Project Gutenberg's L'Illustration, No. 0014, 3 Juin 1843, by Various

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Title: L'Illustration, No. 0014, 3 Juin 1843

Author: Various

Release Date: August 11, 2011 [EBook #37040]

Language: French

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L'ILLUSTRATION, NO. 0014, 3 JUIN 1843 ***




Produced by Rnald Lvesque






L'Illustration, No. 0014, 3 Juin 1843

[Illustration: L'ILLUSTRATION
JOURNAL UNIVERSEL.]

        Ab. pour Paris.--3 mois, 8 fr.--6 mois, 16 fr.--Un an, 30 fr.
        Prix de chaque N, 75 c.--La collection mensuelle br., 2 fr. 75.

        N 14. Vol. 1.--SAMEDI 3 JUIN 1843.
        Bureaux, rue de Seine, 33.

        Ab. pour les Dep.--3 mois, 9 fr.--6 mois, 17 fr.--Un an, 32 fr.
        pour l'tranger,          10              20             40.


SOMMAIRE.

Ncrologie. Lacroix. _Portrait_.--Courrier de Paris. _Une scne de
l'Incendio di Babylonia_.--Les Grandes Eaux de Versailles. _Fontaine du
Point du Jour, bassin de Saturne, pice du Dragon, char d'Apollon,
l'avenue du Tapis vert_.--La Cour du Grand-Duc, nouvelle par Eugne
Guinot (premire partie), avec une _gravure_.--Le Palais des Thermes,
l'Htel de Cluny et la Collection Dusommerard. _Plan du palais des
Thermes et de l'htel de Cluny. Quenouille de buis. Miroir de toilette.
Couteau en Ivoire, Aiguire d'tain, trier de Franois Ier. Vue de la
Galerie._--Acadmie des sciences 1. Sciences mdicales--Revue
Algrienne. Port d'Alger, Colonisation de l'Algrie, Carte du Sahel, le
Port, deux dessins des travaux du port, Razzia par des rguliers
d'Abd-el-Kader,--Bulletin bibliographique. La Russie en
1839.--Annonces.--Modes. Deux gravures.--Correspondance.--Amusements des
sciences.--Rbus.



Lacroix.

[Illustration: Lacroix.--Mdaillon de David d'Angers.]

Sylvestre-Franois Lacroix, l'un des hommes qui ont t le plus utiles 
l'enseignement des sciences exactes en France, vient de mourir. Ses
obsques ont eu lieu samedi dernier. Des dputations de l'Acadmie des
sciences, dont il tait membre, de la Facult des sciences, dont il a
t le doyen du Collge de France, o il tait encore professeur
titulaire, de l'cole polytechnique, o il a enseign l'analyse
infinitsimale, l'ont accompagn  sa dernire demeure.

N  Paris en 1765, d'une famille pauvre, Lacroix trouva,  son dbut
dans la vie, des chagrins et des entraves qui l'auraient arrt
compltement s'il avait eu un caractre moins persvrant. Encore
enfant, accabl sous le poids d'une misre qu'il ne croyait pouvoir
jamais surmonter, il conut la singulire ide de se squestrer
compltement d'une socit dont la constitution semblait lui enlever
toutes chances d'avenir. A la lecture des _Aventures de Robinson_, il
s'tait pris d'un violent amour de la solitude, et il n'enviait plus
d'autre sort que celui du hros de Daniel de Foe. S'embarquer, voguer
vers de lointains parages et vivre de son industrie, abandonn 
soi-mme dans un des lots dserts du grand Ocan, tel tait le rve de
Lacroix. Dans ce but, il chercha  apprendre l'art de la navigation dans
les livres; et ayant bientt reconnu que l'art nautique est entirement
fond sur l'application des sciences mathmatiques, il se livra avec
ardeur  l'tude de celles-ci. Il y fit des progrs rapides. Mauduit,
dont il suivait le cours au Collge de France, le remarqua parmi ses
auditeurs, s'intressa  lui et le recommanda vivement  quelques
savants, dont le crdit le fit nommer professeur des gardes de la marine
de Rochefort, quoiqu'il n'eut alors que dix-sept ans. Quatre ans plus
tard, en 1786, Condorcet, l'un de ses protecteurs, l'appela  Paris
comme son supplant au _Lyce_, que l'on venait de fonder, et qui
subsiste encore aujourd'hui sous le nom d'_Athne royal_. En 1787, la
mme recommandation le fit nommer  l'cole-Militaire. Cette mme anne,
il remporta le prix propos par l'Acadmie des sciences sur les
assurances maritimes; deux ans plus tard il reut le titre de
correspondant de cette Acadmie. Successivement professeur  l'cole
d'artillerie de Besanon, examinateur des aspirants et des lves du
corps de l'artillerie en 1793, chef de bureau  la commission charge de
la rorganisation de l'instruction publique en 1794, adjoint  Monge
comme professeur de gomtrie descriptive  la premire cole normale,
professeur de mathmatiques  l'cole centrale des Quatre-Nations,
professeur d'analyse  l'cole polytechnique et membre de l'Institut
aprs la mort de Borda, en 1799, professeur de mathmatiques et doyen 
la Facult des sciences, lors de la rorganisation de l'Universit,
examinateur permanent des lves de l'cole polytechnique, professeur au
Collge de France en 1815, il remplit toutes ces fonctions avec un zle
et un talent qui ne se sont jamais dmentis, jusqu'au moment o l'ge et
la maladie l'ont forc  se faire suppler.

Lacroix a laiss un nombre assez considrable d'ouvrages qui constituent
un cours complet de mathmatiques pures, depuis les lments de
l'arithmtique jusqu'aux sujets les plus ardus de l'analyse
infinitsimales. Tout au contraire de certains auteurs qui abusent de
leur position pour faire, de publications de ce genre, de simples
spculations, qui n'hsitent pas  introduire dans chacune de leurs
nombreuses ditions des modifications de forme tout--fait
insignifiantes, uniquement pour forcer les lves de chaque anne 
acheter la plus rcente de ses ditions, Lacroix avait travaill avec
assez de soin et de conscience  ses divers ouvrages pour n'avoir t
oblig d'introduire plus tard que les changements rclams par les
progrs de la science. Ses _lments d'Arithmtique et d'Algbre_ seront
longtemps encore tudis avec fruit. Son _Trait lmentaire du Calcul de
la probabilit_ a rendu le service de mettre  la porte des personnes
peu verses dans la haute analyse les rsultats auxquels de grands
gomtres taient parvenus par des mthodes trop savantes pour tre
jamais vulgarises. Son _Essai sur l'enseignement_ respire l'amour de la
jeunesse et du progrs des sciences, et renferme des vues excellentes.
Mais son grand _Traite de calcul diffrentiel et de calcul intgral_ en
3 vol. in-4, est le plus important de ses ouvrages; aussi ce livre, o
il a runi tout ce qui a t crit de plus profond sur la matire,
a-t-il t plac, par le jury charg de dcerner les prix dcennaux,
immdiatement aprs le _Trait de mcanique analytique_ de Lagrange.

Enfin, la vie entire de Lacroix a t consacre  l'tude et 
l'enseignement de la science. S'il ne s'est pas plac, par ses travaux
originaux, sur la ligne des grands gomtres tels que Lagrange, Laplace,
ou mme Fourier, Poisson et Legendre, il a mrit, par les services
qu'il a rendus dans les diffrentes chaires qu'il a occupes et dans ses
ouvrages destins  l'instruction publique, un rang honorable
immdiatement aprs ce noms illustres.



Courrier de Paris

J'tais fort tranquillement tendu sur un moelleux divan, mon ami
intime, remuant dans ma cervelle je ne sais quels rves lgers, _nescio
quid ungarum_, lorsque mon Frontin, qu'on me passe le mot, entra avec
cette allure effare qui lui est ordinaire. Il faut qu'o sache que le
drle n'en fait jamais d'autres. Toutes les fois qu'il ouvre ma porte,
je crois voir arriver une sinistre nouvelle; c'est un de ces gens qui
vous disent: Monsieur veut-il ses pantoufles? du ton dont ils
annonceraient la fin du monde, et qui brossent vos habits et cirent vos
bottes d'un air dsespr.

Monsieur, dit mon homme, c'est une lettre! et il me regardait d'un oeil
inquiet.

                                       ...--Eh bien! c'est une lettre
        Qu'en mes mains le portier t'aura dit de remettre.

--Oui, monsieur.--Cela suffit, va-t-en!

Je brisai le cachet et je lus ces mots: Vous tes pri d'assister 
L'incendie de Babylone.--Diable! m'criai-je, la chose est grave; un
incendie! et l'on veut que j'en sois le tmoin et le complice! mais le
Code pnal est formel; il s'agit des galres. L'incendie de Babylone
encore, l'orgueil et la souveraine de l'Orient! Si du moins c'tait une
bicoque, le cas peut-tre serait moins pendable; on pourrait plaider les
circonstances attnuantes!--Cependant je cherchais  lire un nom au bas
de la lettre, comptant sur la signature de Smiramis ou tout au moins
sur celle de Nimas. Point de signature! un billet anonyme! l'anonyme, ce
masque des pervers, me donna des soupons. Le coup part de la main de ce
tratre d'Assur, pensai-je: Oh! _perfecto, scelerato Assuro!_

Du reste, rien n'y manquait; tout tait prvu avec une abominable
attention pour me faciliter le crime; on m'annonait le jour, l'instant,
le lieu: samedi, 27 mai, neuf heures et demie du soir, rue du Bac, 12.
Il n'y avait pas moyen d'chapper.

Choisir les tnbres profondes, quel raffinement d'incendiaire! La belle
affaire, en effet, qu'un incendie en plein midi! Mais que cela fait
bien, le soir, quand tout sommeille  l'ombre de la nuit!

Mon premier mouvement fut d'avertir les pompiers et M le Commissaire de
police; je ne sais quelle infernale pense m'en empcha; mon oeil
s'illumina tout  coup d'une flamme froce, un sourire diabolique erra
sur mes lvres, l'atroce ricanement de Mphistophls s'chappa de mon
gosier aride, et j'eus un accs de Nron mettant le feu aux quatre coins
de Rome. Que vous dirai-je? Voir Babylone rue du Bac, n 12, la voir
brler comme un fagot, me parut une rare dlectation, un plaisir
superfin. Horreur!

La nuit venue et l'heure fatale ayant sonn  ma pendule telle qu'un
glas funbre, je me jetai sournoisement dans les profondeurs d'une
citadine, comme un sclrat qui cherche  viter l'oeil de MM les
sergents de ville. Mon attelage thique, semblable  ce cheval dcharn
de la Mort dont parle l'Apocalypse, me conduisit  travers les routes
les plus sombres et les plus tortueuses; le ciel tait de mauvaise
humeur; une pluie sinistre tombait goutte  goutte, le vent poussait de
petits gmissements lugubres, balanant dans l'air des lueurs blafardes
 et l suspendues, que j'ai cru reconnatre plus tard pour des
rverbres.

Enfin j'arrive, Le chemin de Babylone? demandai-je d'une voix altre 
un grand diable debout sur la porte (quelque Ammonite sans doute, ou
quelque Moabite en captivit).--Au premier, l'escalier  gauche, me
rpondit-il sans plus s'mouvoir qu'une pice de bois, comme dit
Climne. Au mme instant, un bruit effroyable se fit entendre: c'tait
un pot de fleurs qui tombait d'une fentre et se brisait avec fracas 
dix pas de moi, A cette preuve de jardins suspendus, je fus convaincu
qu'en effet j'tais  Babylone.

Mon coeur battait avec violence tandis que je montais l'escalier et ce
n'est pas sans terreur que j'entrai dans l'enceinte Babylonienne. Que
voulez-vous? les plus endurcis; palissent sur le seuil d'un forfait.
Mais quel fut mon tonnement! Je m'attendais  pntrer dans une caverne
aussi noire que la caverne des bandits de Gil Blas, et j'tais au milieu
d'un immense et magnifique salon, tout brillant d'or et de lumire! Je
croyais tomber dans une bande sinistre de Babyloniens atroces et
d'horribles Babyloniennes arms de torches, de briquets phosphoriques et
autres instruments incendiaires, et, de tous cots, je voyais
d'agrables visages, un air de fte partout rpandu, des Babylonniens
gants et vernis, des Babyloniennes au doux accueil, au fin regard, aux
blanches paules demi-nues, la gaze et la soie, le sourire sur les
lvres, la fleur et le diamant dans les cheveux! Tout bloui et tout
charm, je sentis que s'il y avait rellement un crime  commettre de
moiti avec ces jolies complices, on le commettrait de tout son coeur.

A chaque coup d'oeil que je donnais  droite ou  gauche, c'tait une
dlicieuse dcouverte, ou plutt une reconnaissance. Je retrouvais peu 
peu toute la Babylone lgante et spirituelle: le talent, le got, la
grce, la beaut; ici, l'crivain et l'artiste, des noms rcemment
clbres et de vieux noms; et, pour ornement, cette guirlande de jolies
femmes parfumes et fleuries, que Babylone tresse pour tous ses plaisirs
et qu'on rencontre dans toutes ses ftes: les perles du faubourg
Saint-Germain, la fine fleur du boulevard Italien. L'erreur n'tait plus
possible; je n'avais pas affaire  des incendiaires, mais aux plus
aimables gens du monde, et s'il fallait craindre un incendie, c'tait
seulement de la part de certaines prunelles adorables qui tincelaient
 et l et jetaient leur feu.

Toute cette socit, pare et souriante, et venue l non pour assister
au sac et au brlement d'une ville, mais pour passer quelques-unes de
ces heures o se plat Babylone, heures pleines d'clat, de fines
causeries, d'esprit vif et dli, et de chants mlodieux; et, certes, il
ne s'agit pus seulement d'une romance, d'une cavatine ou d'un duo, mais
d'un opra tout entier, d'un opra en deux actes: _L'Incendio di
Babylonia_.

Chut! faites silence, messieurs; et vous, mesdames, soyez sages; le
spectacle va commencer; si le chef d'orchestre ne donne pas le signal,
en frappant trois coups sur la cabane du souffleur, c'est que nous
n'avons pas de chef d'orchestre; mais entendez le piano aux touches
rapides et sonores, il remplace  lui seul, sous des mains habiles, tout
le bataillon des instruments  cordes et  vent.

[Illustration: L'_Incendio di Babylonia_, opra-Buffa en 2 actes,
paroles de M.***, musique de M. le comte de Feltre--Scne 4 du 1er acte.
Personnages: Orlando, M. Ponchard; Clorinda, madame Damoreau; Ferocino,
M. *** Le tyran surprend le billet tendre donn par Orlando  la
princesse.]

Le thtre reprsente une fort vierge, ce qui rpand tout d'abord sur
la scne un parfum d'honntet et de candeur; dcor charmant, qui ferait
envie aux thtres privilgis et patents. Quatre grands gaillards
entrent dans la fort; du front ils touchent aux frises, et paraissent
forts comme des Turcs. Il y a une bonne raison pour cela, c'est que ce
sont des Turcs en effet. _Cherchiamo! cherchiamo! cherchiamo!_
s'crient-ils. Que cherchent-ils? personne ne le sait; ils ne le savent
pas eux-mmes. Vous sentez combien cette exposition est mystrieuse et
saisissante.

Mais voici Ferocino! Ai-je besoin de vous faire connatre sa personne et
son caractre? son nom le dnonce suffisamment, Ferocino est froce; il
porte de terribles moustaches, un large feutre aux plumes flottantes, un
vtement de velours noir, insigne du sclrat, un long poignard _per
trucidare_. Ferocino vient dans la fort pour pouser la princesse
Clorinda. Il a un rival; mais il le tuera. On n'est pas Ferocino pour
rien.

Une douce voix de gondolier roucoule dans le lointain: il parat que le
grand canal de Venise traverse la fort vierge. _Felice gondoliere!_
s'crie Ferocino avec amertume; il ne connat pas le _pene di amore!_
Ainsi le terrible Bajazet s'arrta un jour avec mlancolie devant un
ptre qui soufflait nonchalamment dans ses pipeaux champtres. Cette
situation est du haut sublime.

Un tranger demande  voir Ferocino. Le tyran l'accueille avec bont.
Les forts vierges sont si commodes pour y donner audience! Ton nom?
demande Ferocino.--_Io sono pelerino persecuto per la fata_.--Ton nom,
te dis-je? _Io sono pelerino persecuto_.--Ton nom, encore un coup?--Io
sono pelerino.--Signor, signor, rabachate, rpond Ferocino avec
douceur.

Arrivs  ces termes de la discussion, il est clair que nous touchons 
une catastrophe. Le plerin jette l sa robe grise et se dvoile; plus
de plerin! Place au rival de Ferocino, au troubadour Orlando, chevalier
de la Lgion-d'honneur, Ici une scne terrible: Orlando et Ferocino se
mesurent des yeux, et expriment leur rage dans un duo galant: _Volo te
transpersar! volo te echignar!_ c'est horrible!

Arrive Clorinda. L'ingnieux Orlando veut lui glisser adroitement un
billet doux, format in-4; Ferocino l'arrte au passage. Fureurs,
vanouissements; on se battra  mort: _Volo te echignar! vota te
transpersar!_ Que de sang va couler!

Clorinda en devient folle; il y de quoi: _perdita la boula_: elle est
ple _e def'risata_, mais dfrise d'un seul ct, circonstance qui
laisse une mche d'espoir.

Sonnez, clairons! battez, tambours! Orlando revient vainqueur Ferocino
est tendu quelque part dans un coin de la fort, _transpersato,
juguleto, abimeto_. Joie des deux amants; Clorinda recouvre la raison et
sa frisure.

Vous me croyez dfunt s'crie tout  coup une voix terrible; mais je
n'tais que bless, _solamente blessato_. Je pourrais vous chtier, je
prfre vous donner ma bndiction. Et Ferocino, ressuscit, bnit et
marie la princesse et le troubadour, _O generose rivale!_ Aprs tout,
dit philosophiquement Ferocino, si je perds une femme, je recouvre la
vie, ce qui _doubla mia flicita._

Cet admirable pome a obtenu un succs d'enthousiasme. Au milieu des
applaudissements, Ferocino est venu dire d'une voix mue: L'ouvrage qui
vient de causer une si vive sensation est tir d'un manuscrit indit du
Dante. Personne n'a paru en douter. Le style peut-tre ne rappelle pas
prcisment celui de la Divine Comdie, mais aussi le fond n'est pas
exactement le mme, et les hommes de gnie ont toujours deux styles pour
deux sujets diffrents.--Quant  l'auteur de la musique, il se nomme il
signor Pilliardini.

Non pas Pilliardini, matre Ferocino. Finissons la comdie et ne
plaisantons plus. Puisque vous avez dissimul le nom du spirituel et
ingnieux compositeur, je le nommerai, moi: c'est M. le comte de Feltre.
M. de Feltre et le signor Pilliardini n'ont rien  faire ensemble;
Pilliardini butine  droite et  gauche, une ide  l'un, une phrase 
l'autre, c'est son mtier. Sans cette rapine, il signor Pilliardini
mourrait d'inanition. M. de Feltre vit de ses revenus et fait sa rcolte
sur ses propres domaines; il ne doit rien qu' lui-mme; esprit,
science, invention aimable et fconde, tout ce qu'il fait entendre lui
appartient. Aimez-vous le naf ou le piquant, le galant ou le tendre, M.
de Feltre est votre homme. Les salons de Paris en savent quelque chose,
et rptent avec prdilection mille charmantes mlodies, filles
gracieuses de ses loisirs.

Cette fois, M. de Feltre a fait plus qu'un nocturne, plus qu'un
spirituel couplet, plus qu'un joli duo: il a fait un opra, il a fait
une partition pleine d'lgance, de got et de talent. D'abord, il s'est
conform au ton railleur du pome, amusante parodie du genre italien;
mais peu  peu, laissant l'exagration satirique, M. de Feltre s'est
abandonn  de dlicieuses inspirations; si bien qu'Auber, qui coutait,
a dit; Il n'est pas facile de plaisanter comme cela!

Avec quel transport le parterre applaudissait; et quel parterre! un
parterre comme vous n'en avez jamais vu, comme vous n'en verrez jamais.
Les plus beaux cheveux, la peau la plus blanche, les plus fines mains,
un parterre de jolies femmes, enfin. Ce n'tait pas ce gros et brutal
bravo qui s'chappe avec violence des _battoirs_ virils, mais un petit
bruit caressant, doux et velout, qui a d chatouiller l'oreille de M.
de Feltre.

Oui, mesdames, donnez des bravos, tressez des couronnes pour M. de
Feltre, mais n'oubliez pas les chanteurs: les chanteurs ont tous
vaillamment et gracieusement combattu dans cette mmorable soire,
depuis le premier Turc jusqu'au dernier. Quelle voix dlicate et suave
que la voix de Clorinda! Eh! vraiment, je le crois bien: Clorinda chante
par le mlodieux gosier de madame Damoreau! Qu'Orlando a de got et de
savoir! comment s'en tonner? Orlando est Ponchard! Ces deux artistes
clbre ont prt  M. de Feltre l'appui de leur talent, avec une grce
exquise; aussi voyez quelle pluie de roses inonde madame Damoreau! elle
veut marcher, et  chaque pas son pied foule un bouquet embaum, sans
compter les bouquets de rimes galantes et les tendres adieux. Hlas! le
Nouveau-Monde nous enlve madame Damoreau; l'Amrique nous vole cet cho
mlodieux; adieu! partez! lui disaient de toutes parts ces bravos, ces
couronnes et ces vers; partez, puisqu'il le faut, mais ne nous oubliez
pas!

Quant  vous, seigneur Ferocino, je ne vous perds pas de vue, et vous ne
m'chapperez pas: vous avez beau faire; en vain vous cherchez  vous
dissimuler, en vrai tyran, sous votre large feutre, derrire votre
atroce poignard, l l'abri de votre barbe formidable; ou vous connat;
on sait qui vous tes: et si l'on voulait, ou vous nommerait en toutes
lettres; mais vous le dfendez: vous avez l'originalit d'avoir un got
rare, une admirable voix, un sang-froid charmant, et de garder
l'anonyme! Vous jouez, vous chantez ce terrible rle de Ferocino comme
le ferait un acteur spirituel, un chanteur excellent, et vous ne voulez
pas qu'on le dise.--Ah! pardieu, vous tes un singulier homme! Nous le
dirons malgr vous, pour vous faire de la peine; car, voyez-vous,
Ferocino, nous vous gardons une rancune! tre un homme de loisir, un
homme du monde heureux, avoir le droit de ne rien savoir et de ne rien
faire, et se permettre un talent comme le vtre, c'est rvoltant; si
l'on ne se retenait, on irait vous en demander raison.

Ou a cru un moment que Rossini viendrait  cette soire splendide; il
n'est pas venu; peut-tre se reposait-il encore de la fatigue du voyage.
Savez-vous en effet sa grande nouvelle? une nouvelle qui court de salon
en salon et fait tressaillir tous les chos de l'Acadmie royale de
musique: Rossini revient! Rossini est revenu! Le mot: Madame se meurt!
madame est morte! ne produisit pas une motion plus grande sous les
votes de Versailles et de Saint-Denis.--Ce n'est pas une vaine rumeur,
une plaisanterie, un _puff_; on l'a vu, on l'a reconnu; c'est bien lui,
Rossini!... Aprs dix ans d'absence et de retraite, le voil!

Que vient-il faire? Le sublime boudeur est il apais? Le chantre
mlodieux s'est-il lass de faire le muet? Quelque Guillaume Tell,
quelque Othello est-il descendu de chaise de poste avec lui? On le
dsire, on l'espre, l'Opra fait des neuvaines pour attirer cette
bndiction d'en haut, et M. Lon Pillet va de temps et temps en
plerinage  Notre-Dame-de-Lorette. Cependant l'illustre maestro se tait
et continue de s'envelopper de silence et de mystre:  peine s'est-il
montr;  peine quelques lus ont-ils pu entrevoir et adorer le _dieu_
de la musique. Tout ce qui chante, tout ce qui racle une corde, tout ce
qui souffle dans un instrument, tout ce qui assemble des notes, depuis
le plus illustre matre jusqu'au joueur de mirliton et de guimbarde,
s'est fait inscrire chez Rossini. On frappe  sa porte du matin au soir,
on s'incline sur le seuil, ou se signe sous les fentres; le concierge
demande un supplment de logement pour placer les cartes de visite......
Eh bien! aprs tant de dmonstrations, de salutations et d'adorations,
savez-vous ce que Rossini est capable de faire? Il est homme  partir un
beau matin, laissant l son monde bahi, de retourner  Bologne et
d'crire  M. Lon Pillet: Mon cher monsieur, je n'tais revenu  Paris
que pour gurir mon estomac et ma gastrite. Adieu. Vous apprendrez, je
pense, avec plaisir que, depuis mon retour, je digre bien. Tout  vous.
ROSSINI.

Puisque nous voici  l'Opra, n'en sortons pas sans donner de bonnes
nouvelles: Carlotta Grisi, qu'on craignait de perdre, a renouvel son
engagement; nous gardons la willi pour trois ans encore. Fanny Ellsler
ne danse plus que sur des millions: Taglioni voltige  droite et 
gauche; du Midi au Nord, de l'Orient  l'Occident; on court aprs la
Crito aux pieds lgers, sans pouvoir l'atteindre. Dans cette situation
difficile, il faut bien se contenter de Carlotta, et remercier
Terpsichore (vieux style).

Les furets de coulisses n'ont pas publi le chiffre de son nouvel
engagement, je veux dire de ses appointements; mais on le devine, un pas
de willi ne peut gure se donner  moins de 30.000 francs par an. Lord
Pluncket offre dix schellings  Chatterton; un pote, un homme de gnie,
ne vaut pas davantage; mais pour un entrechat et un rond de jambe, c'est
autre chose; milord videra son portefeuille.

Barroilhet aussi nous reste; quant au total de son trait, on le
connat: il s'agit d'une bagatelle, de 70.000 francs par an; 70.000
francs pour chanter: _Pour tant d'amour ne soyez pas ingrate!_ La belle
invention que la romance!... Pour tant de mille francs ne chantez jamais
faux,  Barroilhet!

La presse se propage et prend tous les noms et toutes les formes: que
deviendra cette population de journaux? c'est une vritable famille de
mre Cigogne; chaque jour en fait clore par douzaines; il est vrai que
la plupart ne naissent pas viables et meurent le lendemain. Voici venir
le _Journal des cataractes_; il a placard; cette semaine, son
prospectus sur les grands murs de la ville, et fait sonner sa trompette
dans les feuilles d'annonces.--Eh! pourquoi pas un _Journal des
cataractes?_ faut d'autres font fortune, qui ne s'adressent qu' des
aveugles!

Tandis que Paris s'amuse, rit et s'occupe de ses chanteurs et de ses
danseuses, la mort continue  frapper  son seuil indistinctement. Ici
une fte, l un deuil; une larme de ce ct, de l'autre un clat de
rire. Les jours se passent ainsi, voils d'un crpe, couronns de
fleurs; on s'habitue  cette vie et l'on y songe  peine. L'humanit
ressemble  un tre mort et vivant par moiti: le bras droit s'agite,
l'oeil droit regarde, une lvre sourit;  gauche, le bras, l'oeil, sont
immobiles, et la lvre ple et teinte.

Mademoiselle Des..., une blanche jeune fille de seize ans, un de ces
anges doux et souriants qu'on regarde passer, est morte il y a trois
jours, enleve rapidement, comme par un coup de foudre, le lendemain
d'un bal Esprit, jeunesse, beaut, l'espoir d'une vie riante et adore,
tout a fui. Non, aprs ce que j'ai vu, la sant n'est qu'un nom; les
grces, les plaisirs, la fortune, ne sont qu'une apparence: la vie n'est
qu'un songe, dit Bossuet.



Les Grandes eaux de Versailles.

Les eaux de Versailles sont bien dchues de leur antique splendeur;
d'ordinaire le Titan enseveli sous les rochers ne tire plus du fond de
sa puissante poitrine qu'un maigre filet d'eau; les grenouille mouillent
 grand'peine la tte de Latone; le serpent Python, qui lanait
superbement dans les airs sa gerbe audacieuse, vieilli, puis,
languissant, a perdu plus de la moiti de sa vigoureuse baleine; enfin,
les phoques eux mmes et les Tritons, ces dieux marins, n'ont plus assez
d'eau pour remplir leurs narines et leurs conques: Amphitrite semble
leur mesurer dsormais le perfide lment. Cette pauvret, qui va
croissant, date du grand roi lui-mme; et Louis XIV, malgr l'effort
constant des machines et des canaux, voyait l'eau se desscher dans ses
bassins, et se drober sous ses divinits nautiques: L'eau manquait,
quoi qu'on pt faire, dit Saint-Simon, et ces merveilles de l'art en
fontaines, se tarissaient, comme elles font encore  tous moments,
malgr la prvoyance de ses mers de rservoirs, qui avaient cot tant
de millions  tablir et  conduire sur le sable mouvant et sur la
fange. La Fontaine commettait donc une insigne flatterie lorsqu'il
chantait ainsi dans sa Psych les bassins royaux;

        Jamais on n'a trouv ces rives sans zphyrs;
        Flore s'y rafrachit au sein de leurs soupirs,
        Les Nymphes d'alentour souvent dans les nuits sombres
        S'y vont baigner en troupe,  la faveur des ombres.

Les Nymphes ne pouvaient tout au plus y prendre qu'un bain de pieds.

Cependant les eaux de Versailles sont encore riches, assez pour retenir
le nom d'incomparables qui leur fut donn par les dtracteurs mmes de
Versailles et du grand roi; mais beaucoup les mprisent aujourd'hui,
parce qu'elles sont abandonnes  la foule bourgeoise, parce qu'elles
sont devenues de banales rjouissances, semblables aux feux d'artifice
et aux divertissements des Champs-Elyses.

Les potes, coeurs solitaires, viennent sous les ombrages de Versailles
rver aux temps vanouis, aux splendeurs clipses; ils viennent
rveiller dans le parc dsert les souvenirs du grand sicle, demander
aux statues pensives:

                                .... Les secrets de ce pass trop vain,
        De ce pass charmant, plein de flammes discrtes.
        O parmi grands rois naissaient les grands potes.

La nature, si oublieuse partout ailleurs, semble porter ici, au
contraire, l'ineffaable empreinte de ses premiers matres; des ombres
amoureuses, des fantmes magnifiques peuplent ces alles silencieuses,
le vent murmure les vers de Racine et de Molire, les grands escaliers
apparaissent encore

        Monts et descendus par des gens en parure.

Le pote se mle  la foule des courtisans brods et dors, il rend 
Versailles ses ftes, ses amours d'autrefois, et il croit voir briller
l'image clatante du grand roi dans les eaux jaillissantes, teintes de
mille couleurs par les rayons de ce soleil que Louis XIV avait pris pour
emblme. Mais,  toutes ces belles imaginations, il faut le silence et
la solitude, il faut le parc dsert et les charmilles abandonnes. Comme
le fidle serviteur des anciens seigneurs, le pote s'enfuit devant la
foule des nouveaux matres, qu'il traite en lui-mme d'usurpateurs
profanes et sacrilges; il dteste, dans ce chteau royal, la fte
bourgeoise, la rjouissance plbienne.

Cependant ils arrivent ces nouveaux matres. Marie-Antoinette,

        De Trianon l'auguste et jeune dit,

[Illustration: Eaux de Versailles.--Fontaine du Point du Jour.]

comme l'appelait Delille; Marie-Antoinette, au grand scandale de tous,
mettait trente-cinq minutes  faire le chemin de Paris  Versailles,
crevant les piqueurs et les chevaux. La foule, nouvelle matresse de
cans, y arrive moiti plus vite que la reine Marie-Antoinette, et dans
un quipage cent fois plus beau, plus splendide  voir, _iguiromis
equis_; chacun des bonds de ces vigoureux coursiers apporte  la fte
mille nouveaux spectateurs, et ce flot toujours croissant envahit les
avenues, les bosquets, les charmilles, les jardins, se heurtant, se
pressant dans les immenses alles, devenues trop troites pour contenir
Paris tout entier. Paris endimanch, Paris qui vient visiter son chteau
et son parc de Versailles Louis XIV n'arrivait pas avec cette pompe et
ce fracas. Napolon et tout son cortge imprial ne suffisaient pas 
remplir ainsi la vaste demeure; Versailles tait vritablement fait pour
le peuple, car le peuple est seul assez grand pour en peupler les
immenses solitudes. Mieux encore que le grand roi, il peut dire:
Versailles, c'est moi; car c'est lui qui l'a pay, c'est lui qui l'a
bti, c'est lui qui l'a plant. Vingt mille francs! vingt mille francs!
disait Louis XIV  chaque petit article nouveau du plan que lui exposait
Le Ntre; c'est--dire vingt mille francs de taxes, vingt mille francs
d'impts ajouts encore  la misre publique. Les alles s'levaient
tout d'un coup par enchantement, plantes d'une seule fois,  un
roulement de tambour; les eaux de la Seine taient apportes sur la
montagne, de gigantesques travaux essayaient de dtourner le cours de
l'Eure; mais toutes ces merveilles s'accomplissaient  la ruine des
misrables; l'infanterie entire, l'infanterie glorieuse de Rocroy et de
Fribourg, prissait  la tche; trente six mille travailleurs se
consumaient pour ces feries royales: Toutes les nuits, dit madame de
Svign, on emportait des chariots remplis de malades et de morts.
--_Et puis, par un triste retour, le sang des gardes du corps_ de la
raine, qui rougit encore une des corniches du chteau, n'atteste-t-il
pas que le peuple, aprs avoir pav de son argent et construit de ses
bras le royal Versailles, y est entr un jour en conqurant, en matre,
disant:

        C'est pour me divertir que les nymphes sont faites,
        C'est pour moi dans ce bois que de savantes mains
        Ont ml les dieux grecs et les Csars romains...?

Pourquoi donc s'tonner que le bourgeois veuille jouir  son tour de ces
ombrages et de ces eaux? Pourquoi ferait-il tache  toute cette
magnificence de verdure et de marbre? Sans doute il ne vient point au
parc chercher des motions historiques; il ne vient point rver sous les
arbres.

        D'o tombaient autrefois des rimes pour Boileau;

il ne pense gure aux femmes de l'autre temps; il ne se rappelle point
dans ces bosquets-, auprs de ces bassins.

        Chevreuse aux yeux noys, Thiange aux airs superbes:

et lorsqu'il se promne en famille dans cette charmante Alle d'eau, il
se soucie assez peu de savoir que la Dubarry aimait singulirement cet
ombrage, qu'elle y venait tous les jours suivie de son fameux petit
ngre Zamor, qui portait la queue de sa robe. Non, ses connaissances
historiques ne remontent pas au del de 89 et tout au plus a-t-il
entendu parler des infamies du Parc-aux-Cerfs.--Il vient simplement se
promener au milieu de cette verdure, la plus puissante et la plus
paisse qui soit au monde; il vient goter la fracheur aimable de ces
lieux, et regarder aussi, lui, aux grands jours, les _effets
incomparables_ des grandes Eaux Versailles, avec ses charmilles
infinies, ses vases, ses statues innombrables, ses merveilles de toutes
sortes, est la villa du pauvre, sa fantaisie impriale, son palais
enchant tel qu'il l'a vu parfois dans ses rves, et plus sa vie de tous
les jours est sombre et chtive, mieux il sent aux heures de fte, la
fastueuse beaut de ces palais et de ces jardins.

[Illustration: Eaux de Versailles.--Bassin de Saturne ou de l'Hiver.]

Mais son motion manque de recueillement; la foule n'est point
lgiaque, elle ne subtilise pas devant cette nature prodigieuse qui
tonne la pense des sages; elle ne s'amuse pas  comparer les arbres
taills, les alles tires au cordeau,  notre littrature classique:
elle ne trouve point que le parc de Versailles ressemble  une tragdie
de Racine, o se voit une fconde nature discipline par un art non
moins fcond, o la fantaisie se fait si rgulire et la vigueur si
modre que les malhabiles sont tents de les nier tous les deux. Le
bourgeois, aprs avoir parcouru les galeries du chteau, poursuit sa
course heureuse  travers ces autres galeries de verdure, sous ces dmes
de feuillage, dans ces vastes appartements en plein air dont les
charmilles paisses forment murailles: pour lui le parc de Versailles
c'en est encore le chteau; les alles, les bosquets, les ronds-points,
tout peupls de statues et de grands vases, sont les galeries et les
salles d't de ce magnifique palais. Et c'tait ainsi que Louis XIV
comprenait son jardin, c'tait ainsi que l'avait conu Le Ntre, prtre
de Flore et de Pomone encore, comme l'appelait La Fontaine.

[Illustration: Eaux de Versailles.--Pice du Dragon.]

[Illustration: Eaux de Versailles.--Char d'Apollon.]

Cependant que les uns sont au jardin de la reine  respirer le parfum
des fleurs, que les autres foulent la grande pelouse et s'exercent
infructueusement  suivre la ligne droite, les yeux ferme, voici que
les eaux arrivent derrire les charmilles on les entend dj; une
fracheur soudaine se rpand dans l'air; une humide ventilation agite
les feuillages; les Ondins babillards se rveillent tout  coup du fond
des noirs bassins, et gazouillent doucement dans le fourr; de tous
les cts, sans qu'on sache d'o sortent ces notes perles, ces clairs
murmures, l'eau chante, l'eau parle comme dans les contes de fes,
_strepit lympha loquax,_ Il semble que chaque arbre recle une source
murmurante; que derrire chaque massif se cache une naade en pleurs;
qui sanglote harmonieusement; que dans chaque vase trusque les lutins
familiers empruntent pour jaser entre eux la voix douce et flte d'une
petite gerbe d'eau. Puis s'lvent au-dessus de ce concert universel les
notes puissantes, les tons plus graves des grands bassins qui lancent
jusqu'au ciel leurs flots rayonnants, et se rpandent au soleil en
nappes cumantes. Alors tout le parc prend un air de fte inaccoutum,
toutes les mornes statues, enchanes dans leurs gaines ternelles, se
font un visage moins morose; les Csars drident leurs front soucieux,
et le vieux Faune, qui depuis des sicles riait tout seul au fond des
bois, s'tonne de cette allgresse unanime, de cette joie vive rpandue
dans les airs. Puis chacun se presse, se heurte, court  perdre haleine,
tranant aprs lui ses petits enfanta qui veulent tout voir, et qui
n'ont qu'une heure pour faire toutes ces stations de joie, qu'une heure
pour s'merveiller devant tous ces bassins, tous ces jets d'eau, toutes
ces cascades resplendissantes; un coup d'oeil pour le Titan et ses
rochers, un regard pour la Gerbe, un autre pour le bassin de Saturne,
pour le cabinet des Muses.

Vite aux grandes pices, dpchons-nous, l'heure s'avance: voici d'abord
Latone et ses deux enfants, Apollon et Diane, qui demandait vengeance 
Jupiter contre les insultes des paysans de Lydie--Ovide a mtamorphos
ces insulteurs en grenouilles, mais il avait oublie de changer leurs
imprcations en ces jets d'eau qui s'lancent vers la desse par des
courbes gracieuses, et croisent dans tous les sens leurs gerbes
brillantes, symbole mythologique qu'un de nos grands crivains a si
potiquement expliqu: Ces eaux nous dit-il qui montent et descendent
avec tant de grce et de majest, expriment la vaste circulation sociale
qui eut lieu alors pour la premire fois, la puissance et la richesse
montant du peuple au roi pour retomber du roi au peuple, en gloire, en
bon ordre, en harmonie, la charmante Latone, en laquelle est l'unit du
jardin, fait taire de quelques gouttes d'eau les insolentes clameurs du
groupe qui l'assige; d'hommes ils deviennent grenouilles coassantes.
C'est la royaut triomphant de la Fronde.

Mais M. Michelet nous fait oublier Apollon sur son char, tran par
quatre chevaux et entour de dauphins et de Tritons; le peuple, voyant
toute l'anne ce pesant attelage chou sur ou bas-fond de deux pieds
d'eau, l'a moqueusement surnomm le _Char embourb_; mais ce char
reprend,  cette heure, sa course lgre et victorieuse: il lance vers
le ciel trois jets d'eau magnifiques de soixante et cinquante pieds au
moins, et  travers ce nuage transparent,  demi voil sous ces
brillantes vapeurs, le dieu du jour, source du feu, recouvre tout son
clat et apparat comme une digne image de ce splendide soleil qui d'en
haut l'inonde de ses rayons, et met dans chaque goutte d'eau toutes les
couleur de l'arc-en-ciel. Bientt, fatigu d'avoir fourni cette
glorieuse carrire, le dieu ira se reposer au _banquet d'Apollon_, parmi
les nymphes de Girardon; il laissera patre en libert ses coursiers
hennissants, et viendra s'asseoir en paix dans cette grotte fameuse que
La Fontaine a chante en de si beaux vers:

        Le dieu, se reposant sous les votes humides
        Est aussi au milieu d'un choeur de Nrides;
        Toutes sont des Venus de qui l'air gracieux
        N'entre point dans son coeur et s'arrte  ses yeux.
        Mais qui pourra dpeindre en langue du Parnasse
        La majest du dieu, son port si plein de grce,
        Cet air que l'on n'a point chez nous autres mortels,
        Et pour qui l'age d'or inventa des autels?...

Maintenant il faut aller nous tendre sur les gazons toujours verts qui
bordent la plus belle et la plus grande de toutes les pices. Appuy sur
le coude, comme les convives grecs et romains, nous regarderons en paix
la merveilleuse _fabrique_ de Gaspard de Marsy, et nous remplirons nos
yeux de la magnificence de ces eaux, qui s'lancent d'un si puissant
essor, et retombent avec tant de grce en une pluie phosphorescente: le
Dragon, Neptune, Amphitrite, les tritons, les chevaux marins, les
phoques, les naades, tous mlent leurs flots et leurs vapeurs; pendant
que les vingt-deux jets d'eau, qui s'lvent du milieu des vases de
mtal, forment, en se runissant dans leur chute, une cascade cumante,
s'chappent dans les coquilles et les mascarons, et retombent enfin dans
la grande pice, qui rugit comme une mer en courroux.

Mais tout  coup la tempte s'apaise, le murmure cesse brusquement, les
monstres se taisent, la voix et l'eau s'arrtent dans leur gosier, les
jets d'eau s'teignent comme un feu d'artifice, les gerbes humides comme
une rose, la ferie s'clipse tout entire, et les spectateurs, qui
s'blouissaient  la regarder de tous leurs veux, demeurent la bouche
bante devant ces eaux qui ne jaillissent plus, ces groupes de bronze
et de marbre qui ont cess leurs jeux et leurs combats.

Le spectacle est termin; mais, avant de partir, il nous faut encore
jeter un dernier regard sur le parc, que tout  l'heure les eaux nous
faisaient oublier; il nous faut aller voir, du haut du grand escalier,
le soleil se coucher dans la longue pice d'eau, toute resplendissante
comme une lame d'or; puis nous descendrons sur le tapis vert, et nous
regarderons, en nous retournant, les fentres du chteau, illumines par
les derniers rayons du jour, tandis que sur les buis voisins, sur
l'paule verdoyante des coteaux, se lve dj l'toile du soir; nous
irons au fond des bosquets surprendre les dernires lueurs dans les
feuillages, couter le dernier chant du rossignol perch sur la tte des
statues grecques; nous resterons assis prs d'une charmille solitaire,
attentifs aux ombres croissantes, aux premires haleines de la nuit, et
alors le parc nous paratra plus beau, plus magnifique encore, que
pendant l'heure brillante o le jardin entier semblait un palais d'eau,
pareil  ces magiques colonnades de diamants et d'escarboucles que les
fes habitaient dans leurs les heureuses, Louis XIV a eu beau faire,
beau dpenser les millions et les rgiments pour construire ses jardins
de Versailles, notre parc d'aujourd'hui est cent fois plus royal que
celui du grand roi; si les eaux se sont appauvries, si les statues se
sont noircies, en revanche les arbres ont grandi, les ombrages sont
devenus plus pais et plus profonds; cette nature, transplante des
forts voisines, et attriste d'abord par le despotisme de l'art, a
enfin adopt sa seconde patrie et reconquis sur les jardiniers sa
libert, sa vigueur, sa fantaisie; les arbres laissent quarrir leurs
ombres  leur base, mais ils secouent dans l'air une audacieuse
chevelure, et, au-dessus de la charmille, la fort verdoie tout  son
aise, la statue de Pomone rgne sur les racines, mais les oiseaux du
ciel chantent sur les sommets. Le parc, comme l'a dit Delille, est
aujourd'hui le

        Chef d'oeuvre d'un grand roi, de Le Ntre et des ans;

et la nature s'est associe, dans ce pays des prodiges,  la

[Illustration: Eaux de Versailles--L'Avenue du Tapis-Vert.]

gloire de Louis XIV et de son grand-matre des jardins. Aujourd'hui le
duc de Saint-Simon ne plaindrait plus la nature, ne dirait plus qu'elle
a t tyrannise, dompte  force d'art et de trsors. La nature est
rconcilie avec ses tyrans, elle est devenue plus belle que l'art, plus
riche que tous les millions, et le duc et pair effacerait certainement
de ses mmoires ces lignes dj trop svres au moment o elles taient
crites, et qui n'ont vraiment plus de sens pour nous: On n'y est
conduit dans la fracheur de l'ombre que par une vaste zone torride, au
bout de laquelle il n'y a plus qu' monter et  descendre, et avec la
colline, qui est fort courte, se terminent les jardins. La recoupe y
brle les pieds; mais, sans cette recoupe, on y enfoncerait ici dans les
sables et l dans la plus noire fange. La violence qui y a t faite
partout  la nature repousse et dgote malgr soi. Saint-Simon s'est
montr si dur envers Louis XIV, qu'il devait, par une suite naturelle de
ses jugements, tre injuste aussi envers le chteau et le parc de
Versailles.



La Cour du Grand-Duc

NOUVELLE.

La fin de l'anne dramatique avait ramen  Paris les troupes licencies
des thtres de province. Tout un peuple, toute une Bohme d'acteurs
cosmopolites, s'taient replis vers le centre commun, dans ce vaste
bazar parisien o les directeurs des dpartements viennent se pourvoir
chaque anne et organiser l'assortiment de comdiens qu'ils offrent 
leur public. Quand le temps est mauvais, le march se tient dans un
obscur caf du quartier Saint-Honor; quand il fait beau, les acheteurs
et la marchandise se rencontrent sous les tilleuls du Palais-Royal. Ce
chapitre de la traite des blancs fournit de singuliers dtails, de
piquants pisodes, qui pourraient nous entraner bien loin hors de notre
sujet, se nous nous amusions  peindre ces curieuses figures comiques,
tragiques, lyriques, hommes et femmes, jeunes et vieux, cherchant
fortune, dissimulant leur misre, et se drapant  l'espagnole dans la
plus ample de toutes les vanits. coutez-les parler de leurs succs
rcents: que de bravos! quel enthousiasme! Ils ont plus de laurier que
de chapeau. Le midi les pleure; s'ils vont  l'ouest, le nord ne se
consolera pas. Du reste, peu leur importe; pourvu que l'engagement leur
donne de quoi vivre, ces artistes nomades changent de garnison avec une
insouciance toute militaire.....

C'tait donc par une belle journe d'avril: le soleil brillait, et parmi
les promeneurs qui affluaient dans le jardin du Palais-Royal, on
remarquait plusieurs groupes de comdiens. Il tait facile de les
reconnatre  leur physionomie,  leur costume, et  un je ne sais quoi
dramatique qui se rvlait dans toute leur personne. La saison tait
dj fort avance; toutes les troupes taient formes, et ceux qui
restaient n'avaient plus qu'une bien faible chance d'engagement; leur
anxit se lisait sur leur visage. Un homme d'une cinquantaine d'annes
passa devant ces groupes, et les comdiens le salurent profondment,
avec respect, avec espoir; il jeta sur eux un rapide regard, puis ses
yeux se reportrent avec une feinte application sur le journal qu'il
tenait  la main. Quand il fut loin, les artistes qui avaient pris de
belles attitudes pour captiver son attention, voyant que leurs peines
taient perdues, laissrent clater leur mauvaise humeur:

Balthazard est bien fier, dit l'un d'eux; il ne daigne pus nous
adresser un mot en passant.

--Peut-tre n'a-t-il besoin de personne, reprit un autre; je crois qu'il
n'a pas de thtre cette anne.

--Ce serait tonnant; car il passe pour un habile directeur.

--S'abstenir est quelquefois une preuve d'habilet, quand les conditions
ne sont pas avantageuses. Aujourd'hui la province devient si difficile!
les dpartements lsinent d'une faon si choquante sur le chapitre des
subventions!...... Ah! mes pauvres amis, l'art est bien bas!

Pendant que les comdiens mcontents continuaient cette conversation,
Balthazard abordait avec empressement un jeune homme qui venait d'entrer
dans le jardin par le passage du Perron. Ils allrent s'asseoir ensemble
 une des tables que le caf de Foy place sous les arbres aussitt que
les premires feuilles le permettent.

[Illustration: Balthazard au palais du Grand-Duc.]

--Eh bien! mon cher Florival, demanda le directeur, ma proposition vous
convient-elle? serez-vous des ntres? Quand j'ai appris que vous aviez
rompu avec mon confrre Ricardin, j'en ai t enchant; car vous tes un
sujet prcieux, un jeune-premier comme il y en a peu, joli garon, bien
tourn, portant galement bien le frac et l'uniforme; et puis du talent,
de la chaleur, de l'me et une voix charmante.... Oh! je ne mnagerai
pas votre modestie, et je ne vous pargnerai pas tout le bien que je
pense de vous. Avec de pareilles qualits vous devriez tre engag 
Paris, ou du moins sur une des premires scnes de la province; mais
vous tes encore jeune, et quoique ce soit un beau dfaut pour un
amoureux et un tnor lger, vous savez que la routine prfre les
rputations faites et consacres par le temps. Votre emploi est
gnralement tenu par des Cladons de quarante-cinq ans, amplement
fournis de rides, de cheveux gris et de bonnes traditions, chantant
d'une voix raille, mais avec une excellente mthode. Mes confrres
veulent avant tout prsenter des noms au public; vous tes nouveau, vous
n'avez encore que du talent, je m'en contente; de votre ct,
contentez-vous de ce que je vous offre; les temps sont durs, la saison
est avance, les places soit rares; beaucoup de vos camarades ont pris
le parti d'aller chercher fortune au del des mers. Nous n'irons pas si
loin;  peine franchirons-nous les frontires, de notre ingrate patrie.
L'Allemagne nous tend les bras; c'est une nourrice fconde, et le vin du
Rhin n'est pas  ddaigner. Voici comment l'affaire s'est arrange: j'ai
dirig longtemps et jusqu' prsent plusieurs entreprises dramatiques
dans les dpartements de l'est, en Alsace, en Lorraine. L'anne
dernire; l't me permettant quelques loisirs, je me suis pass la
fantaisie d'une excursion aux eaux de Bade. Il y avait l, comme 
l'ordinaire, tout le beau monde de l'Europe. On combinait les princes,
on marchait sur les altesses; on ne pouvait faire quatre pas sans se
trouver nez  nez avec un souverain. Ces ttes couronnes, rois,
grands-ducs, lecteurs, se mlaient de la meilleure grce du monde avec
les gens de rien. L'tiquette est bannie des eaux de Bade; dans cette
aimable rsidence, les grands personnages, tout en gardant leurs titres,
se donnent la libert et les agrments de l'incognito. Parmi les
plaisirs qui embellissaient ce sjour, on comptait pour fort peu de
chose un petit thtre o de mauvais comdiens allemands jouaient deux
ou trois fois par semaine devant des banquettes. Ces pauvres diables
d'artistes et leur infortun directeur seraient morts de faim sans la
subvention que leur accordait la banque des jeux. J'allais souvent
assister  leurs reprsentations si ddaignes, et parmi les rares
spectateurs dissmins dans la salle, je remarquai que je n'tais pas le
seul habitu. Je retrouvai toujours,  la mme place de l'orchestre, un
monsieur d'une figure distingue, modestement vtu et paraissant prendre
un assez vif plaisir au spectacle; ce qui prouvait qu'il n'tait pas
trs difficile. Un soir il m'adressa la parole au sujet de la pice
qu'on reprsentait; la conversation s'engagea sur l'art dramatique; il
reconnut que j'avais des connaissances spciales, et aprs le spectacle
il m'invita  prendre avec lut quelques rafrachissements. J'acceptai.
Nous nous quittmes  minuit. En rentrant chez moi, je rencontrai un
joueur de mes amis, qui me dit:--Je vous fais mon compliment! vous avez
de belles connaissances! C'tait une allusion  la socit dans
laquelle je me trouvais tout  l'heure au caf, et j'appris que mon
compagnon n'tait rien moins que son altesse srnissime le prince
Lopold, souverain du grand-duch de Noeristhein.

Oui, mon cher Florival, continua Balthazard, j'avais eu l'insigne
honneur de passer une soire tout entire dans la familiarit d'une tte
couronne. Le lendemain matin, en me promenant dans le parc, je
rencontrai Son Altesse, et comme, aprs avoir salu profondment, je me
tenais  une distance respectueuse, le prince vint  moi et me proposa
de faire un tour de promenade avec lui. Avant d'accepter cet honneur, la
dlicatesse me faisait un devoir d'apprendre au grand-duc qui j'tais,
et je le fis d'un air  la fois modeste et digne.--Eh bien! rpliqua le
prince, je l'avais devin; oui, d'aprs votre manire d'envisager les
questions dramatiques, et surtout d'aprs quelques mots assez
significatifs qui vous sont chapps dans notre conversation d'hier, je
me doutais bien que j'avais affaire  un directeur de thtre.

--Cela dit, le prince m'invita du geste  l'accompagner, et dans un long
entretien il me manifesta l'intention de possder dans sa capitale une
troupe d'artistes franais jouant la comdie, le drame, le vaudeville et
chantant l'opra comique. Il faisait construire  grands frais une
magnifique salle qui devait tre acheve  la fin de l'hiver, et il
m'offrit le privilge de ce thtre  des conditions avantageuses.
Jamais proposition n'arriva mieux. Prcisment je venais de rompre avec
le conseil municipal de la ville de M, dont j'avais exploit le thtre
pendant cinq ans, et qui voulait diminuer ma subvention. Je ne voyais
aucune ressource en France pour l'anne qui s'ouvre, et je me trouvais
rellement dans l'embarras. Le Grand-Duc de Noeristhein me faisait beau
jeu: mes frais assurs, une gratification et de superbes chances de
bnfices. Je n'hsitai pas un seul instant, et nous changemes nos
paroles. C'tait un march conclu.

D'aprs nos conventions, je dois tre rendu  Carlstadt, capitale des
tats du grand-duc Lopold, dans les premiers jours de mai. Nous n'avons
pas de temps  perdre. Dj ma troupe est  peu prs forme; mais il me
manque encore plusieurs sujets importants, et entre autres un jeune
premier de comdie et un tnor d'opra comique. Vous pouvez remplir ce
double emploi, et je compte sur vous.

--Ce que vous me proposez, rpondit le jeune artiste, me conviendrait
parfaitement; mais il y a un obstacle, une affaire de coeur. Oui, mon
cher Balthazard, je suis pris srieusement, et tout autre intrt
s'efface devant le sentiment qui me domine. Si j'ai rompu avec votre
confrre Ricardin, c'est qu'il n'a pas voulu engager celle que
j'aime.....

--Ah! c'est une actrice?

--Au thtre depuis deux ans; belle, charmante, adorable; de l'esprit,
de la grce, du talent et une voix ravissante; c'est une premire
chanteuse comme il n'y en a pas  l'Opra-Comique.

--Elle est sans engagement?

--Oui, mon cher, oui, la ravissante Dlia est disponible par une suite
de hasards qu'il serait trop long de vous numrer. Sachez seulement que
dsormais je m'attache  ses pas. O elle ira, j'irai; je veux que le
mme thtre nous runisse, qu'elle me voie dans mes beaux rles,
qu'elle m'coute lorsque je lui adresserai les tendres vers de nos
potes et la prose brlante du drame moderne. Alors peut-tre
j'obtiendrai d'elle un regard de sympathie, et, ralisant le plus cher
de mes voeux, nous unirons nos destines par le lien sacr du mariage.

--Trs bien! s'cria Balthazard en se levant; indiquez-moi vite la
demeure de cette merveille; j'y cours, j'y vole, je fais les plus grands
sacrifices, je vous engage tous les deux et nous partons demain.

On avait raison de dire que Balthazard tait un habile directeur. Nul
mieux que lui ne s'entendait  composer lestement une troupe; il avait
du got et de l'adresse; il possdait l'art de dcider les indiffrents
et de sduire les rebelles.

Une heure aprs l'entretien du Palais-Royal, il avait obtenu la
signature de mademoiselle Dlia et du jeune premier Florival, deux
acquisitions excellentes et qui devaient lui faire le plus grand honneur
en Allemagne. Le soir du mme jour sa petite troupe se trouvait
complte, et le lendemain, aprs un diner substantiel, elle se rendait
avec armes et bagages  la diligence de Strasbourg. Dix places avaient
t retenues; personne ne manquait  l'appel, et chacun emportait les
plus brillantes esprances dans cette campagne dramatique qui promettait
gloire, plaisir et profit.

Voici comment se composait la troupe:

Balthazard, directeur, tenant l'emploi des pres nobles, premire rles
marqus, financiers, raisonneurs;

Florival, jeune-premier, amoureux, premier tnor;

Rigolet, comique, jouant les Arnal, les Bouss, les Alcide Tousez, etc.

Similor, les valets dans la haute comdie et les Martin dans l'opra
comique;

Anselme, deuxime et troisime rles, grande utilit;

Lebel, chef d'orchestre;

Mademoiselle Dlia, premire chanteuse et jeunes premiers rles en tous
genres, dans l'opra et la comdie, emplois de madame Damoreau et de
mademoiselle Plessy:

Mademoiselle Foligny, Dugazon, les seconds rles dans la comdie,
soubrettes, travestis, Djazet;

Mademoiselle Alice, ingnue;

Madame Pastourelle, premiers rles marqus, dugnes, emplois de
mademoiselle Mante, de madame Boulanger et de madame Guillemin.

Ce personnel devait suffire, si l'on considre que ces artistes taient
pleins de zle et prts  sacrifier leurs prtentions  toutes les
exigences du rpertoire. On devait aisment trouver dans la capitale du
grand-duch des sujets capables de remplir les fonctions de comparses:
au besoin, d'ailleurs, la plupart des pices pouvaient subir la
suppression de quelques rles peu importants.

Aucun incident remarquable, aucune aventure digne d'tre cite ne
signala le voyage. A Strasbourg, Balthazard accorda trente-six heures de
repos  ses pensionnaires, et il profita de cette halte pour crire au
grand-duc Lopold et le prvenir de sa prochaine arrive; puis la troupe
se remit en marche, passa le Rhin sur le pont de Kehl et posa le pied
sur le territoire allemand. Au bout de trois jours, et aprs avoir
travers plusieurs petits tats, les voyageurs arrivrent  la frontire
du grand-duch de Noeristhein, et s'arrtrent dans un petit village
nomm Krusthal.

Il n'y avait que quatre lieues de la frontire  la capitale, mais les
moyens de transports manquaient. Une seule voiture faisait le service du
grand-duch, mais son dpart de Krusthal ne devait avoir lieu que le
surlendemain, et d'ailleurs cette voiture ne pouvait contenir que six
personnes. L'endroit n'offrait aucune autre ressource, il fallait
absolument attendre, et c'tait la une assez triste ncessit.

Nos pauvres artistes faisaient mauvaise mine  ce mauvais gte. La
patience n'tait pas leur passion dominante, et ils avaient quelque
peine  prendre leur parti bravement. Seuls entre tous, le jeune premier
et la premire chanteuse ne se montraient nullement mus de cette
msaventure. A Krusthal, comme ailleurs, ne se trouvaient-ils pas l'un
prs de l'autre? et pouvaient-ils redouter l'ennui en pareille
compagnie?--Car il faut dire que mademoiselle Dlia, tout en conservant
pour sa dfense les dehors d'une extrme rserve, n'tait pas insensible
aux soins dlicats et aux tendres empressements de son aimable camarade.

Cependant Balthazard, plus impatient que les autres, et moins prompt 
se dcourager, aprs avoir parcouru le village pendant deux heures,
reparut aux yeux des siens en vritable triomphateur, mont sur un char
lger que tranait rsolument un vigoureux cheval du Mecklembourg.
Malheureusement ce char n'avait que les proportions d'un troit
cabriolet.

Je vais partir seul, dit Balthazard. Aussitt arriv, j'irai trouver le
grand-duc, je lui ferai part de votre position, et je ne doute pas qu'il
n'envoie tout de suite ici deux ou trois de ses carrosses pour vous
transporter honorablement  Carlstadt.

Ces paroles rassurantes furent accueillies par de vives acclamations. Le
conducteur, qui tait un petit paysan de quatorze ou quinze ans, fit
claquer son fouet, et le vigoureux Mecklemhourgeois partit au petit
trot. Chemin faisant, Balthazard interrogea son guide sur l'tendue, la
richesse et la prosprit du grand-duch; mais il ne put obtenir aucune
rponse satisfaisante; le jeune paysan tait d'une ignorance profonde
sur toutes ces questions. Les quatre lieues furent faites en trois
petites heures, ce qui est le train de la poste et des estafettes
allemandes. Dj le jour commenait  s'teindre, lorsque Balthazard fit
son entre dans Carlstadt. Les rues taient  peu prs dsertes et les
magasins ferms; car dans ces heureux pays situs sur la rive droite du
Rhin, on se repose de bonne heure. Le voyageur ne pouvait donc pas juger
de l'importance d'une ville entrevue dans cet tat de calme et
d'obscurit. Bientt la voiture s'arrta devant une maison d'assez,
belle apparence.

Vous m'avez demand de vous conduire au palais de notre prince, nous y
voici, dit le conducteur en mettant pied  terre. Balthazard descendit,
paya la course, en franchit le seuil de la porte cochre, sans tre le
moins du monde inquit par le fantassin qui faisait nonchalamment sa
faction en comptant les toiles.

Dans le vestibule, matre Balthazard rencontra un suisse qui le salua
gravement; il passa outre, et inversa une antichambre entirement vide.
Dans une premire salle, o devaient se tenir les gentilshommes
ordinaires, aides-de-camp, cuyers et autres dignitaires grands et
moyens, il ne vit personne; dans un second salon, clair par un seul
quinquet maigre et fumeux, il aperut, demi-couch sur une banquette, un
monsieur entirement vtu de noir, vieux et poudr, qui se leva
lentement  son entre, le regarda avec un air de surprise, et lui
demanda ce qu'il y avait pour son service.

Je dsirerais voir Son Altesse Srnissime le grand-duc Lopold,
rpondit Balthazard.

--Mais on n'entre pas ainsi chez le prince, surtout  pareille heure.

--Je suis attendu, reprit matre Balthazard avec un certain aplomb.

--Ah! c'est diffrent. Je vais voir si Son Altesse peut vous recevoir.
Qui faut-il annoncer?

--Le directeur privilgi du thtre de la cour.

--Vous dites?

Matre Balthazard rpta sa phrase d'une voix claire et en dtaillant
nettement les syllabes. On le laissa seul un instant; et dj il
commenait  douter du succs de son audace et de son mensonge,
lorsqu'il reconnut la voix du prince qui disait:

Faites entrer!

Il entra. Le prince tait assis dans un vaste fauteuil  la Voltaire,
devant une table couverte d'un tapis vert, sur laquelle se trouvaient
ple-mle des papiers, des journaux, une critoire, un sac  tabac, deux
flambeaux, un sucrier, une pe, une assiette, des gants, une bouteille,
des livres et un verre en cristal de Bohme artistement grav. Son
Altesse se livrait  une occupation toute nationale; elle avait aux
lvres une de ces longues pipes que les Allemands ne quittent que pour
manger et pour dormir.

Le directeur privilgi du thtre de la cour s'inclina trois fois,
comme s'il se ft prpar  faire une annonce au public; puis il garda
le silence, attendant le bon plaisir du prince, Mais,  dfaut de
paroles, le visage de Balthazard tait si expressif, que le prince lui
rpondit.

Eh bien! oui, vous voil... Certainement je vous reconnais, et je me
souviens de ce dont nous sommes convenus dans notre rencontre  Bade.
Mais vous arrivez dans un bien mauvais moment, mon cher monsieur!

--Je demande pardon  Votre Altesse si je me suis prsent  une heure
indue, rpondit Balthazard en s'inclinant de nouveau.

--Il ne s'agit pas de l'heure, reprit vivement le prince. Ah! si ce
n'tait que cela! Tenez, voici votre lettre, je la lisais tout 
l'heure, et je regrettais qu'au lieu de m'crire il y a trois jours, 
moiti chemin de votre voyage, vous ne m'eussiez pas averti deux ou
trois semaines avant de vous mettre en route.

--J'ai eu tort.

--Plus que vous ne le pensez; car si vous m'aviez prvenu d'avance, je
vous aurais pargn un voyage inutile.

--Inutile! s'cria Balthazard avec effroi... Est-ce que Votre Altesse
aurait chang d'ide?

--Non, j'aime toujours le spectacle et je serais enchant d'avoir ici un
thtre franais; sous ce rapport, mes ides et mes gots n'ont pas
vari depuis l't dernier; mais, par malheur, je ne puis plus les
satisfaire. Tenez, venez voir, continua le prince en se levant.

Il prit Balthazard par le bras, et le conduisit devant une fentre qu'il
ouvrit.

Je vous avais dit l'anne dernire que je faisais construire dans ma
capitale un magnifique thtre.

--Oui, monseigneur.

--Eh bien! regardez, de l'autre ct de la place, en face de mon palais:
le voil!

--Mais, monseigneur, je ne vois qu'un emplacement vide, des
constructions commences et  peine sorties de terre.

--Prcisment, c'est le thtre.

--Votre Altesse m'avait dit que ce monument serait termin avant la fin
de l'hiver!

--Alors je ne prvoyais pas que je serais forc de suspendre les travaux
faute d'argent pour payer les ouvriers, car telle est ma situation
aujourd'hui. Si je n'ai pas de salle  vous offrir, si je ne puis vous
prendre  ma solde vous et votre troupe, c'est que mes moyens ne me le
permettent pas. Les coffres de l'tat et ma cassette particulire sont
vides,... Vous me regardez d'un air constern! Que voulez-vous?
l'adversit ne respecte personne, pas mme les grands-ducs; mais je
supporte ses atteintes avec philosophie; tchez de faire comme moi. Et
d'abord, pour vous remettre, fermons cette croise, asseyez-vous dans ce
fauteuil, prenez une pipe, versez-vous un verre de cette liqueur, et
buvez avec moi au retour de ma prosprit. Vous savez que je ne suis pas
fier, maintenant moins que jamais; d'ailleurs, je vous dois des
explications, et vous qui recevez le contre-coup de ma mauvaise fortune,
et je vous les donnerai franchement... Je n'ai jamais eu beaucoup
d'ordre dans mes dpenses; cependant,  l'poque o je vous ai
rencontr, j'avais toutes sortes de raisons pour croire mes affaires
dans une bonne situation. Le dficit ne s'est dclar que plus tard,
vers le mois de janvier dernier. L'anne avait t mauvaise; la grle
avait ravag nos rcoltes, les rentres s'opraient difficilement. Un
arrir assez considrable tait d aux officiers de ma maison, et leurs
murmures arrivrent jusqu' moi. Pour la premire fois je me fis rendre
des comptes dtaills, et j'appris que depuis mon avnement au trne
j'avais continuellement dpens au del de mes revenus. Mon premier acte
de souverainet avait t une forte diminution sur les impts pays 
mes prdcesseurs. Le mal datait de l; chaque anne l'avait empir, et
aujourd'hui je suis ruin, charg de dettes, et ne sachant trop comment
rparer ce dsastre. Mes conseillers intimes m'avaient bien propos un
moyen: c'tait de doubler les impts, de frapper de nouvelles
contributions, en un mot de pressurer mes sujets. Joli moyen! faire
payer  de pauvres diables les fautes de mon imprvoyance et de mon
dsordre! Il se peut que cela se pratique ainsi en d'autres pays, mais
ce ne sera jamais moi qui aurai recours  un procd aussi peu dlicat.
Je veux tre juste avant tout, et j'aime mieux rester dans l'embarras
que de faire souffrir mon peuple.

--Excellent prince! s'cria Balthazard, touch de ces bons sentiments,
si rares chez les souverains.

--Eh bien! reprit le grand-duc Lopold en souriant, n'allez-vous pas
maintenant remplir auprs de moi l'office de flatteur? Prenez garde! La
tche serait rude. Car vous ne trouveriez ici personne pour vous aider.
Je n'ai plus de quoi payer la flatterie: les courtisans sont partis. En
entrant chez moi, vous avez travers des salles dsertes, vous n'avez
rencontr ni chambellan ni cuyers sur votre passage. Ces messieurs ont
donne leur dmission; ma maison civile et ma maison militaire, mes
gentilshommes, secrtaires, aides-de-camp et autres m'ont quitt sous
prtexte que je ne pouvais pas payer leurs appointements et leurs gages.
Me voil seul; je n'ai plus que quelques domestiques fidles et
patients, et le plus grand personnage de ma cour, aujourd'hui, est le
brave et honnte Wilfrid, mon vieux valet de chambre.

Il y avait dans les dernires paroles du prince abandonn un accent de
douce tristesse qui toucha Balthazard; deux larmes brillrent aux yeux
du directeur, qui savait mal contenir ses motions. Le grand-duc reprit
en souriant:

Oh! ne me plaignez pas; Je ne me trouve nullement malheureux de ne plus
avoir autour de moi ces visages menteurs; au contraire, je me sens fort
aise d'tre affranchi d'un crmonial pesant, d'tre dbarrass de
quelques sots et d'autant d'espions qui m'entouraient du matin jusqu'au
soir.

Le prince pronona ces mots de l'air le plus dgag, et avec un ton de
franchise qui excluait le doute. Balthazard ne put s'empcher de le
fliciter sur son courage.

Il m'en faut plus que vous ne le pensez, continua Lopold, et je ne
rpondrais pas d'en avoir assez pour supporter les nouveaux coups qui me
menacent. L'abandon de mes courtisans ne serait rien, si je ne le devais
qu'au mauvais tat de mes finances; ds que je serais en fonds, si
l'envie m'en prenait j'en achterais d'autres, ou bien je me donnerais
le plaisir de reprendre les anciens pour les tenir sous ma botte et me
venger d'eux tout  mon aise; mais leur insolente dfection me fait
entrevoir des orages  l'horizon politique, comme disent nos diplomates.
La disette seule n'aurait pas suffi pour chasser du palais ces hommes
affams d'honneurs autant que d'argent; ils auraient attendu des jours
meilleurs, et leur vanit aurait fait prendre patience  leur avarice.
S'ils sont partis, c'est qu'ils ont senti le terrain trembler sous leurs
pieds, c'est qu'ils sont d'accord avec mes ennemis. Je ne saurais me
dissimuler le danger qui me menace, je suis mal avec l'Autriche;
Metternich me regarde de travers;  Vienne on me trouve trop libral,
trop populaire: on dit que je donne un fcheux exemple: on me reproche
de gouverner  bon marche et de ne pas faire sentir le joug  mes
sujets. Ce sont l de mauvaises raisons qu'on amasse pour me jouer un
mauvais tour. Un de mes cousins, colonel au service de l'Autriche,
convoite mon grand-duch;--quand je dis grand, il n'a que dix lieues de
long sur huit de large, mais tel qu'il est, je le trouve  ma
convenance; j'y suis fait, j'ai l'habitude de le grer, et si je le
perdait, il me manquerait quelque chose. Le cousin qui veut me
remplacer s'est avis de me chicaner sur mes droits incontestables; il a
ouvert le procs devant le conseil antique, et, quoique ma cause soit
excellente, je pourrais bien la perdre, car je n'ai pas d'argent pour
clairer mes juges; mes ennemis sont puissants, la trahison m'environne,
on cherche  profiter de mes embarras financiers, afin de me conduire 
la dchance par la banqueroute. Dans ces circonstances critiques je ne
demanderais pas mieux que d'avoir des comdiens pour me distraire de mes
ennuis, mais je n'ai ni salle de spectacle, ni argent. Il m'est donc
impossible de vous garder, vous et les vtres, mon cher directeur, et
j'en suis vraiment aussi contrari que vous. Tout ce que je pourrai
faire sera de vous donner sur le peu qui me reste une lgre indemnit
pour couvrir vos frais de voyage et faciliter votre retour en France.
Revenez me voir demain matin; nous rglerons cette affaire, et je
recevrai vos adieux.

Eugne Guinot _(La suite  un prochain numro.)_



Le Palais des Thermes, l'Htel de Cluny, la Collection Dusommerard.

PROJET DE LOI SOUMIS  LA CHAMBRE DES DPUTS LE 26 MAI.

Messieurs,

La dispersion des nombreux monuments rassembls dans l'ancien muse des
Petits-Augustins excite depuis longtemps de profonds et justes regrets.
A dfaut de ce grand tablissement, qu'il serait impossible de recrer
aujourd'hui, les amis de nos antiquits nationales ont souvent souhait
qu'il y et  Paris un local destin  recueillir tous les morceaux de
sculpture, tous les dbris historiques, tous les fragments du moyen ge,
que d'heureux hasards peuvent encore faire dcouvrir, ou que de pieuses
intentions peuvent lguer aux gnrations futures.

Ainsi s'est exprim M. le ministre de l'intrieur dans la sance du 26
mai, et il a soumis  la Chambre un projet de loi qui intresse au plus
haut degr les amis des sciences et des arts. Le gouvernement achte
l'_htel de Cluny_  madame veuve Leprieur, moyennant la somme de
390.000 fr.; la ville de Paris cde  l'tat la proprit du _palais des
Thermes_ et ces deux monuments runis vont recevoir un muse
archologique, dont le noyau sera la collection fonde par feu M.
Dusommerard.

Le palais des Thermes, l'htel de Cluny, la collection Dusommerard, ce
sont trois choses dont Paris peut s'enorgueillir  juste titre, et que
vous connaissez  peine,  Parisiens insoucieux! Si vous habitez la rive
droite, vous vous aventurez rarement au del des ponts. Vous craignez de
vous hasarder dans les rues de la Harpe, des Mathurins-Saint-Jacques,
rues sombres, troites, sinueuses, o deux charrettes forment une
barricade, o les infortuns pitons sont incessamment bloqus entre
d'humides murailles et des roues menaantes. Quant  vous, indignes du
quartier Latin, tudiants joyeux, grisettes alertes, hteliers rapaces,
proltaires laborieux, vous tes trop occups de vos plaisirs, de votre
industrie, de votre dnment, pour songer aux glorieux dbris du pass.
Voyez pourtant l'imposante ruine! Franchissez cette grille de fer qui
vous spare du palais des Thermes; ne faites attention ni  l'ignoble
toiture dont on a chaperonn l'difice, ni aux supports en pierre de
taille si grotesquement mls  la maonnerie romaine; mais entrez, avec
une religieuse vnration, dans la grande salle, dont la vote  artes
s'arrondit majestueusement, dont le sol, perc au centre d'un trou
circulaire, laisse voir de vastes souterrains: trois arcades ornent les
parois, une niche rectangulaire s'enfonce dans le mur mridional. Les
dbris d'un bassin, des traces d'aqueducs, de fourneaux, de canaux de
conduite, une poupe de navire sculpte sur l'une des consoles, indiquent
la destination de cette salle, la seule qui ait survcu. Loue  un
tonnelier, par bail emphytotique du 7 mai 1789, elle a servi de magasin
 futailles jusqu'en 1819, poque  laquelle M. Decazes, ministre de
l'intrieur, indemnisa le locataire, et fit commencer des travaux de
restauration.

Quel palais ce devait tre que celui dont la salle de bains avait
soixante-deux pieds de largeur, quarante-deux pieds de longueur et
autant de hauteur! Il couvrait les flans du mont _Leucotitius_ (la
montagne Sainte-Genevive) depuis le sommet jusqu' la Seine. Fortunat,
pote du sixime sicle, parle avec emphase des jardins immenses de la
royale maison.

[Illustration: (Plan du Palais des Thermes et de l'Htel de Cluny).

Thermes.--A. Coupe de la salle des Thermes avec le jardin.--B.
fourneau.--C. Bain chaud.--D. Dpendances.--E. Bain froid.--F. Cour.--G.
Salle dtruite en 1737.--H. continuation de l'difice antique..

Htel de Cluny.--I. Chapelle.--Chambre de Franois Ier.--L. Chambre de
d'Henri IV.--M. Galerie.--N. Escalier.--O. Pice dite des Thermes.--P.
Salle  manger.--Q. Salon et arrire salon.--R. Dpendances.--S. Partie
de l'htel non occup par la Collection de M. Dusommerard.]

Les cimes s'lvent jusqu'aux nues et les fondements atteignent
l'empire des morts, dit Jean de Hauteville, crivain du douzime
sicle. Cette demeure tait digne des illustres htes qui y sjournrent
successivement: Constance Chlore qui la fonda; Julien l'Apostat que les
troupes auxiliaires y proclamrent empereur; Valens et Valentinien, qui
en datrent des lois; puis Clovis et Clotilde, Childebert; Gisla et
Rotrude, filles de Charlemagne; le savant Aleuin, abb de Cantorbery.
Mais les Normands saccagrent le vieux monument; Philippe-Auguste en
abattit une partie qui excdait la nouvelle enceinte de Paris, et donna
le palais ainsi corn  son chambellan Henri. Aux rois succdrent les
seigneurs et les prlats: Raoul de Meulan, Jean de Courtenay,
l'archevque de Reims, l'vque de Bayeux. Les constructions romaines
taient dj presque totalement dtruites, quand Pierre de Chalus, abb
de Cluny, acheta, en 1310, le palais des Termes ou des Thermes,
_palatium de Terminis sed de Thermis_. La rsidence des empereur et des
rois devint alors l'htel abbatial de l'ordre de Cluny.

Le btiment actuel, commenc par Jean de Bourbon et termin par Jacques
d'Amboise en 1490, est, suivant les expressions du ministre, un modle
presque unique d'une architecture dont les oeuvres religieuses semblent
seules avoir pu vivre jusqu' nous. Tous ceux qu'impressionnent les
lgances gothiques admirent les bandeaux et les dentelures des
fentres; la tourelle hardie avec son hlice de pierre, le style fleuri
de la chapelle, les douze dais rangs le long de ses murailles, et sa
vote, dont les nervures, toutes bases sur un pilier central,
s'parpillent en gracieux rseau. A la valeur architecturale de l'htel
de Cluny s'ajoute celle des souvenirs qui s'y rattachent. Dans une
chambre qui existe encore, Franois Ier surprit Marie, veuve de Louis
VII, en tte--tte avec le duc Suffolk, et fit lgitimer immdiatement
leurs amours clandestins par un cardinal qu'il avait eu la prcaution
d'amener. L'une des premires troupes de comdiens qui s'tablirent en
concurrence avec les _matres de la Passion_ donnait ses reprsentations
 l'htel de Cluny. Les religieuses de Port-Royal, ces pieuses femmes
qui eurent l'honneur d'avoir Racine pour historien, habitaient l'htel
de Cluny en 1623. La tourelle servit aux observations astronomiques de
Delille, de Lande et de Messier, que Louis XV avait surnomm le _furet
des comtes._ Les appartements du premier et du second tage furent
occups par les grands tablissements typographiques de MM. Moutard,
Vincent, Fusch, Leprieur. Ainsi la politique, la religion, l'art
dramatique, les sciences, l'imprimerie, revendiquent une part dans les
annales de l'htel de Cluny.

De tous les habitants de ce manoir vnrable. M. Dusommerard est celui
qui a fait le plus pour en assurer la conservation, en indiquant le
parti que la science en pouvait tirer. Conseiller-matre  la cour des
comptes, il employa, durant trente annes, tous les loisirs que lui
laissaient ses fonctions  recueillir des objets d'art, de sorte que
l'ameublement se trouve en harmonie avec le local. Dans l'immense
collection rassemble par le savant et laborieux archologue, le moyen
ge ressuscite tout entier. Aussitt qu'on y pntre, on rompt avec la
vie relle, on est transport aux temps de Charles VII ou de Franois
Ier. Ds le vestibule, on passe entre deux haies de bahuts, d'maux, de
bas-reliefs coloris, de groupes en marbre, de faences vernisses, de
tableaux de Jean Van Eyck ou de Lucas de Leyde. Nous voici dans la salle
 manger. L'heure du repas va sonner; de hautes chaises attendent les
convives; les fourchettes  deux dents, les cuillers et les couteaux 
manche d'ivoire.



OBJETS D'ARTS

TIRS DU CABINET

DE Mr. DUSOMMERARD.

[Illustration: Collection Dusommerard.--Quenouille en bois reprsentant
sainte Genevive filant, Dalila et Samson, Rachel et Sisara, Judith et
Holopherne, et Rebecca  la fontaine.]

[Illustration: Collection Dusommerard.--Miroir de toilette.]

[Illustration: Collection Dusommerard.--Couteau en ivoire reprsentant
le sacrifice d'Abraham.]

[Illustration: Collection Dusommerard.--Viguire d'tain.]

Les _hanaps_ gigantesques, garnissent la table. Sur les dressoirs sont
tages les riches produits des fabriques de Limoge, de Fanza, de
Montpellier; les vases en grs de Flandre, les plats de Bernard Palissy.
Le salon, la chambre dite de Franois Ier, n'ont pas de moindres
richesses; des figures d'enfants en ivoire, par Franois Flamand; un
meuble florentin, marquet de mosaques, de lapis, de cornalines, de
plaques d'or et d'argent; un lit dont le dais est soutenu par de belles
cariatides, un chiquier en cristal de roche hyalin, plusieurs armures
compltes, des boucliers _repousss_, des bas-reliefs de bois ou de
marbre, des glaces de Venise, des outils en fer et en acier cisels et
damasquins. La chapelle regorge d'objets relatifs au culte: retables
massifs, stalles en bois ouvr, tableaux  volets diptyques et
triptyques, reliquaires cisels, missels manuscrits, encensoirs,
_custodes_, crosses de cuivre ou d'ivoire, toles, chapes, chasubles et
ornements d'glise. En sortant de l'htel de Cluny, on a fait un cours
complet d'archologie; on connat les moeurs et usages d'autrefois; on
sait comment nos anctres entendaient la vie spirituelle ou matrielle,
comment ils s'habillaient et se meublaient, priaient et combattaient. La
collection Dusommerard est une ncropole o chaque sicle a laiss des
ossements.

Il faudrait un volume, un gros _in-folio_, pour numrer seulement ce
qu'elle renferme; mais, dans l'impossibilit de tout dcrire, nous
devons une mention spciale aux curiosits dons nous donnons le dessin.
Ces triers sont ceux que portait Franois 1er  la bataille de Pavie.
Conservs comme un trophe par le comte de Launoy, qui fit prisonnier le
roi de France, ils ont t achets  sa famille par M. Dusommerard. Ils
sont en cuivre dor, maintenu par des barres d'acier. Ils prsentent sur
la face les lettres F. REX, et sur les tranches la couronne de France,
avec les salamandres des Valois. Au bas, dans un lambrequin, ou lit
cette devise: _Nutrisco et exstinguo._

Franois Briot, orfvre du seizime sicle, a donn les dessins de cette
belle aiguire d'tain, qu'on peut comparer sans dsavantage aux plus
charmantes oeuvres de Benvenuto Cellini. Ce manche de couteau en ivoire,
reprsentant le _Sacrifice d'Abraham_, surpasse en lgance les
meilleurs morceaux des artistes dieppois.

Ce miroir de toilette, rehauss d'un cadre de bois dor, d'une frisure
et d'un mdaillon d'ivoire, est surmont du groupe de Vnus et des
Amours. Cette quenouille en buis demande  tre examine  la loupe,
tant les dtails en sont fins et dlicats. La hampe est enrichie de cinq
sujets: _Sainte Genevive filant, Dalila et Samson, Rachel et Sisara,
Judith et Holopherne_, et _Rebecca  la fontaine_. Ce sont de charmantes
miniatures, sculptes avec un art dont le secret est aujourd'hui perdu.

[Illustration: Collection Dusommerard.--trier de Franois Ier.]

[Illustration: Galerie Dusommerard.]

A peine M. Dusommerard avait-il ferm les yeux, que des trangers se
prsentrent pour acqurir sa prcieuse galerie: mais ses hritiers ont
prfr la vendre  l'tat. Ils ont accept les 200.000 fr. que leur
offrait la direction des Beaux-Arts, plutt que de livrer l'oeuvre
paternelle spculateurs qui l'auraient dpece ou emporte hors de
France. Nous recueillerons bientt le fruit de ce patriotique service.
Aprs avoir achet l'htel de Cluny l'on adoptera sans doute les plans
de M. Albert Lenoir, couronns par l'Institut en 1833: une galerie
intermdiaire unira les Thermes  l'htel; les deux difices seront
dbarrasss des vieilles et sales maison qui leur disputent l'air et le
soleil, et la collection Dusommerard, convenablement classe, augmente
par de nouvelles trouvailles et de nouvelles acquisitions deviendra le
plus beau muse archologique de l'Europe.



Acadmie des sciences

COMPTE-RENDU DES TRAVAUX DEPUIS LE COMMENCEMENT DE L'ANNE.

Il n'y a gure plus de vingt ans que le public a t admis aux sances
de l'Acadmie des sciences. C'est le _Globe_ qui le premier, en 1825,
rendit un compte rgulier des sances; jusque-l, il n'y avait t
consacr dans la presse priodique que quelque articles courts et
accidentels. La plupart des journaux, aujourd'hui, confient  des hommes
spciaux la rdaction d'un feuilleton hebdomadaire, destin  mettre
leurs lecteurs au courant des travaux de notre premier corps savant.

L'ILLUSTRATION ne pouvait rester en dehors de ce mouvement qui porte les
esprits  s'enqurir des dcouvertes scientifiques, soit qu'on les
apprcie pour elles-mmes, avec un amour dsintress de la science, soit
qu'on y cherche surtout leurs diverses applications pratiques. Il est
donc dans notre intention de donner le rsum de ce qui se passe 
l'Acadmie des sciences; seulement, mous nous bornerons  un
compte-rendu trimestriel qui offrira plus d'un avantage sur l'analyse
l'analyse hebdomadaire des sances. Il est facile d'en concevoir en
effet, que nous serons mieux  mme d'analyser une discussion et d'en
faire ressortir les consquences, lorsque nous aurons sous les yeux
toutes les phases qu'elle aura subies, que si nous l'avions suivie pas 
pas ne l'envisageant chaque fois qu'un point de vue unique sous lequel
elle nous est prsente. De plus, nos rsums seront rdigs d'aprs les
comptes-rendus officiels des sances que publient MM. les secrtaires
perptuels, ils offriront donc toutes les garanties d'exactitude.
Nanmoins nos lecteurs ne doivent pas s'attendre  nous voir entrer dans
les dtails des moindres communications faites  l'Acadmie, ni mme 
les trouver toutes mentionne ici. Nous ne pouvons videmment nous
occuper que de celles qui ont pris un dveloppement d'une certaine
tendue. Quant  l'impartialit, dont nous nous sommes fait une rgle,
nous laissons  nos lecteurs eux-mmes le soin de l'apprcier.

I.

SCIENCES MDICALES.

Les mdecins ont apport, depuis quelques mois,  l'Acadmie des
sciences, un tribut inaccoutum; au lieu de n'occuper, comme 
l'ordinaire, qu'un espace bien modeste dans les comptes-rendus, ils les
ont envahis presque en entier, profitant de la courtoisie des sciences
exactes et des sciences naturelles, qui leur ont cd la place pour
quelque temps.

En effet, cette affluence de mmoires sur la mdecine, la chirurgie,
l'anatomie, la physiologie, devait cesser bientt. Quelques places
vacantes et vivement dsires excitaient le zle d'une foule de
candidats, et, suivant l'usage, chacun d'entre eux adressait 
l'Acadmie un ou plusieurs Mmoires, qui, tout en parlant d'autre chose,
voulaient dire au fond; Nommez-moi  la place de M. Double, de M.
Larrey, etc. Les nominations faites, nous courons grand risque de voir
voir arriver au bureau beaucoup moins de Mmoires, car le uns ont obtenu
ce qu'ils voulaient, les autres n'ont plus rien  demander jusqu'
nouvel ordre.

Quoi qu'il en soit, le public studieux ne peut que se fliciter de cette
mulation, de cette sorte de concours entre des candidats parmi lesquels
on comptait bon nombre d'esprits suprieurs, dont les travaux  cette
occasion sont acquis  la science, et resteront comme autant de titres
dans l'avenir de ceux qui n'ont pu encore, cette fois, arriver au
fauteuil acadmique. Quant aux trois hommes minents qui ont obtenu cet
honneur, leur pass nous est un gage d'un avenir fcond en travaux du
premier ordre.

Deux places taient devenues vacantes dans la section de mdecine et
de chirurgie, telle de M. Double et celle du vnrable Larrey.

Parmi les candidats nombreux qui se prsentaient pour la premire, trois
mdecins haut placs dans la science se partageaient les voix de l'cole
et du monde mdical, M. Andral et M. Rayer, non moins clbres par leurs
ouvrages que par leur pratique, et M. Cruveilhier, qui a fait pour
l'anatomie pathologique ce que la mort avait empch Bichat d'excuter.

On s'accordait assez gnralement  placer M. Andral au premier rang, et
la section, juge suprme en ce point, partageait l'opinion gnrale;
mais on tait fort embarrass de savoir comment s'en tirer poliment avec
les deux autres candidats, qui ne sont pas de ces hommes qu'on puisse
traiter sans crmonie.

On a toujours reproch  la mdecine de s'entendre fort bien avec la
mort, et nous devons avouer humblement que cette fois la mort vint
merveilleusement en aide  messieurs les mdecins candidats et
acadmiciens. Une place devint vacante, dans la section d'agriculture,
par le dcs de M. Morel de Vind; alors M. Rayer se dsista de sa
candidature en mdecine, et arguant de ses travaux sur quelques maladies
des animaux domestiques, il se prsenta comme candidat pour la section
d'agriculture.

Restaient deux candidats qui dominaient videmment les autres, et l'on
pensait que la section les prsenterai tous deux sur la mme ligne;
c'tait un honneur mrit, une sorte de ddommagement pour le moins
heureux.

Mais la section acadmique n'a pas cru devoir agir ainsi. Elle a plac
au premier rang, et sur la mme ligne que M. Andral, M. Poiseuille, 
qui ses beaux travaux sur la circulation ouvriront sans doute un jour
les portes de l'Institut, mais dont les titres, aux yeux du public
mdical, ne sont pas suprieurs, ni mme gaux  ceux de M. Cruveilhier.

Au second rang tait M. Cruveilhier.
Au troisime. MM. J. Gurin et Bourgery.
M. Andral a t lu le 6 mars.

Quinze jours aprs la nomination de M. Andral, M. Rayer a t lu en
remplacement de M. Morel de Vind. Que M. Rayer entrt  l'institut,
rien de plus juste; mais qu'il y soit entr dans la section
d'agriculture, c'est l un de ces coups de thtre acadmiques dont tout
le monde est surpris; car enfin, malgr ses travaux sur la morve et le
farcin, ce n'est point comme vtrinaire ni comme agronome, c'est comme
mdecin que M. Rayer a t nomm membre de l'institut. Loin de nous la
pense de critiquer un choix auquel tout le monde applaudit; mais ce qui
nous semble moins  l'abri de la critique, c'est la division de
l'Acadmie par sections, division qui nous parait tout--fait inutile,
peut-tre mme un peu contraire  la fusion,  la fraternit si
dsirables dans un corps savant, et dont le rsultat principal est
d'amener, par exemple, l'admission dans la section d'astronomie d'un
mdecin qui aurait tudi l'influence de la lune sur les maladies.

Pendant que l'Acadmie s'occupait de remplacer M. Double, les candidats
se prsentaient en foule pour le fauteuil de M. Larrey, et chacun d'eux
faisait de son mieux pour l'obtenir.

Ces candidats pouvaient se diviser en deux classes, les chirurgiens
proprement dits et les hommes spciaux. Parmi ces derniers, un oprateur
habile qui, le premier, a employ sur le vivant les instruments de la
lithotritie, avait, disait-on, beaucoup de chances d'tre lu, quoiqu'il
et pour rivaux des hommes plus haut placs que lui dans la science. On
s'en tonnait: Et pourtant, disait M...., chirurgien lui-mme et membre
de l'institut, rien n'est plus facile  concevoir.

Les membres de l'Institut se divisent en trois classes: 1 ceux qui ont
la pierre; 2 ceux qui ne l'ont pas et qui craignent de l'avoir; 3
enfin, et ce sont les moins nombreux, ceux qui ne l'ont pas et qui ne
craignent pas de l'avoir. Ces derniers seulement, ajoutait M......, ne
voteront pas pour le lithotriteur.

Cependant cette prdiction ne s'est pas tout--fait ralise, la section
n'a pas admis d'hommes spciaux parmi les candidate qu'elle a prsents,
et M. Civiale n'a pu runir que quinze voix. Ce doit tre une
consolation pour l'inventeur des instruments de la lithotritie, de voir
que du moins il n'a pas t vaincu avec ses propres armes.

Les candidats prsents aux choix de l'Acadmie taient ports sur la
liste dans l'ordre suivant:

  1 M. Lallemand;
  2 M. Lisfranc;
  3 M. Ribes;
  4 MM. Velpeau et Gerdy;
  5 MM. Amussat et Bgin;
  6 M. Jobert de Lamballe.

L'ordre de cette liste a beaucoup surpris le monde mdical. Des travaux
remarquables et le respect d  son ge faisaient comprendre que M.
Lallemand occupt le premier rang; mais la section de mdecine et de
chirurgie peut seule nous dire quels motifs lui on fait placer au
quatrime et au cinquime rang MM. Velpeau, Gerdy et Bgin, qui
pouvaient figurer au premier; pourquoi M. Jobert s'est vu rejeter au
sixime rang, etc.

Nous aurions beaucoup  dire sur ce chapitre; mais, loin de chercher le
scandale, nous le fuyons, et nous savons qu'on doit la paix aux vaincus.

Des voix qui n'avaient pu se faire couter au sein de la section ont
repris de l'influence dans le comit secret. L'Acadmie a voulu discuter
non-seulement les titres scientifiques, mais tous les antcdent des
candidats, et connatre non seulement le savant, mais aussi l'homme sur
qui devrait tomber son choix; puis, aprs cette enqute solennelle, et
sans s'arrter  l'trange classification de la section de chirurgie,
elle a lu M. Velpeau.

Maintenant qu' l'agitation lectorale, aux angoisses de la lutte, a
succd le calme, essayons de donner  nos lecteurs une ide sommaire
des travaux les plus intressants dont on ait entretenu l'Acadmie dans
ces derniers temps.

Une question importante dans ses rapports avec les sciences mdicales et
avec l'conomie sociale tout entire, c'est celle de la formation des
matires azotes neutres de l'organisation et des matires grasses, qui
passent successivement des vgtaux aux herbivores et de ceux-ci aux
carnassiers. Cette question se rattache  tous les phnomnes de
l'alimentation.

MM. Dumas et Boussingault, dans leur _Essai de physiologie chimique_,
avaient pos en principe que l'albumine, la librine et la casine, ces
trois substances si abondamment rpandues dans les solides ou les
liquides de l'conomie, existant dans les plantes; qu'elles passent
toutes formes dans le corps des herbivores, d'o elles sont
transportes dans celui des carnivores; que les plantes seules ont le
privilge de fabriquer ces produits, dont les animaux s'emparent, soit
pour les assimiler, soit pour les dtruire, selon les besoins de leur
existence.

Etendant ces principes  la formation des matires grasses, qui, selon
eux, prennent compltement naissance dans les plantes, ces auteurs les
avaient considres comme venant jouer dans les animaux le rle de
combustible ou mme quelquefois un rle transitoire, et avaient rsum
l'ensemble de ces vues et leurs consquences dans le tableau suivant:

         LE VGTAL                            L'ANIMAL

Produit des matires azotes neu-     Consomme des matires azotes
        tres.                               neutres.
  --    des matires grasses.           --  des matires grasses.
  --    des sucres fcules, gom-        --  des sucres, fcules,
        mes.                                gommes.
Dcompose l'acide carbonique.         Produit de l'acide carbonique.
  --      l'eau.                        --    de l'eau.
  --      les sels ammoniacaux.         --    des sels ammoniacaux.
Dgage de l'oxygne.                  Consomme de l'oxygne.
Absorbe de la chaleur.                Produit  de la chaleur.
  --    de l'lectricit.               --     de l'lectricit.
Est un appareil de rduction.         Est un appareil d'oxydation.
Est immobile.                         Est locomoteur.

Dans un mmoire sur les matires azotes neutres de l'organisation, lu 
l'Acadmie le 28 novembre 1842, MM. Dumas et Cahors admettent que les
plantes sont charges de fabriquer la _protine_, qui sert de base 
l'albumine,  la fibrine et  la casine; que les animaux peuvent bien
modifier cette matire, l'assimiler ou la dtruire, mais qu'il ne leur
est pas donn de la crer. Aprs avoir, par des analyses dlicates,
reconnu les proportions lmentaires de ces substances, ils ont t
conduits, par les dductions les plus logiques,  mettre cette
proposition, que l'obligation indispensable o sont tous les animaux de
faire entrer dans leur rgime les matires azotes neutres qui existent
dans leur propre organisation, la prsence de la presque totalit de ces
matires dans l'ure chez l'homme et les herbivores, dans l'acide urique
chez les oiseaux et les reptiles; enfin, ce fait que l'homme rend en
ure  peu prs tout l'azote qu'il a reu sous forme de matire azote
neutre, permettent de considrer comme presque certain que toute
l'industrie de l'organisme animal se borne, suit  s'assimiler cette
matire azote neutre quand il en a besoin, soit  la convertir en ure.

L'analyse de la farine des crales, disent ces auteurs, nous apprend 
y reconnatre; 1 l'albumine; 2 la librine; 3 la casine; 4 la
glutine; 5 des matires grasses; 6 de l'amidon, de la dextrine et du
glucose ou sucre.

Nous regardons comme dmontr que tout aliment des animaux renferme
sinon les quatre premires substances, c'est--dire les matires azotes
neutres, du moins quelques-unes d'entre elles.

Nous admettons que dans les cas o l'amidon, la dextrine et le sucre
disparaissent de l'aliment, ils sont remplacs par des matires grasses,
comme cela se voit dans l'alimentation des carnivores.

Nous voyons enfin que l'association des matires azotes neutres avec
les matires grasses et les matires sucres ou fculentes constitue la
presque totalit des aliments des animaux herbivores.

Ne ressort-il pas de l ces deux principes fondamentaux de
l'alimentation:

1 Que les matires azotes neutres de l'organisation sont un lment
indispensable de l'alimentation des animaux;

2 Qu'au contraire les animaux peuvent, jusqu' un certain point, se
passer de matires grasses; qu'ils peuvent se passer absolument de
matires fculentes ou sucres, mais  la condition que les graisses
seront remplaces par des quantits proportionnelles de fcules ou de
sucres et rciproquement.

Enfin, le 13 fvrier dernier, M. Payen lut en son nom et en celui de MM.
Dumas et Boussingault un Mmoire du plus haut intrt, intitul;
_Recherches sur l'engraissement des bestiaux et la formation du lait_. Ce
mmoire contient les propositions suivantes:

Les matires grasses ne se forment que dans les plantes; elles passent
toutes formes dans les animaux, et l peuvent se brler immdiatement
pour dvelopper la chaleur dont l'animal a besoin, ou se fixer plus ou
moins modifies dans les tissus pour servir de rserve  la respiration.

Les animaux carnivores contiennent des matires grasses, et ils n'en
rejettent par aucune de leurs excrtions. C'est dans ces animaux, par
consquent, qu'il est facile de reconnatre d'o viennent ces matires
et comment elles disparaissent.

Chez les chiens, le chyle qui se forme sous l'influence d'une
alimentation riche en fcule ou en sucre, celui qui provient de la
digestion de la viande maigre, sont galement pauvres en globules,
translucides, et n'abandonnent que peu de chose  l'ther.

On observe des caractres tout opposs dans le chyle rsultant de la
digestion d'aliments gras.

Les substances grasses de nos aliments passent donc, sans altration
profonde, dans le chyle et de l dans le sang.

La matire grasse toute faite est donc le principal, sinon le seul
produit  l'aide duquel les animaux puissent rgnrer la substance
adipeuse de leurs organes, ou fournir le beurre de leur lait.

Pour les herbivores, l'origine de la graisse n'est pas aussi facile 
dterminer que pour les carnivores. Trouve-t-on dans les plantes assez
de matire grasse pour expliquer  son aide l'engraissement du btail et
la formation du lait, ou faut-il, avec Hubert et M. Liebig, admettre que
les graisses animales sont les produits de certaines transformations du
sucre ou de l'amidon des aliments?

Cette dernire opinion se trouve appuye par des observations de M.
Dumas, et se fonde d'ailleurs sur des principes trs admissibles en
chimie; toutefois, les auteurs du Mmoire que nous analysons adoptent
une opinion contraire.

Suivant eux, c'est dans ses aliments que le boeuf  l'engrais trouve
toute faite la graisse qu'il s'assimile, que la vache trouve le beurre
de son lait.

Dans leur opinion, les matires grasses se formeraient principalement
dans les feuilles des plantes, et elles y affecteraient souvent la forme
et les proprits des matires cireuses. En passant dans le corps des
herbivores, ces matires, forces de subir dans leur sang l'influence de
l'oxygne, y prouveraient un commencement d'oxydation, d'o il
rsulterait l'acide starique ou olique qu'on rencontre dans le suif.
En subissant une seconde laboration dans les carnivores, ces mmes
matires oxydes de nouveau produiraient l'acide margarique qui
caractrise leur graisse. Enfin, par une oxydation plus avance, ces
divers principes pourraient produire les acides gras volatils du sang et
de la sueur, et, par une combustion complte, se changeraient en acide
carbonique, et seraient limins de l'conomie.

En des points sur lesquels s'appuyait M. Liebig pour attribuer aux
fcules et aux sucres l'origine des matires grasses, c'tait l'analyse
faite par lui de substances vgtales comme le mas, par exemple, qui,
suivant le clbre professeur de Giessen, ne renfermerait pas un
millime de graisse ou de matires semblables.

De nouvelles analyses faites par MM. Payen, Dumas et Boussingault ont
fait reconnatre dans le mas 7, 5  9 pour 100 de matires grasses;
dans le foin sec, 2 pour 100 (Mmoire du 13 fvrier); dans la paille
d'avoine, 5 pour cent; dans la luzerne, 3, 5 pour 100, et dans le son, 5
pour 100 de ces matires liquides ou solides.

D'expriences longues et faites avec soin il rsulte que, pour produire
une quantit de beurre qui s'lve 67 kilog., une vache mange une
quantit de foin qui renferme au moins 69 kilog., et probablement 70
kilog., ou mme plus encore de matires grasses c'est--dire que la
vache extrait de ses aliments presque toute la matire grasse qu'elle y
trouve pour la convertir en beurre.

De plus, la vache prend encore  ses aliments les matires azotes
neutres qu'ils contiennent et les converti! en lait, tandis que le boeuf
n'en assimile qu'une partie; d'o l'on peut conclure que, sous le
rapport conomique, la vache laitire mrite la prfrence, s'il s'agit
de transformer un pturage en produits utiles  l'homme.

D'autres expriences ont prouv: 1 que la pomme de terre, la betterave
et la carotte n'engraissent que quand on les associe  des produits
renfermant des corps gras, comme les pailles, les graines des crales,
etc.; 2 qu' poids gal, le gluten ml de fcule et la viande riche en
graisse produisent un engraissement qui, pour le porc, diffre dans le
rapport de 1  2.

Aux propositions mises dans ce Mmoire M. Liebig fit l'objection
suivante (sance du 6 mars):

On a dit qu'une vache trouvait dans ses aliments la matire grasse de
son beurre; mais on n'a pas parl de ses excrments, qui contiennent une
quantit de graisse presque gale  celle des aliments. Si en six jours
une vache reoit dans sa nourriture 736 grammes de graisse, et qu'elle
en rende dans ses excrments 717 g. 56, d'o proviennent les 3 k. 116 g.
de beurre qu'elle produit dans ce mme espace de temps?

M. Magendre crut devoir ajouter  cette objection de M. Liebig que ses
propres observations comme membre de la commission charge d'expriences
pour l'alimentation des chevaux de l'arme l'avaient conduit, ainsi que
ses collgues,  des rsultats analogues  ceux du professeur de
Giessen.

M, Dumas, opposant  l'objection de M. Liebig une argumentation habile,
tablit que ce professeur a raisonn d'aprs des faits observs, non sur
un mme animal, mais sur des animaux diffrents, de manire  prsenter,
non pas une exprience, mais l'hypothse suivante: Si l'on suppose
qu'une vache qui a mang un foin trs pauvre en matire grasse ait donn
beaucoup de lait trs riche en beurre et produit beaucoup d'excrments
trs riches en matire grasse, ne deviendra-t-il pas bien vraisemblable
que la graisse des aliments ne produit pas le beurre?

M. Dumas ajoute que ce n'est plus 2 pour 100 de graisse qu'il faut
compter dans le foin, mais bien 4 ou 5 pour 100, ainsi qu'il rsulte de
nouvelles expriences qui sont venues fortifier encore l'opinion mise
par les chimistes franais et par Tiedemann et Gemelin.

Dans la sance du 6 mars et flans celle du 13, MM. Payen et Boussingault
ont dmontr que les rsultats obtenus par la commission cite par M.
Magendre avaient une signification prcisment contraire  celle qui
tait reste dans les souvenirs de l'honorable acadmicien.

M. Liebig, dans une note adresse  l'Acadmie, et lue  la sance du 3
avril, a repris la discussion avec une nergie nouvelle. Le chimiste
allemand semble piqu au vif des arguments quelque peu ironiques du
professeur franais, et il cherche  lui rendre la pareille en termes
qui seraient fort amers s'ils taient justes.

M Dumas fait remarquer qu'au point o cette discussion est amene, il
faut s'en rapporter aux faits, et laisser de ct les raisonnements;
c'est nue question d'agriculture pratique, et qui ne peut tre rsolue
dfinitivement que par des expriences bien combines.

L'honorable prsident de l'Acadmie rfute ensuite, avec beaucoup de
dignit et de la manire la plus claire, les insinuations de M. Liebig,
et, arrivant  la partir de sa lettre o ce chimiste assure avoir fait
une exprience relle sur la production du lait, il dclare qu'en
prsence de cette affirmation il croit devoir se borner  dire que, si
l'exprience de M Liebig est relle, elle est en pleine contradiction
avec celle qui a servi de contrle aux vues des chimistes de Paris.

Aprs quelques explications donnes par M. Boussingault, pour tablir
qu'on ne peut tirer de ses anciennes recherches aucune conclusion qui
soit applicable  la question actuelle, M. Dumas, rpondant  M.
Ray-Lussac, qui est charg de la dfense de M. Liebig, rappelle que ce
dernier a fait parvenir  Paris, sur la question dont il s'agit, un
article en allemand, une lettre le 6 mars, enfin sa lettre de ce jour;
et, citant une traduction textuelle de l'article en allemand, M. Dumas
termine en dmontrant que, d'aprs l'identit des nombres que renferme
cet article avec ceux qui rsultent des expriences de M. Boussingault
et ceux des lettres de M. Liebig, on devait conclure qu'il n'y avait pas
eu de nouvelle exprience jusqu' ce que M. Liebig et assur le
contraire.

Dans cette mme sance M. Dumas prsente, de l part de M. Lewy de
Copenhague, une _Note sur la cire des abeilles_. Ce jeune mdecin y
prouve que la potasse concentre et bouillante dissout la cire et la
transforme en acides gras, contrairement  l'opinion reue et soutenue
notamment par M. Liebig, qui, reconnaissant que les matires grasses des
vgtaux se rapprochent de la cire, se refuse  admettre qu'une matire
grasse non saponifiable comme la cire puisse, sous l'influence de
l'organisme, se transformer en acides starique et margarique. M Lewy
conclut de ses expriences qu'il n'y a entre les principes de la cire et
ceux des corps gras ordinaires d'autre diffrence que celle qui rsulte
d'une oxydation plus ou moins avance.

Enfin, dans la sance du 17 avril. M. Payen, qu'une indisposition avait
forc  s'absenter le 3, oppose des faits positifs  quelques assertions
de M. Liebig. Ainsi, cet habile chimiste a dit que la chair des
carnivores, qui sont de tous les animaux ceux qui mangent le plus de
graisse, ne contient pas de graisse et n'est pas propre 
l'alimentation; et pourtant ce sont des carnassiers, les baleines,
cachalots, phoques, etc., qui accumulent et nous fournissent les plus
normes masses de graisse. Les chats contiennent souvent des proportions
considrables de graisse, et sont au moins aussi gras que les lapins,
etc. M. Payen termine en disant qu'il n'existe probablement pas de
graines de monocotyls ou de dicotyls, pas une spore de champignon, pas
une sporule microscopique de cryptogame, qui ne renferme en quantit
notable des matires grasses.

Cette immense question est loin d'tre claire compltement. Quoique en
lisant les Mmoires des chimistes franais, on se sente entran vers
leur opinion par la manire claire et logique dont elle est expose et
par les expriences nombreuses qui en sont la base; quoiqu'on souhaite
vivement que de nouveaux travaux viennent sanctionner cette loi pose
par un esprit essentiellement juste et grand dans ses vues, cependant on
reste encore en suspens; M. Liebig n'est pas homme  abandonner si
facilement le terrain, et l'on attend que de nouvelles preuves amnent
la conviction.

_Recherches sur la quantit d'acide carbonique exhale par le poumon de
l'espce humaine_. Tel est le titre d'un Mmoire lu par MM. Andral et
Gavarret. Des expriences faites par ces auteurs il rsulte:

Que la quantit d'acide carbonique exhale par le poumon dans un temps
donn? varie en raison de l'ge, du sexe et de la constitution des
sujets.

Chez l'homme, la quantit d'acide carbonique exhale va croissant de
huit  trente ans, puis dcrot  partir de cet ge, et surtout aprs
quarante ans. Cette quantit va de 5 grammes 12 g. 2 de carbone par
heure de huit  trente ans, et de 10 g. 1  5 g. 8 de quarante  cent
deux ans.

Chez la femme, la quantit d'acide carbonique exhale va en croissant
jusqu' la pubert, puis s'arrte au moment o les menstrues
s'tablissent, et demeure au chiffre de 6 g. 1 de carbone pour une
heure, comme chez les enfants, jusqu' l'poque o les menstrues
cessent; elle augmente alors pendant quelque temps, et parvient  8 g. 1
de carbone, puis de nouveau dcrot sous l'influence de l'ge.

La suppression des menstrues par maladie ou par grossesse amne aussi
l'augmentation de la quantit d'acide carbonique exhal par le poumon.

Enfin, dans les deux sexes, cette quantit est d'autant plus grande que
la constitution est plus forte et le systme musculaire plus dvelopp.

M. Perry a prsent un Mmoire intressant sur la part qu'on doit,
suivant lui, accorder  la rate dans l'tiologie et la _thrapeutique
des fivres intermittentes_.

Plusieurs Mmoires de chirurgie et d'anatomie ont t lus par MM.
Velpeau, Bgin, Hubert de Lamballe, Amussat et Leroy-d'Etiolles.

Ou croyait en avoir fini avec l'arsenic, mais point du tout; il a fallu
que l'ancienne commission nomme vers l'poque d'un procs fameux
s'occupt de nouveau de cette substance redoutable.

M. de Gasparin avait communiqu  l'Acadmie une note d'o rsultait ce
fait, que les moutons et les boeufs semblaient peu sensibles aux effets
toxiques de l'arsenic, et que l'acide arsnieux  haute dose tait, chez
ces animaux, un moyen thrapeutique fort utile dans certaines affections
de la poitrine.

La commission ne s'est pas encore prononce; mais, au milieu des notes
et des mmoires que cette communication a fait pleuvoir sur le bureau de
l'Acadmie, un travail de MM. Plandin et Danger semble tablir que
l'acide arsnieux est trs peu absorb par la muqueuse des voies
digestives chez les moutons; que ces animaux supportent gnralement
assez bien l'ingestion de cette substance, mais qu'elle est
invitablement funeste pour eux quand on l'introduit dans l'conomie en
la plaant sous la peau.



Revue algrienne

PORT D'ALGER--COLONISATION DE L'ALGRIE.

[Illustration.]

_Port d'Alger_--Le port d'Alger est situ  l'ouest et  l'entre d'une
rade entirement ouverte aux vents du large; il a t construit en 1530
par Khar-Eddin, frre de Barberousse. A 300 mtres en mer, existait un
banc de roches, ou lots, en arabe Al-Djzar, d'o Alger a pris son
nom. Les Espagnols y avaient fait un fort; Khar-Eddin les en chassa, et
runit ces lots  la ville par une jete: c'est la jete appele
Khar-Eddin Plus tard, on forma une petite darse de 3 hectares, au moyen
d'un mle construit  l'extrmit sud de l'le, et lanc vers le sud 
150 mtres dans la mer. Ce mle, duquel dpend la conservation de la
darse, tait en 1830, poque de l'occupation d'Alger par l'arme
franaise, dans un tat de dlabrement complet et de ruine imminente,
malgr les travaux considrables des Turcs. C'tait sur ce point qu'ils
portaient toutes les ressources dont ils pouvaient disposer en esclaves
et en argent; cependant l'ouvrage de chaque campagne tait sans cesse
dtruit pendant la saison du gros temps. Il en fut de mme des premiers
travaux excuts par les ingnieurs franais, qui ne purent russir  se
rendre matres de la violence des flots, sur un point o ils ont des
effets d'une puissance extraordinaire, qu'en recourant  des moyens de
construction plus puissants que ceux qu'on avait employs jusqu'ici.
Tandis que les blocs les plus forts employ dans la digue de Cherbourg
ne psent pas plus de 5  6 mille kilogrammes, on entassa dans la jete
 Alger des blocs de 22 mille kilogrammes. Mais comme l'extraction et le
transport de blocs aussi considrables et t  peu prs impossible, M.
Poirel, Ingnieur, charg en chef de la direction des travaux, eut
l'heureuse ide de les fabriquer artificiellement, au moyen du bton,
matire connue de tous les constructeurs, et qui a la proprit de
durcir dans l'eau. Grce  cette invention, le mle a pu tre
reconstruit tout entier  neuf, en quelques annes, et avec une solidit
dsormais l'preuve des plus grosses mers.

[Illustration: Travaux du port d'Alger.--Chantier des blocs de bton qui
s'immergent par an.]

Le systme gnralement employ de nos jours pour la construction des
jetes  la mer est celui que l'on connat sous le nom de _jetes 
pierres perdues_. Il tait pratiqu chez les Romains, ainsi qu'on le
voit par les restes du port de Civita-Vecchia. La dimension des
matriaux employs  la composition de ces anciennes jetes est
gnralement de 3 mtres cubes au plus, encore sont-ils remus par la
mer, et prouvent-ils toujours quelque drangement par les mouvements
les plus violents des vagues. Il a t reconnu qu' Alger un volume de
10 mtres cubes tait ncessaire pour que le bloc ft immuable, et ceux
que M. Poirel a fabriqus artificiellement en bton dpassent mme ce
volume.

Ces blocs sont faits de deux manires diffrentes: les uns se
construisent dans l'eau, sur la place mme qu'ils doivent occuper; les
autres sont fabriqus  terre, pour tre ensuite lancs  la mer.

Les premiers se font en immergeant du bton dans des caisses choues
sur l'emplacement des blocs. Ces caisses sont de grands sacs en toile
goudronne, dont les parois sont fortifies par quatre panneaux en
charpente, sur lesquels la toile est tendue et fixe. La masse de bton
qui la remplit peut donc se mouler parfaitement sur le terrain et se
lier avec lui par les asprits mmes qu'il prsente. Ces caisses-sacs
sont prpares sur le chantier et lances dans le port, d'o elles sont
remorques par des pontons, et amenes en flottant sur la place qu'elles
doivent occuper. On les y fixe au moyen de petites caisses en bois,
amarres tout autour de la caisse-sac, et remplies de boulets. La
caisse-sac une fois mise en place, on y tablit une machine  couler,
qui pose sur un chafaudage volant, communiquant avec la terre par un
pont de service.

La deuxime espce de blocs, qui se fait  terre, est fabrique dans des
caisses sans fond, formes de quatre panneaux  assemblage mobile. Cinq
 six jours aprs le remplissage, on enlve ces panneaux, qui servent
pour un autre bloc. Le bton, ainsi mis  nu, a acquis, au bout d'un
mois ou deux au plus, suivant la saison, une consistance suffisante pour
que le bloc puisse tre lanc  la mer. Les blocs sont prpars sur des
chariots qui roulent sur des chemins de fer. On emploie deux modes
d'immersion: le premier, en faisant poser le bloc sur deux planches
suiffes, et en donnant au chariot une lgre inclinaison, qui suffit
pour que le bloc glisse par son propre poids; dans le second mode
d'immersion, le bloc, plac sur une cale incline, est d'abord descendu
dans l'eau jusqu' ce qu'il plonge d'un mtre  l'avant; dans cette
position, il est saisi par une machine compose de deux flotteurs, entre
lesquels il est symtriquement plac. Ces flotteurs le saisissent au
moyen de chanes passes en dessous du bloc, et le transportent en le
maintenant sur l'eau,  l'instar des chameaux dont les Hollandais se
servent pour allger les vaisseaux et les faire passer sur les
hauts-fonds.

Les travaux excuts pour la consolidation de l'ancien mle, et les 150
mtrs de nouvelle jete construits jusqu'en 1812 avaient eu pour
rsultat d'augmenter un peu l'tendue du port d'Alger et d'ajouter
beaucoup  la scurit des navires. La rade d'Alger, comme on le voit
sur la carte, forme  peu prs un demi-cercle ouvert du ct du nord.
Son extrmit orientale se termine au cap Matifou; la ville d'Alger est
presque  son extrmit occidentale. Ainsi la rade est garantie des
vents d'ouest par le massif d'Alger; des vents du midi, par les hauteurs
qui se rattachent  ce massif, et, plus loin, par le petit Allas; et,
des vents d'est, par le promontoire qui finit au cap Matifou; mais elle
reste ouverte  tous les rhumbs de vent qui viennent du nord, et qui
sont d'autant plus dangereux qu'ils poussent les btiments  la cte. A
l'est de la porte Bab-Azoun, extrmit mridionale de la ville, et  300
mtres environ du rivage, est une roche, couverte de 2 mtres d'eau
seulement, qu'on nomme la roche _Algefna_. A l'est de cet cueil en est
un autre, couvert de 5 mtrs d'eau, dit _Roche-cueil_ ou
_cueil-sans-nom._

L'utilit de l'tablissement d'un grand port  Alger, dans l'intrt de
la marine militaire comme de la marine marchande, et appropri aux
besoins de l'une et de l'autre, a t unanimement reconnue par les
partisans de l'occupation restreinte, aussi bien que par ceux de
l'occupation tendue. Un bon port est, pour les uns, le principal, sinon
le seul profit qu'on peut retirer de notre possession africaine; pour
les autres, une condition indispensable du dveloppement de notre
puissance. Mais l'importance mme de cet tablissement maritime,
l'tendue  lui donner, le temps et la dpense  consacrer  sa
cration, toutes ces graves questions  rsoudre, expliquent les
lenteurs qui ont fait ajourner jusqu'en 1812 l'adoption d'un plan
dfinitif.

De nombreux projets ont t soumis  l'apprciation du gouvernement. Le
plus ancien, qui remonte  1835, est de M. de Montluisant, ingnier en
chef, directeur des travaux hydrauliques  Toulon. D'autres ont t
successivement prsents par MM. Rang, capitaine de corvette; Delassaux,
capitaine de vaisseau; Lain, contre-amiral; Poirel, ingnieur en chef
des Ponts-et-Chausses; Raffeneau de Lile, inspecteur gnral des
Ponts-et-Chausses, et Bernard, galement gnral divisionnaire attach
 la marine.

Pendant la session de 1812, une vive discussion s'est engage  la
Chambre des dputs dans les sances des 4 et 5 avril, au sujet de ce
que l'on a appel le _petit projet_ de port de M. Poirel, et le _grand
projet_ de M. Raffeneau de Lile. Le gouvernement, mis en demeure de se
prononcer entre ces divers projets, a fait connatre le 14 avril,  la
commission charge de l'examen du budget pour 1843, que son choix
s'tait fix en faveur d'un travail nouveau propos par M. Bernard, et
qui est un intermdiaire entre ceux de M. Poirel et Raffenau de Lile,
qu'il modifie  peu prs galement. Ce travail, que nous publions dans
la carte ci-jointe a obtenu la sanction du conseil d'amiraut. M.
Bernard fait partir la jete sud d'une pointe de rocher au nord et prs
du fort Bab-Azoun jusqu' l'cueil-sans-Nom; puis il prolonge le mle,
en partant de l'extrmit des 150 mtres excuts et se dirigeant vers
le sud-est, un quart est dans une longueur de 500 mtres. Quinze
vaisseaux pourront s'amarrer  la jete; la dpense est value 16
millions, 5  6 millions de moins que celle du projet Raffenau. La
chambre des dputs, dans sa sance du 26 mai dernier, a augment de
600,000 francs le crdit de 900,000 francs port au budget de 1843 pour
la construction du port d'Alger. L'allocation de 1.500.000 francs en
ajournerait l'achvement jusqu'en 1854. L'intrt de notre domination en
Algrie exige, au contraire, que les travaux de cet tablissement
maritimes dont l'utilit est unanimement proclame, soient pousse plus
activement, et il est  dsirer que les ateliers reoivent un
dveloppement tel, qu'une allocation de 3  4 millions puisse tre
annuellement employe; car ce n'est que lorsque nos flottes seront
assures de trouver sur la rive algrienne, presque en face de Toulon,
un refuge et un abri, que la prophtie de Napolon se ralisera, et que
la Mditerrane deviendra bien rellement un _lac franais_.

_Colonisation de l'Algrie_.--C'est en 1843 la premire fois qu'un
crdit spcial pour la colonisation figure au budget; c'est la premire
fois aussi que le gouvernement a annonc d'une manire certaine et
positive que son intention tait non pas de coloniser lui-mme ni de
cultiver ou faire cultiver les terres pour son propre Compte, mais de
favoriser par tous les moyens possibles la colonisation europenne en
Afrique.

Divers systmes taient en prsence, M. le lieutenant-gnral Bugeaud
s'est prononc dans plusieurs crits pour la colonisation militaire, M
le duc de Dalmatie, prsident du conseil et ministre de la guerre, a
dclar, au nom du cabinet, dans la sance de l Chambre des dpots du
26 mai dernier, que la colonisation militaire ne pouvait aboutir  des
rsultats avantageux, et que la colonisation civile, qui amne la
famille, est la plus fconde et la meilleure. Celle-ci n'exclut pas,
d'ailleurs, l'emploi des moyens militaires. En mme temps que des
ouvriers civils, toutes les compagnies disciplinaires et les condamns
militaires qui se trouvent en Afrique seront employs  prparer cette
colonisation civile. Ils tablissent des villages, les fortifient, font
les premiers frais d'tablissement, de manire que le colon civil qui
arrive avec sa famille puisse y trouver un abri et un commencement
d'exploitation.

[Illustration: Travaux du port d'Alger.--Chantier des blocs de bton qui
s'immergent par terre.]

Pour que les villes du littoral soient  tout jamais franaises il est,
en effet, indispensable de mettre entre elles et les indignes du dehors
des villages europens, des cultivateurs, toute une population rurale
qui puisse les faire vivre en les protgeant, crer une production de
quelque importance et prter un utile concours aux forces employes  la
garde du pays. Ainsi donc, la Ionisation, sagement limite, est le
premier lment de conservation: elle peut nous donner, en peu d'annes,
les moyens de pourvoir suffisamment  la dfense de l'Algrie, sans
engager plus qu'il ne convient les forces et l'argent de la France. Afin
de donner  la formation des centres agricoles une marche rgulire, un
arrt du 18 avril 1811 a statu que la Colonisation d'un territoire
dtermin et la formation de nouveaux centres de population seraient
autorises par arrt du gouverneur-gnral qui rglerait les conditions
d'existence de ces tablissements, leur dplacement, leur
circonscription, la population qu'ils seraient susceptibles de recevoir
immdiatement, l'tendue des terres  concder aux premiers habitants.

[Illustration: pisode d'une razzia par des rguliers d'Abd-el-Kader sur
des Arabes soumis.]

Le plan de colonisation a t adopt, 12 mars 1842, pour la province
d'Alger, et principalement pour le Sahel (voir _L'Illustration_, p. 19,
2e col.), ainsi que pour les territoires de Kolah et de Blidah. D'aprs
ce plan, trois zones concentriques de villages embrassant tout le massif
d'Alger.

La premire, dite du _Fahs_ (banlieue), destine  couvrir Alger dans
toutes les directions et touchant  tous les points extrmes de sa
banlieue, comprend sept centres: Hussein-Dey, Kouba, Bukadem,
Dely-Ibrahim, Drariah, prs Kadous; l'Achour, entre Drariah et
Dely-Ibrahim: Chrga, entre Dely-Ibrahim et la mer. Ils ne sont pas
distante de plus de trois kilomtres les uns des autres, et une route de
ceinture les reliera tous.

La deuxime zone, dite de _Staouh_, commence  l'est par un village au
devant de Birkadem, Saoula, pour se terminer, en passant par
Sidi-Sliman, Baba-Aassan, Ouled-Fayet et Staouh,  Sidi-Ferrouch, qui
sera  la fois un village d'agriculteurs et de pcheurs.

La troisime, dite de Doura a pour centres Ouled-Men dit, Doura,
Maclina, El-Hadjer et Bou-Kandoura.

Deux villages sont tablis sur le territoire de Colah: ce sont Fouka et
Douaouda, trois sur celui de Blidah. Mered, Ouled-Yach et Mehdouah.

Un nouveau village, celui de Saint-Ferdinand, vient d'tre termin.

La construction des villages du Sahel, ou 500 familles sont dj
tablies, a march dans l'ordre des zones, en commenant le plus prs
d'Alger et n'avanant que progressivement. Il est nature! que les
premiers tablissements de la colonisation entourent le sige de notre
gouvernement et trouvent dans cette proximit une protection prompte et
assure. Pour en hter les progrs, la Chambre des dputs vient
d'affecter  la colonisation, pour 1843, une dotation de 770.000 fr.
Mais, pour fournir des encouragements, l'oeuvre de la colonisation a
besoin de s'tendre, de l'affermissement de notre domination. La
campagne qui vient de s'ouvrir sous des auspices favorables ne saurait
manquer de l'affermir en ruinant de plus en plus la puissance
d'Abd-el-Kader. Dj une heureuse razzia a fait tomber entre nos mains
sa _smalah_, c'est--dire ce qui reprsente chez les Arabes ce que nous
appelons en Europe les quipages, la suite, comprenant les tentes du
matre, sa famille, ses domestiques et ses richesses. Puissent les
efforts combins des divers corps manoeuvrant dans toute la province de
l'Algrie amener enfin l'anantissement complet de notre persvrant
ennemi!



Bulletin bibliographique.

_La Russie en 1839_, par le marquis Custine; 4 vol in-8.--Paris, 1843.
_Amyot_ 30 francs.

Beaucoup d'esprit, trop d'esprit, les rflexions tour  tour justes et
fausses, souvent prtentieuses des chapitres entiers crits avec un
style remarquable, des longueurs monotones, des rptitions
fastidieuses, des contradictions choquantes, une foule de faits curieux
et d'observations pleines de vrit et d'intrt, de rares loges, de
nombreux et de svres critiques, tels sont les mrites et les dfauts
du nouvel ouvrage que vient de publier M. de Custine, et qui a pour
titre _La Russie en 1839_.

M, de Custine assure que, pendant son voyage, il racontait chaque nuit 
ses amis absents ses souvenirs de la journe, sans songer au public, ou
du moins en ne voyant le public que dans un lointain vaporeux. D'abord
il ne voulait pas faire imprimer ses lettres, qui taient, pour la
plupart, de pures confidences. Fatigu d'crire, mais non de voyager, il
comptait cette fois, observer sans mthode et garder ses descriptions
pour ses amis: diverses raisons l'ont dcid  tout publier; la
principale, c'est qu'il a senti chaque jour ses ides se modifier par
l'examen auquel il soumettait une socit absolument nouvelle pour lui.
Il lui semblait qu'en disant la vrit sur la Russie, il ferait une
chose neuve et hardie, Jusqu'alors, dit-il, la peur et l'Intrt ont
dict des loges exagrs; la haine a fait publier des calomnies: je ne
crains ni l'un ni l'autre cueil.

M, de Custine a-t-il toujours vit avec bonheur ces deux danger, qui
lui paraissent si peu redoutables? Son imagination ardente lui a-t-elle
laiss voir la Russie telle qu'elle est? N'exagre-t-il pas le mal comme
le bien? Ce qui nous parat certain, c'est que, malgr leurs rptitions
et leurs contradictions, les trente-six lettres dont se composent ces
quatre volumes n'ont pas t entirement crites sur les lieux pour des
amis. On a moins d'esprit et plus de simplicit, on fait moins de
rflexions profondes ou bizarres, on ne termine pas tant de priodes
cadences par des petites phrases ou par des mots _ effet_ lorsqu'on ne
voit le public que dans un lointain vaporeux. Personne assurment ne
reprochera  M. de Custine d'avoir travaill son livre avec un soin tout
particulier. Le mrite d'un ouvrage quelconque ne dpend jamais du temps
que son auteur a mis  le composer. Il vaut mieux employer trois ou
quatre annes  rdiger ses mots et ses impressions de voyage que de les
publier sans les revoir, sans les runir, sans les proportionner, comme
certains crivains modernes se sont vants de l'avoir fait. Mais pourquoi
ne pas avouer la vrit?

Le 10 juillet 1839, M. de Custine, qui s'tait embarque quatre jours
auparavant  Travemunde, dbarquait  Saint-Ptersbourg; le 26 septembre
suivant, il datait sa dernire lettre de Tilsitt. Son voyage n'avait
donc dur que deux mois et demi, et pendant ce court espace de temps M.
de Custine visita Saint-Ptersbourg, Moscou, et Nijni-Novgorod 
l'poque de la foire. Or,  en croire les Russes, il faut passer au
moins deux ans en Russie avant de se permettre de juger leur pays, le
plus difficile de la terre  dfinir.

Rien n'est triste comme la nature aux approches de Ptersbourg:  mesure
qu'on s'enfonce dans le golfe, la marcageuse Ingrie, qui va toujours
s'aplatissant, finit par se rduire  une petite ligne tremblotante
tire entre le ciel et la mer... Cette ligne, c'est la Russie...
c'est--dire une lande humide, basse, et parseme  perte de vue de
bouleaux qui paraissent pauvres et malheureux. En apercevant ce rivage
peu attrayant, le voyageur se rappelle le mot d'un favori de Catherine 
l'Impratrice, qui se plaignait des effets du climat de Ptersbourg sur
sa sant: Ce n'est pas la faute du Bon Dieu, Madame, si les hommes se
sont obstins  btir la capitale d'un grand empire dans une terre
destine par la nature  servir de patrie aux ours et aux loups.
Heureux encore s'il lui tait permis de dbarquer sur ce rivage gris et
froid,  peine clair par un ple soleil; mais la police et la douane
vont venir lui prouver qu'il entre dans l'empire de l'esclavage et de la
peur: avant de mettre pied  terre, il lui faudra lutter longtemps
encore contre des machines incommodes d'une me.

Cette premire impression que M. de Custine prouva en arrivant 
Ptersbourg, tout son voyage ne fera que la fortifier et la dvelopper.
En Russie, la nature n'existe pas plus que l'homme. On ne peut pas
donner le nom de nature  des solitudes sans accidents pittoresques, 
des mers aux rivages plats, A des lacs,  des fleuves dont l'eau
s'arrte presque au niveau de la terre,  des marcages sans bornes, 
des steppes sans vgtation, sous un ciel sans lumire. La terre
elle-mme est devenue complice des caprices de l'homme, qui a tu la
libert pour diviniser l'unit... Elle aussi, elle est partout la mme.
Quant au peuple, il offre un spectacle non moins attristant; on ne voit
partout que des corps sans mes, et l'on frmit en songeant que pour une
si grande multitude de bras et de jambes, il n'y a qu'une tte; un seul
homme dans tout l'empire a le droit de vouloir; il rsulte de l que lui
seul a la vie propre.

Le surlendemain de son arrive  Ptersbourg M. de Custine assistait 
la clbration du mariage du fils d'Eugne de Beauharnais avec la
grande-duchesse Marie, et le mme il fut prsent  l'empereur et 
l'impratrice. Il trace le portrait suivant de l'empereur:

L'empereur est plus grand que les hommes ordinaires de la moiti de la
tte; sa taille est noble, quoiqu'un peu raide; il a pris des sa
jeunesse l'habitude russe de se sangler au-dessus des reins, au point de
se faire remonter le ventre dans la poitrine, ce qui a d produire un
gonflement des ctes. Cette difformit volontaire, qui nuit  la libert
des mouvements, diminue l'lgance de la tournure et donne de la gne 
toute la personne... Il a le profil grec, le front haut, mais dprim en
arrire, le nez droit et parfaitement form, la bouche trs belle, le
visage noble, ovale, mais un peu long, l'air militaire et plutt
allemand que slave. Sa dmarche, ses attitudes sont volontairement
imposantes.

IL s'attend toujours  tre regard; il n'oublie pas un instant qu'on
le regarde; mme vous diriez qu'il veut tre le point de mire de tous
les yeux. On lui a trop rpt ou trop fait supposer qu'il tait beau 
voir et bon  montrer aux amis et aux ennemis de la Russie... Il pose
incessamment d'o il rsulte qu'il n'est jamais naturel, mme quand il
est sincre. Son visage a trois expressions dont pas une n'est la bont
toute simple; la plus habituelle me parat toujours la svrit. Une
autre expression, quoique plus rare, convient peut-tre mieux encore 
cette belle figure, c'est la solennit; une troisime, c'est la
politesse, et dans celle-ci se glissent quelques nuances de grce qui
temprent le froid tonnement caus d'abord par les deux autres. Mais,
malgr cette grce, quelque chose nuit  l'influence morale de l'homme,
c'est que chacune de ces physionomies qui se succdent arbitrairement
sur la figure est prise on quitte compltement et sans qu'aucune trace
de celle qui disparat ne reste pour modifier l'expression nouvelle.
C'est un changement de dcoration  vue et que nulle transition ne
prpare; on dirait d'un masque qu'on met on qu'on dpose  volont.
Ainsi, le plus grand des maux que souffre la Russie, l'absence de
libert, se peint jusque sur la face de son souverain: il a beaucoup de
masques, il n'a pas un visage, Cherchez-vous l'homme, vous trouvez
toujours l'empereur.

Je crois qu'on peut tourner cette remarque  sa louange: il fait son
mtier en conscience. Avec une taille qui dpasse celle des hommes
ordinaires, comme son trne domine les autres siges, il s'accuserait de
faiblesse s'il tait tout bonnement, et s'il faisait voir qu'il vit,
pense et sent comme un simple mortel. Sans paratre partager aucune de
nos affections, il est toujours un chef, juge, gnral, amiral, prince
enfin, rien de plus, rien de moins. Il se trouvera bien las  la lin de
sa vie, mais il sera plac haut dans l'esprit de son peuple et peut-tre
du monde, car la foule aime les efforts qui l'tonnent; elle
s'enorgueillit en voyant la peine qu'on prend pour l'blouir.

Deux jours aprs cette premire prsentation, l'empereur avait avec M.
de Custine la conversation suivante (tome II, page 129, lettre 13e);

Le despotisme, disait l'empereur, existe encore en Russie, puisque
c'est l'essence de mon gouvernement; mais il est d'accord avec le gnie
de la nation.

--Sire, vous arrtez la Russie sur la route de l'imitation et vous la
rendez  elle-mme.

--J'aime mon pays et je crois l'avoir compris. Je vous assure que,
lorsque je suis bien las de toutes les misres du temps, je cherche 
oublier le reste de l'Europe en me retirant vers l'intrieur de la
Russie.

--Pour tous retremper  votre source,

--Prcisment. Personne n'est plus Russe de coeur que je le suis. Je
vais vous dire une chose que je ne dirais pas  un autre; mais je sens
que vous me comprenez, vous.

Ici l'empereur s'interrompt et me regarde attentivement. Je continue
d'couter sans rpliquer; il poursuit:

Je conois la rpublique: c'est un gouvernement net et sincre, ou qui
du moins peut tre; je conois la monarchie absolue, puisque je suis le
chef d'un semblable ordre de choses; mais je ne conois pas la monarchie
reprsentative; c'est le gouvernement du mensonge, de la fraude, de la
corruption, et j'aimerais mieux reculer jusqu' la Chine que de
l'adopter jamais.

--Sire, rpondis-je, j'ai toujours regard le gouvernement reprsentatif
comme une transaction invitable dans certaines socits,  certaines
poques; mais ainsi que dans toutes les transactions, elle ne rsout
aucune question, elle ajourne les difficults.

L'empereur semblait me dire: Parlez. Je continuai;

C'est une trve signe entre la dmocratie et la monarchie, sous les
auspices de deux tyrans fort bas, la peur et l'intrt, et prolonge par
l'orgueil de l'esprit qui se complat dans la loquacit, et par la
vanit populaire qui se paie de mots; enfin, c'est l'aristocratie de la
parole substitue  celle de la naissance, car c'est le gouvernement des
avocats.

--Monsieur, vous parlez avec vrit, me dit l'empereur en me serrant les
mains; j'ai t souverain reprsentatif [1], et le monde sait ce qu'il
m'en a cot pour n'avoir pas voulu me soumettre aux exigences de cet
INFME gouvernement (je cite littralement). Acheter des voix, corrompre
des consciences, sduire les uns, afin de tromper les autres; tous ces
moyens, je les ai ddaigns comme avilissants pour ceux qui obissent
autant que pour celui qui commande, et j'ai pay cher la peine de ma
franchise; mais, Dieu soit lou, j'en ai fini pour toujours avec cette
odieuse machine politique. Je ne serai plus roi constitutionnel, j'ai
trop besoin de dire ce que je pense pour consentir jamais  rgner sur
aucun peuple par la ruse ou par l'intrigue.

              [Note 1: En Pologne.]

Le 23 juillet, M. de Custine assistait  une fte clbre dont il donne
une description intressante. Deux fois par an, le 1er janvier 
Saint-Ptersbourg, et le jour de la fte de l'impratrice,  Pterhoff,
l'empereur ouvre librement, en apparence, son palais  des paysans
privilgis et  des bourgeois choisis, comme dcoration, comme
assemblage pittoresque d'hommes de tous tats comme revue de costumes
magnifiques ou singuliers, on ne saurait faire assez d'loges de la fte
de Pterhoff; mais, s'il n'y a rien de plus beau pour les veux, rien
n'est plus triste pour la pense que cette runion soi-disant nationale
de courtisans et de paysans, qui se runissent de fait dans les mmes
salons sans se rapprocher de coeur. En effet l'empereur ne dyt pas au
laboureur, au marchand: Tu es un homme comme moi; mais il dit au grand
seigneur: Tu es un homme comme eux, et moi, votre Dieu, je plane sur
vous tous galement.--Aprs tout, s'crie M. de Custine, quelle est
donc cette foule baptise peuple, et dont l'Europe se croit oblige de
vanter niaisement la respectueuse familiarit en prsence de ses
souverains? Ne vous y trompez pas: ce sont des esclaves d'esclaves.

Que fait la noblesse russe? elle adore l'empereur, et se rend complice
des abus du pouvoir souverain pour continuer elle-mme  opprimer le
peuple qu'elle fustigera tant que le dieu qu'elle sert lui laissera le
fouet et la main. tait-ce l le rle que lui rservait la Providence
dans l'conomie de ce vaste empire? Elle en occupe les postes d'honneur;
qu'a-t-elle fait pour les mriter? Le pouvoir exorbitant et toujours
croissant du matre est la trop juste punition de la faiblesse des
grands.

Les marchands qui formeraient une classe moyenne, sont en si petit
nombre, qu'ils ne peuvent marquer dans l'tat; d'ailleurs presque tous
sont trangers. Les crivains se comptent par un ou deux par gnration;
les artistes sont comme les crivains: leur petit nombre les fait
estimer; mais si leur raret sert  leur fortune personnelle, elle nuit
 leur influence sociale. Il n'y a pas d'avocats dans un pays o il n'y
a pas de justice. O donc trouver une classe moyenne qui fait la force
des tats, et sans laquelle un peuple n'est qu'un trouvai! conduit par
quelques limiers habilement dresss?

Il n'y a donc pas encore de peuple en Russie; il y a des empereurs qui
ont des serfs et des courtisans qui ont aussi des serfs: tout cela ne
fait pas un peuple.

M. de Custine allait en Russie pour y chercher des arguments outre le
gouvernement reprsentatif; il est revenu en France partisan des
constitutions. Il tait parti de Paris avec l'opinion que l'alliance
intime de la France et de la Russie pouvait seule accommoder les
affaires de l'Europe; mais, aprs avoir vu de prs la nation russe et
reconnu le vritable esprit de son gouvernement, il a senti qu'elle est
isole du reste du monde civilis par un puissant intrt politique,
appuy sur le fanatisme religieux, et il est de l'avis que la France
doit chercher ses appuis parmi les nations dont les intrts s'accordent
avec les siens,--Il esprait arriver  des solutions, il n'a rapport
que des problmes.

Qu'on ne croie pas cependant, que M. de Custine s'occupe incessamment de
traiter dans son livre des questions morales et politiques; il a tout
vu, ou du moins il dcrit tout: Saint-Ptersbourg et la Nva, Moscou et
le Kremlin, Nijni-Novgorod et sa foire, la cour, les palais de
l'aristocratie, la maison du fonctionnaire public, la cabane du
serf.--Aucune des curiosits des deux capitales de l'empire n'chappe 
son examen et  sa critique. Tantt il visite le cottage de l'empereur 
Pterhoff, avant le grand-duc pour cicrone; tantt il parvient, malgr
les ordres contraires,  pntrer dans la forteresse de Schlussellbourg.
Ici il nous raconte l'pouvantable histoire d'Ivan IV; l il nous fait
le rcit des ftes militaires clbres  Borodino. Toujours
intressant, bien que trop long et crit d'un style trop prtentieux et
trop monotone, cet ouvrage sera lu avec avidit et avec fruit, surtout
par les Russes qui pardonneront pas  l'auteur le jugement qu'il a cru
devoir porter sur eux-mmes, sur leur pays et sur l'empereur, ou plutt
sur le gouvernement. Quelques citations prises  et l, au hasard,
feront mieux comprendre que toutes nos rflexions la nature du talent et
des observations de M. de Custine.

La Russie est l'empire des catalogues  lire comme collection
d'tiquettes; c'est superbe, mais gardez-vous d'aller plus loin que les
titres. Si vous ouvrez le livre, vous n'v trouverez rien de ce qu'il
annonce; tous les chapitres sont indiqus, mais tous sont  faire.
Combien de forts ne sont que des marcages que vous ne couperiez pas un
fagot!... Les rgiments loigns sont des cadres o il n'y a pas un
homme; les villes, les routes, sont en projet; la nation elle mme n'est
encore qu'une affiche placarde sur l'Europe, dupe d'une imprudente
fiction diplomatique....

Ce peuple, qui a tant de grce et de facilit, est dpourvu du gnie
crateur. Les Russes sont les Romains du Nord. Les uns et les autres ont
tir leurs sciences et leurs arts de l'tranger. Ils ont de l'esprit,
mais c'est un esprit imitateur, et par consquent plus ironique que
fcond; cet esprit contrefait tout, il n'imagine rien.

Les Russes ont beau faire et beau dire, tout observateur sincre ne
verra chez eux que des Grecs du Bas-Empire forms  la stratgie moderne
par les Prussiens du dix-huitime sicle et par les Franais du
dix-neuvime.

La Russie est une nation de muets; quelque magicien a chang 60
millions d'hommes en automates qui attendent la baguette d'un autre
enchanteur pour renatre et pour vivre.

En Russie, un homme qui rit est un comdien, un flatteur ou un ivrogne.

N'coutez pas la forfanterie des Russes; ils prennent le faste pour
l'lgance, le luxe pour la politesse, la police et la peur pour les
fondements de la socit. A leur sens, tre disciplin, c'est tre
civilis. Ils oublient qu'il y a des sauvages de moeurs trs douces et
des soldats fort cruels. Malgr toutes leurs prtentions aux bonnes
manires, malgr leur instruction superficielle et leur profonde
corruption prcoce, malgr leur facilit  deviner et  comprendre le
positif de la vie, les Russes ne sont pas encore civiliss. Ce sont
des Tartares enrgiments rien de plus. La socit, telle que ses
souverains l'ont faite, n'est qu'une immense serre-chaude remplie de
jolies plantes exotiques. D'ailleurs, quelle que soit l'apparence des
choses, il y a au fond de tout la violence et l'arbitraire. On y a rendu
la tyrannie calme  force de terreur: voil jusqu' ce jour, la seule
espce de bonheur que ce gouvernement ait su procurer  ses peuples.



Modes

[Illustration: Costume d'intrieur.--Robe de chambre.]

Chacune des quatre saisons de l'anne ramenait autrefois  son ouverture
et  un jour invariablement fix l'adoption simultane d'un costume
spcial dont les toffes, et nous dirons presque les couleurs, taient 
l'avance dtermines.

Cette coutume gnrale tait-elle une consquence force retour plus
rgulier des saisons, ou tenait-elle seulement  un crmonial oblig
dont nous nous sommes depuis longtemps affranchis? C'est un problme
dont nos lectrices peuvent chercher la solution.

Toujours est-il que l'instabilit du printemps et les brusques
variations de l'atmosphre ne nous permettent pas de faire aujourd'hui
ce que nous faisions autrefois.

Il n'est donc pas rare de retrouver dans son boudoir, prs d'un feu vif
et clair, et revtue d'une robe de chambre en velours dont les
ouvertures laces permettent d'apercevoir une riche jupe de dessous
telle que nous la reprsentons ici, la femme lgante que l'on a
rencontre dans la matine  la promenade ou en visite avec une tout
autre toilette... Le matin, en effet, elle avait une robe  volant plat,
collet  chle renvers, manches  la Suissesse, ornes de jockey
tags; elle portait  la main l'ombrelle douairire de Verdier,
destine  protger contre les rayons d'un soleil rare, mais perfide,
les couleurs si tendres d'un chapeau de crpe, costume dont nous avons
donn la gravure dans notre dernier numro.

Ne dplorons donc pas ces alternatives de froid et de chaud: la mode vit
de contrastes.

On a annonc la dcouverte de la suite du _Don Juan_ de lord Byron; la
nouvelle a fait son tour d'Europe. _L'Illustration_ a cru pouvoir
risquer l'innocente plaisanterie de donner le dix-septime chant comme
un fragment de cette prtendue dcouverte. Beaucoup y ont t pris. Les
diteurs franais des traductions de Byron nous ont propos de traiter
pour le droit d'insrer cette suite dans leurs ditions. Des traducteurs
allemands nous ont crit de leur adresser l'original pour faire
connatre le chef-d'oeuvre  leurs concitoyens. Cette note rpondra 
tous, mme  la _Revue de Paris_, qui a eu besoin pour deviner la chose,
qu'on lui dise le nom de l'auteur.



Correspondance.

Rponses.

_A m. d'O_--M. N. a refus de laisser dessiner son portrait. Peut-tre
sa qualit de fonctionnaire public nous autorisait-elle  passer outre
et nous en aurions les moyens, mais nous croyons devoir respecter sa
volont et sa modestie, vertu trop rare par les temps qui court pour
qu'on ne s'incline pas devant elle.

_A M. R... de Nancy_--Nous n'oublions pas l'industrie. Nous publierons
certainement ce qui se produira de nouveau et d'intressant dans cette
srie, sans attendre, croyez-le bien, l'exposition des produits de
l'industrie de 1844, qui, sans doute, nous fournira un grand nombre de
sujets intressants et varis Une branche de l'industrie appellera
surtout notre attention ds cette anne: c'est celle qui se rapproche de
l'art et qui contribue le plus  former le got public.

_A M. B..._--On grave une autre carte des chemins de fer en France,
beaucoup plus tendue et plus complte, et on donnera successivement des
des cartes semblables pour d'autre pays.

_A M. J. T..., de Rouen et autres._--Le 4e numro est rimprim.

_A madame A... de Sedan_.--Non-seulement cette vue, madame, mais
beaucoup d'autres sur le mme sujet. Les plaisirs varient suivant lis
saisons;  notre dbut, c'taient les concerts et les bals qui
dominaient ensuite est venu le Salon, puis les courses. Voici le temps
des ftes des environs de Paris, des bains, des voyages. Notre tche est
de suivre le courant naturel de actualits: nous nous exerons  saisir
au passage tout ce qui peut exciter la curiosit et l'intrt. Avec du
zle, nous arriverons  ce qu'il faut de rapidit et d'universalit.

_A M. V. G... de Barges._--A dfaut de dessin, une vue au daguerrotype
suffira.

_A M. I. B..._--La place a manqu.

_A M. T. D..._--La question n'a rien d'indiscret Voici la rponse: cinq
mille deux cents; et nous esprons mieux.

_A M. L. R. d._--La gravure demande passera dans le prochain numro.

_A M. S. P. Dum._--Ce n'est point de l'indcision, c'est de la prudence.
Ds que les inconvnients n'existeront plus, nous commencerons.

_A. M. D... de Provins._--Les deux sries s'organisent; elles offraient
de grandes difficults. Il fallait s'assurer de correspondances
lointaines. Il et t facile de supposer ce que nous ne savions pas,
d'appeler l'imagination  notre aide; nous avons prfr attendre et tre
sincres.

_A M. Ad. C... de Marseille._--L'article n'a pas t insr, parce qu'il
contenait des personnalits offensantes pour une personne dont l'ge et
le caractre doivent commander le respect, mme de ceux qui ne partagent
pas ses opinions.

_A M. M. F... de Cahors_--L'ide est excentrique: nous l'acceptons,
quoique avec un peu de crainte.

_A mademoiselle El. M..._--Nous recevons la communication de ce dessin
avec plaisir.

_A M. le colonel R..._--La place a manqu: les deux portraits seront
publis en juin.

_A M. Ch. Q... de Lyon_--Ce Mirait dsirable, sans doute, mais c'est
impossible. La gravure en taille-douce est trop lente et trop coteuse;
elle exigerait deux tirages. On ne peut pas esprer raisonnablement une
excution trs rapide et toujours parfaitement agrable. Ceux qui savent
 quel degr d'inhabilet et d'inexprience tait encore l'art de la
gravure sur bois en France il y a dix ans, loin d'tre svres
s'tonnent et nous tiennent compte de nos efforts. Les burins
travaillent jour et nuit. Il n'y avait pas en France, jusqu' ce
jour, un pareil exemple d'activit.

_A M. Lob., de Nantes_--Certains malheurs ne peuvent pas et ne doivent
pas tre reprsents. En France, il y a une pudeur, dans la piti
publique, que l'on ne blesserait pas en vain.

_A M. H. B. X... Fontaines-Saint-Georges_--Nous ne pouvons pas prendre 
cet gard d'engagement dfinitif. Un journal conu sur un plan nouveau
ne vient pas au jour tout form: il grandit peu  peu sous les regards
du public. Il n'en est pas de mme lorsqu'on se borne  imiter dans
toutes leurs parties des journaux dj existants; il ne serait pas juste
de nous appliquer la mme mesure.

_A M. C. C., d'Abbeville._--En 1825. C'est un sujet trop rtrospectif,
et qui ne pourra tre trait qu' l'occasion d'un fait nouveau.

_A. M. Mel. Lo._--Le mmoire est d'un grand intrt, mais trop long. Il
devrait tre rduit de plus d'un tiers. Nous confierons le dessin  un
artiste habile, et, si l'on consent  la rduction, la publication
pourra avoir lieu dans quinze jours.

_A. M. Del., d'Auxerre._--Les portraits d'O'Connell et du docteur
Chalmers doivent paratre dans le prochain numro.

_A. M. Rel., de Montereau_--Une vue de votre maison ne serait-elle pas
mieux place dans les _Petites affiches._

_A. M. Val., de Paris_--A M. Ren., de Montpellier.--Nous avancerons
dsormais d'un jour la publication.

_A M. de P., de Brest_--L'observation est juste. Sous l'ancien rgime (et
nous ajouterons pendant la Rvolution et sous l'Empire), un journal
illustr aurait eu peut-tre plus de scnes varies, plus de ftes plus
d'originalits  prsenter  ses lecteurs. L'galit de rang et de
fortune a conduit  plus d'uniformit; mais cette galit est loin
d'tre parfaite, et nous esprons montrer que notre poque est encore
assez riche en vnements pour que l'intrt de notre Recueil languisse
rarement. Ce sont d'ailleurs les faits du monde entier, la vie de tous
les peuples que nous avons le projet de reprsenter  nos lecteurs.



Amusements des sciences.

SOLUTION DES QUESTIONS PROPOSES DANS LE DERNIER NUMRO.

I. La srie qui rsout la question est celle des poids 1, 3, 9, 27, 81,
243, 729, etc., dont chacun est triple du prcdent. Mais il faut que
ces divers poids soient combins entre eux, d'une manire convenable,
sur les deux plateaux de la balance. Ils ne pourraient pas servir comme
ceux de la srie 1, 2, 4, 8, 16, 32, si l'on imposait la condition de ne
les placer que sur un seul plateau. Ainsi, par exemple, 2 tant la
diffrence de 3 et de 1, le poids 2 s'obtiendra en plaant 3 sur un des
plateaux et 1 sur l'autre. 3 est la diffrence de 9 d'une part et de 3
plus 1 d'autre part.

Supposons qu'il s'agisse de peser ainsi un corps dont le poids est de
368 grammes, 368 tombe entre 243 et 729; il surpasse 364, moiti de 728;
on le considrera donc comme la diffrence entre 729 et 361, et on
mettra le poids 729 sur l'un des plateaux. 361 se compose de 243 et de
118; 118 se compose de 81 et de 37; 37 se compose de 27 et de 10; 10 se
compose de 9 et de I. Il suffira donc de mettre sur l'autre plateau les
poids 243, 81, 27, 9 et 1.

On verra de la mme manire que l'on formerait le poids 866 en plaant
sur un des plateaux de la balance les poids 729, 243 et 3, ce qui donne
975, et en plaant sur l'autre plateau les poids 81, 27 et 1, ce qui
donne 109.

Le poids le plus considrable que l'on puisse valuer avec la srie
allant jusqu' 729, dont le triple vaut 2187, est la moiti de 2186 ou
1093.

II. Le tableau ci-aprs donne la solution de la seconde question:

                      Vase           Vase          Vase
                 de 12 litres,   de 7 litres,   de 5 litres.

        1           12               0              0
        2            7               0              5
        3            7               5              0
        4            2               5              5
        5            2               7              3
        6            9               0              3
        7            9               3              0
        8            4               3              5
        9            4               7              1
        10          11               0              1
        11          10               1              0
        12           6               1              5
        13           6               6              0

L'explication de ce tableau est tout--fait analogue  celle des
tableaux du prcdent numro (page 208).

NOUVELLES QUESTIONS  RSOUDRE

I. Partager un sou (la vingtime partie du franc) entre vingt personnes,
en donnant la mme part  chacune.

II. Faire parcourir au cavalier du jeu des checs toutes les cases de
l'chiquier l'une aprs l'autre, sans passer deux fois sur la mme.



Rbus

EXPLICATION DU DERNIER RBUS.

Les grandes penses viennent du coeur.

[Illustration: Proclamation.]







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L'ILLUSTRATION, NO. 0014, 3 JUIN 1843 ***

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Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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