusqu'au mois de novembre prochain. Le
centre gauche et une partie du centre droit en dsiraient la solution
immdiate; la droite, au contraire, en aurait voulu l'ajournement
indfini, et le gouvernement plac entre ces deux tendances opposes,
engag dans une certaine mesure par l'attitude prise par M. de Broglie
lorsqu'il lut nomm rapporteur de la commission des Trente, se trouvait
 cet gard dans une situation assez embarrassante et avait fini par se
dsintresser de la question, dclarant laisser l'Assemble juge.

M. Dufaure a pris le premier la parole pour demander la mise  l'ordre
du jour immdiate; il a rappel que c'tait par ordre de l'Assemble que
les projets de loi avaient t rdigs, qu'un des membres qui avaient
le plus puissamment aid  la constitution du nouveau gouvernement, M.
Target, avait solennellement dclar, le 24 mai, au nom du groupe qu'il
reprsentait, qu'il acceptait la solution rpublicaine rsultant des
projets constitutionnels en question. M. Leurent, M. Gambetta, M. le
vice-prsident du Conseil, et aprs lui M. Lon Say se sont ensuite
succd  la tribune, mais malgr les efforts de ce dernier, malgr
l'loquence acre de M. Dufaure, l'ajournement a t prononc.

L'Assemble nationale a discut cette semaine, en seconde dlibration,
une question qui intresse au plus haut degr la prosprit de notre
colonie algrienne: nous voulons parler des deux projets de loi ayant
pour objet, l'un de constituer la proprit arabe individuelle et d'en
assurer la transmissibilit, l'autre d'appliquer  la proprit indigne
les rgles de notre Code civil. Nous n'entreprendrons pas de rsumer
ici, mme sommairement, les dispositions assez compliques contenues
dans les trente-deux articles composant ces projets de loi; rappelons
seulement que d'aprs la lgislation, fort confuse du reste, qui rgit
la socit arabe en matire de proprit foncire, les terres restent
indivises, tantt entre les membres d'une tribu, tantt entre ceux d'une
famille, et que les Arabes exercent sur le sol plutt un droit collectif
de jouissance qu'un droit individuel de proprit. Il rsulte de cet
tat de choses de nombreux inconvnients que les lois nouvelles auront
pour effet de faire disparatre, il faut l'esprer.

Lorsque ces lignes paratront, le shah de Perse sera sur le point de
faire son entre  Paris. Nous ne pouvons anticiper ici sur le rcit des
ftes qui auront lieu pendant le sjour de Sa Majest persane dans la
capitale; disons seulement que ces ftes seront splendides,
contrairement  ce qu'avait pu faire craindre un malencontreux
dissentiment, heureusement dissip du reste. Le Conseil municipal,
rgulirement consult, a vot les sommes qui lui taient demandes 
cet effet; l'Assemble a accord  son tour un crdit de 350,000 fr.
pour le mme objet, et grce  ces ressources extraordinaires, la
rception du shah de Perse sera ce qu'elle doit tre, digne de la France
et de son hte.

Russie.

Nous avions raison de signaler la confusion des nouvelles relatives 
l'expdition de Khiwa, et que certains journaux donnent au hasard, sans
avoir une carte sous les yeux, ni la moindre notion sur la marche des
colonnes. Le _Daily-Telegraph_, qui a imagin il y a plus d'un mois une
prise fantastique de Khiwa, trouve de nombreux imitateurs, et beaucoup
de ses confrres tiennent  donner des nouvelles quotidiennes d'une
expdition dont les chefs ne doivent cependant pas abuser des courriers.

Les feuilles officielles russes ne donnent pas encore de renseignements
certains sur les combats livrs aux abords de l'Amour-Daria par les
colonnes du Djizak, de Kasalinsk, du Caucase et d'Orenbourg; mais en
revanche ils contiennent des dtails fort intressants sur les marches
extraordinaires qu'elles ont excutes au milieu d'incroyables
difficults.

Le dtachement de Djizak, sous les ordres directs du gouverneur gnral
de Kaufmann, aprs avoir gagn assez facilement les puits
d'Aristan-bel-Koudouk, se rabattit  gauche pour gagner le plus vite
possible les rives de l'Amour-Daria. Khala-ata, une oasis situe sur la
frontire entre les khanats de Bokhara et de Khiwa, fut donne comme
point de direction. Cette localit se trouve  140 verstes (la verste
est de 1,067 mtres)  l'est de la ville d'Qutchoutchak, situe
elle-mme  140 verstes sud-est de Khiwa.

La distance  parcourir d'Aristan-bel-Koudouk  Khala-ata est de 175
verstes  travers un steppe aride et sablonneux. La colonne du gnral
Kaufmann, divise en deux chelons, mit onze jours pour franchir ces 40
lieues, du 23 avril au 3 mai; les 26 et 30 avril furent consacrs, au
repos. Sans le concours de l'mir de Bokhara, il est probable que le
dtachement du Turkestan aurait prouv le sort de celui de Krasnowodsk;
le biscuit fabriqu  Samarkande n'tait pas mangeable et l'mir y
suppla par un envoi des plus opportuns de 1,500 pouds (le poud pse 16
kilos 38) de farine de gruau et de bl, avec dfense  ses employs d'en
accepter le payement. Un marchand russe, nomm Gronow, parvint, avec le
concours des autorits de Bokhara,  transporter  Khala-ata 2,400 pouds
de farine et 1,000 pouds de gruau..

La subsistance des hommes tait ainsi largement assure; mais on prouva
plus de difficults pour se procurer de l'eau et des fourrages pour les
animaux. Les machines  forer permirent toujours de se procurer une
suffisante quantit d'eau; quant aux fourrages, ils manqurent
absolument sur plusieurs points, et l'on dut envoyer les chevaux et les
chameaux brouter une herbe rare et maigre  plusieurs verstes du
bivouac.

Fait digne de remarque et de nature  nous tonner, les chevaux ont
mieux support les privations que les chameaux, dont beaucoup prirent
en route, principalement dans la marche du 28 avril, entre les bivouacs
de Tchourk-Koudouk et de Sultan-Bibi. L'tat sanitaire de la colonne
resta satisfaisant en dpit de la fatigue, des sables et des vents
soufflant en tempte. Presque tous les jours on sonnait le rveil  3
heures du matin;  5 heures, la tte de colonne se mettait en route, et
bien souvent l'arrire-garde, avec son convoi enfonc dans un sol
mouvant, arrivait  destination aprs minuit. Ceux qui ont fait la
guerre et qui ont vu le thermomtre marquer 29 degrs Raumur  l'ombre,
savent ce que souffre une colonne oblige de marcher en plein soleil
avec des animaux puiss et des voitures engages jusqu'au moyeu dans la
vase ou dans le sable.

Le 6 mai, trois jours aprs son arrive  Khala-ata, le gnral de
Kaufmann fut rejoint par la colonne de Kasalinsk. On fit l'inauguration
solennelle du fort Saint-Georges, dans lequel on installa de suite un
dpt d'artillerie et de gnie, ainsi qu'une ambulance pour trente
malades.

Les Russes aperurent autour du fort une trentaine de cavaliers khiwiens
qui s'empressrent de disparatre. Nanmoins, il n'tait pas ais de
gagner l'Amour-Daria, distant de moins de trente-cinq lieues. Les dix
premires lieues, jusqu'au puits d'Adam-Krilgan, ne prsentaient aucun
obstacle srieux; mais de la Outch-Outchak, sur l'Amour, on avait la
presque certitude de ne pas trouver d'eau et d'avoir  traverser de
vritables mers d'un sable profond.

A cinq lieues de Saint-Georges, une pointe d'avant-garde avec laquelle
marchaient les lieutenants-colonels Ivanow, de l'artillerie, et
Tichmenew, de l'tat-major, fut attaque par 150 cavaliers kirghiz.
Grce  son nergie et au secours des troupes de soutien, cette petite
troupe de quinze hommes parvint  se dgager, non sans avoir eu neuf
blesss, dont les deux officiers suprieurs. Cela se passait le 9 mai;
des tlgrammes postrieurs et dont nous avons donn connaissance dans
le numro du 28 juin, annoncent que le gnral Kaufmann a pu gagner
l'Amour-Daria, et remporter le 23 mai une victoire dcisive sur
l'ennemi, qui voulait disputer le passage du fleuve. Des tlgrammes
plus rcents annoncent que le mouvement sur Khauki a parfaitement
russi, et que Mohammed-Rachin a livr sa capitale aux Russes; mais
aucun rapport officiel n'est encore arriv; donc les dtails dont on
assaisonne les dpches laconiques transmises par le fil lectrique ne
sont que des variations excutes par des nouvellistes  imagination.

Voici maintenant des dtails sur ia marche des colonnes d'Orenbourg et
de Kinderli, dont il a t question dans notre dernier numro.
L'_Invalide_ vient de publier un tlgramme du gnral en chef de
l'arme du Caucase, ainsi conu: Le colonel Lomakine annonce de son
camp de Kitaj,  65 verstes au nord de Khiwa, qu'avec d'immenses
difficults et par une chaleur pouvantable, son dtachement a travers
la steppe d'Oust-Ourt, que l'on supposait infranchissable par une troupe
de quelque importance, et opr, le 26 mai, sa jonction avec la colonne
d'Orenbourg aux environs de Kungrad, ville ruine depuis quinze ans dans
une des guerres civiles qui dsolent sans cesse ces contres.

Le 27 mai, les deux colonnes runies s'emparrent de Khodjeili, aprs
avoir battu 6,000 Khiwiens, moyennant une perte insignifiante de deux
blesss. Avant le combat, beaucoup d'habitants notables s'taient rendus
au camp russe pour faire leur soumission. Les villes de Kunia-Urgentch,
Porsu, Koktchje et Kisil-Tahir ouvrirent leurs portes.

Le 1er juin, un violent combat fut livr  l'ennemi, fort de 3,000
hommes avec trois canons, sous les murs de la forteresse de Mangijt.
Nous avons perdu 15 hommes, tus ou blesss. _La ville a t prise,
incendie et dtruite_ (sic). L'tat sanitaire de la colonne est
excellent; nous n'avons que peu de malades.

Enfin, un dernier tlgramme du gnral de Kaufmann annonce qu' la date
du 4 juin, les colonnes du Caucase et d'Orenbourg, sous les ordres du
lieutenant-gnral Werewdine, taient arrives  Novyi-Urgentch,  15
verstes au nord-ouest de Kanki et  une vingtaine de verstes de Khiwa.
La nouvelle que Mohammed-Rachin s'est rendu  merci ne saurait donc tre
rvoque en doute, et il ne nous reste plus qu' attendre le rapport
officiel sur ce fait d'armes important, qui commence  proccuper
srieusement l'Angleterre. Le pril n'est pas immdiat; cependant le
gouvernement britannique suit attentivement les progrs des Russes dans
l'Asie centrale. Les relations parlent souvent de trois ou quatre
officiers anglais dtachs  Khiwa, et qui auraient aid le khan de
leurs conseils.



COURRIER DE PARIS

Si vous tes un homme de got, vous allez vous rcrier, j'en suis sr.
Comment! encore le shah! Eh oui, encore. Tout a t dit pourtant sur
notre visiteur. Depuis quinze jours, il n'y a pas autre chose. On ne
parle que du personnage, de sa suite, de ses diamants, de son ge, de
ses lunettes. Beaucoup ont clbr ses mots. Tant qu'il vous plaira,
mais c'est  recommencer. Voil bien notre pays. En dehors du sujet  la
mode, taisez-vous. Je sais des dlicats qui se sont sauvs pour chapper
 cette _scie_. Y russiront-ils? La chose est douteuse. Le shah
ressemble au souci dont parle Horace, qui s'assied en croupe sur le
cheval du cavalier et galope avec lui. Il va avec la vapeur, les wagons
rpandent le shah un peu partout. Nulle diffrence entre le shah et la
coqueluche.

Ne nous plaignons pas trop, puisque le roi des rois contribue 
rveiller Paris de sa torpeur et qu'il devient l'occasion de ftes
fcondes. Mais, d'ailleurs, ce Nassr-ed-Din n'est pas aussi barbare
qu'on aurait t tent de le croire. Je vous ai dj dit qu'il aimait la
France. Il fait mieux que d'avoir du got pour elle; il recherche son
patronage; il veut lui ressembler. Il a visit les capitales des autres
grands pays d'Europe; eh bien il n'y a que Paris qu'il prenne pour
modle. A peine a-t-il eu mis le pied chez nous qu'il a demand  ceux
qui le recevaient de mettre  sa disposition des ingnieurs, des
savants, des artistes et des ouvriers. Et comme un membre du corps
diplomatique, un tranger soulignait devant lui l'expression de cette
prfrence, le shah lui rpondit avec une finesse toute orientale:

--Je fais aujourd'hui pour la Perse ce que Pierre le Grand a fait
autrefois pour la Russie.

Ds l'origine, on nous avait prsent le voyageur comme une manire de
butor couronn et de grossier voluptueux. Il parat qu'il faut en
rabattre. Nassr-ed-Din est un lettr. Il aurait t form avec une
argile semblable  celle d'o a t tir Saadi. On assure qu'il est
ferr sur la chimie sur la physique, plus spcialement encore sur la
gographie. Mais vous venez de le voir, il est homme d'esprit aussi.

--Voulez-vous qu'on vous prsente aux membres de l'Acadmie franaise?
lui a demand le docteur Tholozan, son mdecin ordinaire.

--Oui, s'ils consentent  me donner l'un de leurs cuisiniers.

Le mot est presque d'un Franais. Chez nos voisins d'outre-mer
Nassr-ed-Din en a prodigu du mme genre. A Londres, il avait accept
pour cicrone la jeune et jolie princesse de Galles.

--Il est bien regrettable, dit-il, qu'il n'y ait pas deux exemplaires de
mon _Guide en Angleterre_, car j'aurais pu en emporter un avec moi.

On dira peut-tre: Ce sont des madrigaux souffls. Soit, c'est du moins
souffl avec  propos.

coutez les Russes, le refrain change. Ce vieillard qui passe en grand
apparat  travers l'Europe n'est plus un Dorat en aigrette, mais bien le
plus dsagrable des touristes. Le shah titube en marchant, mchonne en
parlant, louche en regardant, gloutonne en mangeant. Il porte des
lunettes bleues, circonstance bien propre  gter l'ide qu'on pourrait
se faire d'un successeur de Cyrus. Se mouchant de dix minutes en dix
minutes, il prend plaisir, comme le don Salluste de Victor Hugo,  faire
tomber  tout moment son mouchoir  ses pieds pour le faire ramasser par
son premier ministre, qui serait ainsi son valet de chambre en service
extraordinaire. Autre trait  ne point passer sous silence. Il est d'une
si belle lsine qu'il ne s'entend jamais  donner de pourboire aux lieux
o il sjourne. A Moscou, il n'a laiss qu'un don insignifiant pour les
pauvres, et encore s'imaginait-il que la somme s'tait partage entre
tous les gens de cour qui l'entouraient. A propos des femmes, on ne sait
trop que dire. Les prend-il pour des tres pensants? On a quelque raison
d'en douter. En arrivant  Saint-Ptersbourg, au sortir de son Orient,
il se htait d'emballer les siennes et il lorgnait  peine les grandes
dames dont la czarine est environne.

On pourrait le comparer  un chasseur du Caucase jetant un rapide coup
d'oeil aux sujets de sa meute, dit un chroniqueur de l-bas. Il parat
mme que le beau sexe des bords de la Newa a considr les marques de ce
royal ddain comme une insulte. A la vrit, en Angleterre, le voyageur
a chang d'allures. Il a daign aller au bal. Il s'est ml aux belles
et aristocratiques ladies; il a pass en revue les jolies miss aux yeux
bleu de mer qui sont un des enchantements de Londres. Bien mieux, il
s'est montr galant envers la princesse de Galles  laquelle il a donn
le bras pendant trois soires conscutives. Ici, disons tout. On pense
que la politique est de la partie. Plus d'une fois dj, en ces derniers
temps, la Grande-Bretagne et la Perse ont fait un change de coups de
canon et, en dfinitive, a toujours t au shah  payer la poudre
brle. Peut-tre cet empressement auprs d'une souveraine de l'avenir
n'est-il, au fond, qu'un calcul diplomatique d'un ennemi qui ne veut
plus rien dbourser. Mais passons l-dessus et ne cherchons pas 
diminuer le mrite de l'altesse royale. Dans la socit britannique on
raconte que, valeureuse jusqu' l'hrosme, la future reine d'Angleterre
aurait fait la gageure d'oprer la conversion du rude et inlgant
oriental.--Nassr-ed-Din est-il rellement apprivois? Paris jugera.

Grand bruit au milieu de la commission du budget et dans le monde des
arts. Il s'agit de la fameuse fresque de Raphal que M. Thiers a achete
pour le compte de l'tat deux ou trois jours avant de tomber du pouvoir.
Qu'est-ce que cette fresque? Un trs-beau morceau en cul-de-four, deux
pages provenant de la Magliana, ancienne rsidence papale des environs
de Rome. En 1869, un ingnieur, M. Oudry, qui voyageait en Italie,
acheta cette oeuvre, il la fit venir en France; il l'installa  Paris,
dans son htel, quai de Billy. Les amateurs furent bien vite prvenus.
En dpit des vnements politiques, on allait visiter la fresque. M. L.
Vitet, si comptent en pareille matire, ne fut pas des derniers  faire
ce plerinage. Il examina, il tudia, il se recueillit et finalement il
crivit dans la _Revue des deux mondes_ un article dans lequel il disait
que ces deux pages, si belles, taient un Raphal incontestable et
incontest. Incontest pour lui, d'accord; non pour la critique qui veut
tout voir de prs. Il y eut des rudits pour remuer les vieux lires
touchant ce palais des papes qu'on appelait jadis la Magliana. Il y eut
des journalistes pour improviser une faon d'enqute.

En premier lieu, on apprit de Rome que deux Allemands, Platner et
Grimer, qui se piquent d'tre des connaisseurs, avaient fait faire en
chromolithographie une reproduction de ladite fresque en l'accompagnant
d'une dissertation. Ce travail date de 1847. Pleins de dfiance comme
tous ceux de leur race, les deux Germains avaient crit en marge de leur
reproduction: _Raphal invenit_ et non pas _Raphal pinxit_. Raphal a
invent et n'a pas peint.

Il parat que trois historiens considrables de l'art italien
considrent la fresque de la Magliana comme tant un Raphal peu
authentique. C'est Passavant, le biographe du grand artiste; ce sont
Crowe et Cavalcoselle, deux autres autorits. Mais il reste le
tmoignage de M. L. Vitet. Qui a tort l-dedans? Qui a raison?

Tout rcemment, M. Oudry tant mort, on a port la fresque rue Rossini,
 l'Htel des Ventes, et elle a t mise aux enchres; M. Thiers l'a
fait acheter pour la France au prix de 206 000 francs. Avec les frais,
le double dcime de guerre et la construction d'un muse propre  la
mettre en vidence, la double page de Raphal reviendrait, dit-on,  250
000 francs. Est-ce trop pour un chef-d'oeuvre?--Mais le dbat roule
prcisment sur ce point dlicat.--Chef-d'oeuvre, le mot est bientt
dit. Est-ce un Raphal d'abord?

Messieurs les honorables qui font partie de la commission du budget sont
d'excellents comptables, trs-mnagers des deniers publics. Ils rognent
le plus qu'ils peuvent afin d'allger ce pauvre peuple de France auquel
les dsastres de la guerre font suer en ce moment tant de monceaux d'or.
Mais l'amour de l'conomie doit-il tre men jusqu' nous faire
repousser un Raphal, s'il est vrai que la fresque de la Magliana en
soit un? Toute la question est l.--Suivant les dernires nouvelles
venues de Versailles, on ne contesterait pas l'authenticit de
l'oeuvre.--On demandera les 250,000 francs. Reste  savoir si
l'Assemble nationale les votera, puisque c'est un legs de M. Thiers. En
attendant, que d'encre il va couler  propos des deux pages!

Parlez-nous de l'art actuel pour tre achet d'emble, sans, phrases! De
nos jours un caprice, un rien auquel l'artiste n'attache pas la moindre
importance fixe l'attention d'un amateur ou exalte l'imagination d'un
critique. Vous savez _le Cheval du trompette_, de Gricault. Un brin
d'herbe se dtache sur le sabot du cheval. Gustave Planche ne tarissait
pas l-dessus. Ah! ce brin d'herbe, c'est tout un pome! Que de
choses dans ce brin d'herbe! Pour les connaisseurs vulgaires, pour le
troupeau des acheteurs, c'est bien autre chose. Le dtail le plus puril
devient le prtexte d'engouements  n'en plus finir.

S***, peintre de talent, a d, ces jours-ci, l'achat d'un tableau,
excellent du reste,  un accessoire des plus insignifiants. Depuis trois
annes, cette oeuvre faisait tapisserie dans l'atelier, malgr de
notables qualits de dessin et de couleur.

S***, l'autre jour, rencontre un de ses amis.

--J'ai enfin vendu mon grand tableau, dit-il d'un air tout joyeux.

--Tout le inonde savait bien que tu finirais par trouver un vrai
connaisseur.

--Tu n'y es pas. Qui a pu, suivant toi, dcider l'acheteur?

--Mon Dieu, tout.

--Non, une seule chose!

--Laquelle donc?

--Mon amateur a un enfant de dix ans. Ce moutard a vu le tableau: Adam
et ve dans l'Eden. Il a voulu avoir le papillon jaune et bleu que
j'avais plac, en m'amusant, sur un buisson. Le papillon! le papillon!
a-t-il dit. Or, comme le millionnaire raffole de son fils, la toile a
t achete sur l'heure, et voil tout.

Puisque nous en sommes aux fantaisies d'amateur, laissez-moi placer ici
ce qui est arriv tout rcemment  L*** L***, un portraitiste bien
connu.

On le fait venir chez une des notabilits de la finance.

Mme T*** veut avoir son portrait.

--Je dsire, monsieur, tre reprsente assise sur un banc, au milieu de
mon parc,  Meudon.

--Soit, madame.

On convient alors du prix. Ce sera 6,000 francs.

--Six mille francs, c'est une somme, ajoute la dame; mais je ne regarde
pas  l'argent. Seulement, reprend-elle, vous ferez ma petite Jenny,
jouant  ct de moi. Ce sera par dessus le march.

Si les Persans de Montesquieu vivaient encore ils manifesteraient pour
sr un grand tonnement de voir qu'il y et en ce moment un seul malade
dans Paris. Tous les murs de la ville sont tapisss d'affiches qui
s'engagent  rendre la sant  quiconque ne l'a pas reue en naissant ou
 ceux qui l'ont perdue. Il suffit d'aller vider quelques verres d'eau
aux stations thermales. Ah! l'eau chaude qui sort des Alpes, des Vosges
ou des Pyrnes, l'eau sulfureuse qui vient de n'importe o, que de
prodiges elles accomplissent,--sur les prospectus. Ne parlez plus de la
Facult de mdecine ni de ses 20,000 docteurs  diplmes, l'eau suffit
et au del pour gurir. On cite mme certains ruisselets ayant assez de
vertu pour redresser les boiteux, pour aplanir les bossus, pour rendre
l'oue aux sourds et la parole aux muets. Aux sources, ajoutez les bains
de mer. Ds lors vous ne comprendrez plus comment l'homme moderne n'a
pas la sant de Mathusalem et la beaut d'Alcibiade.

On va aux eaux d'Auvergne,  celles du Jura ou des Pyrnes; on va aux
bains de mer. Au temps o nous voil, le superflu ayant dcidment pris
le pas sur le ncessaire, il n'y a pas de Parisienne, un peu bien
situe, qui s'exempte de s'absenter trois mois pour se refaire des ftes
et des bals en allant se baigner ou boire une eau catalogue. Le bain,
c'est bien; le verre vid, c'est pour le mieux; oui, mais le chapitre de
la toilette est ce qu'il y a surtout  considrer. Une femme ne va
plutt pas se rajeunir si elle n'a point derrire elle vingt colis de
robes, de chapeaux, d'charpes et de colifichets. Tout mari moderne,
digne de ce nom, doit consacrer  ce plerinage le tiers de ses revenus,
ou bien il sera destitu de toute rputation de galant homme. Attrape!

Les philosophes seuls vont redemander la sant  l'air pur, au fond des
terres, sous les arbres, suivant la recette indique par H. de Balzac:
Aux coeurs blesss l'ombre et le silence. Mais le silence et la paix
ne sont pas dj si faciles  rencontrer. On rencontre un peu partout
aujourd'hui un farceur et un Calino qui se chargent de vous rappeler les
moeurs et le langage de la grande ville.

Il y a quinze jours, E*** A*** s'tait enfonc, loin des sentiers
battus, en pleine basse-Bretagne. Il s'applaudissait de respirer enfin
dans un village primitif.

Un matin, il est attir par le bruit d'un colloque; c'tait un
commis-voyageur qui tait en train de _blaguer_ monsieur le maire.

Le commis-voyageur.--Mfiez-vous. L'agent-voyer m'a dit qu'il allait
faire passer un rouleau sur votre route.

M. le maire.--Le rouleau, et pourquoi a?

Le commis-voyageur.--Pardi! c'est pour aplatir la route, donc! Cette
opration va l'allonger d'un bon tiers.

M. le maire.--Oh! mais c'est qu'elle est dj bien assez longue comme
a. Il faut que j'en crive au prfet.

Il parat que la lettre a t crite.

Philibert Auderrand.



[Illustration: NASSR-ED-DIN.--Shah de Perse.]

[Illustration.]



NOS GRAVURES

Un autographe du shah de Perse

AU DIRECTEUR

Puisque vous pensez qu'un autographe du shah de Perse aura de l'intrt
pour le public, en mettant ce dessin  votre disposition, je crois
ncessaire de vous donner quelques dtails sur ce qui me valut l'honneur
d'avoir mon portrait trac par la main mme du roi des rois, qui a bien
voulu faire l'auguste faveur d'entrer en rciprocit artistique avec
votre serviteur.

Le souverain de l'Iran, qui m'avait donn la haute direction du champ
de manoeuvres et de l'instruction de ses troupes, savait que pendant mes
trois annes de sjour dans son royaume, j'tais charg par le ministre
de l'instruction publique d'un travail qui occupait trs-srieusement le
temps qui me restait en dehors de ma mission militaire. Je profitai de
l'intrt que le monarque persan parut accorder  la vue de la premire
partie de mes recherches, qui contenait dj plus de deux cents types de
ses sujets, pour lui demander l'autorisation de placer son portrait en
tte de ce recueil.

Je fus mand dans ce but par Sa Majest Nassr-ed-Din, qui n'tait pas
en reprsentation, et voulut bien m'accueillir dans son intimit.

Le shah se prta trs-gracieusement  mon dsir, me fit signe de
m'asseoir comme lui, par terre, ce qui tait dj une faveur
exceptionnelle, et prenant une plume en fer ainsi que du papier 
lettre, dclara qu'il allait esquisser mon portrait pendant que je
ferais le sien.

On peut se figurer de quel oeil tonn les trois fonctionnaires de
distinction, dans une attitude respectueuse et tmoins muets de cette
scne, regardaient leur souverain livrer ses traits au _Frangui_ dont il
daignait lui-mme retracer l'image.

Ce croquis fut fait trs-vite; je n'ai pas besoin de dcrire
l'enthousiasme et les loges des spectateurs en voyant surtout le mot de
_Duhos_ crit en franais. Les grands personnages prsents apposrent
leurs cachets et affirmrent la haute faveur dont je venais d'tre
l'objet. J'en exprimai respectueusement ma reconnaissance.

[Illustration: Un autographe du shah de Perse.--Croquis original
communiqu par M. le commandant Duhousset.]

En mme temps que je vous envoie ce portrait, fait par le shah, je vous
adresse aussi celui que je fis de lui dans la circonstance que je viens
de vous relater.

Recevez, etc.

Duhousset,

Lieutenant-colonel en retraite.



S. M. Nassr-ed-Din, shah de Perse

Au moment o Sa Majest le shah de Perse vient visiter la France, nous
pensons bien faire de donner ici son portrait et une petite biographie
de son auguste personne.

Nassr-ed-Din shah est n en 1830, et consquemment g de quarante-trois
ans; il est fils de Mohammed shah, auquel il succda le 10 septembre
1848, et petit-fils du clbre Abbas-Mirza, lequel mourut hritier
prsomptif de Feth-Ali shah, en 1834. Sa Majest est donc le quatrime
souverain de Perse issu de la dynastie des Cadjars, dont
Aga-Mohammed-Khan fut le fondateur, couronn en 1796.

Jeune encore, le prince Nassr-ed-Din montra les plus heureuses
dispositions; il aimait les tudes intellectuelles et ne cherchait une
distraction  celles-ci que dans les exercices corporels; infatigable 
la chasse, le prince devenu roi est encore aujourd'hui le meilleur
chasseur de la Perse; il en est le plus intrpide cavalier, comme il en
est galement l'un des hommes les plus instruits et lettrs.

Comme prince hritier, il apprit les affaires de l'tat par la pratique,
car il fut pendant plusieurs annes gouverneur gnral de la province de
l'Azerbaidjan, et demeurait en cette qualit  Tauris, o il se faisait
rendre compte des moindres dtails de l'administration place sous ses
ordres.

Aimant les Europens et aim d'eux, le roi actuel est le prince le moins
fanatique qui ait rgn sur la Perse. Ses sujets l'aiment  l'adoration,
parce qu'ils savent qu'ils sont aims de lui; d'un caractre extrmement
doux, il a toujours t juste envers tous; sa douceur va mme jusqu'
une certaine timidit naturelle que Sa Majest cherche  cacher en
parlant toujours trs-vite et d'une manire un peu brusque.

[Illustration: Le shah de Perse dessinant le portrait du commandant
Duhousset.]

Nassr-ed-Din shah est shahynshah, c'est--dire roi des rois, khan des
khans, chef des chefs, fils du soleil, cousin de la lune, etc., etc.; 
ces titres tout  fait orientaux viennent s'en ajouter bien d'autres
trs-connus, tant rpts dans toutes les pices officielles changes
avec les puissances trangres.

C'est un homme trs-clair et d'un esprit extrmement fin; il comprend
plusieurs langues, qu'il a apprises par lui-mme, et entre autres le
franais; si Sa Majest ne fait pas souvent usage de cette dernire,
elle ne la possde pas moins dans la perfection. Sa Majest reoit
plusieurs journaux europens, qu'elle lit avec intrt, et si parfois un
dtail lui chappe, elle se fait donner des explications par les
Europens qui l'entourent.

Le voyage que fait en Europe Sa Majest le shah est un voyage
exclusivement instructif, qu'elle aurait voulu faire depuis longtemps et
qu'elle n'a retard jusqu' prsent qu' cause des difficults
intrieures sans nombre contre lesquelles elle avait  lutter
continuellement; c'est la premire fois qu'un souverain persan sort de
ses tats, et lorsqu'on songe que c'est pour aller visiter les pays
infidles, on comprendra facilement combien il a fallu  Sa Majest de
force et de volont pour pouvoir quitter son pays. Mais il est vrai que
la Perse est  une poque de rformes que l'on ne pouvait plus gure
esprer d'elle, et cette rgnration est due, non-seulement  Sa
Majest, mais aussi principalement  Son Altesse
Mirza-Mohammed-Hussein-Khan, le grand-vizir actuel, qui est infatigable
dans son zle pour amener sa patrie sur un pied d'galit avec les pays
europens les plus avancs. Le grand vizir tenait  faire voir  son
auguste matre la civilisation europenne de prs, certain qu'est Son
Altesse que lorsque Sa Majest aura vu l'Europe, elle voudra que la
Perse marche sur ses traces. Le roi connat dj l'Europe par les
nombreuses relations qu'il en a lues et par ce qu'il en a entendu dire;
aujourd'hui il va la visiter en dtail. Avec un tel roi et un tel
premier ministre, nul doute que la Perse va se secouer de la torpeur
dans laquelle elle tait tombe, et va marcher dans une voie de progrs
qui lui procurera bientt le bien-tre matriel de la civilisation.

Son Altesse Mirza-Mohammed-Hussein-Khan, le grand-vizir (sadrazam), est
un homme trs-connu en Europe, du moins de rputation. Fils d'un membre
de la haute cour de justice de Perse, ds sa plus tendre jeunesse
Mohammed-Hussein-Khan s'adonna  des tudes srieuses, qui devaient
appeler sur lui un jour l'attention du chef de l'tat. Il y a dix-neuf
ans environ, Mirza-Mohammed-Hussein-Khan fut nomm consul de Perse 
Bombay, poste trs-difficile  cette poque, par suite des diffrends
qui existaient entre la Perse et l'Angleterre. Bientt la guerre clata
entre ces deux puissances, le consul persan rendit  son gouvernement
des services immenses, surtout en faisant donner indirectement  l'arme
anglaise des renseignements entirement errons sur la Perse et sur le
chemin par lequel elle devait y pntrer. Lorsque les hostilits eurent
commenc, le jeune consul fut oblig de quitter son poste de Bombay;
mais le gouvernement persan comprit que nul homme mieux que lui pouvait
tre charg, dans ce moment critique, d'une mission dlicate en Russie;
il s'agissait en effet d'amener la Russie et la France  intervenir
auprs de l'Angleterre, et d'assurer non-seulement l'intgrit du
territoire persan, mais aussi de ne pas permettre la ruine de la Perse,
en empchant l'Angleterre de demander une forte contribution de guerre.
Mirza-Hussein-Khan fut donc nomm consul de Perse  Tifflis, sige du
gouvernement du Caucase, o la Russie traite toutes les affaires
relatives  la Perse; le nouveau consul alla lui-mme 
Saint-Ptersbourg pour prendre son exquature, et profita de la
circonstance pour poser habilement les bases d'un trait secret qui
assurait l'avenir de la Perse.

Un homme aussi capable, une fois les difficults du moment passes,
tait appel  une position plus leve que celle de consul  Tifflis;
en juillet 1839, il fut nomm ministre et plus tard ambassadeur 
Constantinople, poste qu'il occupa pendant environ dix annes, et o il
sut s'acqurir la sympathie de tous ceux qui le connurent.

Rappel  Thran, pour faire partie du cabinet, d'abord comme ministre
de la justice, ensuite comme ministre de la guerre, il fut nomm
sadrazam (_alter ego du roi_) il y a quinze mois environ.--Sa nomination
au sadrazamat devint le signal d'un changement complet dans
l'administration du pays; avec lui arrivrent les rformes de tous
genres et le voyage que le grand vizir a engag le roi d'entreprendre en
Europe, doit avoir pour rsultat de rendre ces rformes plus sensibles
encore.

Ce n'est pas chose facile que de rgnrer un pays tel que la Perse, car
l tout est  faire, et ce qui pis est, c'est qu'il s'agit avant tout
d'extirper des abus invtrs depuis longtemps et contre lesquels le
sadrazam est seul  lutter. S. A. Mirza Mohammed-Hussein Khan a donc eu,
et a encore, continuellement  combattre un parti rtrograde que
l'intrt personnel ou le fanatisme retient dans les errements du pass,
et il faut avoir toute l'nergie et le patriotisme qu'il a pour arriver
aux rsultats qu'il a dj obtenus et qui deviendront plus sensibles
encore aprs le retour d'Europe.

Avant de terminer ces quelques lignes, nous donnerons ici le nom des
personnages qui forment la suite immdiate qui accompagne Sa Majest le
shah. Savoir:

1. S. A. Mirza Mohammed-Hussein Khan (sadrazam), grand vizir et ministre
de la guerre.

2. S. A. le prince Ali-Guli Mirza, ministre de l'instruction publique.

3. S. A. le prince Sultan-Murad Mirza, gouverneur gnral de la province
du Khorassan.

4. S. A. le prince Firuz Mirza.

5. S. A. le prince Iman-Guli Mirza.

6. S. E. Allah-Guli Khan Il Khani.

7. S. E. Yakia Khan, gouverneur gnral du Guilan et du Mazendran
(frre de S. A. le grand vizir), etc.

8. S. E. Ali-Riza Khan, grand chanson.

9. S. E. Hassan-Ali Khan, ministre des travaux publics.

10. S. E. Mohammed-Rahim Khan, grand matre des crmonies.

11. Sa Grce Mirza Abdul Wahah, grand prtre.

12. Mirza Ali Khan, secrtaire particulier du shah.

13. Le docteur Tholozan, mdecin du shah.

14. Rahemet-Allah Khan, chef de la garde royale.

15. Mustapha-Guli Khan, grand veneur.

10. Ibrahim Khan, cuyer.

        17. Prince Sultan-Oweis Mirza,  |
        18. Ali-Guli Khan,                     | gnraux aides
        19. Albert Gasteiger Khan,        | de camp du shah.
        20. Ali-Hassan Khan,                |
        21. Mohammed-Ali Khan,         |
                                                               | traducteurs,
        22. S. E. Mehemet-Hussein Khan,     | interprtes et
        23. S. E. Mirza-Ali Nakhi,                 | matres des
                                                               | crmonies.

Plus vingt-sept autres personnages, chambellans, officiers, secrtaires,
chef des cuisines, grand cafetier, etc., etc.

Baron L. de N.



L'Exposition de Vienne

LE PAVILLON RUSSE

Le pavillon russe s'lve dans le parc  peu de distance du pavillon
gyptien et du pavillon turc, comme dans le palais sont voisines les
expositions de ces trois pays.

L'aspect du pavillon russe est tout  fait grandiose.

L'entre en est prcde d'un porche  quatre arcades, dont la quatrime
engage dans la construction encadre la porte d'entre. Le
rez-de-chausse, clair par des haies  plein cintre trs-ornes et
spares entre elles par des demi-colonnes engages, est couvert en
terrasse. Du jardin, un escalier en bois dcor d'une rampe massive
trs-travaille conduit  cette terrasse qu'ombragent de grands arbres
et qu'entoure une balustrade en tout semblable  la rampe de l'escalier,
qu'elle continue.

Ce rez-de-chausse est surmont d'un tage en retrait, compos de deux
parties. C'est d'abord une tour, carre  sa base, puis octogonale, se
terminant par une flche aigu,  la pointe de laquelle, ailes
dployes, se dresse l'aigle impriale  deux ttes. Cette tour s'appuie
sur le vestibule du rez-de-chausse. Puis, derrire la tour et adoss
contre elle, vient un btiment carr perc sur trois faces de cinq baies
accoles et coiff d'un dme  bulbe  quatre pans, sur le haut duquel
court de bout en bout une arte finement dcoupe.

Tel est ce pavillon d'un trs-grand aspect et bien digne de figurer dans
ce coin du parc consacr  l'Orient, auquel il se rattache, et o l'on
voit, entre les coupoles du pavillon turc et de la fontaine d'Achmet,
pointer dans le ciel les minarets du pavillon gyptien.

L. C.



Le paysage au Salon

Notre collaborateur Francion a vivement insist, dans sa revue du Salon,
sur le manque d'unit qui caractrise l'cole contemporaine; il a montr
nos artistes marchant, chacun  sa guise, vers le but o les poussent
leurs tendances et leurs gots personnels, nos paysagistes, entre
autres, n'obissant qu' leur inspiration individuelle et laissant de
ct principes et thories pour tudier de plus prs la nature et la
rendre, comme ils la comprennent, sous les divers aspects o elle leur
apparat.

De l une grande varit d'oeuvres riches de talent, riches avant tout
de sincrit: on en pourra juger par la gravure que nous publions
aujourd'hui, et o nous avons runi un certain nombre de paysages,
choisis parmi ceux qui figuraient au dernier Salon; la place nous
manquerait pour les apprcier en dtail les uns aprs les autres; nous
nous bornerons donc  une numration rapide, afin de rappeler seulement
les sujets des tableaux et les noms des peintres  ceux de nos lecteurs
qui les connaissent dj, afin surtout de rendre notre gravure
intressante pour ceux qui n'ont pas visit l'exposition.

C'est d'abord, en commenant par le n 748, plac le premier en haut, 
gauche, une gracieuse tude de M. Huberti, intitule _Saules au bord de
l'eau_, puis  ct, le _Souvenir de la fort d'Eu_, de M. Daliphard,
bel effet de neige que la couleur faisait paratre plus saisissant
encore, avec les teintes rougetres du soleil couchant entrevues 
travers les interstices de la haute futaie; et plus loin, la frache
_Matine d'automne_, de M. Allong, o les fonds de verdure paraissent
encore si pleins et si puissants, tout envelopps qu'ils sont de la
brume matinale.

Avec M. de Groiseilliez, dont le _Soir au bord de la mer_ (n 680)
commence la ligne suivante, le spectacle s'agrandit, l'horizon s'tend,
plus profond et plus vaste; nous nous sentons en face de l'infini; les
_Bords de la Loire aprs les grandes eaux_, par M. Defaux, nous ramnent
 des aspects moins grandioses; mais cette nature d'o n'ont pas encore
disparu les traces de l'inondation, ces terrains dcolors ont quelque
chose de triste qui va  l'me, et que vient heureusement effacer
l'impression plus douce du _Crpuscule_ de M. Japy; l'oeil se repose
agrablement sur ce coin de campagne o des arbres sculaires refltent
dans une mare leur ombre diffuse, tandis qu'au ciel apparat la lune
avec son croissant d'argent.

Descendons  la ligne suivante: voici l'une au-dessus de l'autre des
vues de la froide Angleterre et de l'aimable Belgique, _la Tamise prs
de London-Bridge_ (n 727), par M. Hreau, avec un morceau de son quai
si anim, et le _Canal des Brasseurs,  Anvers_, avec ses maisons
proprettes, rgulirement alignes  droite et  gauche, et ses navires
qui encombrent le port; puis, s'levant au centre de la page, le _Chne
de Voulliers_, de M. Imer, qui fait songer  l'yeuse antique, chre aux
potes, reine altire des forts; prs du gant au tronc robuste, aux
rameaux puissants, les _Dernires feuilles_, de M. Charles Busson,
semblent appartenir  une autre nature, plus pauvre et plus maigre,
tandis que la _Musette_, de Mlle Muraton, riche amas d'objets divers,
entasss au hasard, achve de nous loigner du mouvement et de la vie.

Il est vrai que l'exquise _Rivire sous bois_ (n 431), de M. Csar de
Cork, nous y ramne bien vite, ainsi que. les _Rcifs de Kilvouarn_, de
M. Lansyer, qui aime  peindre les flots cumants de la baie de
Douarnenez; l'impression redevient plus douce et plus intime, en quelque
sorte, en face du _Chvrefeuille_, de M. Hanobeau, aux plans d'ombre et
de lumire si savamment mnags; on aimerait  s'garer dans ces alles
profondes au bout desquelles s'entrevoient des troues de lumire, on
voudrait s'arrter sur la lisire de ce bois touffu pour contempler de
loin la _Fenaison_, de M. Dubourg, spectacle simple et gai des joies de
la campagne.

Dans les _Bords du Loir_ (n 1050), de M. Mesgrigny, ce qui nous sduit,
ce n'est plus l'ombre de la feuille, ni le soleil clatant de la
prairie, c'est la grce de la composition, la limpidit de l'eau, la
transparence de l'air, la fracheur des petits cottages si joliment
poss le long de la rivire, un je ne sais quoi d'heureux et
d'ensoleill qui charme et qui rjouit. L'_Embarquement d'hutres au
parc de Cancale_, de M. Delpy, nous distrait de nouveau de ces sites
enchanteurs pour nous conduire, presque sans transition, au _Rocher
d'Yport_, de M. Vernier, battu par le choc incessant de la vague: ciel
d'orage, aux tons menaants, calme apparent de la mer onduleuse, quel
contraste avec la tranquillit sereine du _Passeur_, de M. Corot, qui
pousse doucement son bateau vers l'autre, bord de la rivire! Comme ici
tout est paisible et silencieux, comme ces arbres touffus tamisent
finement la lumire, comme ces coteaux en pente encadrent bien l'eau
courante qui baigne leurs pieds; comme on se sent pntr, et pour ainsi
dire, doucement enivr de campagne,  l'aspect de ce petit tableau,
d'une harmonie si vraie et si profonde! C'est que M. Corot porte
allgrement le poids de sa verte vieillesse: sa main n'a pas plus faibli
que son amour de la nature, et nous ne pouvions mieux couronner cette
courte revue du paysage contemporain qu'en prononant le nom de son
matre vnr.



L'expdition de Khiwa

Khiwa, parat-il, a succomb, et le khan est, dit-on, en fuite. Si les
Russes sont entrs dans cette ville, ce n'aura t qu'aprs avoir
surmont les plus grandes difficults, prouv les rigueurs d'un froid
tel que les habitants disent n'en avoir pas ressenti de pareil depuis
cent ans, et les atteintes d'une chaleur dvorante. Nous n'avons pas 
nous occuper ici de la marche des colonnes russes, dont nous parlons
ailleurs; nous voulons seulement donner quelques explications sur les
divers croquis qui composent la page que nous publions dans ce numro.

Le dessin central reprsente l'entre des Russes  Samarkande, la
seconde ville de la Boukharie. Cette place est btie sur le mont Kobak,
prs du Sogd ou Zer Afchan,  cinquante lieues de Boukhara. Elle est 
moiti ruine. Parmi ses monuments, le plus curieux, sans contredit, est
le tombeau en jaspe de Tamerlan, qui avait fait de Samarkande la
capitale des Tartares et l'une des plus belles et des plus riches villes
d'Asie.

Les croquis qui entourent ce dessin sont des types d'officiers russes,
tenue de l'arme du Caucase, de Cosaques, d'hommes et de femmes du
Turkestan, Turcomans, Boukhariens, Khiwiens, peuples aussi avares
qu'avides, qui vivent plus encore de pillage que du commerce qu'ils font
par caravanes avec l'Afghanistan, la Perse, Astrakan et Orenbourg. Le
croquis que l'on voit au bas de la page,  ct du camp des Khiwiens et
qui porte pour lgende: Tant par tte, rappelle une coutume barbare
des guerriers des divers khanats du Turkestan. Ils coupent pendant et
aprs le combat le plus de ttes qu'ils peuvent, et, aprs les avoir
enveloppes, ils les rapportent  la ville, suspendues  la selle de
leurs montures. Ils ont  cela un intrt autre que celui du Peau-Rouge,
qui suspend dans son wigwam les chevelures qu'il a scalpes sur le crne
de son ennemi. Pour celui-ci, c'est un trophe; pour l'autre c'est une
marchandise, que le gouvernement du khanat paye, non en argent, mais en
vtements. Ces vtements sont plus ou moins luxueux, suivant le prix,
c'est--dire suivant le nombre des ttes. Il y a des vtements de deux
ttes, c'est misrable; mais de huit ou dix ttes,  la bonne heure!
C'est affaire aux lgants.

Les deux croquis qui se trouvent en haut de la page,  droite et 
gauche, et celui qui en occupe le bas, au milieu, reprsentent divers
campements. Les deux premiers sont des campements russes, l'un sur la
frontire de Chan-Diert-Kul, l'autre prs du fort Emba. Les tentes du
premier sont des tentes russes fort insuffisantes contre les rigueurs de
la temprature; celles du second sont des espces de huttes en boue,
prsentant un meilleur abri. Mais les unes et les autres ne sont pas 
comparer  celles des Khiwiens, que les Russes ont, dit-on, fini par
adopter. Ces tentes se composent d'un fort tissu tendu sur une charpente
en bois. Suivant un voyageur hongrois qui, dguis en derviche, a
parcouru tout le Turkestan, ces tentes sont tout  fait confortables,
fraches en t, chaudes en hiver, et elles peuvent lutter
victorieusement contre les rafales qui, de temps  autre, passent en
hurlant  travers les steppes.

L. C.



Le tremblement de terre de San-Salvador

Santa-Tecla, 30 avril.

AU DIRECTEUR

Enfin, cher monsieur et ami, je puis donc vous crire sans craindre que
la maison ne nous tombe sur le dos, de Santa-Tecla, o nous sommes
provisoirement installs.

Comme cette ville assez importante n'est qu' trois lieues de la
capitale, du ct du port, et qu'elle a peu souffert, la plus grande
partie des ngociants et de la population aise de San-Salvador s'y est
rfugie, d'aucuns se sont sauvs jusqu' Sonsonate, San-Miguel, etc.
Dieu sait o.

Press par le temps, sans abri et fatigu par de longues nuits
d'insomnies  surveiller, le rvolver au poing, les ruines de notre
magasin, je n'ai pu vous donner de dtails sur les vnements qui ont
suivi la catastrophe, les dgts occasionns et enfin sur l'avenir de
cette capitale croule mais non anantie; je reprends donc:

Au premier moment de terreur succda un abattement profond, une
prostration complte, l'oeil se promenait hbt sur cette immense
ruine, l'imagination engourdie se refusait  croire  la ralit d'un
atroce cauchemar.

Il fallut bien cependant se rendre  l'vidence, mais que faire? Rester
au milieu de ces pans de mur menaant de nous craser  la premire
secousse, au premier souffle de veut, c'tait s'exposer  un danger
certain; se sauver de la ville c'tait l'abandonner au pillage, et puis
o aller? Argent, effets, provisions, taient enfouis sous les
dcombres; nous ignorions d'abord le sort des villes voisines. Ce fut un
terrible moment  passer, et les horreurs du tremblement de terre ne
sont rien auprs du dsespoir, de l'anxit et des souffrances morales
qui s'ensuivirent et nous accablrent pendant plusieurs jours, que,
dis-je? plusieurs sicles.

Heureusement qu'il se trouva  la tte du gouvernement une volont
nergique qui fut  la hauteur de sa tche.

Sous sa fivreuse impulsion, les blesss sont vite secourus, les
prisonniers mis en lieu sr, les rues sont occupes militairement,
l'ordre est tabli, les esprits se rassurent et les mfaits sont
rprims sans piti ni merci.

Le jour, tout individu nanti d'objets dont il ne peut prouver la
provenance est fusill sur-le-champ; la nuit, la circulation est
interdite, les sentinelles font feu sur les rdeurs, et nous-mmes,
embusqus  l'une des encoignures du parc, nous montions la garde  tour
de rle, les yeux fixs sur le Bazar. Plusieurs jours se passrent
ainsi, logeant en plein vent, sous une chaleur torride, vivant de
conserves en boites; il fallut prendre enfin une dcision. Aprs avoir,
au risque de nous faire ensevelir  chaque instant sous la toiture
chancelante, dterr nos marchandises, nous les fmes charger sur des
charrettes et conduire  Santa-Tecla. Inutile de vous dire que le
charroi en a t suffisamment coteux. Je vous envoie par ce courrier
quelques vues que l'on vient de prendre, elles vous donneront une ide
suffisante du dsastre qui nous a frapps, et quand on pense que le
flau s'est tendu sur un quadrilatre de dix-huit lieues, renversant ou
endommageant plus de vingt bourgades indiennes (_pueblos_), c'est
affreux!

Une mission d'ingnieurs a t organise pour tudier et dterminer le
phnomne qui s'est produit, son origine, sa marche et ses effets; je
vous communiquerai le rsultat de leurs recherches, car il s'est produit
de ces faits qui surpassent l'imagination et dont il est presque
impossible de se rendre compte. C'est ainsi qu'une norme cloche s'est
retourne et est reste la bouche en haut; les bancs du parc ont t
transports  une distance considrable, et ce qui est. le plus
inexplicable c'est qu'une maison s'est compltement retourne, la
toiture fiche en terre et les poutres qui la soutenaient avaient suivi
ce mouvement de conversion, de sorte qu'elle ressemblait  un grand
quadrupde mort sur le dos, les pattes roidies en l'air.

A ct de ces dtails navrants, je suis bien heureux de pouvoir vous
citer l'empressement fraternel des villes qui n'avaient pas souffert 
venir au secours de leurs voisines dans la dtresse; un navire de guerre
anglais, le _Reindeer_, capitaine Kennedy, qui se trouvait  la Union,
se dirigea sur la Libertad, o il dbarqua toutes les provisions dont il
pouvait disposer; la ville de San Miguel nous envoya aussi un convoi de
vivres; tous ces dons en nature ou en argent permirent d'amoindrir les
privations et d'en conjurer les terribles consquences. Aprs avoir par
au plus press, le prsident a song  l'avenir, et avec cette force de
caractre particulire au continent amricain, il a dcrt, le 21 mars,
que la ville serait reconstruite sur le mme emplacement, et a fait
mettre immdiatement le dcret en excution. Dj le toit du palais et
du thtre sont remis en place, les lignes tlgraphiques sont releves,
le service divin assur, les soldats ont dj un abri ainsi que leurs
munitions, l'eau va circuler, en un mot les services publics vont
reprendre leur cours ordinaire. Quant  la population, encore un peu
sous l'empire des dernires impressions, elle est bien divise  droite
et  gauche.

On a accord toutes espces d'immunits pour l'entre et le transport
des matriaux de construction; on fait venir des maisons de bois de
Californie; seront-elles suffisantes, rsisteront-elles aux pluies,  la
chaleur? c'est ce que l'exprience va nous apprendre. Quant  nous,
trangers, qui jouissons ici de l'hospitalit la plus large et la plus
librale, nous ne pouvons que souhaiter succs aux efforts du brave
marchal Gonzalez.



LES THTRES

Thtre-Franais.--_L't de la Saint-Martin_. Comdie en un acte de MM.
II. Meilhac et L. Halvy.

tait-ce bien l le titre qu'il fallait? Quant  moi, j'en aurais
prfr un autre; par exemple, _la Nice d'Amrique_, ou quelque chose
d'approchant. Mais au fond, peu importe l'tiquette qu'on met sur le
flacon; voyons ce qu'est la liqueur servie.

Un vieux bonhomme d'oncle a quitt Paris. Il s'est retir dans la calme
et verte Touraine, en compagnie d'une servante plus que mre, passant
son temps  maugrer contre un coquin de neveu auquel il jure de ne
jamais pardonner ses mfaits. Au moment mme o le vieillard lui avait
arrang un mariage, l'vent ne s'est-il pas avis de prendre une femme
autre que celle qu'on lui destinait? Celle-l mme est la fille d'un
tapissier! Le seul fait d'une telle msalliance met le vieillard dans
une fureur qui ne sait pas finir. Sur ces entrefaites arrive tout  coup
une trangre. Pour le barbon, c'est la fille de sa propre gouvernante.
Pour le public, qui ne tarde pas  voir clair dans l'agencement d'un
quiproquo pas assez mnag, c'est la fille du tapissier elle-mme, c'est
la jeune femme rejete.

En trs-peu d'instants la belle personne parvient  faire dans le
cottage la pluie et le beau temps. On en fait la dame de compagnie du
bonhomme. Elle le charme par son caquetage. Avant tout, elle s'entend 
le captiver en lui faisant la lecture des romans d'Alexandre Dumas,
notamment celle des _Trois Mousquetaires_, D'Artagnan, rest seul avec
Mme Bonassieux... Jugez tout ce qu'il peut y avoir de sduction dans le
jeu de l'inconnue, quand vous saurez qu'elle n'est autre que Mlle
Croizette, cent fois plus gracieuse, mille fois plus jolie que nous l'a
montre M. Carolus Duran, dans son portrait questre du dernier Salon.

Il ne faut donc pas longtemps pour que la nouvelle venue soit l'me de
la maison. Un matin, le bonhomme dclare net qu'il ne saurait plus vivre
sans elle. A son insu, il est tomb sous le charme qu'elle porte en
elle. De quelle faon l'aime-t-il? Croyez bien qu'il ne cherche mme pas
 se rendre compte de la nature du sentiment; il prouve pour elle une
tendresse invincible, et c'est tout. S'il avait  lui faire un reproche,
ce serait de la voir plaider tour  tour en faveur de son neveu et de
cette fille de tapissier qu'il n'a pas rougi d'pouser. En dehors de ce
travers, il trouve que c'est une perfection. Mais quant  ceux qu'elle
dfend, quant  l'autre couple, il renouvelle son serment d'Annibal.
Jamais, au grand jamais il ne pardonnera.

Voil que, comme  point nomm, le neveu proscrit se fait annoncer.--Je
ne le recevrai pas.--La belle personne demande grce pour lui.--Eh bien,
je ne le recevrai que si vous dites que vous le voulez.

--Je le veux, rpond-elle.--Le neveu entre donc, et vous devinez dj
les trois ou quatre scnes qui vont pousser au dnouement.--Retournez,
monsieur, avec votre tapissire. Je ne la verrai de ma vie.

--Le cher oncle apprend alors que cette maudite est sous ses yeux depuis
quinze jours et qu'il ne jure que par elle. Vous comprenez qu'il finit
par tout pardonner et que le rideau tombe sur la scne devant laquelle
il s'tait lev: La reprise de la lecture des _Trois mousquetaires_.

En passant, notons un mouvement, le plus scnique et le mieux trait de
la pice, celui o l'on annonce que l'trangre, venue d'Amrique, va y
retourner, appele par un engagement antrieur. Ici le vieillard, qui la
croit libre, s'emporte dans un accs de lyrisme juvnile. Qu'a-t-il
donc? Qu'prouve-t-il? C'est le soleil de la Saint-Martin. Il aime.
Rassurez-vous, lui dit-on, a rchauffe, mais a ne brle pas.

Telle est la pice. Est-ce une comdie? Je dirais plutt que c'est un
proverbe, et un proverbe qui n'est pas sans dfauts. La trame de
l'intrigue n'est qu'une toile d'araigne; le quiproquo, trop vite
devin, trane en longueur. D'ailleurs le tout n'est pas sans quelque
ressemblance avec une bluette de M. Scribe intitule: _Haine aux
femmes_; mais tel qu'il est, l'ouvrage fourmille de dtails agrables.
Tout y est de bon got; l'esprit y abonde, la gaiet aussi. Ce qu'il
faut dire par-dessus tout, c'est que c'est jou avec une rondeur et un
bon ton merveilleux, surtout par Thiron et par Mlle Croizette, fort
applaudis d'un bout  d'autre, et  bon droit.

Philibert Auderrand.



[Illustration: CHOIX DE PAYSAGES (Pour la description des sujets, voy.
l'article, page 6.)]



VARIATIONS NUMRIQUES SUR LE SALON

SECOND ARTICLE (1)

Et d'abord compltons les indications donnes par notre premier article
sur l'lection des divers jurys du Salon de 1873.

Quatre cent soixante quinze artistes franais, antrieurement
rcompenss avaient envoy, une oeuvre  tout le moins, au palais des
Champs-lyses, avant le 26 mars dernier. Ils se trouvaient, par suite,
lecteurs de fait. Or la moiti d'entre eux s'est abstenue de prendre
part au scrutin.

Voici, du reste, pour chacune des quatre sections dtermines par le
rglement, des chiffrer authentiques.

                                       I       II       III      IV       *
        lecteurs               321     98      13      43      475
        Votants                 149     54        7      28      238
        Soit: %               46.42    55.1    53.8    65.1    50.1

        [crit verticalement dans la premire range du tableau.]

        I: Peint., etc.
        II: Sculpt., etc.
        III: Archit.
        IV: Grav., etc.
        *: Ensemble.

Il en est, on le voit, de mme en art qu'en politique. Beaucoup se
fchent du rsultat d'une lection,  qui il aurait suffi, pour en
changer le caractre, d'exercer leur droit de vote.

Disons tout de suite que sur ces 475 lecteurs, cinquante seulement
auraient pu, ultrieurement, faire acte de prsence  l'exposition dite
des _Refuss_; soit 42 _peintres_, 5 _sculpteurs_, 2 _architectes_, et 1
_graveur._

                                                   *
                                                  * *

Maintenant rsumons les oprations des jurys ainsi lus; oprations sur
lesquelles, s'il a t beaucoup pilogu, il n'a t jusqu' prsent
fourni aucune donne prcise.

                                     REFUSS             ADMIS (2)
                                 Artistes   Oeuvres  Artistes   Oeuvres
        I. Peint., etc.        1953      2059       1066     1491
        II. Sculpt., etc.      121        137         312       419
        III. Archit.               21         22           41         43
        IV. Grav., etc..        56         66          143       189
        Ensemble...          2151     2884        1562     2142

Il convient de constater que sur le total des artistes dposants, il
s'en est trouv deux cent quatre-vingt-neuf qui, de deux ouvrages
prsents, ont eu l'un refus, l'autre admis.--tant tenu compte de ce
dtail, on trouve qu'il a t envoy  l'examen des jurs:

        1re     Sect...  4150 tableaux  par     2771  artistes
        2e      Sect...  556 sujets        --        409      -
        3e      Sect...  65 ouvrages     --          58      -
        4e      Sect...  255 cadres       --        186      -
             Soit.       5026 envois      par     3424  artistes

dont un sixime environ fait partie du sexe auquel nous devons Mlle
Nlie Jacquemart.

Le rapport des admis aux refuss a donc t, pour les artistes, de 45,61
%, et, pour les oeuvres, de 42,62 %.

Cela dit, revenons au _Catalogue officiel_.

Ses indiscrtions nous permettront d'tablir d'abord, quant aux lieux de
naissance des 1502 exposants qu'il comporte, l'tat sommaire ci-dessous:

        I.     Paris   354;  Province: 579;   Etranger: 133
        II.      --        95      --         196        --          21
        III.     --       20       --          19       --             2
        IV.     --       60       --          71       --           12
        Totaux.      529                 865                   168

(1) Voyez notre numro du 3 mai dernier.

(2) Ces nouveaux chiffres rectifient les quelques erreurs--sans
importance du reste--qui se sont glisses dans notre premier
article.--J. D.

Ainsi se trouve corrobore notre observation de l'an dernier:--Paris
engendre,  lui tout seul, les deux cinquimes des artistes franais, y
compris les originaires de l'Alsace-Lorraine dont nous n'avons pas
encore eu le courage de dmembrer la France artiste.

Autre remarque:--En ne considrant que les admis, la proportion du sexe
faible au sexe fort s'abaisse  11%.

                                                   *
                                                  * *

Le total des artistes hors concours,--c'est--dire n'ayant plus droit 
aucune autre des rcompenses dcernes par le jury, que la mdaille
d'honneur,--est, au livret de 1878, rparti comme suit:

        Section I. Exposants: 150; Oeuvres      243
           --      II        --          55         --           89
           --     III.       --           6         --             6
           --     IV.       --         17         --            27
        Ensemble:  Exposants: 228  Oeuvres    365

Soit:--trangers: 12; 21 oeuvres.--Provinciaux: 131; 213
oeuvres.--Parisiens: 85; 131 oeuvres.

Notez qu'il n'y a, parmi les artistes hors concours, que deux femmes:
elles sont de Paris toutes deux.

                                                   *
                                                  * *

Veut-on se rendre compte de l'importance numrique du Salon de 1873, par
groupements de genres? Il suffira de jeter un coup d'oeil sur la rapide
nomenclature que voici;

PREMIRE ET DEUXIME SECTIONS.

aaaa. Les portraits ont svi avec plus d'intensit encore que l'an
dernier. La _peinture_ en comptait 285, et la _sculpture_ 241. Soit en
tout: cinq cent vingt-six, dont 266 masculins et 260 fminins.

Si bien que, dans cette course de vanit, l'homme a distanc la femme de
_six_ longueurs de tte!

aaaa. Moins nombreux que les portraits pris isolment taient les
Paysages, Marines et Animaux pris en bloc:--ce groupement ne comprenait,
en effet, que cinq cent dix ouvrages.

aaaa. Les pisodes d'histoire, profane ou sacre; la Mythologie,
l'Allgorie et l'Archologie ont fourni deux cent trente-six sujets.

Parmi lesquels l'oeil le plus exerc n'eut pu dcouvrir un uniforme
militaire quelconque que dans trente-quatre oeuvres. Tant la minute
prsente est peu aux enthousiasmes guerriers!

aaaa. Nous avons compt cent trente-deux Natures mortes, ainsi
subdivises:--fleurs, fruits, lgumes; 90; gibier, poisson, volaille:
22; ustensiles, vases et bibelots: 20.

Ajoutons  celte catgorie quatorze Intrieurs sans figures.

aaaa. La Littrature dramatique, le Roman, la Lgende, et la Fable ont
servi de texte ou de prtexte  une vingtaine d'interprtations
artistiques.

aaaa. Les Scnes de la Vie prive ou publique, et les tudes antiques et
modernes qui ne sauraient tre ranges dans aucune des catgories
ci-dessus, formaient un ensemble de quatre cent trente-deux ouvrages.

aaaa. Reste les filles d've reprsentes par la peinture dans le costume
de leur mre avant la pomme. Nous les avons systmatiquement cartes
des classifications prcdentes, o la plupart auraient pu trouver
place,--comme leurs soeurs de la statuaire,--pour leur rserver une
mention spciale.

En somme, assises, couches ou debout; endormies, souriantes ou
grimaantes; blanches, roses, grises ou vertes; en groupes ou isoles,
c'est  peine s'il leur a suffi de quarante toiles, grande largeur, pour
puiser la srie de leurs provocations ondoyantes et diverses!

TROISIME SECTION.

aaaa. Quant  l'exposition d'architecture, on ne peut gure en subdiviser
l'ensemble autrement que comme suit:

glises et temples: 12 oeuvres.--Monuments funbres: 7.--Htel de Ville
de Paris: 4, et mairies 2.--Palais et chteaux: 5. tablissements
privs: 5.--Halles, caserne, hospice, bourse: 4.--coles: 2.--Thtre:
1--Divers: 1.--_Ensemble_; 13 oeuvres.

QUATRIME SECTION.

aaaa. Les cent quatre-vingt-neuf cadres formant la section de _gravure et
lithographie_ chappent, par le nombre et la diversit des preuves
colles sous un mme verre,  tout groupement particulier.

Contentons-nous donc de les ajouter en bloc  tous les chiffres
prcdents, pour parfaire le total des 2142 numros inscrits au
Catalogue.

                                                   *
                                                  * *

Nous en avons fini avec les principales combinaisons numriques
auxquelles se prtaient les artistes exposants et les oeuvres exposes.
Voyons maintenant quels ont t les rsultats matriels du Salon de
1873.

Ouvert le 5 mai dernier, il a t ferm provisoirement, pour travaux
intrieurs, les mardi, mercredi et jeudi, 3, 4 et 5 juin, puis clos
dfinitivement le 25 du mme mois. Soit quarante-neuf jours d'exposition
effective; dont six jeudis et sept dimanches, c'est--dire treize jours
d'entre gratuite. Reste trente-six jours pendant lesquels il a t
peru un franc par visiteur.

De ce chef, le produit total a t de 154 796 fr.

Soit une moyenne de 4300 visiteurs par jour.

D'un autre ct, la vente du Catalogue,  raison de un franc
l'exemplaire, a fourni une somme de 43,344 fr.

Soit une moyenne de 884 fr. 57 c. par jour. A ces chiffres enfin, il
convient d'ajouter le prix de location du buffet, 6,000 fr.

Et l'on obtient un total de recette de 204,140 fr.

Mais, de ce total, il faut retrancher, suivant les usages tablis, le
montant des entres perues, pendant les cinq jours d'exposition
horticole, au seul profit de cette dernire entreprise,
soit............................................................................24,266 fr.

Reste ......................................................................179,874 fr.

En estimant, avec quelque raison, ce semble, les frais d'organisation et
les dpenses du Catalogue  une somme de. 145,000 fr. on arrive 
conclure que cette affaire se solde, pour l'administration, par un boni
approximatif de......................................................... 34,874 fr.

                                                   *
                                                  * *

Le nombre total des visiteurs ayant pass aux tourniquets, pendant les
treize jours d'entre gratuite, s'est lev .................. 280,259

Soit une moyenne de 21,558 par jour gratuit.

Non compris les porteurs de cartes de faveur, bien entendu, dont le
nombre, n'tant soumis d'ailleurs  aucun moyen de contrle, ne peut
figurer ici que pour.................................................. _mmoire_.

Si l'on ajoute, au chiffre ci-dessus, le public payant, ci 154,796 on
trouve que le total gnral des visiteurs du Salon de 1873 a atteint un
minimum de 435,055.

Ce qui permet d'valuer la vente du Catalogue  UN EXEMPLAIRE
par CHAQUE DIZAINE de visiteurs.

Jules Dementhe.



UN QUATRIME CABLE TRANSATLANTIQUE

Le 15 juin dernier, le _Great-Eastern_ quittait le port de Valentia,
point extrme de l'Irlande, ayant  sa suite une escadrille de puissants
steamers qui, s'ils n'eussent fait partie du cortge du roi des mers,
auraient excit l'admiration des spectateurs. Douze jours aprs, le
navire gant moins entour, car son escorte semblait avoir t
parpille par la tempte dont elle portait encore les traces, jetait
l'ancre en vue de l'le de Terre-Neuve au bruit des applaudissements de
l'quipage.

Nuit et jour, pendant toute la dure de la traverse, on avait entendu
un bruit de poulies et de chanes sortir de l'arrire du steamer,
dominer la voix de ses machines et mme le grondement des orages.

Ds que le profil de la plus orientale des terres amricaines se dtache
vers l'Occident, ce bruit cesse comme par enchantement, les roues et
l'hlice mme s'arrtent comme soudainement paralyses; elles ne font
plus que quelques tours ncessaires aux manoeuvres. Un puissant jet de
vapeur sort de toutes les chaudires; alors on descend lentement,
majestueusement du haut du pont immense une de ces prodigieuses boues
en fer qui ressemblent  des phares. Bientt elle est fixe au fond de
l'Ocan qui n'a que quelques centaines de mtres de profondeur,  l'aide
d'une ancre formidable relie par une chane que les Cyclopes du vieux
Vulcain n'auraient pu forger dans les cavernes de Polyphme.

En s'loignant des mers europennes, le navire gant laissait sur les
vagues un sillage d'une longueur peu ordinaire; il tait, en effet,
continu par une immense chanette pendant gracieusement  l'arrire et
s'approchant par degrs insensibles de l'Ocan, o elle ne disparaissait
qu' un grand nombre d'encblures de distance. Tantt le point o ce fil
se soudait avec les vagues s'approchait du _Great-Eastern_, qui fuyait
vers l'Occident avec une vitesse moindre que son allure ordinaire, mais
encore suprieure  celle du commun des navires. Tantt cette boucle
incline semblait au contraire s'carter et se tendre comme si elle
avait rencontre quelque rsistance imprvue dans le fond des Ocans,
comme si les dieux inconnus de l'abme cherchaient  s'y accrocher, pour
arrter le mouvement du vapeur immense.

Mais ces oscillations semblaient prvues, car le _Great-Eastern_
modifiait son allure. On eut dit un cavalier qui, tout en courant, rend
de la bride et donne de l'peron  son cheval quand il se ralentit, ou
qui tempre son ardeur en serrant fortement sur les rnes. Sans point
d'arrt, sans lacune, le navire glissait vers le couchant et le cble
sortant de ses cales se prcipitait dans la mer avec une vitesse de
trois  quatre mtres par seconde.

Lorsque la boue fut fixe dans le fond de la mer et que le cble y fut
attach, l'Europe et l'Amrique taient virtuellement runies par un
quatrime cble. Car il suffisait pour terminer l'opration de runir le
cble des mers profondes  celui du rivage. C'tait l'oeuvre d'un des
navires de l'escadrille. Le _Great-Eastern_ avait termin sa tche.

Jamais expdition tlgraphique n'eut lieu avec une rgularit aussi
merveilleuse. Trois temptes n'eurent pas la force de l'interrompre ni
mme de la ralentir. Car les hsitations apparentes du navire ne
tenaient qu'aux dpressions souvent brusques, et aux redressements
quelquefois abruptes du fond de la nier.

La pose du nouveau cble, opration considre il y a six ans  peine
comme excessivement scabreuse, il y a dix ans comme presque impassible,
il y a vingt ans comme chimrique, s'excute aujourd'hui comme la plus
vulgaire des oprations en usage dans nos grandes manufactures. On ne
fait point passer plus facilement  la filire les sept fils de cuivre
qui forment l'me du cble, qu'on dpose le cble lui-mme au fond des
gouffres ocaniques, dans lesquels disparatrait le mont Blanc lui-mme,
comme l'araigne vagabonde laisse son fil sur les vertes prairies
d'Angleterre.

Un ouragan du sud-ouest agitait inutilement la gigantesque chanette au
moment dcisif qui allait clore cette nouvelle campagne. Le
_Great-Eastern_ fixait la boue-dbarcadre en vue de Terre-Neuve, et
l'Ocan vaincu d'une faon dfinitive,  force de soin, d'argent, de
science et de patience, agitait inutilement sa houle impuissante.

D'autres rves d'aujourd'hui deviendront la ralit de demain, 
condition qu'on emploie pour amener le succs les procds qui ont
assur  l'industrie moderne une si brillante victoire, si brillante en
effet qu'elle ne surprend personne, except ceux qui sont capables
d'apprcier les difficults d'une entreprise demandant soixante millions
de matriel.

La flottille qui a quitt Valentia presque incognito, reprsentait une
valeur suprieure  celle de la plus riche flotte de galions que
l'Amrique ait jamais envoye  Cadix. Le shah de Perse, quand bien mme
il vendrait tous les diamants qui constellent ses crins, ne pourrait
recueillir assez de livres sterlings pour s'en rendre acqureur. On
n'changerait pas le _Great-Eastern_, vainqueur des Ocans, pour la mer
de lumire.

W. de Fonvielle.



LA CAGE D'OR

NOUVELLE

(Suite)

Encore toute trouble, Sacha se dirigeait vers un fauteuil, lorsqu'elle
aperut sur une table un objet qui jetait des feux scintillants; elle y
porta la main et reconnut dans cet objet la bague qu'elle avait
remarque au doigt du proscrit.

Elle la prit, la considra curieusement, s'assit et demeura si longtemps
absorbe dans sa rverie que le jour commenait  poindre quand elle
songea qu'il tait temps de gagner son lit.


VII

Pendant que sa maison tait le thtre de cet trange incident, Nicolas
Makovlof dans son drowski suivait la route de Kalouga. Il arrivait trois
jours aprs au domaine de son seigneur, laissait sa voiture dans le
village, et sa valise sous le bras il courait au chteau, et glissait un
papier de dix roubles dans la main du bailli, expdient, infaillible
pour obtenir du matre qu'il voulut bien recevoir son ancien mougik.

En effet l'audience ne se fit pas attendre: vingt minutes ne s'taient
pas coules que le serf tait introduit dans le petit salon, o il
trouvait le vieux Laptioukine couch sur un divan,  moiti enseveli
sous une montagne de coussins et envelopp de schals de Perse qui le
couvraient de la tte aux pieds.

Ce spectacle lui permettait d'apprcier  leur valeur les vanits des
gloires d'ici-bas. Une tte chenue, une face parchemine, tanne,
couture, ride comme une pomme qui sort du four, voil tout ce qui
restait du brillant gentilhomme dont avaient rv les belles de vingt
lieues aux alentours. L'oeil seul avait conserv quelque chose de sa
vivacit et de son clat juvniles, il flamboyait sous ses sourcils
buissonneux lorsque l'ancien bottier s'inclina profondment devant son
seigneur.

--Eh! c'est Nicolas, s'cria le comte en donnant une expression joyeuse
 sa voix chevrotante et casse, c'est Nicolas, fils de Pierre, je
remercie Michel Archange qui t'a conduit sur le domaine, Nicolas! Ta
prsence m'a tout ragaillardi, elle me ramne d'une vingtaine d'annes
en arrire, au beau temps o tu fabriquais pour moi de si adorables
chaussures.

La direction que prenaient les souvenirs du comte ne plaisait gure 
Nicolas; aussi se permit-il de l'interrompre avec le geste et l'accent
de la modestie aux abois.

--Pre, s'cria-t-il, il y a longtemps que je l'appelais de tous mes
voeux, ce jour o il m'est enfin donn de poser mes lvres sur la main
du matre de ma race.

--Bon Nicolas! Ta reconnaissance me touche jusqu'aux larmes. Voyons, tu
dois tre fatigu de la route; as-tu t te rafrachir  l'office? Mais
j'y pense, l'hydromel n'est pas la boisson des riches marchands de la
ville sainte; il se vide chez eux plus de vin de France que dans nos
pauvres demeures. Je vais en faire monter une, pour fter ta bienvenue,
et je trinquerai avec toi. Hlas! du bout des lvres, car la goutte,
moins volage que tu ne l'as t, n'a point quitt mes pauvres jambes
depuis que tu as abandonn  d'autres le soin de les chausser.

Le mari d'Alexandra flottait entre la crainte et l'esprance. Tracass
par les importunes rminiscences du vieillard, tranquillis par la
cordiale bonhomie avec laquelle il les traduisait, il accepta avec
gratitude l'honneur insigne que daignait lui faire son seigneur, et vida
coup sur coup plusieurs verres de champagne qui ne contriburent pas peu
 lui rendre son aplomb.

--Sais-tu, reprit le comte, qu'il est beau  toi de ne pas m'avoir
oubli dans ta prosprit et d'avoir entrepris ce long voyage pour
visiter ton vieux matre dans sa retraite, car ce n'est que pour cela
que tu es venu, n'est-ce pas?

--Oh! certainement, seigneur, balbutia Nicolas; pour vous revoir d'abord
et ensuite...

--Ensuite pour autre chose, dit le comte, en achevant la phrase que le
serf avait laisse en suspens. Eh bien! puisque nous avons bu  ton
retour au domaine, passons maintenant aux articles secondaires.

--Comme le seigneur ne l'ignore pas, rpondit Nicolas aprs avoir touss
pour claircir sa voix un peu rebelle, j'ai vaillamment travaill et mon
saint patron ayant bni mes efforts, je suis parvenu  runir quelques
roubles. Mais il n'a pas t donn  l'homme d'tre satisfait ici-bas.
Celui qui trouve un kopeck  ses pieds fait une verste pour ramasser un
brin de paille. Ainsi de moi; je voudrais agrandir le cercle de mes
affaires en trafiquant avec l'tranger; mais, pour y parvenir, il
faudrait voyager et...

--Eh bien? s'cria le comte Laptioukine de l'air le plus naturel du
inonde, ton ide est excellente; et pourquoi ne voyagerais-tu pas?

Un soupir d'allgement souleva la poitrine du marchand.

--C'est que... c'est que... murmura-t-il, le seigneur aura probablement
oubli que je suis rest serf et que je lui paye l'obrosk en cette
qualit.

--Pas du tout. Mais qui peut s'opposer  ce que de serf que tu es je
fasse de toi un homme libre, lequel aurait le droit d'ouvrir son aile 
tous les vents et de promener sa fantaisie aux quatre coins du monde?.

Nicolas poussa une exclamation de joie, se jeta aux pieds de son matre,
lui prit la main et la baisa avec transport.

--Oh! disait le pauvre marchand, que Dieu vous rcompense dans ce monde
et dans l'autre, gracieux seigneur! Je vais lui demander tous les jours
qu'il vous rserve la meilleure place de son paradis. Pardonnez-moi si
je ne vous exprime pas mieux ce que je ressens, mais je succombe  mon
motion.

--Peste! s'cria le comte avec un accent lgrement railleur, il parat
que le got des voyages vous tenait furieusement au coeur, matre
Nicolas! Eh bien, voyons, que comptez-vous m'offrir en change de votre
libert?

Lorsqu'il avait quitt Moskow, le serf tait dcid  sacrifier s'il le
fallait sa fortune pour donner satisfaction  sa bien-aime Alexandra;
mais il n'entendait pas moins disputer cu par cu le prix de son
rachat, comme l'exigeaient ses antcdents de commerant.

--Matre, dit-il, avant de quitter Moskow, j'ai mis vingt mille roubles
dans ce sac; c'est peut-tre la moiti de ce que je possde; mais je ne
saurais regretter d'avoir partag mon bien avec le gnreux seigneur qui
de son esclave aura fait un homme.

Le comte Laptioukine haussa les paules et plissa les lvres d'un aie
ddaigneux.

--Mais, se hta de reprendre Nicolas, si le seigneur pense qu'il est
juste que la totalit lui appartienne, je lui abandonnerai les quarante
mille roubles, en ne gardant pour moi que la protection du bienheureux
saint Nicolas qui ne me dlaissera pas dans mon indigence.

--Tu m'as bien mal compris, Nicolas, reprit le comte; si j'avais envie
de roubles, je ne t'en aurais pas demand vingt mille. Mais tu le vois,
mon garon, je suis arriv  cette priode de l'existence o le plus ou
moins grand nombre de roubles que l'on possde commence  devenir
furieusement indiffrent. J'ai rv que tu ferais mieux pour moi, que je
te devrais une dernire joie qui adoucirait quelque peu les regrets du
pass, qui paraissent, si amers lorsqu'on touche  la fin.

Nicolas tait ple et haletant.

G. de Cherville.

(_La suite prochainement._)



[Illustration: Turkestan.]



[Illustration: LE TREMBLEMENT DE TERRE DE SAN-SALVADOR.]

[Illustration: Le palais du Gouvernement avant le tremblement de terre.]

[Illustration: Maison du Ministre amricain]

[Illustration: Le Consulat franais.]

[Illustration: Le Collge militaire.]

[Illustration: Le bazar du Progrs.]

[Illustration: La Maison haute.]



CONQUTES DES RUSSES DANS L'ASIE CENTRALE

Nous voulons profiter de l'excellente carte du Turkestan publie dans un
prcdent numro (3) de l'Illustration, pour donner un historique
succinct des conqutes des Russes dans ces contres encore peu connues.

(3) Voy. l'_Illustration_ du 21 mai.

Le Turkestan est le berceau de la race turque, qui se subdivise en un
grand nombre de branches. Celle qui domine dans l'Asie centrale est la
branche des Usbeks,  laquelle appartiennent tous 1er khans, les hauts
fonctionnaires et les habitants riches des villes; les nomades se
composent de bandes kirghiz et turcomanes; les esclaves sont en gnral
d'origine perse. On divise encore les habitants de l'Asie centrale en
deux grandes races, les Iraniens et les Touraniens. Les Persans,
sdentaires et industrieux, sont Iraniens; les Turkestans, nomades et
pillards, sont Touraniens. Il est facile de voir que ces groupements ne
donnent pas une ide trs-nette de la composition de ces peuples qui, en
rsum, forment une mosaque de races sous la domination des Usbeks.

La premire expdition des Russes contre le Turkestan remonte au XVIe
sicle, et fut dirige, en 1585, par Netcha, hetman des cosaques de
l'Oural. Les Russes furent dfaits par les Khiuriens et obligs de
battre en retraite.

Le projet fut repris en 1715 par Pierre le Grand, qui lana contre Khiwa
le prince Tchakesse Bekeurtch, qu'il avait converti au christianisme,
fait lev avec beaucoup de soin et nomm officier dans la garde
impriale. La colonne partit du fort d'Alexandrowsk, situ prs de la
presqu'le de Margichlak, et fut entirement dtruite  une trentaine de
lieues de Khiwa par les hordes turcomanes, kirghiz et usbeks.

Aprs ces insuccs, la Russie ajourna ses projets de conqute et se
contenta d'occuper quelques points de la rive orientale de la Caspienne,
et de soumettre  sa domination les tribus kirghiz tablies entre le
Wolga et l'Oural.

Dans les derniers mois de 1839, le gnral Perowski partit d'Orembourg
avec 10,000 hommes pour conqurir Khiwa et les contres comprises entre
la Caspienne et l'Aral. La colonne russe ne put aller  plus de
cinquante lieues au del du fort d'Embinsk; assaillie par des tourmentes
de neige, elle dut rebrousser chemin aprs avoir prouv des pertes
normes.

De mme que les Franais en Algrie, les Russes ne manquaient pas de
prtextes pour reprendre les hostilits  la premire occasion. Leurs
caravanes de marchands taient souvent pilles et les rives de l'Oural
insultes par les hordes nomades aussi insoumises et indisciplines que
celles de nos frontires du Maroc. L'ordre d'avancer fut donn, en 1846,
par l'empereur Nicolas, mais cette fois, au lieu de s'engager
aveuglment dans les dserts situs  l'ouest de la mer d'Aral, les
gnraux russes d'Orenbourg se dirigrent plus  l'Est de faon  gagner
cette mer intrieure et le Syr-Daria. On procda mthodiquement et des
forts solides, protgrent les lignes de communication; trois btiments
 voiles, deux vapeurs en fer furent expdis  grands frais dans la mer
d'Aral. En 1853, les Russes, solidement tablis sur le bas Syr-Daria,
entre les forts d'Aralsk et le fort n 2, rsolurent de frapper un grand
coup contre le khanat de Khokand. Une colonne commande par le mme
gnral Perowski s'avana de cent lieues en remontant le Syr-Daria et se
rendit matresse de la forteresse d'Ak-Mesdjed,  laquelle ils donnrent
le nom de leur gnral en chef, Perowski, en y laissant une garnison de
1000 hommes.

Au mois de dcembre de la mme anne 1853, les Kokandiens, au nombre de
15000 hommes, avec 70 canons, essayrent de reprendre la forteresse et
furent repousss avec des pertes srieuses. Les soulvements des
Kirghiz, qui gnaient les communications entre l'Oural et le Syr-Daria,
arrtrent pendant plusieurs annes les progrs des Russes au Sud;
cependant ceux-ci purent s'tendre  plusieurs centaines de lieues vers
l'Est, sur les confins de la Tartarie chinoise. A la mme poque, la
guerre de Crime obligea l'empereur Nicolas  suspendre les expditions
projetes dans l'Asie centrale.

L'mir de Bokhara, Mozaffar, personnage ambitieux et remuant, profita de
l'affaiblissement de la Russie pour tendre sa domination sur le khanat
de Khokand: sa position de chef de la religion dans le Turkestan lui
permit d'atteindre son but.

Son triomphe, dont les journaux anglais et russes entretinrent
longuement le public, fut de courte dure, car, en 1864, le gnral
Tchernaeff, successeur de Perowski, fut charg de chtier les khans de
Khokand et de Bokhara. A la tte d'une petite arme compose de six
bataillons de ligne, quatorze rgiments cosaques, trente canons et d'une
batterie de fusens, il s'empara successivement des importantes villes
de Turkestan, de Tchemkent et, en mai 1855, il faisait son entre dans
Taschkent, grande et riche cit de 100,000 mes. Un ukase de l'empereur
Alexandre dcrta territoires russes la province de Turkestan, qui
devint dsormais le gouvernement gnral du Turkestan en dpit des
rclamations de l'Angleterre et contrairement  un manifeste du prince
Gortschakoff. La nouvelle frontire moscovite allait jusqu' Tachinas et
suivait la ligne trace sur la carte de l'_Illustration_, sauf le
district de Kuldja et quelques autres districts  l'est de Samarkande,
qui ne furent annexs qu'en 1870 et 1871.

L'mir Mozaffar, excit par le parti musulman, protesta contre l'ukase
imprial et signifia aux Russes d'avoir  vacuer la riche province de
Taschkent. Il eut mme l'audace de faire emprisonner une mission de
trois officiers dont le chef tait le colonel Struwe. Pour toute
rponse, le gnral Tchernaeff sortit de Taschkent, le 30 janvier 1866,
avec une colonne de 2,000 hommes, avec seize canons, et marcha droit sur
Samarkande.

Ce mouvement mal prpar  travers une steppe dpourvue d'eau et de
fourrages devait fatalement chouer. Arrive  Djizak, la colonne russe
se vit oblige de battre en retraite. Tchernaeff disgraci dut remettre
le commandement au gnral Romanowski dans des circonstances difficiles.
Mozaffar, exalt par la retraite de l'ennemi, s'avanait sur Taschkent
avec 5,000 soldats rguliers, 35,000 kirghiz et vingt-et-un canons.

Romanowski, qui n'avait que 2,800 hommes et vingt canons, marcha
rsolument  la rencontre des Bokares et leur livra bataille, le 20 mai
1866, dans la plaine d'Irdjar,  une dizaine de lieues au sud de
Taschkent. Grce  leur discipline,  leur artillerie raye et  une
bravoure remarquable, les Russes remportrent une victoire complte.
Mozaffar s'enfuit  tire d'aile jusqu' Samarkande, tandis que son
heureux adversaire, sans perdre un instant, s'emparait du fort de Naou
et se prsentait le 29 mai devant Khodjent, grande et belle ville de
60,000 mes, situe  l'intersection de cinq routes, le point le plus
central des relations commerciales entre la Perse, l'Afghanistan, la
Russie, l'Inde et la Chine. Le 5 juin, la ville tait emporte d'assaut
malgr la rsistance dsespre des Khokandiens.

Le gnral Romanowski organisa avec un soin minutieux sa base
d'oprations sur le Syr-Daria et marcha au sud aussitt aprs les
chaleurs. Le 5 octobre il assigeait la forteresse d'Oratupa, qui
succombait le 14. Dj il avait atteint Djizak,  trois marches de
Samarkande, lorsqu'il fut inform que l'mir s'tait enfin dcid 
remettre le colonel Struwe en libert et implorait la paix aux
conditions fixes par le vainqueur. Ce n'tait qu'une feinte pour gagner
du temps; Mozaffar avait bien relch les prisonniers, tout en
continuant ses prparatifs de guerre. Nanmoins, les Russes ne
poussrent pas plus loin, car, mis sur leurs gardes par l'chec du
gnral Tchernaeff, ils sentaient qu'il fallait ne s'engager qu'avec
une extrme prudence dans un pays riche, peupl et en proie au fanatisme
musulman. Aussi, pendant toute l'anne 1867, les hostilits se
rduisirent-elles  quelques combats heureux aux environs de
Yani-Kourgane, qui condamnrent l'mir  s'enfermer dans Samarkande. Le
gouvernement russe profita de l'abattement et de l'inaction de Mozaffar
pour semer la discorde dans son camp et soulever contre lui ses
principaux lieutenants, toujours enclins, comme tous les Asiatiques, 
se rendre indpendants de leur suzerain.

Un ukase du 11 juillet 1867 dcrta la division du Turkestan russe en
deux gouvernements distincts placs sous la haute direction d'un
gouverneur gnral. Ce poste important chut  l'aide-de-camp gnral
Kaufmann, qui l'occupe encore aujourd'hui et dont la rsidence est
dfinitivement fixe  Taschkent, au milieu d'une contre superbe,
jouissant d'un climat tempr et d'une extraordinaire fertilit.

Il nous reste  parler des vnements accomplis de 1868  1873, et qui
sont de beaucoup les plus intressants.

A. Wachter.



BIGARRURES ANECDOTIQUES
LITTERAIRES ET FANTAISISTES.

L'ESPRIT DE PARTI.

(Suite.)


LES CANCANS: 1831-1833.

** Le juste-milieu consent  tout, hormis  s'en aller.

** C'est une charge que leur ordre public.

** Nouvelle prire  l'usage des propritaires: _Que Dieu soit lou
ainsi que toutes nos boutiques...!_

** En 1793, on avait honte de passer pour orlaniste: aujourd'hui
encore, on s'avoue franchement rpublicain ou lgitimiste. Mais les gens
du juste-milieu ne sont partisans que de la tranquillit publique; tous
reculent devant l'pithte d'orlaniste. Preuve de moralit!

** Une requte a t prsente pour que les de Broglie (dont le nom,
d'origine pimontaise, est Broglio) prissent dsormais le nom
d'Imbroglio.

** Il y a trop de perruques dans la Chambre haute, il nous faut
maintenant des pairs verts.

** Le gouvernement aline les forts de l'tat;--nous savons bien de
quel bois il se chauffe.

** Les plus incrdules croient toujours  la faim du monde.

/*
        ** En dmasquant partout C... le directeur,
           Tu crois donc, pauvre sot, lui faire ter sa place?
           Au temps o nous vivons, c'est le mettre en faveur:
           Dis-en beaucoup de bien, si tu veux qu'on le chasse!
*/

** On dsarme  force.--Qui donc? La garde nationale.

** Le juste-milieu a donn l'ordre de faire arrter toute la France
comme suspecte.

** Le baume que le juste-milieu promettait de verser sur la plaie des
ouvriers lyonnais tait du baume d'acier.

** M. Persil commence toutes ses lettres par ces mots: Je _saisis_ avec
empressement...

** Les rpublicains n'en veulent plus, les bonapartistes en veulent un
autre, les royalistes n'en voudraient jamais...

Rest seul contre trois, que voudriez-vous qu'il fit?--Qu'il mourut.

** La France a beau rouler dans l'abme; il y a toujours quelqu'un qui
dit: _fouette cocher._

** Pourquoi diable aussi n'avez-vous pas rcus les plus mauvais
jurs?--Eh! mon ami, il aurait fallu les rcuser tous.

** Le juste-milieu ayant rsolu de faire quelque chose de nouveau, ne
fit pas de btises.

** J'entends tous les jours dire; la Francs fera ci, la France fera
a; moi, je suis persuad que la France ne peut rien faire de son chef.

** Je pose le trne; j'additionne la liste civile; je fais une
soustraction de gloire, une multiplication de misre et une division
nationale.



SALON DE 1873

Source de posie

PAR M. GUILLAUME

Comme on l'crivait ici la semaine dernire, M. Guillaume est un de ces
artistes d'lite  qui la perfection de l'excution ne ferait jamais
oublier la ncessit de la pense. Pour lui, nymphes et desses doivent
tre plus que des cratures aux belles formes; la muse qu'il exposait au
Salon sous le titre de _Source de posie_ en est une preuve nouvelle.

Majestueusement assise, la tte couronne du laurier sacr, l'oeil
tourn vers les cimes clestes, elle s'appuie d'une main sur la lyre
antique, primitivement faite d'une caille de tortue, tandis que de
l'autre elle tient l'urne sainte d'o dcoule l'eau castalide, boisson
pure des potes. Une foule de petits gnies viennent s'y abreuver; leurs
ailes font songer involontairement au mot de Platon: _Le pote est chose
lgre et aile._

Jamais l'immortelle inspiration du grand et du beau n'a t mieux
reprsente que par cette muse au regard calme et profond, au visage
noble et fier,  l'attitude pleine de dignit. Femme par un je ne sais
quoi de doux et d'attachant, elle est desse par la srnit de son
profil olympien; la passion, avec ses dsordres et ses entranements,
n'a jamais pu l'atteindre; elle la domine de toute la hauteur de son
rocher, inaccessible aux profanes; seuls, les initis peuvent s'lever
jusqu' elle, et on sent qu'en s'abreuvant de son onde pure, ils
perdront le got et le souvenir des choses prissables pour ne plus
songer qu'aux jouissances ternelles de l'art.

[Illustration: SALON DE 1873.--Sculpture.--_Source de posie_, par M.
Guillaume.]

SALON DE 1873

_Le prsident Bonjean_

BUSTE EN PLATRE PAR M. SOLLIER

Le nom de M. le prsident Bonjean, connu et estim de tous pendant sa
vie, est devenu aujourd'hui celui d'un martyr. Personne n'a oubli sa
courageuse attitude pendant le sige de Paris et tors des vnements qui
suivirent; averti du danger qu'il courait en restant dans la capitale
abandonne aux mains d'une rvolution sans but, il refusa de fuir, ne
pouvant croire que son honorabilit et sa qualit de magistrat taient
des titres suffisants pour le dsigner  la vengeance des soldats de la
Commune. Arrt comme otage avec Monseigneur Darboy, enferm  Mazas et
lchement assassin au moment de l'entre des troupes de Versailles dans
Paris, il ne cessa d'tonner ses compagnons et ses gardiens eux-mmes
par sa fermet et sa rsignation.

Homme de bien, savant magistrat, citoyen dvou, sa mort a excit dans
la France entire un frmissement d'horreur, et sa mmoire a laiss
d'universels regrets. En reproduisant ici son buste, qui figurait 
l'Exposition, nous ne faisons que rendre un lgitime hommage  ce
martyr, victime innocente des brutales frocits de la guerre civile.

M. Sollier l'a reprsent avec le manteau d'hermine; sans doute le buste
y gagne du caractre, au point de vue officiel; mais il faut bien
reconnatre que les paules, ainsi couvertes, acquirent une largeur
quelque peu exagre qui gte les proportions de l'oeuvre et en
compromet jusqu' un certain point l'harmonie: la tte parat trop
petite. Nous ne doutons pas que l'artiste n'attnue ce lger dfaut,
lors de l'excution en marbre.

[Illustration: SALON DE 1873.--Buste du prsident Bonjean, par M.
Sollier,]



RBUS

Explication du dernier rbus:

Si tu n'as pas d'esclave, tu n'es l'esclave de personne.

[Illustration: Nouveau rbus.]






End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 1584, 5 Juillet
1873, by Various

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LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
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in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER
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If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
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providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
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that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation information page at www.gutenberg.org


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at 809
North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887.  Email
contact links and up to date contact information can be found at the
Foundation's web site and official page at www.gutenberg.org/contact

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit www.gutenberg.org/donate

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit:  www.gutenberg.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For forty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.

Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     www.gutenberg.org

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including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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