The Project Gutenberg EBook of La Jrusalem mdivale, by Marie Lebert

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Title: La Jrusalem mdivale

Author: Marie Lebert

Release Date: October 30, 2008 [EBook #27042]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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LA JERUSALEM MEDIEVALE


MARIE LEBERT


NEF, University of Toronto, 2006

Copyright  2006 Marie Lebert

Une tude rdige sans parti pris, en accordant une large place aux diverses
communauts (chrtienne, juive et musulmane) et  leurs historiens. Avec des
photos de Marie-Joseph Pierre. La version originale est disponible sur le NEF:
http://www.etudes-francaises.net/jerusalem/


TABLE


1. Introduction

2. Histoire de Jrusalem au Moyen-Age

3. L'architecture musulmane

4. L'architecture croise civile

5. L'architecture croise religieuse

6. L'architecture ayyubide

7. L'architecture mamelouke

8. Premiers albums de photographies

9. Bibliographie

10. Index


1. INTRODUCTION


Dessine en 1581, cette carte de Heinrich Buenting [1] reprsente Jrusalem au
centre du monde, point de convergence de trois continents: l'Europe, l'Afrique
et l'Asie.

Depuis de nombreux sicles, la ville est aussi la ville sainte de trois grandes
religions: le Judasme, le Christianisme et l'Islam.

L'poque mdivale est marque par des luttes acharnes entre Juifs, Chrtiens
et Musulmans. Batailles immenses ou combats de quelques centaines d'hommes,
siges, prises de villes, reprsailles, rglements de comptes, on ne compte pas
les manifestations de fanatisme et de cruaut sanguinaire.

Sous la dynastie fatimide, le calife Al-Hakim, dit le "calife fou", massacre
tous les Juifs et Chrtiens de Jrusalem, et dtruit les synagogues et les
glises. La prise de Jrusalem par les Croiss le 15 juillet 1099 est suivie du
massacre des Musulmans et des Juifs. La ville est pille et incendie. Les Juifs
et Musulmans ayant survcu sont vendus comme esclaves en Europe. En 1244,
dbarquant d'Asie centrale, des hordes de Tartares pillent Jrusalem, massacrent
les Chrtiens et dvastent le Saint-Spulcre. Trois exemples parmi tant
d'autres.

Parfois, pour peu de temps, certaines priodes sont marques par la
comprhension, la tolrance religieuse et la libert. Sous le calife Al-Ariz,
pendant la dynastie fatimide, les Chrtiens et les Juifs jouissent d'une grande
libert. De mme,  la fin du 12e sicle, Saladin reconnat les droits de la
communaut juive de Jrusalem.

En Terre Sainte, l'poque mdivale se divise schmatiquement en quatre grandes
priodes: la priode musulmane entre 640 et 1099, la priode croise entre 1099
et 1187, la priode ayyubide entre 1187 et 1250, et la priode mamelouke entre
1250 et 1517.

Chaque priode donne lieu  un foisonnement d'difices: glises, mosques,
temples, palais, mausoles, colonnades. Certains sont incendis, dtruits,
rass, nivels, puis construits  nouveau. Les fondations et les vestiges ayant
subsist sont parfois rutiliss. Seul le Dme du Rocher, vnr dans les trois
religions, est pargn par ce flot de violence.

Jrusalem est une ville de pierre calcaire, cette pierre blanche sur laquelle se
rfracte le soleil. Les btiments sont souvent d'une grande beaut
architecturale. Le Dme du Rocher est le joyau de la ville, une image de
Jrusalem transporte aux quatre coins du monde. L'glise croise Sainte-Anne
est un chef-d'oeuvre d'art roman, de par la puret de ses lignes, et la plus
belle glise de la Vieille Ville. Les chapiteaux sculpts, les archivoltes et
les linteaux du Saint-Spulcre sont de vritables merveilles.

L'orientaliste suisse Max van Berchem fait son premier sjour  Jrusalem 
l'ge de 23 ans. Le 29 mars 1888, il crit  sa mre pour lui donner ses
impressions. "J'ai vu des choses plus belles, mais rien d'aussi saisissant. Ces
rues troites, tortueuses, montantes, ces maisons tout en pierres dguenilles,
pleines de recoins pittoresques, enjambant les rues dans les arcades sombres, ce
mlange de tous les styles, de tous les temps, des souvenirs juifs, grecs,
romains, chrtiens, musulmans, les glises du moyen ge  ct de la mosque,
tout cela enserr dans une grande muraille en pierres, perch sur une montagne
entre deux ravins profonds, avec des arrire-plans de montagnes bleues, un ciel
d'Italie et un soleil d'Orient. Dans les rues on coudoie toutes les nations, des
gens venus de tous les coins du monde, runis ici dans une mme pense
religieuse, mais spars par les moeurs et les ides; rien ne peut rendre cette
impression..." Et il ajoute en post-scriptum: "A chaque pas on rencontre un
endroit consacr par la lgende et numrot comme dans un catalogue... Puis on
retrouve avec une certaine motion tous ces noms de la Bible qu'on connat
depuis son enfance..." [2]

Max van Berchem est venu pour photographier la ville. Depuis le milieu du 19
sicle, la photo supplante le croquis, le dessin, la gravure ou l'estampe, ou
plutt les relaie pour devenir elle aussi document d'architecture. Comme l'crit
Auguste Salzmann, autre photographe de Jrusalem, dans la prface de son livre,
"les photographies ne sont plus des rcits, mais bien des faits dots d'une
brutalit concluante..." [3] Un avis partag par Horace Vernet, Maxime du Camp,
Louis Flicien de Saulcy, Francis Frith, Flix Bonfils et bien d'autres, dont
les albums de photos envahissent peu  peu les librairies pour faire connatre
la Ville Blanche  d'autres cultures.

= Notes

[1] Itinerarium Sacrae Scripturae. Helmstadt, 1581. Cliquer sur la carte pour la
voir en grand format.

[2] Gautier-van Berchem (Marguerite) et Ory (Suzanne). La Jrusalem musulmane.
Lausanne, ditions des Trois Continents, 1978, p. 18-19.

[3] Salzmann (Auguste). Jrusalem. Etude et reproductions photographiques de la
Ville Sainte... Paris, Gide & Baudry, 1856. Prface date de juin 1854.


2. HISTOIRE DE JERUSALEM AU MOYEN-AGE


[La priode musulmane (638-1099) / La priode croise (1099-1187) / La priode
ayyubide (1187-1250) / La priode mamelouke (1250-1517) / Notes / Chronologie
mdivale]

Les grands monuments de l'poque ont vu le jour  une poque marque par des
conflits brutaux et des violences de toutes sortes. Dissocier histoire et
architecture n'aurait pas grand sens. Trs schmatiquement, l'histoire mdivale
de Jrusalem se rpartit en quatre grandes priodes: la priode musulmane
(638-1099), la priode croise (1099-1187), la priode ayyubide (1187-1250) et
la priode mamelouke (1250-1517).

= La priode musulmane (638-1099)

Jrusalem est conquise par les Byzantins en 629. Sous leur frule depuis 324, la
ville a chapp  leur contrle pendant quinze ans aprs la conqute perse de
614.

Divis par des intrigues internes et saign  blanc suite  la lutte contre les
Perses, l'empire byzantin ne peut offrir de rsistance  la cavalerie qui,
enflamme par une foi nouvelle, traverse le dsert d'Arabie. Suite aux
enseignements de Mahomet, les Musulmans dcident de reconqurir Jrusalem.
Lorsqu'il meurt en 632, ses armes sont dj en route pour la Palestine.

En dcembre 634, les troupes musulmanes campent autour de Bethlem, et coupent
Bethlem de Jrusalem, empchant ainsi les Chrtiens de se rendre sur le lieu de
naissance du Christ pour clbrer la liturgie de la veille de Nol.

Dans son sermon de veille de Nol  Jrusalem, le patriarche Sophronius exprime
 la fois ses regrets sur l'impossibilit de se rendre  Bethlem et ses
craintes  l'gard de ces "Sarrazins" porteurs d'une religion nouvelle [1].

Le 20 aot 636, la bataille de Yarmuk sonne le glas de la Palestine.

Jrusalem est sans doute prise en 638, sans effusion de sang. Appele Aelia dans
les rcits musulmans de l'poque, la ville n'est pas pour eux un point
stratgique dans l'avance des armes. Il n'existe pas de rcits de tmoins
directs. Un rcit de cette prise est donn par deux historiens contemporains,
Baladhuri et Ya'qubi, et repris ensuite par l'historien musulman Tabari, mort en
923 [2].

Voici le rcit de Ya'qubi: "Omar vint dans la rgion de Damas, puis il arriva 
la Ville Sainte, la prit sans bataille et envoya aux habitants le message
suivant: 'Au nom de Dieu, charitable et misricordieux. Voici un crit d'Omar
ibn al-Khattab aux habitants de la Ville Sainte. Il vous garantit que votre vie,
vos biens et vos glises ne seront jamais pris ni dtruits, aussi longtemps que
votre attitude ne sera pas  blmer.' Ceci fut confirm par des tmoins."

L'invasion musulmane favorise le retour des Juifs et met fin aux tourments que
leur infligent les Chrtiens. Omar garantit bien la libert individuelle et
religieuse aux Chrtiens et aux Juifs.

Les Juifs ont amorc leur retour dans la ville pendant le court rgne perse, 
la fin de la priode byzantine. Aprs 638, les interdits les frappant sont
abolis. Ils sont officiellement autoriss  se rinstaller  Jrusalem pour la
premire fois depuis 135, et  vivre  nouveau  l'intrieur de la ville [3].

Le calife Omar demande aux Juifs o ils veulent s'installer. Ils dcident
d'avoir leur quartier au sud de la ville,  ct du site du Temple et prs des
piscines de Siloam, qu'ils peuvent utiliser pour leur bain rituel. La communaut
juive construit des synagogues et des centres d'tude. En 661, il existe une
synagogue situe sur le Mont du Temple. Les Juifs ont toute libert et
bnficient de l'aide des Musulmans. Ils projettent de reconstruire le Temple de
Salomon  l'endroit appel le Saint des Saints.

Omar proclame la colline du Temple lieu de prire. Dans la tradition de l'Islam,
Jrusalem est la ville o Mahomet, dans sa vision nocturne, est transport sur
son lgendaire coursier. Et son ascension au Ciel aurait eu lieu  partir du
site du Temple juif. Jrusalem est galement reconnue comme Ville Sainte par
l'Islam, puisque consacre par les deux religions prenant racine dans la Bible -
le Judasme et le Christianisme - considres par les Musulmans comme prcdant
l'Islam.

Cependant la Ville Sainte n'est qu'une ville de province, dans un royaume dont
les capitales sont successivement Damas, Bagdad, Le Caire ou Constantinople.
Trois dynasties se succdent: le dynastie ommeyade, la dynastie abbasside et la
dynastie fatimide.

= = La dynastie ommeyade (650-750)

Sous la dynastie omeyyade, Isral devient une province du vaste empire musulman.
Jrusalem n'est ni capitale ni centre culturel. Abd al-Malik fait btir le Dme
du Rocher en 691 et 692. Son fils Al-Walid fait construire la mosque al-Aksa
entre 705 et 715. Le nombre d'habitants de Jrusalem, qui tait de quatre-vingt
mille pendant la priode byzantine, dcrot normment. La capitale devient
Emmas. Plus tard,  cause d'une pidmie de peste, Suliman, le deuxime fils
d'Abd al-Malik, dsigne Ramleh comme capitale provinciale et centre commercial.

Sous le califat omeyyade, les conversions  l'Islam augmentent. Juifs et
Chrtiens sont cependant tolrs, et la gestion de leurs affaires communautaires
leur est laisse. La communaut chrtienne souffre de dissensions internes, dues
aux conflits entre l'Eglise orientale et l'Eglise occidentale.

= = La dynastie abbasside (750-969)

Sous la dynastie abbasside, la capitale musulmane n'est plus Damas, mais Bagdad.
L'influence de Jrusalem dcrot encore. Le calife Haroun al-Rachid ne se rend
jamais  Jrusalem, mais il encourage la venue des plerins. C'est lui qui donne
 Charlemagne l'autorisation de fonder et d'entretenir des centres pour plerins
occidentaux.

La communaut juive de Jrusalem se renforce pour devenir rapidement la plus
importante du pays. Le quartier juif s'tend au nord du rempart occidental, en
incluant la zone situe entre la Porte des Ordures au sud et la Porte de Damas
au nord. Le centre spirituel juif se dplace de Tibriade  Jrusalem. Des
rfrences  la communaut religieuse juive de Jrusalem commencent  apparatre
dans les documents vers 800.

Un des premiers documents est le rcit du rabin Ahima'as, un Italien venu en
plerinage  Jrusalem: "A cette poque, il y avait un Juif nomm Rabbi Ahima'as
qui monta trois fois avec ses offrandes  Jrusalem, la cit glorieuse. Chaque
fois qu'il vint, il prit avec lui cent pices d'or, ainsi qu'il en avait fait le
voeu devant le Rocher du Salut, pour aider ceux qui se consacraient  l'tude de
la Torah, et pour ceux qui pleuraient la Maison ruine de sa Gloire." [4]

En 878, Jrusalem passe sous le contrle du royaume d'Ahmed ibn-Touloun,
install au Caire.

= = La dynastie fatimide (969-1071)

A partir de 969, les califes fatimides gouvernent Jrusalem depuis l'Egypte.
Sous la dynastie fatimide, le calife Al-Ariz, qui gouverne entre 976 et 996,
laisse une grande libert aux Chrtiens et aux Juifs.

La Jrusalem du 10e sicle semble d'ailleurs domine par les Juifs et les
Chrtiens, comme le montre le rcit du voyageur et gographe musulman
al-Muqaddasi, lui-mme natif de Jrusalem: "Dans cette province de Syrie aussi
les fabricants de monnaie, teinturiers, banquiers et tanneurs sont juifs pour la
plupart, alors qu'il est trs commun que les physiciens et les scribes soient
chrtiens." [5]

Il ajoute: "Bayt al-Maqdis (la Maison Sainte, ndlr) est connue aussi sous le nom
d'Iliya (Aelia, ndlr) et d'al-Balat (le Palais, ndlr). Aucune ville de province
n'est plus grande que Jrusalem, et de nombreuses capitales sont en fait plus
petites... Les btiments de la Ville Sainte sont en pierre, et nulle part
ailleurs vous ne trouverez de constructions plus belles et plus solides. Et
nulle part ailleurs vous ne rencontrerez de gens plus chastes. La nourriture est
excellente ici. Les marchs sont propres, la mosque est parmi les plus grandes,
et nulle part les lieux saints ne sont plus nombreux qu'ici... A Jrusalem on
trouve toutes sortes d'hommes cultivs et de docteurs, et pour cette raison le
coeur de chaque homme intelligent est tourn vers elle. Tout au long de l'anne,
ses rues ne sont jamais vides d'trangers."

L'accs des Juifs au Mont du Temple semble toutefois sujet  controverse. Selon
Salman Ben Yeruham, crivain karate des annes 950, l'accs du Haram semble
interdit aux Juifs. Mais,  partir de 970, les Fatimides autorisent les Juifs 
prier dans un endroit dtermin du Mont [6].

C'est la plus grande poque de Jrusalem sous la frule musulmane. La ville a
trente mille habitants, une superficie d'un kilomtre carr et des remparts de
quatre kilomtres de long.

La priode de prosprit de Jrusalem se termine avec le successeur d'Al-Ariz,
Al-Hakim, calife de 996  1021. Appel le "calife fou", il perscute sauvagement
les Chrtiens et interdit les plerinages. En 1010, il ordonne la destruction de
toutes les synagogues et de toutes les glises, y compris le Saint-Spulcre.
Aprs sa mort, les plerinages reprennent. On reconstruit le Saint-Spulcre et
nombre d'glises. Des groupes de plerins viennent rgulirement d'Europe.

Nasir-I Khusraw, un Perse venu visiter la ville en 1047, fait un beau portrait
de Jrusalem avant l'arrive des Croiss: "Ce fut le 5e jour du Ramadan de
l'anne 458 (1047 selon le calendrier chrtien, ndlr) que j'arrivai  la Ville
Sainte... Jrusalem est une trs grande ville, et lors de ma visite il y avait
vingt mille personnes. Elle a des bazars hauts, bien construits, et propres.
Toutes les rues sont paves de dalles de pierre. Et, aux endroits o la pierre
tait plus haute, ils l'ont coupe pour la mettre  niveau, si bien que, ds que
la pluie tombe, la place se trouve lave et propre. Il existe de nombreux
artisans dans la ville, et chaque corps de mtier a son propre bazar." [7]

Les plerinages chrtiens sont nombreux. En 1065, douze mille plerins chrtiens
arrivent d'Allemagne du Sud et de Hollande. Selon le rapport du rabbin Shlomo
ben Yehuda, qui est  la tte de la Yeshivah de Jrusalem, on compte aussi des
plerinags juifs. Les Juifs prient dans les synagogues du Mont des Oliviers, et
se prosternent en formant un demi-cercle devant les remparts et les portes de la
ville.

Aprs avoir investi les rgions montagneuses du pays, les Turcs sleucides
s'emparent de la ville en 1071, et la gardent sous leur frule pendant
vingt-huit ans. Ils pillent la Ville Sainte, perscutent les Chrtiens et les
Juifs, et interdisent les plerinages. Cette occupation aggrave les dissensions
avec les Chrtiens d'Europe.

Dans sa ferveur religieuse, l'Europe donne son approbation enthousiaste au pape
Urbain II quand, au Concile de Clermont de novembre 1095, il appelle  une
croisade pour librer les Lieux Saints. Dans son discours, il s'inquite des
ranons constantes dont les Chrtiens font l'objet. S'ils refusent de donner
leur argent, ce sont leurs bagages et leurs vtements qui sont fouills de fond
en comble, y compris les coutures des vtements. Parfois les ranonneurs, pour
plus de scurit, vont jusqu' fouiller les intestins pour voir si les pices
n'ont pas t avales. [8]

Dans ses crits, Guillaume de Tyr dcrit la situation des Chrtiens: la
perscution par Al-Hakim, la destruction de l'glise du Saint-Spulcre, la
demande puis l'autorisation de la reconstruire, les vexations continuelles
infliges aux plerins venant dans la Ville Sainte. D'aprs lui, c'est cette
dernire mesure qui est la cause essentielle des Croisades. [9]

A l'poque prcdant l'arrive des Croiss, les Chrtiens sont forms de Grecs,
d'Armniens, de Coptes gyptiens, de Jacobites syriens et, de plus en plus, de
Latins d'Europe.

Les Fatimides reviennent au pouvoir en 1098, juste  temps pour dfendre
Jrusalem contre les troupes de la premire Croisade.

= La priode croise (1099-1187)

Les Croisades sont une srie d'expditions militaires qui, entre 1099 et 1291,
tablissent et maintiennent une prsence chrtienne europenne en Terre Sainte.
Les Croises tant  la fois des administrateurs et des chroniqueurs,
pratiquement toute la documentation sur les aspects si diffrents de leur vie
est arrive jusqu' nous [10].

Les hommes de la premire Croisade prennent Jrusalem le 15 juillet 1099. Vers
midi, ils font une brche dans le mur nord, prs de la Porte d'Hrode. Ils sont
quinze mille. Avec un fanatisme incroyable, ils commencent par massacrer
Musulmans et Juifs. Ils pillent aussi la ville. Ils incendient de nombreux
quartiers et dtruisent les maisons, les mosques et les synagogues. Ils tuent
notamment tous les Musulmans rfugis dans la mosque al-Aksa.

Un tmoin de la prise de Jrusalem raconte que la ville est pleine de cadavres
et de sang. Dans les rues s'amoncellent des piles de ttes, de mains et de
pieds. Dans le Temple de Salomon, autrement dit la mosque al-Aksa, les
cavaliers ont du sang jusqu'aux genoux et jusqu'aux rnes des chevaux [11].
Guillaume de Tyr, qui n'tait pas prsent, mais dont le rcit mane de tmoins
directs, crit lui aussi que les Croiss ont du sang des pieds  la tte et que,
sur le seul Mont du Temple, dix mille "infidles" prissent. Toutes les maisons
sont mthodiquement dvastes et pilles. [12]

Le chiffre de la population est loquent. De trente mille avant la conqute
croise, il passe  trois mille aprs la conqute, nombre qui inclut aussi les
Chrtiens syriens que le roi Baudouin a amens  Jrusalem.

Une ordonnance des Croiss interdit tout tablissement juif ou musulman 
Jrusalem. En vue de renforcer le peuplement chrtien, l'ancien quartier juif
est remis  des tribus chrtiennes de Transjordanie. Afin d'encourager leur
implantation dans la ville, ils n'ont pas de taxes  payer.

Godefroi de Bouillon est nomm chef. Les deux premiers chefs chrtiens de
Jrusalem sont Godefroi de Bouillon et son frre Baudouin. Godefroi de Bouillon
refuse la couronne de Jrusalem. Il ne veut pas porter une couronne d'or sur le
lieu o le Christ a port une couronne d'pines. Il accepte seulement les titres
de baron et de protecteur du Saint-Spulcre. Baudouin, lui, est roi de Jrusalem
avec tous les privilges attribus  cette charge. A la mme date, Tancrde, un
Normand de Sicile, fait la conqute du premier territoire, la Galile."

La Jrusalem de cette poque est dcrite par Guillaume de Tyr, Foucher de
Chartres et l'Igoumne Daniel, voyageur russe.

Voici le rcit de ce dernier: "Jrusalem est une grande ville, protge par des
remparts trs solides, et construite en forme de carr dont les quatre cts
sont d'gale longueur. Elle est entoure de nombre de valles arides et de
montagnes rocheuses. L'eau est compltement absente de cet endroit. On ne trouve
ni rivire, ni puits, ni source prs de Jrusalem,  l'exception de la piscine
de Siloam. Les habitants de la ville et le btail ne peuvent disposer que d'eau
de pluie. Malgr cela, le grain pousse bien dans ce pays rocheux qui manque de
pluie. On sme une mesure et on en rcolte quatre-vingt-dix  cent. La
bndiction de Dieu ne repose-t-elle pas sur ce saint pays? Dans les environs de
Jrusalem on trouve en nombre des vignes et des arbres fruitiers: figuiers,
sycomores, oliviers, caroubiers, et un nombre infini d'autres arbres." [13]

Les fondations du Royaume Latin sont tablies par Baudouin I, qui rgne de 1100
 1118 et qui donne au royaume des bases solides. Entre 1101 et 1105, il rend
d'abord la cte sre. Puis, de 1106  1110, il fait reculer la frontire nord
jusqu' la principaut de Tripoli. En 1115 et 1116, il coupe les communications
entre Damas et Le Caire en installant une ligne de forteresses sur la cte est
de l'Araba, une valle joignant la Mer Morte au Golfe d'Aqaba.

Les Croiss importent en Palestine le systme fodal et son administration
efficace. Ils utilisent pleinement les subsides qui leur viennent d'Europe. Les
chteaux, abbayes et manoirs qu'ils construisent sont entours de terres
fertiles.

La deuxime Croisade apporte des renforts en 1147, avec une plus grande
main-mise sur les territoires acquis. Sur place, l'arme permanente est
constitue par deux grands ordres militaires, les Hospitaliers, ordre fond en
1109, et les Templiers, ordre fond en 1128. Ces ordres, qui ont d'abord dbut
comme de petits groupes de chevaliers consacrs, deviennent des organisations
immensment riches et puissantes, fournissant des units de cavaleries hautement
entranes et qualifies.

Les Hospitaliers s'occupent aussi des plerins malades. Leur hpital se trouve
prs de l'glise du Saint-Spulcre, dans le secteur appel le Mauristan. Voici
la description qu'en fait Jean de Wurzbourg, plerin chrtien: "Un hpital
reoit dans plusieurs pices une multitude norme de malades,  la fois hommes
et femmes, qui sont secourus et soigns chaque jour  trs grands frais. Quand
j'tais l, j'ai appris que le nombre de ces malades s'levait  deux mille,
parmi lesquels de temps  autre, au cours d'une journe et d'une nuit, cinquante
taient emports morts  l'extrieur, alors qu'arrivaient constamment de
nouveaux venus. Que puis-je dire de plus? La mme maison nourrit autant de gens
 l'extrieur qu' l'intrieur, en addition  la charit sans limite
quotidiennement donne aux pauvres gens qui mendient leur pain de porte en porte
et ne logent pas dans la maison, si bien que la somme de toutes les dpenses ne
peut srement jamais tre calcule, mme par les responsables et les servants.
En addition  toutes ces sommes dpenses pour les malades et les pauvres, la
mme maison entretient aussi dans ses divers chteaux de nombreux hommes
entrans  toutes sortes d'exercices militaires pour la dfense de la terre des
Chrtiens comme l'invasion des Sarrazins." [14]

Les Templiers assurent la scurit du voyage des plerins entre la cte et la
Ville Sainte. Leur quartier gnral est la mosque al-Aksa, qu'ils ont
transforme en glise. Les dbuts des Templiers sont modestes. Leur Rgle leur
est donne en 1128, lors du Concile de l'Eglise  Troyes, alors qu'ils ne sont
que neuf membres. Bernard de Clairvaux les soutient, de nouveaux membres
affluent, et une croix rouge apparat sur leur habit blanc. Leur richesse et
leur pouvoir s'accroissent rapidement. La dpendance du royaume  leur gard est
totale puisqu'ils sont chargs de la scurit. A ce titre, leur puissance
grandit au fil des annes.

Les deux ordres monastiques et militaires des Templiers et des Hospitaliers sont
d'authentiques crations croises. Il n'existait auparavant aucun lien entre les
vocations de moine et de chevalier. Ce sont les Croisades qui sont  l'origine
de l'image du moine-soldat.

Les Templiers et les Hospitaliers ne sont pas sous la dpendance du roi, et
l'Eglise Romaine obtient qu'ils ne soient pas non plus sous la dpendance du
patriarche de Jrusalem. Ils sont directement sous la juridiction papale. En
1170, les Hospitaliers sont au nombre de quatre cents et les Templiers au nombre
de trois cents [15].

Dans les cent mille personnes que la population croise compte sur la Terre
d'Isral, trente mille vivent  Jrusalem. Le centre politique et conomique est
cependant  Acre et non dans la Ville Sainte.

Les Croiss construisent des fortifications le long des ctes de Syrie et de
Palestine, notamment  Antioche,  Tyr ou  Acre, villes permettant de rejoindre
directement les grands ports d'Europe. Des chteaux protgent les voies de
communication majeures. Deux groupes de forteresses ont une fonction
particulire: le groupe du nord protge Tyr et le groupe du sud protge Ascalon.

Dans un mouvement inverse, les Musulmans maintiennent leurs capitales loin 
l'intrieur des terres, au Caire,  Damas ou  Alep, pour les mettre  une
distance suffisante de la mer o l'ennemi a de puissants bastions.

Pendant ce temps, la concentration des institutions militaires, religieuses et
administratives des Croiss et les milliers de plerins venus de toute l'Europe
contribuent  la prosprit conomique de Jrusalem. En 1149, le Saint-Spulcre
est reconstruit suivant le plan de la Croix. C'est  cette poque que de
nombreuses traditions chrtiennes lies  la vie de Jsus sont tablies,
notamment celle de la Via Dolorosa. Des difices musulmans sont transforms en
glises, et le Dme du Rocher est rebaptis Temple du Seigneur par les Croiss.

Entre 1166 et 1171, le Juif espagnol Benjamin de Tulde visite la Terre Sainte,
et son rcit est considr comme le meilleur tmoignage jamais crit sur cette
poque. "Jrusalem... est une petite ville, fortifie par trois remparts,
crit-il. Elle est pleine de gens que les Musulmans appellent Jacobites,
Syriens, Grecs, Gorgiens et Francs, et de gens de toutes langues... Jrusalem a
quatre portes: la Porte d'Abraham, la Porte de David, la Porte de Sion et la
Porte de Gushpat, qui est la porte de Jehosaphat, faisant face  notre ancien
Temple, maintenant appel le Templum Domini." [16] Jrusalem "possde une
teinturerie, pour laquelle les Juifs paient au roi un loyer annuel modeste,  la
condition qu'except les Juifs aucun autre teinturier ne soit accept 
Jrusalem. Environ deux cents Juifs habitent sous la Tour de David  un coin de
la ville." [17]

= La priode ayyubide (1187-1250)

En Egypte, le sultan ayyubide Saladin, un Kurde armnien de foi musulmane,
arrive au pouvoir en 1170. Il succde au fils de Zengi comme gouverneur de Syrie
et d'Egypte, et ses contemporains le considrent comme un homme de foi.

Avec Saladin pour chef, la guerre sainte musulmane vainc les armes franques le
4 juillet 1187 dans le dfil de Galile nomm Hattn, prs du lac de Tibriade.
La veille, Saladin ralentit l'avance de la colonne que constitue l'arme du
Royaume latin. Le lendemain, il s'assure le succs de la bataille. Les
chevaliers ont puis leurs rserves d'eau et ne peuvent plus se battre avec
leur fougue habituelle. Saladin fait tuer tous les Templiers et tous les
Hospitaliers, si bien que la principale force militaire du Royaume latin
disparat. [18] L'arme musulmane marche ensuite sur Jrusalem et s'en empare le
2 octobre 1187. Les dfenseurs sont peu nombreux. Beaucoup de rfugis venant de
toute la Palestine se sont regroups dans la ville.

L'historien Imad al-Din crit que les Francs envisagent un suicide collectif
dans l'glise du Saint-Spulcre. Le chef franc Balian d'Ibelin, seigneur de
Naplouse, mne les ngociations avec Saladin. Balian menace de tuer les femmes
et les enfants francs, les cinq mille prisonniers musulmans, les chevaux et les
animaux, et menace aussi de dtruire le Dme du Rocher et Al-Aksa. Suite  ces
menaces, Saladin accepte de laisser la vie sauve  ceux qui peuvent payer une
ranon de dix dinars pour les hommes, cinq dinars pour les femmes et deux dinars
pour les enfants. Ceux qui peuvent payer dans les quarante jours sont libres de
quitter la ville avec leurs biens, pour aller  Tyr. Les quinze mille qui ne
peuvent payer sont envoys en esclavage. [19]

Les Musulmans enlvent aussitt la croix surplombant le Dme du Rocher, et ils
ftent leur retour dans la Ville Sainte aprs une absence d'un peu moins de deux
cents ans. Par une concidence extraordinaire, ce jour se trouve tre aussi
l'anniversaire de l'ascension du prophte Mahomet.

A leur tour, les Chrtiens se voient interdits de sjour,  l'exception des
Chrtiens orientaux, qui sont chargs de l'entretien du Saint-Spulcre et des
diverses glises. Saladin autorise les Juifs  revenir dans la Vieille Ville, et
reconnat les droits de la communaut juive de Jrusalem. Le groupe le plus
important est le groupe ymnite. D'autres groupes viennent d'Afrique du Nord et
d'Europe.

La troisime Croisade (1189-1192) voit l'apparition d'un nouvel ordre militaire,
les Chevaliers teutoniques. Le Royaume latin est alors constitu de territoires
situs en Galile et autour de Jrusalem.

En 1229, l'empereur d'Allemagne Frdric II prend le pouvoir aprs les
ngociations menes avec le sultan gyptien Al-Kamil, et les Musulmans
conservent le Dme du Rocher et la mosque al-Aksa. En effet, suite  son
mariage en 1225 avec Isabelle de Brienne, prtendante au trne de Jrusalem,
Frdric II peut lui aussi prtendre  la couronne. Les ngociations aboutissent
au trait de Jaffa, pour un accord de dix ans qui prend effectivement fin en
1239. Ce changement de pouvoir paisible est tout  fait exceptionnel dans
l'histoire de Jrusalem. [20]

Pendant la premire moiti du 13e sicle, une srie de traits donne davantage
de terres aux Croiss, notamment une partie des territoires pris par Saladin,
mais cette nouvelle domination est de courte dure. Le vent tourne en faveur des
Mamelouks d'Egypte qui commencent  faire des incursions en Palestine.

En 1244, des hordes de Tartares arrivent dans le pays. Nomades turcs venus
d'Asie centrale, ils sont  la solde d'Ayaub, sultan d'Egypte. Ils pillent
Jrusalem, massacrent les Chrtiens et dvastent le Saint-Spulcre.

Les Croiss sont repousss vers la mer. Ensuite le chef mamelouk Baybars, de
1260  1277, fait tomber la dynastie ayyubide de Saladin et mne une srie de
campagnes en prenant ville aprs ville et en progressant peu  peu vers la cte.
Acre, la dernier bastion crois, tombe en 1291.

= La priode mamelouke (1250-1517)

En 1249,  la mort d'Ayaub, Jrusalem revient sous la domination de Damas pour
une courte priode. En 1260, une invasion mongole provoque la fuite des
habitants de Jrusalem. Lorsque les Mamelouks parviennent  battre les Mongols 
Ein-Harod, Jrusalem passe sous leur contrle jusqu' la conqute ottomane de
1516.

Ramban, pre de la communaut juive moderne de Jrusalem, migre d'Espagne pour
arriver  Jrusalem en 1267,  l'ge de soixante treize ans. Appel aussi le
rabbin Moshe Ben Nahman, il est exgte de la Torah et du Talmud, pote et
physicien. Dans une lettre adresse  son fils, il raconte qu'il ne trouve que
deux Juifs, frres et teinturiers de mtier. Tous trois voient une maison en
ruines avec des piliers en marbre et un beau dme, et ils en font une synagogue.
Ils font venir de Shem (Naplouse) les rouleaux de la Loi, transports l-bas
lors de l'invasion tartare. [21]

Pendant les trois dernires annes de la vie de Ramban, sa synagogue est le lieu
de rencontre de la communaut juive, dcime depuis le massacre crois de 1099.
La communaut commence  se concentrer dans le quartier juif actuel, tabli au
sud-ouest du Mont du Temple, entre la Porte des Ordures et la Porte de Sion.
[22]

Les Mamelouks sont continuellement en lutte interne pour le pouvoir en Egypte,
et ils doivent dfendre la Syrie contre les hordes mongoles. Ils n'ont pas
beaucoup de temps  consacrer  la Palestine, nglige par les grands courants
politiques. Suite aux vols, aux pillages ou  l'exploitation des paysans, le
pays fertile est laiss  l'abandon. Durant leur long rgne, Jrusalem devient
une ville de plerins et d'rudits. Elle est aussi une ville d'exils politiques
qui s'y installent aprs les disgrces suivant rgulirement les changements de
gouverneur.

L'historien Mujir al-Din vit dans la Ville Sainte presque toute sa vie. Il fait
une description de Jrusalem au 15e sicle: "Les rues principales de la ville
sont ou plates ou en pente. Pour un grand nombre de constructions, vous pouvez
trouver les fondations de constructions anciennes sur lesquelles les rcentes
ont t leves. Ces maisons sont tellement serres les unes contre les autres
que, si elles devaient avoir la distance qu'elles ont dans la plupart des villes
du monde islamique, Jrusalem occuperait plus de deux fois l'espace qu'elle
occupe maintenant. La ville a de nombreuses citernes pour recevoir l'eau puisque
ses ressources en eau viennent des chutes de pluie... Les btiments de Jrusalem
sont extrmement solides, tous faits de murs et votes en pierre. Les briques ne
sont pas prsentes dans les constructions, ni le bois dans les charpentes. Les
voyageurs affirment qu'on ne trouve pas dans l'empire de btiments plus solides
et de plus belle apparence qu' Jrusalem." [23]

Mujir al-Din explique ensuite que, comme d'autres cits islamiques, Jrusalem
est divise en quartiers. Les neuf quartiers principaux sont le quartier
maghrbin, le quartier du Sharaf appel auparavant le quartier des Kurdes, le
quartier d'Alam dnomm ensuite le quartier de la Haydarira, le quartier des
habitants d'Al-Salt, le quartier juif, le quartier de la Plume, le quartier de
Sion  l'intrieur des remparts, le quartier de Dawaiyya, et enfin le quartier
des Banu Hrith  l'extrieur des remparts et  ct de la citadelle. [24]

Les thologiens musulmans crent de nombreuses coles religieuses, appeles
madrasas. Al-Aksa et le Dme du Rocher sont restaurs et embellis.
L'architecture chrtienne dcline, parce que soumise  de coteux permis. Les
non-Musulmans sont frquemment perscuts. La socit mamelouke impose le port
de signes distinctifs  chaque communaut: turbans jaunes pour les Juifs,
turbans rouges pour les Samaritains, turbans bleus pour les Chrtiens, turbans
blancs pour les Musulmans. Des conflits ont lieu au sujet de certains sites du
Mont Sion, convoits par les Chrtiens, par les Musulmans et parfois par les
Juifs. Des fanatiques musulmans dmolissent l'glise Sainte-Marie-des-Allemands,
construite  l'emplacement suppos de la maison de Marie, mre de Jsus. Et le
Saint-Spulcre est une fois de plus dvast.

Felix Fabri, frre dominicain allemand, fait deux plerinages en Terre Sainte,
le premier en 1480 et le second en 1483. Jrusalem, "ville de destructions et de
ruines", ne doit pas avoir plus de dix mille habitants. La ville est dans un
grand tat de dsolation. De nombreux btiments sont dtruits. Environ mille
Chrtiens et un peu plus de cinq cents Juifs y vivent. Felix Fabri donne son
sentiment sur la vie politique de Jrusalem: "En ce jour, les Chrtiens se
proccuperaient peu de la responsabilit des Sarrazins sur Jrusalem s'ils
avaient la libert d'entrer et de sortir du temple du spulcre du Seigneur sans
peur et sans vexations ni extorsions. De mme les Sarrazins ne verraient pas
d'inconvnient  ce que les Chrtiens soient les matres de la Ville Sainte
s'ils leur rendaient leur Temple. Mais, depuis le dsaccord des Chrtiens et des
Sarrazins sur ce sujet, la malheureuse Jrusalem a souffert, souffre encore et
souffrira plus tard de plus de siges, dgradations, destructions et terreurs
qu'aucune autre ville au monde." [25]

Le rabbin Ovaria de Bartinora (1450-1510), exgte du Talmud, visite lui aussi
Jrusalem vers 1487. "Mais que dois-je vous dire sur ce pays? Grande est la
solitude et grandes sont les pertes et, pour dcrire cela brivement, plus les
lieux sont sacrs, plus grande est leur dsolation! Jrusalem est plus dsole
que le reste du pays." [26]

En 1517, la Terre d'Isral, et avec elle Jrusalem, passe sous la domination de
l'Empire ottoman, domination qui va durer quatre sicles (1517-1917).

= Notes

[1] Le texte du sermon de Sophronius est cit dans: Kaegi (W.E.). Initial
Byzantine Reactions to the Arab Conquest. Church History, 38, p. 139-149.

[2] Les textes de Baladhuri, Ya'qubi et Tabari sont cits dans: Peters (F.E.).
Jerusalem. Princeton University Press, 1985, p. 176-177 et 185-186.

[3] Voir: Mann (J.). The Jews in Egypt and in Palestine Under the Fatimid
Caliphs. Oxford University Press, 1969, vol. 1, p. 45. (Rimpression de
l'dition originale de 1920-1922)

[4] The Chronicle of Ahimaaz. New York, Columbia University Press, 1924, p. 65.

[5] Al-Muqaddasi. Description of Syria, Including Palestine. New York, AMS
Press, 1971, p. 34-37. (Rimpression de: Palestine Pilgrims Text Society, 3,
1896.)

[6] Peters (F.E.). Jerusalem. Princeton University Press, 1985, p. 193-194.

[7] Nasir-I Khusraw. Diary of a Journey Through Syria and Palestine. New York,
AMS Press, 1971, p. 23-24. (Rimpression de: Palestine Pilgrims Text Society, 4,
1893.)

[8] Krey (A.C.), ed. The First Crusade: The Accounts of Eye-Witnesses and
Participants. Princeton University Press, 1921, p. 39-40.

[9] William of Tyre. A History of Deeds Done Beyond the Sea. New York, Columbia
University Press, 1943, vol. 1, p. 65-71 et 79-81.

[10] Voir: Itinera Hierosolymitana Crucesignatorum (Saec. XII-XIII). Jerusalem,
Franciscan Printing Press, 1979-1984, 4 vol. De nombreux documents sont
prsents en latin, avec une traduction italienne de S. de Sandoli.

[11] Krey (A.C.), ed. The First Crusade: The Accounts of Eye-Witnesses and
Participants. Princeton University Press, 1921, p. 261.

[12] William of Tyre. A History of Deeds Done Beyond the Sea. New York, Columbia
University Press, 1943, vol. 1, p. 372-378.

[13] The Pilgrimage of the Russian Abbot Daniel in the Holy Land. New York, AMS
Press, 1971, p. 25-26. (Rimpression de: Palestine Pilgrims Text Society, 4,
1895.)

[14] John of Wurzburg. Description of the Holy Land. New York, AMS Press, 1971,
p. 44-45. (Rimpression de: Palestine Pilgrims Society, 5, 1896.)

[15] Adler (M.N.). The Itinerary of Benjamin of Tudela. New York, P. Feldheim,
1965, p. 21. (Rimpression de l'dition de 1907.)

[16] Adler (M.N.). The Itinerary of Benjamin of Tudela. New York, P. Feldheim,
1965, p. 21-23. (Rimpression de l'dition de 1907.)

[17] Un autre manuscrit n'indique pas "deux cents Juifs" mais "quatre Juifs". Il
est donc possible qu'il n'y ait eu qu'une famille juive. Voir: Adler (E.N.).
Jewish Travellers: A Treasury of Travelogues From Nine Centuries. New York,
Hermon Books, 2nd ed., 1966, p. 88.

[18] Gabrieli (F.). Arab Historians of the Crusades. Berkeley, University of
California Press, 1969, p. 123-125, 128-131, 136-139.

[19] Gabrieli (F.). Arab Historians of the Crusades. Berkeley, University of
California Press, 1969, p. 141-142, 148, 162-163.

[20] Voir le rcit de l'historien musulman Ibn Wasil dans: Gabrieli (F.). Arab
Historians of the Crusades. Berkeley, University of California Press, 1969, p.
267-271.

[21] Une copie de la lettre est affiche dans la synagogue actuelle.

[22] Har-El (M.). This is Jerusalem. Jerusalem, Kiryat-Sefer, 1985, p. 281-282.

[23] Histoire de Jrusalem et d'Hbron. Fragments de la chronique de Mujir
al-Din. Paris, Ernest Lanoux, 1876, p. 174-175.

[24] Histoire de Jrusalem et d'Hbron. Fragments de la chronique de Mujir
al-Din. Paris, Ernest Lanoux, 1876, p. 183-184.

[25] The Book of the Wanderings of Felix Fabri. New York, AMS Press, 1971, vol.
2, p. 262. (Rimpression de: Palestine Pilgrims Text Society, 7-10)

[26] Kobler (F.), ed. Letters of Jews Through the Ages From Biblical Times to
the Middle of the Eighteenth Century. New York, East & West Library, 1978, vol.
1, p. 226.

= Chronologie mdivale

= = Avant 638

27-30: Prdications de Jsus-Christ, fondateur du Christianisme.

63-324: Priode romaine.

324-638: Priode byzantine.

570-632: Vie et prdications de Mahomet, fondateur de l'Islam.

636: Bataille de Yarmuk le 20 aot. Dfaite des Byzantins contre les Musulmans,
enflamms par la parole de Mahomet.

= = La priode musulmane (638-1099)

638: Entre du calife Omar  Jrusalem.

660: Dbut de la dynastie omeyyade, avec Damas pour capitale.

689-692: Construction du Dme du Rocher par le calife Abd al-Malik.

705-715: Construction de la mosque al-Aksa par le calife Al-Walid.

750: Fin de la dynastie omeyyade.

750: Dbut de la dynastie abbasside, avec Bagdad pour capitale.

878: Fin de la dynastie abbasside. Contrle du royaume par Ahmed ibn-Touloun,
install au Caire.

974: Remplacement des Abbassides par les califes fatimides d'Egypte.

976-996: Gouvernement du calife Al-Ariz. Libert civile et religieuse pour tous.

996-1021: Gouvernement du calife Al-Akim, dit le "calife fou".

1009: Perscution sauvage des Chrtiens et destruction de nombreuses glises.

1071: Fin des califes fatimides d'Egypte. Prise de Jrusalem par les Turcs
sleucides.

= = Le royaume des Croiss (1099-1195)

1095: Le pape Urbain II appelle  la guerre sainte pour librer les Lieux
saints.

1099: Conqute de Jrusalem par les Croiss le 15 juillet et proclamation du
Royaume latin.

1100-1118: Rgne du premier roi crois, Baudouin Ier.

1101-1105: Scurit des ctes.

1106-1110: Recul de la frontire nord jusqu' la principaut de Tripoli.

1109: Cration de l'ordre militaire des Hospitaliers.

1147: Arrive de la deuxime Croisade.

1149: Reconstruction du Saint-Spulcre suivant le plan de la Croix.

1153: Prise d'Ascalon aux Croiss.

1166-1171: Visite de la Terre Sainte par Banjamin de Tulde, un Juif espagnol,
et compte-rendu de voyage.

1170: Prise du pouvoir par Saladin, sultan ayyubide d'Egypte.

1187: Les Croiss sont vaincus par Saladin  la bataille de Hattn le 3 juillet.
Prise de Jrusalem par Saladin.

1189-1192: Arrive de la troisime Croisade.

1189: Cration de l'ordre militaire des Chevaliers teutoniques.

1224: Prise de Tyr aux Croiss.

1229: Contrle de Jrusalem offert  l'empereur Frdric II par le sultan
gyptien Al-Kamil.

1244: Jrusalem mise  sac par les Tartares.

= = La priode mamelouke (1250-1517)

1249: Mort d'Ayaub, sultan du Caire. Jrusalem est sous la domination de Damas
pour une courte priode.

1250: Renversement de la dynastie de Saladin par les Mamelouks de Bahri.

1260: Invasion mongole. Fuite des habitants de Jrusalem.

1260-1277: Lutte de Baybars pour rejeter les Croiss  la mer.

1267: Fondation d'une synagogue et d'un centre d'tudes par le rabbin Ramban.

1291: Prise du port d'Acre, dernier bastion crois.

1347: Jrusalem conquise par les Mamelouks.

1452: L'glise Sainte-Marie-des-Allemands est dtruite par des fanatiques
musulmans. Perscution des non-Musulmans.

1480-1483: Visite de la Terre Sainte par le frre dominicain allemand Felix
Fabri. Suit un grand rcit de voyage.

1488: Visite de Jrusalem par le rabbin Ovadia de Bartinora, qui s'installe dans
la ville.

1490: Nombre d'habitants dans une Jrusalem en ruines: dix mille environ.

1516: Conqute ottomane.


3. L'ARCHITECTURE MUSULMANE


[Haram al-Sharif musulman / Chaire de Burhn al-Dn / Dme de la Chane / Dme
du Rocher / Mosque al-Aksa / Notes]

La Jrusalem vue par les Musulmans, c'est Al-Bayt-el-Muqaddas, la Sainte Maison,
Al-Bayt-al-Maqds, la demeure de la Saintet, ou plus simplement Al-Quds, la
Sainte. Elle est la troisime grande ville musulmane, aprs La Mecque et Mdine.
Un proverbe musulman dit: "Une prire  la Mecque vaut dix mille prires, une
prire  Mdine vaut mille prires, une prire  Jrusalem vaut cinq cents
prires."

La Jrusalem musulmane, c'est une partie du Haram al-Sharif, et plus
particulirement les difices suivants: la Chaire Burhn al-Dn (Minbar Burhn
al-Dn), le Dme de la Chane (Qubbat al-Silsila), le Dme du Rocher (Qubbat
al-Sakhra) et la mosque al-Aksa (al-Aqsa).

= Haram el-Sharif musulman

Situ sur le Mont du Temple, Haram al-Sharif, qui signifie Noble Sanctuaire, est
la vaste esplanade entourant le Dme du Rocher, joyau de Jrusalem. L'esplanade
a la forme d'un trapze, avec un ct sud de 281 m, un ct nord de 310 m, un
ct est de 462 m et un ct ouest de 491 m.

L'histoire du Haram est la suivante: juste aprs la conqute musulmane, en 638,
le calife Omar vient  Jrusalem et se met immdiatement  rnover la ville, en
commenant par la colline du Mont du Temple, qui est une sorte de dcharge
publique. Un rcit du 14e sicle ayant pour titre Muthr al-Ghirm, souvent
copi par les auteurs des sicles suivants, raconte que, quand Omar arrive dans
la Ville Sainte et qu'il voit le monceau d'immondices recouvrant le Rocher
Sacr, il contemple l'horreur de la chose et ordonne que la place soit
entirement nettoye [1].

C'est le fils d'Omar, Abd al-Malik, qui, entre 692 et 697, fait construire le
Dme du Rocher  l'endroit prsum du sacrifice d'Isaac, lieu central du Temple.
Le plan est bas sur celui de la rotonde du Saint-Spulcre. Et son fils Al-Walid
commence la construction de la mosque al-Aksa en 701. Elle devient le troisime
temple de l'Islam.

La description la plus ancienne du Haram est celle de Ibn al-Faqih, en 903: "Il
est dit que la longueur du Noble Sanctuaire de Jrusalem est de 1.500 pieds [456
mtres], et sa largeur de 1.050 pieds [319 mtres]. On compte 4.000 poutres de
bois, 700 piliers et 500 chanes de cuivre. Il est clair la nuit par 1.600
lampes, et il est servi par 400 esclaves... Sur les divers toits,  la place
d'argile, sont utilises 4.500 feuilles de plomb... Sur les contours intrieurs
et extrieurs on compte cinquante portes." [2]

Une autre description du Haram du 10e sicle est donne par Al-Muqaddasi,
voyageur et gographe musulman, lui-mme natif de Jrusalem. Il crit que la
mosque al-Aksa est encore plus belle que celle de Damas. Le Saint-Spulcre des
Chrtiens tant  la fois un rival et un modle, Al-Aksa, btiment musulman, est
construit pour surpasser le Saint-Spulcre en beaut. [3]

Le terme d'Al-Aksa, du nom de la mosque actuelle, est employ pour tout le
Haram, jusqu'au 10e sicle, quand il est reconnu par la tradition musulmane que
Jrusalem est bien la Masjid-al-Aqsa, le sanctuaire o Mahomet est transport
pendant son voyage de nuit.

Ensuite les Musulmans appellent la plateforme du Mont du Temple du nouveau nom
de Haram al-Sharif. Ils interdisent aussi l'accs des lieux aux non-croyants.
L'interdiction dure jusqu' l'arrive des Croiss en 1099.

Nasir-I Khusraw, un Perse venu visiter Jrusalem en 1047, donne une description
du Haram intressante parce qu'elle semble tre la dernire faite avant
l'arrive croise: "La cour du Haram est entirement pave, et dans son centre
s'lve une plateforme, comme celle de la mosque de Mdine,  laquelle on monte
par de larges escaliers. La plateforme comprend quatre dmes. Parmi ceux-l, le
Dme de la Chane, le Dme de l'Ascension du Prophte et le Dme du Prophte
sont de petite taille. Tous ont des coupoles couvertes de plomb et reposent sur
des piliers de marbre sans murs extrieurs... Au centre de la plateforme, le
Dme du Rocher s'lve au-dessus d'un btiment octogonal avec quatre entres,
chacune faisant face aux escaliers montant de la cour." [4]

Le Haram al-Sharif se prsente ainsi: le centre est occup par une plateforme
appele mastaba, avec le Dme du Rocher au centre. L'espanade, ou sahn, est
situe entre 4 et 6 mtres au-dessous de la plateforme. Elle comprend la zone du
Mont du Temple tout entire. La mosque al-Aksa est situe  l'extrmit sud de
l'esplanade, jouxtant le mur sud. Un tiers de l'esplanade est plant d'arbres,
le plus souvent des oliviers.

Prsentement le mur du Haram est perc de dix portes. Les sept portes
occidentales sont, du sud au nord: la Porte des Maures, la Porte de la Chane,
la Porte des Ablutions, la Porte de Fer, la Porte de la Prison et la Porte de
Ghawanmeh. Les trois portes situes au nord sont la Porte Noire, la Porte de
Hutta et la Porte des Tribus. La Porte de Hutta porte aussi le nom du roi Feisal
d'Iraq, qui vient au Haram en 1930.

= Chaire de Burhan al-Din (Minbar Burhan al-Din)

Edifie au 8e sicle sur le ct sud de l'esplanade, la chaire de Burhn al-Dn,
de son nom musulman Minbar Burhn al-Dn, est entirement en pierre et en marbre
polychromes. Elle est construite en plein air pour les prnes des jours de fte
et ceux des jours de prire sous la pluie. Elle est restaure en 1388 par le
grand juge de Jrusalem, Burhn al-Dn, qui lui donne son nom. Une seconde
restauration date de 1843.

Voici le commentaire que fait Chelebi, voyageur musulman, dans les annes
1648-1650: "A la porte sud du Haram se trouve une chaire o le prophte est
mont la nuit de son Voyage Cleste pour donner un avertissement aux mes de
tous les prophtes. C'est une petite chaire. Aux temps de scheresse, les gens
de la province se rassemblent autour pour offrir des prires pour la pluie." [5]

= Dme de la Chane (Qubbat al-Silsila)

Le Dme de la Chane, de son nom musulman Qubbat al-Silsila, est situ  l'est
du Dme du Rocher. Il est attribu  Abd al-Malik, constructeur du Dme du
Rocher. D'aprs la tradition arabe, il abrite le Trsor des Musulmans de la
ville. Il est impossible d'entrer dans le btiment sans tre vu de l'intrieur,
et on accde au Trsor par une chelle.

Comme pour les autres difices du Haram, la description la plus ancienne est
celle d'Ibn al-Faqih en 903: "A l'est du Dme du Rocher s'lve le Dme de la
Chane. Il est support par vingt colonnes de marbre, et son toit est couvert de
feuilles de plomb." [6]

Le Dme de la Chane ressemble un peu au Dme du Rocher. Les 11 colonnes
externes et les 6 colonnes internes supportent la pice ronde qui abritait le
trsor. La description de 903 parle de 20 colonnes. La construction elle-mme a
sans doute t modifie par Baybars, gouverneur mamelouk entre 1260 et 1277.
C'est lui qui ajoute le mirhb. Soliman le Magnifique fait recouvrir le dme de
carreaux en 1561.

L'difice est dcrit par Chelebi dans les annes 1648-1650. "Construit comme un
palais, le dme repose entirement sur des colonnes, il n'existe pas le moindre
mur. Le cercle extrieur est fait de neuf colonnes prcieuses, alors que le
cercle intrieur consiste en six colonnes. Le dme s'lve au-dessous d'elles.
L'ntrieur et l'extrieur de ce dme sont couverts de fines tuiles du Kashan de
la couleur des lapis lazuli. Le dme lui-mme est couvert de plomb bien coul
semblable  celui de la mosque Suleimaniyye  Istanbul... Il a une niche de
prire dans laquelle j'ai offert quelques prires et louanges." [7]

= Dme du Rocher (Qubbat al-Sakhra)

Le Dme du Rocher, appel Qubbat al-Sakhra, est le joyau de Jrusalem et l'une
des merveilles du Moyen-Orient. Il est situ au milieu de la plateforme centrale
de l'esplanade du Haram al-Sharif.

L'origine de sa construction tient  deux lgendes musulmanes qui lient  la
ville de Jrusalem le voyage nocturne de Mahomet et son Ascension vers le ciel.
La lgende du voyage nocturne de Mahomet prend sa source dans les premiers
versets de la sourate 17 du Coran. Les Musulmans tentent d'identifier les deux
Lieux Saints mentionns dans ces lignes. Le commentateur du Coran Al-Zamakhshari
(mort en 1144) montre que le voyage nocturne est en relation avec l'Ascension
raconte plus loin dans les versets 4  10 de la sourate 53 du Coran [8]. Mais
cette relation entre les deux vnements est trs controverse. De mme, la
relation possible entre le voyage nocturne de Mahomet et la ville de Jrusalem
est loin de faire l'unanimit [9].

Le Dme du Rocher, construit entre 692 et 697, est rig par Abd al-Malik 
l'endroit le plus lev du Mont du Temple. Sa date de construction, 72 aprs
l'Hgire, est indique par une inscription coufique sur une plaque de mtal
bleu-gris situe sur une des arches sud-ouest supportant le dme: "Le serviteur
d'Allah Abd al-Malek ibn Mirwan, commandant du Prophte, construit ce dme en
l'an 72. Qu'Allah recoive sa prire et le favorise."

Selon la tradition arabe, les Musulmans reconnaissent sur le Rocher Sacr
l'empreinte du pied du Prophte lors de son lan vers le ciel. Le Rocher Sacr,
appel aussi Even Ha-Shathiyah, Rocher de la Fondation, est identifi par la
tradition et l'histoire comme l'endroit o Abraham offre Isaac en sacrifice sur
le Mont Moriah. Il serait aussi l'autel que le roi David prpare pour Dieu. Il
serait encore l'emplacement du Mont de Salomon. Il serait enfin le Saint des
Saints situ dans le Temple. [10]

Le calife omeyyade Abd al-Malik commmore l'Ascension de Mahomet au ciel au
moyen d'un difice musulman splendide. Cet difice est le contrepoids des
majestueuses glises chrtiennes leves par les Byzantins. Il est aussi un
symbole musulman face aux religions juive et chrtienne, les deux religions
antrieures que l'Islam juge imparfaites. C'est ainsi qu'aprs la Mecque et
Mdine, Jrusalem devient la troisime grande ville musulmane.

La description la plus ancienne qu'on ait du Dme du Rocher est celle d'Ibn
al-Faqih, en 903: "Au milieu du Haram s'tend une plateforme... Six escaliers
conduisent au Dme du Rocher. Le Dme s'lve au milieu de cette plateforme. Sa
surface au sol est de 150 pieds [45,6 m] sur 150 pieds, sa hauteur est de 105
pieds [31,9 m] et sa circonfrence de 540 pieds [164,2 m]. Dans le Dme ils
allument chaque nuit 300 lampes. Il a quatre portails surmonts d'un toit, et
chaque portail a quatre portes, et il est surplomb par un portique de marbre.
La pierre du Rocher mesure 51 pieds [15,3 m] sur 40 pieds et demi [12,2 m] et
sous le Rocher se trouve une grotte dans laquelle les gens prient. La grotte
peut contenir soixante-deux personnes. Le Dme est couvert de marbre blanc et
son toit est d'or rouge. Les murs et le tambour sont ouverts par cinquante-six
baies, dont les verres sont de teinte varie; chacune mesure 9 pieds de haut
[2,7 m] et 6 [1,8 m] de large. Le Dme, qui fut construit par Abd al-Malik ibn
Marwan, est support par douze colonnes et trente piliers. C'est un dme
au-dessus d'un dme [un intrieur et un extrieur] recouvert de feuilles de
plomb et de marbre blanc." [11]

Au dbut du 10e sicle, la coupole de cuivre est gaine d'or. Le gainage d'or
est remplac plus tard par un gainage en plomb. Au 11e sicle, deux tremblements
de terre secouent le dme, et la mosaque suprieure est remplace. Les
mosaques du tambour sont restaures en 1027, mais il semble que les dessins
originaux soient conservs.

Lors de la prise de Jrusalem par les Croiss en 1099, le Dme du Rocher est
identifi comme le Temple de Dieu. Il devient une glise, mais l'ensemble de
l'difice est conserv tel quel.

En raison du symbole que reprsente le Rocher pour les Chrtiens, les Croiss
prennent des fragments de roche pour les vendre  prix d'or  des plerins
pieux. C'est pour mettre fin  ce commerce que les rois croiss entourent le
rocher d'une grille de mtal dont il existe encore des fragments aujourd'hui
dans le secteur nord-ouest. Le croissant au sommet du Dme est remplac par une
croix, et on difie un autel de pierre. Le Dme du Rocher est consacr comme
glise chrtienne en 1142. On ne songe pas  le faire rivaliser d'importance
avec le Saint-Spulcre, mais le fait qu'il soit une glise a sa signification,
parce que son emplacement est associ avec nombre d'vnements de l'Ancien et du
Nouveau Testament.

Comme la mosque al-Aksa, l'difice est utilis par l'ordre des Templiers, rig
en ordre militaire en 1128. L'architecture du Dme du Rocher est copie dans de
nombreuses glises d'Europe.

Pour lui faire retrouver sa forme originale, en 1187, l'an 586 aprs l'Hgire,
Saladin n'a qu' enlever les icnes et l'autel. Il fait dorer les arches
supportant le dme, ce qui leur donne l'allure qu'elles ont aujourd'hui. Les
murs sont recouverts de plaques de marbre, et le dme reoit un revtement de
mosaques.

Sous le sultan Baybars, les mosaques de la partie suprieure des murs
extrieurs sont restaures. Elles sont restaures  nouveau en 1270, puis en
1290 par le sultan Al-Ashraf. En 1318, Al-Nasir ibn Qalaoun restaure la dorure
et la mosaque du tambour, ainsi que le gainage extrieur en plomb. Les
restaurations continuent au 15e sicle, puis sous le gouvernement turc.

Un plan axonomtrique est publi par K.A.C. Creswell dans Early Muslim
Architecture. Il "met en vidence une disposition architecturale hrite de la
tradition byzantine et demeure unique dans l'art de l'Islam. Quatre portes font
face  chacun des points cardinaux, ce qui confre  l'difice une situation
symbolique de centre du monde. Le nombre quarante, qui reprsente le total des
piliers et colonnes, est galement symbolique..." [12]

La forme du Dme du Rocher est celle d'un octogone inscrit dans un cercle,
symbole de la conception ancienne du centre du monde [13]. La construction
octogonale contient deux ranges concentriques de piliers. La range intrieure
supporte le dme, et la range extrieure supporte le btiment lui-mme.

Dans ses formes et proportions, le Dme du Rocher est inspir par le
Saint-Spulcre. Le diamtre intrieur du Saint Spulcre est de 20,9m et son dme
est  une hauteur de 21,5m. Les dimensions correspondantes pour le Dme du
Rocher sont de 20,3m et 20,5m.

Le dme s'lve sur 12 piliers ronds en marbre et 4 en granit. Les 16 baies de
la coupole sont faites de verre color sur fond d'or, et la lumire donne 
l'intrieur est un enchantement. Si certaines des baies sont du 15e sicle, la
plupart sont des 18e et 19e sicles. Les murs octogonaux sont ouverts par 56
baies, soit 7 pour chaque mur. La construction entourant le dme est supporte
par 8 piliers de marbre et 16 piliers de granit color. Les piliers de granit
sont surmonts de chapiteaux qui viennent sans doute du Temple d'Hrode ou de
l'glise de Saint-Spulcre dtruite par les Perses en 614.

Les piliers situs sur le dme et la partie infrieure de la mosaque sont trs
anciens. L'entre sud est la plus orne, parce qu'elle fait face  La Mecque.
Une inscription coufique entoure la base du dme.

Au-dessus des colonnades octogonale et circulaire entourant le Rocher Sacr
court un dcor de mosaques sur plus de 1200 m2 de surface de mur. Le revtement
date de l'poque de construction du monument. Ces mosaques omeyyades forment un
ensemble unique au monde, avec une profusion de rinceaux d'acanthe et divers
motifs vgtaux ralistes ou styliss, puisque la loi musulmane interdit la
reprsentation d'tres vivants.

A partir de 1927, dans le cadre d'une collaboration  l'oeuvre monumentale de
l'orientaliste britannique K.A.C. Creswell sur l'architecture musulmane,
Marguerite van Berchem fait une description dtaille de ces mosaques [14].
Suite  cette tude, elle conclut que ce chef-d'oeuvre de l'poque omeyyade est
l'oeuvre d'artistes syriens et non d'artistes byzantins, comme il tait
communment admis avant ses travaux. Trente ans plus tard, en vue d'une nouvelle
dition de l'ouvrage de K.A.C. Creswell, elle procde  un deuxime examen de
ces mosaques [15].

D'aprs elle, ce dcor floral est une symbiose entre les traditions
grco-romaine et orientale. La tradition grco-romaine est reprsente par les
plantes d'acanthe, les rinceaux, les vignes, les arbres, les guirlandes de
fleurs et de fruits, les cornes d'abondance. La tradition orientale, ce sont les
grandes fleurs stylises en forme de lotus ou de tulipes. Les couleurs
dominantes sont le vert avec huit teintes de vert, le bleu avec six teintes de
bleu, et l'or.

Dans la partie suprieure des mosaques court une belle inscription en
caractres coufiques longue de 240 m, qui date elle aussi de la construction du
monument. En or sur fond bleu, elle fait deux fois le tour de l'difice, sur les
faces interne et externe de la colonnade octogonale.

Un autre beau spcimen de l'art omeyyade est le dcor de bronzes dors. De
larges plaques ornent les soffites des grandes portes d'entre places aux
quatre points cardinaux. Des plaques plus troites recouvrent le dessous des 24
poutres-tirants reliant entre eux les chapiteaux de la colonnade octogonale, 
six mtres au-dessus du sol. Les motifs dominants sont les vignes avec leurs
enroulements, leurs feuilles et leurs grapes. [16]

= Mosque al-Aksa (al-Aqsa)

Situe en bordure de l'esplanade  ct du mur sud du Haram, la mosque al-Aksa
est le deuxime grand btiment du Haram al-Sharif. Elle est la premire des 35
mosques de Jrusalem. L'enceinte du Haram comprend 6 autres mosques. A
l'intrieur des remparts de la Vieille Ville, on en compte encore 28 autres.

Le choix de l'emplacement du sanctuaire de prire sur le Haram est relat dans
le texte du 14e sicle appel Muthr al-Ghirm. Celui-ci reprend le texte de
Kulthum Ibn Ziyad, qui tient lui-mme le rcit d'Al-Walid. Al-Walid relate
qu'aprs avoir choisi l'emplacement de la future mosque, Omar commence 
nettoyer le terrain de ses propres mains. Il met au fur et  mesure les
immondices dans son manteau, et les jette dans le wadi Sahannam. Sa suite fait
de mme. Ils font ainsi plusieurs voyages, jusqu' ce que tout l'emplacement
soit nettoy. Puis ils prient. [17]

La mosque al-Aksa est rige pour les prires collectives, le Dme du Rocher
tant rserv aux prires individuelles. La mosque actuelle peut contenir 5
mille personnes.

Alors que les fondations du Dme du Rocher sont sur la pierre, celles de la
mosque al-Aksa sont bties sur la terre et les structures des temps hrodiens,
 savoir la partie ouest des curies de Salomon. Ce sont les fondations de
l'glise byzantine qui auraient t utilises. Cette glise, ddie  la Vierge
Marie pendant le rgne justinien, est construite en 560. Les Perses la
dtruisent par le feu en 614.

Le plerin chrtien Arculfe a vu de ses yeux la mosque de 680. Elle peut
contenir 3 mille personnes soit,  l'poque, la totalit de la population
musulmane de Jrusalem. A part les proportions gnrales, presque rien ne
subsiste non plus de la deuxime mosque, construite par Al-Walid, qui fut
calife entre 705 et 715. Cette deuxime mosque fut deux fois dtruite par des
tremblements de terre pendant les soixante premires annes de son existence.

Il existe une controverse parmi les historiens sur la date de construction de la
mosque actuelle. Certains pensent que la construction est de  Abd al-Malik,
btisseur du Dme du Rocher. D'autres pensent qu'elle est le fait d'Al-Walid,
constructeur de la grande mosque omeyyade de Damas. Le constructeur gaine le
dme de cuivre et il apporte une mosaque de Constantinople pour dcorer
l'intrieur de la mosque, comme dans les mosques de la Mecque et de Mdine.
Pendant la priode omeyyade, la mosque est plus troite et plus courte. Le sol
est de marbre et les portes dores. Le tremblement de terre de 774 dtruit les
murs est et ouest. La mosque est restaure par le calife Abu Jaafar al-Mansur,
et dtruite  nouveau par un tremblement de terre trois ans aprs. Le dme et sa
mosaque sont l'oeuvre du calife fatimide Al-Zahir, tout comme la nef centrale
et les sept portes avec leurs sept arcs briss dans le mur nord de la faade.
Aprs le tremblement de terre de 1033, Al-Zahir reconstruit la mosque en
conservant sept des quinze ailes de la mosque de 870, celle du calife Al-Mahdi.
[18]

Voici le commentaire de Al-Muqaddasi, voyageur musulman du 10e sicle: "La
mosque Aqsa est situe dans l'angle sud-est de la Ville Sainte... Cette mosque
est encore plus belle que celle de Damas, parce que pendant sa construction elle
eut pour rival et pour modle la grande glise (le Saint-Spulcre, ndlr)
appartenant aux Chrtiens de Jrusalem, et ils construisirent celle-ci (al-Aksa,
ndlr) pour tre encore plus belle que l'autre." [19]

Aprs la prise de Jrusalem en 1099, la mosque al-Aksa devient la rsidence du
roi de Jrusalem. Les Croiss considrent que son emplacement est celui du
Templum Domini, le Temple de Salomon. Mais son utilisation comme rsidence
royale est brve, moins de vingt ans selon Guillaume de Tyr. [20] En 1128, le
roi cde le Temple de Salomon  un ordre de moines-soldats fond dix ans
auparavant. De par le nom de leur quartier gnral, ceux-ci deviennent les
Templiers, ordre militaire fond la mme anne afin de dfendre les Lieux Saints
et de protger les plerins pendant leur voyage.

Lors de la prise de Jrusalem en 1187, Saladin, comme pour le Dme du Rocher,
fait enlever les icnes et l'autel, ainsi que les constructions des Templiers au
nord de la mosque. Il contribue  la dcoration du mirhb en offrant une
magnifique chaire de bois sculpt. Cette chaire, ralise en 1170, est l'oeuvre
de son prdcesseur Nur al-Din, gouverneur de Syrie. Elle est dtruite par le
feu en 1969, un geste fou d'un touriste chrtien, qui pensait que le retour du
Christ ne pourrait avoir lieu avant la disparition des "abominations" musulmanes
du Mont du Temple.

Les sultans mamelouks restaurent les deux cts de la mosque. Entre 1345 et
1350, ils ajoutent deux baies de chaque ct du porche crois. On ne les voit
qu' l'ntrieur, du ct ouest, parce que la nef et le ct occidental sont
reconstruits entre 1938 et 1942.

Comme l'attestent des inscriptions sur la mosaque du dme, les premires
restaurations sont l'oeuvre du roi mamelouk Qalaoun en 1327. Le dme et les
colonnes sont consolids entre 1922 et 1927. Une deuxime consolidation a lieu
aprs les tremblements de terre de 1928 et 1937. La mosque et ses baies sont
restaures en 1943 par le roi d'Egypte Farouk.

On voit des traces de la mosque originale d'Omar, dcore d'une double range
de colonnes, dans l'angle sud-est d'Al-Aksa. La superficie de cette mosque
tait de 8 m x 30 m. Les seuls vestiges de la priode omeyyade sont les colonnes
situes  l'est du mirhb.

La mosque est divise en une nef centrale et deux transepts. La nef, de
direction nord-sud, est supporte par 7 arcades reposant sur des colonnes de
marbre et de pierre avec des chapiteaux styliss surmonts de baies. La mosque
comprend 114 colonnes et 135 baies. Sa longueur est de 80 m et sa largeur de 55
m. La faade nord a 7 arcades et 7 grandes entres construites pendant la
priode fatimide. Les 4 autres portes sont situes ainsi: deux  l'ouest, une au
sud et une  l'est. Le dme a une hauteur de 17,7 m. Comme pour le Dme du
Rocher, l'intrieur est en bois et l'extrieur en plomb. Le dme est support
par 4 arcs et 8 piliers, restaurs en 1927.

L'lment le plus ancien est la mosaque du tambour supportant le dme et celle
de la faade de l'arche surplombant l'aile du centre. Une inscription permet de
dater ces mosaques de 1035. Leur qualit artistique est infrieure  celle du
Dme du Rocher, mais il existe une certaine ressemblance dans les motifs, sans
doute copis sur une mosaque omeyyade.

La priode croise a laiss sa marque, avec les trois baies centrales du porche,
refaites en 1217, les baies de verre rose et bleu  l'ouest, le mirhb de
Zacharie, ancienne chapelle croise, et enfin les pices votes  l'ouest, dans
la mosque des Femmes. La tradition chrtienne veut que cette mosque ait t
l'oratoire des Templiers.

C'est de l'poque de Saladin que datent les grandes dalles de marbre claires et
fonces recouvrant les murs. La couverture intrieure du dme en mosaques de
verre color date de la mme poque. Cette couverture ressemble  celle du Dme
du Rocher.

= Notes

[1] Le Strange (G.). Palestine under the Moslems, 1890. Reprint: Beirout,
Khayats, 1965, p. 139-143.

[2] Le Strange (G.). Palestine under the Moslems, 1890. Reprint: Beirout,
Khayats, 1965, p. 161.

[3] Al-Muqaddasi. Description of Syria, including Palestine. Palestine Pilgrims
Text Society, volume 3, 1896. Reprint: New York, AMS Press, 1971, p. 41-46.

[4] Nasir-I Khusraw. Diary of a Journey Through Syria and Palestine. Palestine
Pilgrims Text Society, volume 4, 1893. Reprint: New York, AMS Press, 1971, p.
29-42.

[5] Evliya Tshelebi's Travels in Palestine. Jerusalem, Ariel, 1980, p. 86.

[6] Le Strange (G.). Palestine Under the Moslems. 1890. Reprint: Beirut,
Khayats, 1965, p. 120-121.

[7] Evliya Tshelebi's Travels in Palestine. Jerusalem, Ariel, 1980, p. 86.

[8] Gtje (H.). The Qu'ran and its Exegesis. Berkeley and Los Angeles,
University of California Press, 1976, p. 75-77.

[9] Deux historiens, I. Goldziher et O. Grabar, ont tudi l'origine et les
motifs possibles de cette association. Voir: Goldziher (I.), Muslim Studies.
London, G. Allen and Unwin, 1971, volume II, p. 45-46. Voir aussi: Grabar (O.).
The Formation of Islamic Art. New Haven and London, Yale University Press, 1973,
p. 50-52.

[10] Har-El (M.). This is Jerusalem. Jerusalem, Steimatsky, 1985, p. 333.

[11] Le Strange (G.). Palestine under the Moslems. 1890. Reprint: Beirut,
Khayats, 1965, p. 120-121. Les mesures donnes sont tout  fait fantaisistes.

[12] Gautier-van Berchem (M.) et Ory (S.). La Jrusalem musulmane. Lausanne,
ditions des Trois Continents, 1978, p. 32.

[13] Murphy-O'Connor (J.). The Holy Land. Jerusalem, Oxford University Press,
1986, figure 24, p. 77.

[14] Van Berchem (M.). The Mosaics of the Dome of the Rock in Jerusalem and of
the Great Mosque in Damascus, in: Early Muslim Architecture. By K.A.C. Creswell.
Oxford University Press, 1962.

[15] Idem, 2nd edition, 1969.

[16] L'tude a t publie pour la premire fois par K.A.C. Creswell en 1932,
dans Early Muslim Architecture, avec de nombreuses photographies.

[17] Le Strange (G.). Palestine under the Moslems. 1890. Reprint: Beirout,
Khayats, 1965, p. 139-143.

[18] Hamilton (W.). The Structural History of the Aqsa Moque. Jerusalem, 1947.
Ce livre traite de l'histoire complexe de la destruction et de la reconstruction
d'Al-Aqsa.

[19] Al-Muqaddasi. Description of Syria, including Palestine. Palestine Pilgrims
Text Society, volume 3, 1896. Reprint: New York, AMS Press, 1971, p. 41-44.

[20] William of Tyre. A History of Deeds Deone Beyond the Sea. New York,
Columbia University Press, 1943, volume 1, p. 524-525.


4. L'ARCHITECTURE CROISEE CIVILE


[Citadelle / Mauristan / Portes / Notes]

L'architecture croise n'est pas seulement prsente dans nombre d'difices
religieux. On la retrouve aussi dans la Citadelle et la Tour de David, le
quartier du Mauristan et quelques portes des remparts.

= Citadelle

La citadelle est situe sur le rempart ouest de la Vieille Ville,  ct de la
porte de Jaffa. Selon la tradition musulmane, la Tour de David, appele aussi
Tour de Goliath, aurait t le sige du combat de David et de Goliath. Quand
Hrode le Grand (37-4 avant Jsus-Christ) fortifie Jrusalem, l'entourant d'un
double rempart, il construit son palais sur le site le plus haut et le mieux
fortifi,  777 m au-dessus du niveau de la mer. La citadelle est dgage entre
1934 et 1939 par l'archologue C.N. Johns, membre du Dpartement des Antiquits
durant le mandat britannique [1]. Dans la cour de la tour sud, C.N. Johns
dcouvre les restes d'un mur et d'une tour ronde, qu'il attribue  la
construction du 8e sicle.

Plusieurs fois dtruite et reconstruite, la citadelle est utilise au fil des
sicles par les gouverneurs successifs de la ville: romains, byzantins, arabes,
sleucides, croiss, ayyubides kurdes, mamelouks, turcs et jordaniens.

En 1099, les Fatimides de Jrusalem ont toute confiance dans les fortifications
de la ville. Ses remparts sont rputs parmi les plus solides du monde. La
citadelle, appele aussi Tour de David, est un fort dans un fort, avec un mur de
12 mtres de haut. Le 15 juillet 1099, les Croiss remplissent les douves et
attaquent la ville en quatre points vers le rempart nord et en un point vers le
mur sud. Ils font d'abord une brche prs de la Porte d'Hrode, puis deux autres
brches prs de la Porte de Sion et prs de la Nouvelle Porte, dans la zone de
la Tour de David. Il s'ensuit un massacre de tous les habitants juifs et
musulmans, hommes, femmes et enfants.

Au 12e sicle, les rois croiss de Jrusalem largissent les limites de la
citadelle et construisent de nouveaux remparts tout autour. La citadelle est
pour eux une bonne place stratgique et elle n'est pas loin du Saint-Spulcre.
La Tour de David est appele aussi Tour de Tancrde. C'est dans cette tour que
luttent les troupes du prince crois Tancrde pendant le sige de Jrusalem en
1099. La tour est reconstruite durant la premire moiti du 12e sicle, pour
protger le point faible form par l'angle nord-ouest des remparts dans la
dfense de la ville. Les Croiss divisent la citadelle en deux parties: une
partie intrieure qui englobe les tours occidentales dans les limites de la
Vieille Ville, et une partie extrieure, avec les tours orientales, 
l'extrieur du rempart.

Saladin l'Ayyubide marche d'abord sur Jrusalem en 1177, mais il est arrt en
route,  Gzer. En 1187, il russit  prendre la ville,  la fin d'une campagne
victorieuse en Terre Sainte, et les Francs partent aprs le paiement d'une
ranon. Saladin reconstruit ensuite le rempart situ entre les Portes de Damas
et de Jaffa, par lequel il a attaqu la ville. En 1219, les remparts sont en
grande partie dtruits par le gouverneur musulman Al-Muazzem, afin de prvenir
le retour des Croiss. Pour la mme raison, la forteresse est dtruite en 1238
et 1239, puis rebtie en 1247 par Al-Malik al-Salih Ayyub.

Une nouvelle forteresse est reconstruite par le Mamelouk Al-Nasir ibn Kalaoun en
1310. Le mur qui spare la Citadelle en deux parties est dtruit, et de nouveaux
btiments sont construits sur ses fondations. La forme gnrale de la citadelle
est reste inchange depuis,  l'exception de quelques ajouts ottomans aux 16e
et 17e sicles. Le sultan turc Soliman le Magnifique ajoute ensuite la mosque,
la tourelle et la porte principale de la citadelle.

Quant aux remparts, ils sont en partie reconstruits par le roi Al-Adel Zein
al-Din en 1295, puis par Al-Malik al-Mansour Qalaoun en 1330. Ils sont  nouveau
reconstruits entre 1536 et 1540, dans leur totalit, avec l'ajout de plusieurs
tours.

= Mauristan

Le Mauristan est une zone carre au sud du Saint-Spulcre, zone dlimite d'un
ct par l'glise la plus rcente de la Vieille Ville, l'glise luthrienne du
Rdempteur, et de l'autre par l'glise la plus ancienne, l'glise
Saint-Jean-Baptiste.

Ce secteur est le Forum de la Ville pendant les temps romains et byzantins. Les
marchands d'Amalfi, habitants du quartier, font ensuite construire trois glises
attenant  des hpitaux-hospices: Saint-Marie-la-Latine pour les hommes,
Sainte-Marie-la-Grande pour les femmes et Saint-Jean-Baptiste pour les pauvres.
La charge en revient  l'ordre bndictin.

Guillaume de Tyr pense que le monastre de Sainte-Marie vient de la fondation de
Charlemagne. Les marchands d'Amalfi restaurent l'ensemble aprs la destruction
d'Al-Hakim, probablement entre 1063 et 1071, date  laquelle les Chrtiens
rparent les remparts de la ville [2]. Le secteur est donn aux Chevaliers de
Saint-Jean de l'Hpital, devenus ensuite l'ordre des Hospitaliers, et dont le
sige reste au cours des annes la petite glise Saint-Jean-Baptiste, en
souvenir de leurs modestes origines. Le premier matre de l'Hpital Latin est
Grald. Son successeur et vritable fondateur de l'ordre est Raymond du Puy
(1120-1160). La Rgle des Hospitaliers date de 1153. C'est  partir de cette
date qu'ils ont aussi des activits militaires.

Le Mauristan est dcrit dans un texte anonyme chrtien, The City of Jerusalem:
"A gauche du march sont les boutiques des bijoutiers latins, et au bout de ces
boutiques on trouve un couvent de religieuses qui est appel
Sainte-Marie-la-Grande; et  ct un monastre de moines appel
Sainte-Marie-la-Latine. Ensuite vient la rsidence de l'hpital, avec son entre
principale. A la droite de l'hpital se trouve l'entre principale du Spulcre."
[3]

Quand Saladin prend Jrusalem, il autorise dix Hospitaliers  rester un an pour
soigner les malades de l'hpital. Les btiments sont ensuite utiliss pour
d'autres besoins. Le neveu de Saladin, Shihab al-Dn, en fait  nouveau un
hpital en 1219. Le nom de Mauristan, qui signifie hpital en kurde, date de
cette poque.

Au 15e sicle, le btiment peut recevoir 400 plerins, mais il commence  tomber
en ruines, des ruines qui impressionnent le voyageur Felix Fabri: "A ct du
btiment dans lequel sjournent les plerins, existait autrefois un grand
palais, l'habitation majestueuse des nobles chevaliers de Saint-Jean... comme cela
peut encore tre vu par ces ruines, et par le btiment qui est seulement en
partie ruin, qui est si grand que quatre cents plerins peuvent y vivre. En
face de l'hpital sont les ruines de vastes remparts, les restes de la maison
des Chevaliers Teutoniques, avec lesquels taient hbergs autrefois les
plerinages de nobles allemands. A ct de cette mme maison se trouvait une
autre grande salle, dans laquelle devaient sjourner les femmes plerins,
puisqu'elles n'taient en aucun cas autorises  vivre avec leur mari dans le
grand hpital." [4]

Au 16e sicle, les maons de Soliman le Magnifique utilisent les immenses ruines
comme carrires pour reconstruire les remparts de Jrusalem. Plus tard, une
partie de cette zone adandonne est donne aux Allemands, qui construisent
l'Eglise du Rdempteur  l'emplacement de l'Eglise Sainte-Marie-Latine. La
partie ouest est donne aux Grecs en 1905, et ils y btissent leur zone
commerciale.

= Portes

La Porte de Damas est ouverte dans le rempart sud de la ville. Sous la
construction actuelle, datant de l'poque de Soliman le Magnifique, on trouve
les fondations de la porte croise qui suit la ligne de la porte romaine, mais
qui tait fortifie. Juste aprs la porte elle-mme, la construction croise
forme un angle droit avec la porte des remparts. Cet angle droit permettait de
rduire le flot des ennemis entrant dans la ville.

Deux des trois portes visibles dans le mur sud du Mont du Temple datent de la
priode croise. Ce sont la Porte Simple et la Porte Triple, portes par
lesquelles les Croiss accdent  leurs curies, les curies de Salomon. La
Porte Simple, situe  37 m de l'angle sud-est du mur, est une construction
croise remanie par les Mamelouks. La Porte Triple, situe  183 m de l'angle
sud-ouest et  90 m de l'angle sud-est, est une porte double hrodienne
transforme  l'poque croise.

= Notes

[1] Ses conclusions sont publies dans: Excavations at the Citadel, in:
Palestine Exploration Quarterly, avril 1940.

[2] William of Tyre. A History of Deeds Done Beyond The Sea. New York, Columbia
University Press, 1943, volume 2, p. 240-245.

[3] The City of Jerusalem. Palestine Pilgrims Text Society, volume 6, 1896.
Reprint: New York, AMS Press, 1971, p. 7.

[4] The Book of the Wanderings of Felix Fabri. Palestine Pilgrims Text Society,
volumes 7-10, 1893. Reprint: New York, AMS Press, 1971, volume 1, p. 395.


5. L'ARCHITECTURE CROISEE RELIGIEUSE


[Eglise de la Croix / Gethsmani / Saint-Etienne / Saint-Jacques /
Saint-Jean-Baptiste / Saint-Spulcre / Sainte-Anne / Sainte-Marie-Latine /
Tombeau de la Vierge / Notes]

De nombreuses glises de Jrusalem tmoignent de l'architecture croise, dans sa
splendeur ou ses vestiges.

= Eglise de la Croix

Le monastre de la Croix est nich dans la verdure d'une valle de Jrusalem, 
ct de l'avenue ben-Zvi, en contrebas de la Knesset et du Muse d'Isral. C'est
une relique des jours o cette valle tait le vignoble des rois croiss de
Jrusalem.

Le monastre est construit entre 1039 et 1056 par le roi Bagrat de Gorgie, sur
le site d'une glise du 5e sicle. La lgende chrtienne veut qu'ait pouss 
cet endroit l'arbre dans lequel est taille la croix de Jsus. L'glise actuelle
date en grande partie du 11e sicle.

Les Gorgiens ont d'excellentes relations avec les Mamelouks. Ceux-ci perdent le
monastre en 1300 suite  l'invasion tartare. Restaur en 1305, le monastre est
vendu aux Grecs orthodoxes en 1685.

= Gethsmani

Gethsmani est situ sur le Mont des Oliviers. C'est l'endroit o Jsus se
recueille avant d'tre arrt suite  la trahison de Judas. Appele Eglise de
toutes les nations, l'glise actuelle date de 1924. Elle est la dernire de
toute une srie d'glises.

La premire glise fut construite entre 379 et 384 par la communaut chrtienne
pr-constantinienne pour commmorer la prire du Christ. Cette glise est
dtruite par un tremblement de terre en 745.

Les Croiss construisent ensuite un oratoire dans les ruines, puis le remplacent
par une glise en 1170. Ils lui donnent une orientation un peu diffrente afin
d'avoir une part de rocher dans chaque abside, une manire d'interprter
matriellement la triple prire du Christ. Le destin de cette glise est
inconnu. Toujours utilise en 1323, elle est abandonne en 1345.

= Saint-Etienne

L'glise Saint-Etienne est situe route de Naplouse,  l'est de la Porte de
Damas. Construite en 1900, elle est incluse dans les btiments de l'Ecole
biblique et archologique franaise.

La premire glise est construite  l'endroit prsum de la lapidation du saint.
Des fouilles rvlent le plan de l'glise byzantine, qui appartenait  un
immense monastre dtruit par les Perses en 614. Une petite chapelle est
construite avant 638 par le patriarche Sophronius. Cette chapelle est restaure
par les Chevaliers Hospitaliers. Ils construisent des curies et des neries 
ct de la chapelle. Ils dtruisent l'ensemble pendant l't 1187 pour viter
que Saladin n'utilise ce point stratgique situ prs des remparts.

= Saint-Jacques

L'glise Saint-Jacques est le plus bel difice religieux du quartier armnien de
la Vieille Ville.

Selon la tradition armnienne, une glise abrite depuis le 4e sicle la tte de
Saint Jacques, frre de Saint Jean l'aptre, dcapit par Agrippa Ier en 44. Sa
tte est enterre sous le pavement actuel d'une petite pice situe au nord de
la nef de l'glise. Toujours selon la tradition armnienne, un deuxime Saint
Jacques est enterr sous l'autel principal de l'glise. Il s'agirait d'un des
trois Jacques de la tradition chrtienne: Jacques fils de Zbde, l'un des
douze aptres, Jacques fils d'Alpheus, un autre aptre, ou encore Jacques frre
de Jsus [1].

Jusqu'au 7e sicle, le patriarche grec orthodoxe est  la tte de l'Eglise
armnienne. Elle a ensuite son propre patriarche. Le patriarche armnien de
Jrusalem est considr comme le successeur de saint Jacques, frre de Jsus.
Dans une charte conserve  la bibliothque du patriarcat armnien, Omar ibn
al-Khattab reconnat les droits du patriarche armnien sur les lieux saints
chrtiens de Jrusalem, Bethlem, Naplouse et Samarie.

Jean de Wurzbourg, plerin chrtien, visite l'glise  l'poque croise: "En bas
de la descente et au-del d'une autre rue, se trouve une grande glise
construite en l'honneur de saint Jacques le Grand, habite par des moines
armniens, et ils ont au mme endroit un grand hospice pour recevoir les pauvres
de leur nation." [2]

Le patriarche armnien est en faveur auprs des Croiss, qui comptent des
Armniens venant de Cilicie. Les Armniens sont les seuls allis des Croiss au
Moyen-Orient. De nombreux mariages ont lieu entre chevaliers croiss et femmes
armniennes. Les Croiss cooprent avec enthousiasme  la reconstruction de
l'glise Saint-Jacques. L'authenticit de la premire glise est tablie
puisqu'ils y retrouvent la tte de saint Jacques et la main de saint Etienne.

Plus tard, toujours selon la tradition armnienne, Saladin accorde aux Armniens
un firman,  savoir un permis concernant les lieux saints. Aprs la conqute
turque de 1517, le sultan Slim Ier leur accorde galement un firman les
assurant de leurs droits et leur donnant autorit sur les communauts syriennes,
coptes et thiopiennes de la ville.

A l'origine, l'glise Saint-Jacques tait trs large. Elle est en partie
dtruite par l'invasion perse, et restaure au 8e sicle. L'glise actuelle, qui
date du 11e sicle, est btie par les Croiss aprs la prise de Jrusalem en
1099.

On ne voit pas l'abside de l'extrieur. L'arcade romane est haute et troite,
avec une coupole elle aussi tout en hauteur. La superficie est de 17,5 m x 24 m.
L'abside est divise par quatre larges colonnes carres recouvertes de faences
bleues pour former une nef centrale et des portiques. Les colonnes supportent
les huit arches de la coupole. Les murs sont recouverts de carreaux bleus sur
une hauteur de deux mtres.

Dans le choeur, les trois autels sont: au centre celui de saint Jacques, frre
de Jsus,  droite celui de saint Jean-Baptiste,  gauche celui de la Vierge
Marie. L'intrieur de l'glise est entirement mdival. La vote de la coupole
centrale est typiquement armnienne. Les travaux du 12e sicle ont servi 
consolider l'difice des 10e et 11e sicles. La chapelle Saint-Etienne, qui date
du 11e sicle, sert  la fois de sacristie et de baptistre. La chapelle de
Echmiadzin tait sans doute le narthex de l'glise mdivale. La porte,  la
dcoration labore, tait probablement l'entre principale.

= Saint-Jean-Baptiste

Situe dans une zone en retrait du Mauristan, l'glise est en partie enterre
autour de rues dont le niveau a grimp avec les sicles. On y entre par la rue
du quartier chrtien.

Une glise existe ds le milieu du 5e sicle. Aprs sa destruction par les
Perses en 614, elle est restaure par Jean l'Aumnier. Les fondations du 5e
sicle sont utilises par les marchands d'Amalfi pour l'glise du 11e sicle.
L'glise devient ensuite le berceau des Chevaliers Hospitaliers.

Voici la description qu'en fait Jean de Wurzbourg, plerin chrtien  l'poque
croise: "En face de l'glise du Saint-Spulcre, sur le ct oppos, on trouve
une belle glise construite en l'honneur de Jean le Baptiste,  ct de laquelle
un hpital reoit dans plusieurs pices une multitude norme de malades,  la
fois hommes et femmes, qui sont secourus et soigns chaque jour  trs grands
frais..." [3]

La faade actuelle avec ses deux petits clochers est une addition moderne.

= Saint-Spulcre

Le Saint-Spulcre est situ au coeur du quartier chrtien, dans la partie
nord-ouest de la Vieille Ville, au bout de la Via Dolorosa. Construit 
l'endroit o Jsus-Christ a t crucifi et enterr, il est considr comme "la"
grande glise de la chrtient.

En 326, l'impratrice Hlne, mre de Constantin, fait construire plusieurs
glises pour commmorer les grandes tapes de la vie du Christ. Erige entre 326
et 335, l'glise constantinienne reste en place pendant trois cents ans. Elle
tait la plus grande de Jrusalem, avec une longueur de 115 m. On y entrait par
trois portails situs  l'est. L'abside de l'glise tait  l'ouest, en
direction de la tombe de Jsus, celle-ci tant considre comme le principal
site sacr de la chrtient.

Sur la partie suprieure droite de la mosaque de Madaba, qui montre Jrusalem
vers 570, le Saint- Spulcre est reprsent au centre d'une Vieille Ville
entoure de remparts. On voit son escalier, ses trois portes, sa basilique et sa
coupole. Considr au 6e sicle comme le monument le plus important de
Jrusalem, il a sur la mosaque une importance considrable par rapport aux 19
autres btiments.

L'glise constantinienne est dtruite par les Perses en 614. Le patriarche
Modestus utilise les matriaux de l'glise pour construire un difice plus
petit. Grce au plerin chrtien Arculfe, on a une description de l'difice de
680 et un plan, rsultat des diagrammes qu'Arculfe fait sur des tablettes de
cire [4].

Cette seconde glise est dtruite par un tremblement de terre en 746. En 967,
les Musulmans brlent la nouvelle glise et tuent le patriarche. En 1009,
Al-Hakim, gouverneur fatimide d'Egypte, ordonne la destruction de toutes les
glises chrtiennes, y compris celle du Saint-Spulcre.

La reconstruction a sans doute lieu entre 1030 et 1048, sous les auspices de
l'empereur byzantin Constantin IX Monomaque. Les architectes byzantins sauvent
les lignes de la rotonde au-dessus du Spulcre. Mais ils ne reconstruisent pas
l'immense basilique de Constantin le Grand, qui allait du Calvaire  la grande
rue du march. L'emplacement reste un champ de ruines jusqu' l'arrive des
Croiss. Une galerie suprieure est ajoute dans la rotonde, ainsi qu'une abside
sur le ct est.

Le voyageur musulman Nasir-I Khusraw dcrit le Saint-Spulcre de 1047: "L'glise
actuelle est une trs grande construction qui peut contenir 8.000 personnes.
L'difice est trs habilement construit de marbres colors, avec une
ornementation et des sculptures. A l'intrieur, l'glise est partout orne de
broderie byzantine travaille avec de l'or et de tableaux. Et ils ont reprsent
Jsus - que la paix soit avec lui - qui est parfois montr montant un ne. Il
existe aussi des tableaux reprsentant d'autres prophtes, Abraham, par exemple,
et Ishmael et Isaac, et Jacob avec son fils - que la paix soit avec eux tous...
Dans l'glise on trouve une peinture divise en deux parties reprsentant le
Ciel et l'Enfer. Une partie montre les sauvs au Paradis, alors que l'autre
dcrit les damns en Enfer, avec tout ce qu'il y a l-bas. Assurment il
n'existe pas d'autre lieu au monde avec une peinture semblable. Dans l'glise
sont assis un grand nombre de prtres et de moines qui lisent l'Evangile et
disent des prires, jour et nuit ils sont occups de cette faon." [5]

Nasir-I Khusraw s'intresse beaucoup aux peintures et les dcrit en dtail,
comme nombre de voyageurs musulmans pendant la priode croise. La religion
musulmane interdisant l'art figuratif, ces voyageurs sont fortement intrigus
par toutes ces reprsentations de personnages et scnes bibliques.

C'est dans cette glise que pleurent les Croiss le 15 juillet 1099 aprs avoir
conquis la ville. Ils restaurent le Dme de l'glise byzantine et la crypte
Sainte-Hlne. L'Igoumne Daniel visite la ville en 1106: "L'glise de la
Rsurrection est de forme circulaire; elle comprend douze colonnes monolithiques
et six piliers, et elle est pave de trs belles dalles de marbre. Il existe six
entres et galeries avec soixante colonnes. Sous les plafonds, au-dessus des
galeries, les saints prophtes sont reprsents en mosaque comme s'ils taient
vivants; l'autel est surmont d'un portrait du Christ en mosaque. Le dme de
l'glise n'est pas ferm par une vote de pierre, mais il est form d'une
structure de poutres en bois, de faon que l'glise soit ouverte dans sa partie
suprieure. Le Saint Spulcre est sous ce dme ouvert." [6]

En 1144, la cour intrieure est absorbe par un difice roman compos d'une
basilique surmonte d'un dme, entre l'glise Sainte-Hlne et la Rotonde.
Depuis cette poque, l'glise du Saint-Spulcre possde deux dmes, et les cinq
sites les plus sacrs du christianisme sont sous un toit. Ancune rnovation
majeure n'a t entreprise depuis.

Suite  la prise de Jrusalem en 1187, et aprs de nombreux dbats, Saladin
dcide de laisser le Saint-Spulcre aux Chrtiens grecs et aux Chrtiens
orientaux [7].

En 1555, on rnove les plaques de marbre recouvrant le Tombeau. En 1648, le dme
est restaur. Il menace  nouveau de s'effondrer en 1719, si bien qu'il est
consolid. La mosaque qui le couvre est dcoupe en petits morceaux, qui sont
vendus comme souvenirs. L'glise est endommage par un incendie en 1808 et
rpare l'anne suivante. Le dme actuel est construit entre 1863 et 1868 grce
aux aides financires des gouvernements franais, russe et turc.

A l'heure actuelle, le Saint-Spulcre se divise en cinq grandes sections: le
Golgotha, la Tombe, la Basilique, le Corridor et la Crypte de la Croix. Il a six
occupants: les Catholiques latins, les Grecs orthodoxes, les Catholiques
armniens, les Syriens, les Coptes et les Ethiopiens.

Dans l'difice actuel, la rotonde se trouve sur la gauche de l'entre du
Saint-Spulcre. Situe au-dessus de la tombe de Jsus, la Rotonde est forme de
18 piliers ronds en marbre, qui supportent le dme. Les piliers sont pris dans
de larges blocs carrs pour rsister aux tremblements de terre. Le diamtre de
la Rotonde est de 20,9 m et la coupole culmine  21,5 m du sol. Dans la Rotonde,
la Tombe de Jsus inclut la Chapelle de l'Ange (de la Rsurrection).

L'arche byzantine relie la Rotonde, construction du 6e sicle,  l'ouest et
l'glise croise, du 12e sicle,  l'est. Dans l'glise Sainte-Hlne, les
piliers supportant le dme sont des piliers du 7e sicle. La coupole est
restaure par les Croiss.

L'glise croise est situe entre l'glise Sainte-Hlne et la Rotonde. L'abside
de l'glise, tourne vers l'est, est restaure en 1850, puis restaure  nouveau
dans les annes 1980. Le centre de l'glise est marqu d'une pierre ronde, qui
reprsente l'Omphalos Mundi, le centre du monde pour les Chrtiens, de la mme
faon que le Rocher de la Fondation sur le Mont du Temple reprsente le centre
du monde pour les Juifs.

La faade sud, rige par les Croiss, se divise en plusieurs parties: portails
principaux, dme du Golgotha et clocher. Les portails principaux sont orns
d'archivoltes sculptes de feuilles d'acanthe et de mdaillons. A la droite des
portails, le dme du Golgotha s'lve au-dessus des deux tages du btiment. A
la gauche des portails, les six tages du clocher sont ramens  quatre
aujourd'hui.

A la droite de l'entre, un escalier conduit au Golgotha. Les marches sont
recouvertes de plaques de marbre pour viter les dpradations. A l'est de
l'glise Sainte-Hlne, treize marches conduisent  une chapelle croise, la
Chapelle de la Dcouverte de la Croix, qui est la cave dans laquelle la croix de
Jsus et celles des deux voleurs ont t retrouves.

= Sainte-Anne

L'glise Sainte-Anne, construite en 1140, est le plus bel exemple d'art roman
crois en Terre Sainte. Elle est situe dans le quartier musulman de la Vieille
Ville,  ct de la porte Saint-Etienne. A l'poque, elle se trouvait tre au
sud-est de l'glise byzantine et de la piscine de Bthesda.

Selon la tradition byzantine, la crypte est situe  l'endroit o habitaient
Marie et ses parents Joachim et Anne. Une glise est construite au milieu du 5e
sicle. Elle est dtruite lors du passage du calife Al-Hakim en 1009. Les
Croiss construisent la belle glise romane de Sainte-Anne pour commmorer la
maison de la Vierge et desservir une communaut de religieuses. Bientt trop
petite pour contenir une communaut toujours croissante, la faade est repousse
de 7 mtres pour gagner de la place.

Saladin conquiert Jrusalem en 1187. Le 25 juillet 1192, il transforme l'glise
en cole thologique musulmane appele Salahiyeh. Au-dessus du portail d'entre,
l'inscription de 588 (1192 selon le calendrier chrtien) invoque l'aide de Dieu
pour tous les croyants.

Arnold von Harff, plerin chrtien, visite Jrusalem  la fin du 15e sicle et
force l'interdiction faite aux Chrtiens de pntrer dans les lieux musulmans:
"Nous allmes vers l'est et arrivmes  la Maison de Sainte Anne, dont les
Chrtiens avaient fait une belle glise autrefois, mais maintenant le paen (
savoir le musulman, ndlr) l'a transform en maison de prire ou mosque, de
faon que les Chrtiens ne puissent y entrer. Mais grce  une aide secrte nous
fmes autoriss  y entrer. Nous traversmes le transept, et sur le ct de
l'glise nous grimpmes  travers un trou troit dans l'arcade d'une large
fentre, forcs de porter des bougies allumes pour y voir, et nous arrivmes
dans une petite pice vote o sainte Anne, la mre de notre Dame Bnie, quitta
ce monde. Ensuite nous arrivmes dans une autre pice vote dans laquelle
naquit notre Dame Bnie. Ici est le pardon de tous les pchs... Le jour
suivant, le Mamelouk me ramena  l'glise du Mont Sion, et personne ne sut que
je n'avais pas pass la nuit dans la maison du Mamelouk." [8]

Plus tard, les Turcs commencent  construire un minaret, mais ce projet est
abandonn. Aprs la guerre de Crime, en 1856, le Sultan Abd-al-Majid donne le
site  l'Eglise catholique franaise, et l'glise est restaure entre 1863 et
1877. Depuis cette poque, elle est la proprit des Pres Blancs, qui fondent
aussi un sminaire de thologie et un muse d'antiquits. La Guerre des Six
Jours provoque quelques dgts dont les rparations sont payes par le
gouvernement d'Isral.

Le plan de l'glise est cruciforme. La nef et les deux cts du transept sont
termins par des absides, comme c'est la coutume dans les glises croises.
L'glise a une largeur de 18,5 m et une longueur de 34 m. Sur le mur nord, on
voit bien l'endroit  partir duquel la nef a t allonge de 7 mtres pour
agrandir l'difice.

La faade penche lgrement vers la gauche pour symboliser la tte penche du
Christ sur la croix. La crypte est plus ancienne que l'glise. Les fondations
des piliers se confondent avec la structure originale du sanctuaire primitif.

= Sainte-Marie-Latine

Situe dans le Mauristan, l'glise du Rdempteur, construite en 1898, pouse le
plan de l'glise croise Sainte-Marie-Latine. Elle possde quelques vestiges
croiss. La porte de l'entre nord est mdivale. Elle est dcore des signes du
Zodiaque et des symboles des mois. Dans l'hospice attenant au sud de l'glise,
un magnifique clotre  doubles piliers date du 11e sicle, avec une
restauration de l'poque ayyubide datant du 13e sicle.

= Tombeau de la Vierge

Le Tombeau de la Vierge est situ  Gethsmani, sur le Mont des Oliviers. On
l'appelle aussi l'glise de l'Assomption. La tombe de la Vierge peut tre vue
dans une crypte assez profonde qui ressemble  la grotte de la Croix dans
l'glise du Saint-Spulcre. Le Nouveau Testament ne dit rien de la mort de
Marie. C'est Transitus Mariae, un ouvrage anonyme datant du 2e ou du 3e sicle,
qui mentionne son enterrement dans une grotte de la valle de Jehosaphat.

L'existence d'une glise est atteste par des auteurs de la fin du 6e sicle.
L'glise est probablement dtruite par les Perses en 614, et reconstruite par la
suite puisqu'elle est dcrite par Arculfe en 670.

Les Croiss trouvent les ruines laisses par le calife Al-Hakim en 1009. En
1130, les Bndictins reconstruisent une double glise,  l'emplacement probable
de l'glise byzantine. Les Chrtiens l'appellent l'glise de l'Assomption,
conformment  la croyance chrtienne qui veut que Marie soit monte au ciel.

En 1187, Saladin dtruit partiellement lglise. Celle-ci est restaure par les
Franciscains au 14e sicle, puis reconstruite par l'Eglise grecque orthodoxe en
1757.

La faade et l'escalier monumental datent du dbut du 12e sicle. On voit aussi
la tombe de la Reine Mlisende, morte en 1161, et la niche o sont enterrs
d'autres membres de la famille de Baudouin II. Un linteau mdval surplombe la
deuxime porte. Les murs de la grotte de Gethsmani ont t peints au 12e
sicle. La superficie de la grotte est de 17 m x 9 m, avec une hauteur maximale
de 3,5 m. Le sol tait recouvert d'une mosaque dont il ne subsiste que quelques
vestiges.

= Notes

[1] Har-El (M.). This is Jerusalem. Jerusalem, Steimatsky, 1985, p. 31.

[2] John of Wurzburg. Description of the Holy Land. Palestine Pilgrims Text
Society, volume 5, 1896. Reprint: New York, AMS Press, 1971, p. 45.

[3] John of Wurzburg. Description of the Holy Land. Palestine Pilgrims Text
Society, volume 5, 1896. Reprint: New York, AMS Press, 1971, p. 44.

[4] Arculfe I, 2-3, 6, 7-8. Cit dans: Peters (F.E.). Jerusalem. Princeton
University Press, 1985, p. 204-206.

[5] Nasir-I Khusraw. Diary of a Journey Through Syria and Palestine. Palestine
Pilgrims Text Society, volume 4, 1893. Reprint: New York, AMS Press, 1971, p.
60.

[6] The Pilgrimage of the Russian Abbot Daniel in the Holy Land. Palestine
Pilgrims Text Society, volume 4, 1895. Reprint: New York, AMS Press, 1971, p.
11-15.

[7] Gabrieli (F.). Arab Historians of the Crusades. Berkeley and Los Angeles,
University of California Press, 1969, p. 174-175.

[8] The Pilgrimage of Arnold von Harff, 1496-1499. London, The Harkluyt Society,
NS 94, 1946, p. 211-212.


6. L'ARCHITECTURE AYYUBIDE


[Dme de l'Ascension / Dme Ysuf / Koursi `Asa / Mosque de l'Ascension /
Notes]

La priode ayyubide se caractrise par des difices circulaires tels que le Dme
de l'Ascension, le Dme Ysuf, Koursi 'Asa ou la mosque de l'Ascension.

= Dme de l'Ascension

Le Dme de l'Ascension (Qubbat al-Mi'raj) est difi au nord-ouest du Dme du
Rocher pour commmorer l'ascension au ciel du Prophte Mahomet. Le texte de la
construction, qui la date de 1200, fait tat d'un monument plus ancien qui
aurait t restaur. Le btiment est constitu d'une coupole de bois recouverte
de feuilles de plomb et reposant sur un octogone form d'une srie d'arcatures
aveugles.

Voici la description qu'en fait Chelebi, voyageur musulman, qui visite Jrusalem
dans les annes 1650: "A la droite d'une niche de prire (le Dme du Prophte,
ndlr) se trouve un joli difice octogonal avec un dme, le Dme de l'Ascension.
Chaque ct a deux colonnes d'albtre, mises en place par un matre maon. Sa
structure est recouverte de marbre blanc, et le dme est couvert de plomb de
qualit, avec un croissant dor sur le haut. Sa porte regarde vers le nord, mais
il est maintenant ferm de tous les cts. Son contenu est inconnu. Il n'a pas
de fentres, Cels paratrait indiscret d'y entrer, puisqu'il a t ferm." [1]

= Dme Ysuf

Le Dme Ysf (Qubbat Ysf) est difi sur le ct sud de l'esplanade du Haram,
 l'ouest de la mosque al-Aksa. Construit en 1191 par Saladin, il est restaur
en 1681. La petite coupole repose sur un carr constitu de trois arcs briss et
d'un mur dans lequel est amnag un mihrb sur le ct sud.

= Koursi 'Asa

Koursi 'Asa est situ dans le Haram, vers l'extrmit nord-ouest de
l'esplanade. Koursi 'Asa, qui signifie Sige de Jsus ou Trne de Jsus, est
appel aussi Qubbet Sakfeh Sakhrah, coupole de fragement de roche, ou encore -
improprement - Qubbet Souleiman, du nom du calife. Son architecture ressemble au
Dme de l'Ascension, sur le Haram, ou  la mosque de l'Ascension, sur le Mont
des Oliviers.

D'aprs les pres Vincent et Abel, il s'agirait d'un difice d'origine
chrtienne datant du dernier quart du 12e sicle, pendant la priode florissante
du Royaume Latin. Il pourrait s'agir aussi d'une oeuvre arabe ralise selon les
principes et traditions de l'architecture franque, peu aprs la reprise de la
ville par Saladin [2].

= Mosque de l'Ascension

La mosque de l'Ascension se dresse au sommet du Mont des Oliviers,  818 m
au-dessus du niveau de la mer. Le Mont des Oliviers est consacr trs tt par
les Chrtiens. C'est ici que Jsus assure l'ducation de ses disciples, et qu'a
lieu son ascension vers le ciel. Au centre de la mosque se trouve la pierre
selon laquelle, selon la tradition chrtienne, le pied de Jsus se serait appuy
lors de son ascension.

Ce site a une telle importance pour les Chrtiens que Constantin rige au 8e
sicle une glise de l'Ascension. Dans l'esprit des Chrtiens de l'poque, c'est
la troisime glise par ordre d'importance, aprs le Saint-Spulcre et l'glise
de la Nativit de Bethlem. Arculfe, plerin chrtien qui visite Jrusalem en
680, mentionne l'existence de cet difice juste aprs sa description de l'glise
du Saint-Spulcre, et il fait un dessin du plan de l'glise de l'Ascension [3].
Rien ne subsiste de cette glise circulaire dont le centre tait ouvert sur le
ciel.

A l'poque mdivale, la construction est entoure d'un monastre fortifi.
L'difice actuel, octogonal et non plus circulaire, date sans doute en grande
partie de la priode croise. Il est entour d'un mur circulaire  l'ntrieur
duquel une ligne concentrique de colonnes supporte la coupole. En 1198, Saladin
fait don de l'difice  son successeur. Un toit et un mirhb sont ajouts lors
de la restauration musulmane de 1200.

= Notes

[1] Evliya Tshelebi's Travels in Palestine. Jerusalem, Ariel, 1980, p. 86.

[2] Vincent (L.H.) et Abel (F.M.). Jrusalem nouvelle. Paris, J. Gabalda,
1914-1926, volume 3, p. 604-609.

[3] Arculfe, I, 23. Cit dans: Peters (F.E.). Jerusalem. Princeton University
Press, 1985, p. 206-207.


7. L'ARCHITECTURE MAMELOUKE


[Haram al-Sharif mamelouk / Bb al-Qattnin / Madrasa al-Arghniyya / Madrasa
al-Ashrafiyya / Minaret Bb al-Asbt / Minaret Fakhriyya / Minaret Ghawnima /
Sabl Qytby / Turba al-Sa'diyya / Zwika al-Kubakiyya / Notes]

Les btiments mamelouks, nombreux, sont essentiellement situs dans le Haram
al-Sharif et autour. En voici quelques-uns [1] dans les pages qui suivent.

= Haram al-Sharif mamelouk

Les Mamelouks donnent au Haram al-Sharif sa forme prsente, en construisant la
plupart des btiments situs le long du mur occidental. Ils investissent ensuite
rgulirement de grosses sommes d'argent pour restaurer et embellir le Haram.
Vers 1260, le sultan Baybars fait refaire les mosaques des huit faces
extrieures du Dme du Rocher. Vingt ans plus tard, le sultan Qalaoun fait
rparer le toit d'Al-Aksa. Le fils de Qalaoun, Al-Nasir Mohammad, verse la somme
ncessaire  la redorure des coupoles du Dme du Rocher et d'Al-Aksa.

Le Haram n'est pas accessible aux Chrtiens et aux Juifs, qui encourent de
grands dangers s'ils s'y aventurent. Certains, qui connaissent les rites
musulmans, s'y risquent malgr tout, comme Arnold von Harff en 1496: "Nous
arrivmes au Temple de Salomon (le Dme du Rocher, ndlr) qui est situ  160 pas
du Temple du Christ (le Saint-Spulcre, ndlr). Au moyen de dons et d'une aide
amicale, je fus introduit dans ce Temple par un Mamelouk. Mais aucun Chrtien ou
Juif n'est admis  entrer ici ou  s'approcher de prs, parce qu'ils disent et
assurent que nous sommes des chiens, et nous ne sommes pas admis  aller dans
les lieux saints, sous menace de mort, ce dont j'avais peur. Mais ce Mamelouk me
dit que si je voulais aller avec lui un soir, habill de cette manire, il
m'emmnerait au Temple, et que si j'tais reconnu, je devais rpondre comme un
paen (musulman, ndlr) avec les mots et le langage voulus, et que je devais
utiliser les mots et faire les signes que je fus forc d'utiliser quand j'tais
emprisonn  Gaza... grce  quoi le paen s'excuserait et me laisserait partir,
ce qui videmment arriva. Le Mamelouk vint me chercher une nuit au monastre de
Sion et m'emmena dans sa maison, pour pouvoir assurer que j'avais pass la nuit
avec lui. L il me mit des vtements et m'apprta comme un Mamelouk. Ensuite
nous nous dirigemes tous deux vers le Temple de Salomon." [2]

= Bb al-Qattnin

La Bb al-Qattnin, ou Porte des Cotonniers, est ouverte au milieu du mur ouest
du Haram, presqu'en face du Dme du Rocher, et donne accs au Sq al-Qattnin,
qui s'tend entre le Haram et Tariq al-Wad.

Le Sq al-Qattnin, march des marchands de coton, est communment appel ainsi
depuis des sicles. Il est le centre commercial du sultan Al-Nasir Mohammad ibn
Qalaun et de l'mir Tankiz al-Nasari. En 1336 et 1337, l'mir Tankiz restaure
cette porte construite au dbut de l're mamelouke. Elle est la seule entre du
Haram  possder une faade monumentale sur l'esplanade.

L'historien Al-Umari en fait une description en 1347. "C'est une grande Porte
qui vient d'tre construite et qui est rcemment ouverte. Elle comprend dix
marches. Sur chaque ct s'lvent des tribunes... La construction de la porte
est parfaite... Son arc est  double voussure et fait de pierre sculpte et
colore. Son inscription est dore et incruste dans la pierre. Ses deux
portails sont couverts de plaques dores et en cuivre cisel." [3]

= Madrasa al-Arghniyya

Une madrasa est une cole suprieure o l'on enseigne le Coran, l'exgse
coranique, la Sunna ou tradition du Prophte, le droit religieux et ses
applications dans la vie pratique. La madrasa al-Arghniyya est situe en
bordure ouest du Haram, sur le ct sud de la Tariq Bab al-Hadid,  ct de la
Porte de Fer. Cette madrasa est constitue de plusieurs btiments scolaires et
de mausoles.

Al-Argniyya est  la fois la madrasa et la tombe d'Argun al-Kamili. Son nom
moderne est Dar al-Afifi. Elle est termine en 1358, un an aprs la mort de son
constructeur Argun al-Kamili, gouverneur de Syrie, enterr ici en octobre 1357.
Argun al-Kamili est d'abord gouverneur de Damas et  deux reprises gouverneur
d'Alep. La lutte constante des Mamelouks pour le pouvoir le conduit ensuite dans
les prisons d'Alexandrie, puis au banissement  Jrusalem. Il meurt en exil 
trente ans.

= Madrasa al-Ashrafiyya

La madrasa Al-Ashrafiyya est en bordure ouest du Haram, entre le minaret Bb
al-Silsila au sud et Al-Uthmaniyya au nord. Al-Ashrafiyya est la madrasa du
sultan Qytby, termine en 1482. Avec sa belle faade mamelouke du 15e sicle,
cette madrasa est le btiment mamelouk le plus connu de Jrusalem. Construite
par l'mir Hassan al-Dahari, elle devient la proprit du sultan Qytby puis
celle de la secte soufique.

Dmolie en 1475, la madrasa est reconstruite par le sultan Al-Malik al-Ashraf
Qytby, et termine en aot 1482. L'historien Mujir al-Din la considre comme
le troisime joyau du Haram, aprs le Dme du Rocher et Al-Aksa. "Quelque temps
aprs, dans l'anne 800 (1475-1476 d'aprs le calendrier chrtien, ndlr),
Al-Malik al-Ashraf Qa'it Bay vint  Jrusalem et ne trouva pas le btiment  son
got. C'est pourquoi en 884 (1479, ndlr) il envoya les gens de son entourage
officiel pour le dmolir et pour l'agrandir en le rattachant aux autres
constructions. Ils commencrent  creuser les fondations de l'actuelle madrasa
le 14 Sha'ban 885 (19 octobre 1480, ndlr). Les architectes s'acharnrent au
travail, et elle fut termine le mois de Rajab de 887 (aot 1482, ndlr). Ils
couvrirent son toit de la mme manire que celui de la mosque al-Aqsa, avec de
solides plaques de plomb. Mais ce qui constituait son attrait le plus grand
tait sa position sur ce noble terrain o elle tait devenue le troisime joyau.
Ces trois joyaux sont: le Dme du Rocher, le dme de l'Aqsa, et cette madrasa."
[4]

= Minaret Bb al-Asbt

Dans l'enceinte du Temple, des minarets permettent aux muezzins d'exhorter  la
prire cinq fois par jour. On les trouve prs des zones habites de la Vieille
Ville et  ct des portes de l'enceinte. Le minaret Bb al-Asbt est le minaret
nord du Haram, sur le portique entre Bb al-Asbt et Bb Hitta. Sur le mur nord
situ  l'est de la Porte des Tribus, Al-Nasir ibn Qalaoun fait construire une
tour vers 1367. La partie suprieure, endommage par un tremblement de terre,
est restaure en 1927.

= Minaret Fakhriyya

Le minaret Fakhriyya est le minaret  l'angle sud-ouest du Haram. Il est
construit en 1278 par Sharaf al-Din Abdul Rahman, fils de Fakhr al-Din
al-Khalili. Il est restaur en 1345 puis en 1922.

= Minaret Ghawnima

Le minaret Ghawnima est  l'angle nord-ouest du Haram. Au-dessus de la Porte
Ghawnima, un minaret est construit en 1297 et 1298 par ordre du sultan mamelouk
Al-Mansur Husam al-Din Lajin. Il est restaur en 1329 par Qalaoun. Ses matriaux
de construction sont trouvs dans les ruines des btiments byzantins dtruits
par les Perses. Sa faade est dcore de colonnettes comprenant de petites
scnes d'art chrtien. Le minaret est restaur  nouveau en 1927.

= Sabl Qytby

Les fontaines, ou sabl, sont en gnral situes auprs des entres principales
du Mont du Temple, pour les ablutions des fidles se rendant  la mosque. Le
sabl Qytby est sur l'esplanade du Haram, entre le Dme du Rocher et le mur
ouest,  15 m au nord-est d'Al-Ashrafiyya. Cette fontaine publique est offerte
par le sultan Qytby en 1482.

Des artisans gyptiens la construisent sous la conduite d'un matre d'oeuvre
chrtien. La grande taille de la fontaine, qui correspond  celle d'une tombe,
vient peut-tre du fait que ces artisans taient des experts en architecture
funraire. Cette fontaine, considre par certains comme le plus bel difice du
Haram aprs le Dme du Rocher, est un superbe exemple d'architecture dcorative
mamelouke. A l'intrieur, l'inscription orne courant sur les quatre cts est
compose de citations du Coran. L'inscription donne le nom et la date de la
fontaine, et mentionne une restauration en 1883.

= Turba al-Sa'diyya

La turba Al-Sa'diyya est situe sur le ct nord de Tariq Bab al-Silsila, tout
prs de la porte du Haram. Date de 1311, cette turba est la tombe de Burhn
al-Dn, juge clbre qui donne son nom  une chaire de l'poque dite musulmane,
restaure pendant la priode mamelouke. Le nom moderne de la turba est Dar
al-Khalidi. La tombe possde un bel ornement en stalactites, le plus ancien de
ce genre  Jrusalem. La porte est surmonte d'une mosaque de marbre color.

= Zwika al-Kubakiyya

La zwika Al-Kubakiyya est situe dans le cimetire musulman de Mamilla, 
l'extrmit orientale du parc de l'Indpendance, et  400 m environ du rempart
ouest de la Vieille Ville. Une inscription date de 1289 l'identifie comme la
tombe de l'mir Aidughdi Kubaki. D'abord esclave en Syrie, Aidughdi Kubaki
devient le gouverneur de Safed et d'Alep. Un sultan mamelouk nouveau venu
l'emprisonne et l'exile  Jrusalem. Il meurt  60 ans.

La construction est forme d'une pice carre surmonte d'un dme, avec
rutilisation de matriaux croiss, notamment pour les colonnes d'angle
supportant le porche. Les arcades au-dessus de la porte et des baies sont en
fait des monolithes qui ont t travaills pour simuler des assemblages de
pierres.

= Notes

[1] Les noms propres sont orthographis d'aprs: Burgoyne (M.H.). Mameluk
Jerusalem: An Architectural Study. London, World of Islam Festival Trust, 1987.
Cet ouvrage monumental a demand seize annes de recherches  la British School
of Archaeology in Jerusalem, cre en 1919. La transcription utilise est celle
de l'Encyclopaedia of Islam, mais 'q' remplace 'k', et 'j' remplace 'dj'.

[2] The Pilgrimage of Arnold von Harff, 1496-1499. London, The Hakluyt Society,
NS 94, 1946, p. 207-210.

[3] Golvin (L.). Quelques notes sur le Suq al-Qattanin et ses annexes 
Jrusalem. Bulletin d'tudes orientales, volume 20, 1967, p. 101-102.

[4] Histoire de Jrusalem et d'Hbron: fragments de la Chronique de Mujir
al-Din. Paris, Ernest Lanoux, 1876, p. 143-144, 286-288.


8. PREMIERS ALBUMS DE PHOTOGRAPHIES


[Les photographes du 19e sicle / Quelques albums de photos anciennes / Liste de
photographes, rsidents et voyageurs / Notes]

= Les photographes du 19e sicle

L'invention de la photographie date de 1839. Les premires photos sont des
daguerrotypes, utiliss comme documents de base pour des gravures d'ouvrages.
Le premier ouvrage ayant utilis ce procd est celui d'Horace Vernet et
Frdric Goupil-Fesquet, Excursions daguriennes, paru en 1841. 120
daguerrotypes sont reproduits en gravures, soit un dizime des collections
rapportes d'Orient.

Le second ouvrage est celui de Joseph Philibert Girault de Prangey, Monuments
arabes d'Egypte, de Syrie et d'Asie Mineure, paru en 1846. Les daguerrotypes
ont t pris en 1841. Vient ensuite l'ouvrage religieux de George Skene Keith,
Evidence of the Truth of the Christian Religion, illustr de photos de son fils,
prises en 1844. Puis celui de Claudius Galen Wheelhouse, Photographic Sketches
from the Shores of the Mediterranean, avec des talbotypes de 1849 et 1850.

Suite  l'invention par Fox Talbot du talbotype/calotype, qui rend possible
l'impression de plusieurs copies  partir d'un seul ngatif, Louis-Dsir
Blanquart-Evrard, un Franais de Lille, tudie le procd et cre une imprimerie
en septembre 1851. Entre 1851 et 1855, il publie 20 albums de photographies.
C'est lui qui imprime les albums de Maxime du Camp et d'Auguste Salzmann, les
deux pionniers de la photographie en Terre Sainte.

En 1849, Maxime du Camp (1822-1894) est dlgu par le ministre de
l'Instruction publique pour photographier les monuments et les sites du
Moyen-Orient. Il est accompagn de son ami Gustave Flaubert. Ils arrivent le 8
aot 1850 et restent deux semaines. Ils reviennent avec 214 calotypes. 125
d'entre eux sont imprims par Blanquart-Evrard et publis en 1852 par Gide & J.
Baudry sous le titre: Egypte, Nubie, Palestine et Syrie: dessins photographiques
recueillis durant les annes 1849, 1850 et 1851... Ce volume, trs coteux, est
le premier livre de voyages  contenir des reproductions photographiques, et en
particulier 11 photos de Jrusalem prises en 1850.

A la mme poque, selon les souvenirs de Mrs Finn, une de ses connaissances,
Georges W. Bridges aurait photographi Jrusalem, trs exactement pendant
l'hiver 1849-1850 [1]. Ses photos seraient donc antrieures  celles de Maxime
du Camp. Elles seraient les premires jamais ralises en Terre Sainte,
contrairement  l'ide bien ancre donnant la paternit des premires photos 
Maxime du Camp. L'album de George W. Bridges ne parat qu'en 1859.

Quelques annes aprs, l'archologue franais Louis Flicien de Saulcy, revenant
d'un voyage  Jrusalem en 1854, demande l'aide de son ami Auguste Salzmann pour
conforter ses thses archologiques  l'aide de photographies. Ses thses
diffrent totalement de celles des autres archologues franais, et ses propres
dessins ne sont pas suffisants pour tayer ses dmonstrations.

Auguste Salzmann (1824-1872) est  la fois artiste peintre et photographe. Il
est envoy pour un sjour de six mois en Terre Sainte, sous l'gide du ministre
de l'Instruction publique. Il revient avec 200 calotypes. 174 sont imprims par
Blanquart-Evrard et dits par Gide & Baudry en 1856 dans la grande dition de:
Jrusalem: tude et reproductions photographiques de la Ville Sainte, depuis
l'poque judaque jusqu nos jours... La grande dition comprend 174 photographies
de grand format (24 x 34 cm). La petite dition comprend 40 photographies parmi
les plus belles et les plus intressantes de la grande dition et rduites de
moiti (22 x 16 cm) [2].

Dat de juin 1854, l'avant-propos d'Auguste Salzmann dbute ainsi: "Au mois de
septembre 1853, j'avais rsolu de retourner dans les les de l'Archipel, o
j'avais dj pass un t, afin d'y tudier les monuments chrtiens. Vers la
mme poque parut un ouvrage qui souleva de nombreuses et vives discussions; de
nouvelles opinions venaient d'tre mises sur les monuments judaques de
Jrusalem. M. de Saulcy venait de publier son voyage en Syrie et  la Mer Morte.
Qui tait dans le vrai? Devait-on repousser, sans examen, les observations et
les thories de l'homme qui venait de passer une anne entire  parcourir la
Palestine,  l'tudier  fond, et soutenir ceux qui, sans quitter leur fauteuil,
se faisaient les dfenseurs d'anciennes opinions passes  l'tat de traditions?
Par sa publication savante, M. de Saulcy renversait bien des ides accrdites
jusqu' ce jour. - Il n'y avait  Jrusalem plus de vestige de l'architecture
judaque. - C'tait chose convenue: et lui venait, la Bible et l'histoire  la
main, prouver que les monuments qui, jusqu'ici, avaient t considrs comme
tant de la dcadence grecque ou romaine, taient bien rellement de l'poque
juive. Il fallait, ou bien du courage, ou une conviction bien arrte, pour ne
pas reculer devant la lutte qui allait s'engager, lutte  laquelle bien des
inconnus allaient prendre part. Dans ces circonstances, je modifiai mon
itinraire, croyant rendre un vrai service  la science, en tudiant et surtout
en reproduisant par la photographie tous les monuments de Jrusalem,
principalement ceux dont l'origine tait conteste."

Il dcrit ensuite son plan de travail pour le recensement des monuments: les
monuments judaques, les antiquis judaques grecques et romaines, les monuments
chrtiens et les monuments arabes. Et il termine son avant-propos ainsi: "Aprs
quatre mois d'un travail incessant, je rapporte une collection d'environ cent
cinquante clichs... Les opinions que l'on a combattues sans voir, je viens les
dfendre, moi qui ai bien vu, et mes photographies aidant, il faudra bien que la
vrit se fasse jour. Alors se tairont probablement ces savants qui, craignant
les fatigues d'un long voyage, aiment mieux trancher les questions  distance
que d'ajouter foi aux rcits d'autrui. Les photographies ne sont plus des
rcits, mais bien des faits dots d'une brutalit concluante..."

Cette dernire phrase fait cho  celle du Rvrend Albert Augustus Isaacs dans
The Dead Sea, 1857: "Nous savons bien combien le crayon peut tre tratre et
dcevant; par contre un fac-simil de la scne peut tre donn grce  la
photographie."

De nombreux photographes suivent les pas de ces prcurseurs.

Louis de Clercq (1836-1901) arrive en Terre Sainte en 1859 pour accompagner une
mission scientifique. Son ouvrage Voyage en Orient comprend cinq volumes de
photos.

Un photographe allemand, August Jacob Laurent, publie un album contenant 112 de
ses photos, prises entre 1852 et 1860.

Francis Frith (1822-1898) est le premier photographe professionnel  couvrir
systmatiquement la Terre Sainte,  partir de 1856. Il publie plusieurs
ouvrages, dont Cairo, Sinai, Jerusalem and the Pyramids of Egypt, avec de
nombreuses photos, Egypt, Sinai and Palestine, publi  Londres chez Mackenzie
vers 1862, avec 75 photos, et The Bible in Photographs, dont l'dition est
limite  170 exemplaires.

Ermete Pierotti est architecte du pacha turc de Jrusalem entre 1854 et 1862.
Son livre, Jerusalem Explored, publi  Londres en 1864, comprend de belles
lithographies faites  partir de ses photos. Il est possible que les photos ne
soient pas les siennes, mais celles de son collaborateur John Mendel Diness [3].

Dirig par Charles William Wilson en 1864 et 1865, le trs beau travail de la
British Royal Engineers Ordnance Survey est considr comme la premire tude
scientifique de Jrusalem et de ses sites. Les photos sont l'oeuvre du sergent
J. McDonald. Ce sont essentiellement des photos d'architecture, de grande
qualit, et elles reprsentent un tourant dans l'histoire de la photographie en
Terre Sainte [4].

Le premier photographe rsidant  Jrusalem est le patriarche armnien Yessayi
Garabedian, qui exerce son activit pendant une dizaine d'annes, entre 1850 et
1860.

Puis, considr comme le grand photographe du 19e sicle, Flix Bonfils, qui
publie en 1878 Souvenirs d'Orient: album pittoresque des sites, villes et ruines
les plus remarquables de la Terre Sainte,  partir de strographes pris entre
1867 et 1878.

Certains photographes travaillent ensemble, par exemple,  partir des annes
1850, le groupe des photographes armniens autour du patriarche Yessayi
Garabedian, ou les photographes russes Joseph Carmi, Petro Slatev, Ivan Ishenko
ou Anton Michail Karamanov, ou les photographes du Palestine Exploration Fund
dirigs par H. Phillips  partir de 1865, ou ceux de l'American Colony Elijah
Meyers, Frederick Vester, Lewis Larson, John Whiting et Eric Matson, ou encore
les moines dominicains de l'Ecole biblique et archologique franaise, sous la
direction du Pre Savignac.

Le spcialiste de la civilisation musulmane et de l'archologie arabe Max van
Berchem fait plusieurs sjours  Jrusalem entre 1888 et 1914. Ds son premier
court sjour,  la fin mars 1888, il recueille un certain nombre d'inscriptions
et les photographie  l'aide de clichs de verre.

En 1892, 1893, 1894 et 1914, il revient  Jrusalem, et surtout au Haram, pour
prendre tout un ensemble de photographies et d'estampages, et prendre aussi des
notes en vue de la rdaction de son futur ouvrage: Matriaux pour un Corpus
Inscriptionum Arabicarum [5]. Sur un feuillet plac en en-tte du volume de
planches, il prsente l'ensemble de son travail: "Les planches de 'Jrusalem'
ont d tre livres au public avant les deux volumes de texte, 'Ville' et
'Haram'. Ces volumes, qui paratront sous peu (en avril 1920 pour les planches,
et en 1922 et 1927 pour le texte, ndlr), renfermeront l'dition complte des 300
inscriptions de Jrusalem, avec d'amples commentaires touchant la topographie,
l'histoire et l'archologie de la Ville Sainte  l'poque musulmane... La
plupart des sujets, monuments et inscriptions sont reproduits dans l'tat de
1914, date de la dernire campagne de l'auteur."

Max van Berchem ne voit pas la publication des deux volumes de texte. Il repart
en Orient avant l'hiver 1920, mais des problmes de sant l'obligent  revenir
en Suisse quelques semaines plus tard. A son grand dsespoir, il doit abandonner
ses travaux. Il meurt le 7 mars 1921. Sa famille confie la publication des deux
volumes de texte  son ami Gaston Wiet qui, dans l'avant-propos du premier
volume, prsente ce recueil comme le "rsultat de deux explorations de la Ville
Sainte et de vingt annes de recherches patientes  travers les oeuvres arabes
et les relations des plerins et des voyageurs occidentaux."

Les photographies de Max van Berchem sont maintenant la proprit de la
Fondation Max van Berchem,  Genve. Une slection de photos est publie par
Marguerite Gautier-van Berchem en 1978 [6]. A la page 14, on voit Max van
Berchem juch sur une chelle en train de retirer l'estampage d'une inscription
sise entre deux arcades. On ne peut avoir qu'admiration pour le travail
absolument colossal qu'il a effectu sur le terrain.

= Quelques albums de photos anciennes

Aux ditions Ariel,  Jrusalem, ont paru entre 1978 et 1980 trois recueils de
photographies anciennes rassembles par Ely Schiller: The First Photographs of
Jerusalem: The Old City (1978), The First Photographs of Jerusalem: The New City
(1979), The First Photographs of Jerusalem & The Holy Land (1980). Dans ces
trois ouvrages relis (28 x 23 cm), avec jaquette, Ely Schiller a regroup des
photos de collections publiques et prives. Les photos occupent le plus souvent
une page toute entire. Certaines occupent la moiti d'une page ou une double
page. Le texte d'introduction et les lgendes sont en anglais et en hbreu.

En 1980, Tim N. Gidal publie 42 photos manant de sa collection personnelle dans
Ewiges Jerusalem 1850-1910. Il s'agit d'un luxueux livre reli (49 x 36 cm),
avec jaquette, publi par la Photogalerie Bucher, maison d'dition spcialise
base  Lucerne et Francfort. Une prsentation de la Jrusalem de l'poque
prcde 40 reproductions de photographies en pleine page (38 x 28 cm). S'y
trouvent de nombreux portraits et photos de groupes, mais aussi quelques photos
d'architecture. La premire photo est une vue d'ensemble de Jrusalem prise par
le mdecin C.G. Wheelhouse en 1849. Il s'agit d'une vue de la ville prise du
rempart nord, avec le Dme du Rocher et le Mont des Oliviers. Ce talbotype est
considr comme la photo la plus ancienne jamais prise de Jrusalem.

Compil par Eyal Onne, en collaboration avec Dror Wahrmann, Jerusalem: A Profile
of a Changing City raconte l'histoire de la photographie  Jrusalem et, 
travers les photos choisies, l'histoire du dveloppement de la ville au cours de
la seconde moiti du 19e sicle. Les oeuvres des 47 photographes slectionns
sont pour la plupart indites. Publi en 1985, ce bel ouvrage reli (22 x 28 cm)
est publi par le Jerusalem Institute for Israel Studies pour accompagner
l'exposition du mme nom prsente  Mishkenot Sha'ananim et  la cinmathque
de Jrusalem en 1985 et 1986.

= Liste de photographes, rsidents et voyageurs

Nombreux sont les photographes ayant photographi Jrusalem  partir de 1839
[7]. Voyageurs ou rsidents, leurs buts sont varis: commercial, archologique,
scientifique, religieux ou artistique.

1839-1840: Horace Vernet et Frdric Goupil-Fesquet (voyageurs)

1842: Joseph Philibert Girault de Prangey (voyageur)

1844: Joseph Skene Keith (voyageur)

1849-1850: Claudius Galen Wheelhouse (voyageur)

1850 (aot): Maxime du Camp (1822-1894) (voyageur)

1852-1860: August Jacob Laurent (voyageur)

1854: Auguste Salzmann (1824-1872) (voyageur)

1854-1862: Ermete Pierotti (voyageur)

1856: Albert Augustus Isaacs (voyageur)

1857: James Robertson (voyageur)

1857: Felice Beato (voyageur)

1858, 1860: Francis Frith (1822-1898) (voyageur)

1859: Louis de Clercq (1836-1901) (voyageur)

1860: John Cramb (voyageur)

1860: Alois Payer (voyageur)

1860-1865: Frank Mason Good (voyageur)

1861: John Antony (voyageur)

1861: Yessayi Garabedian (rsident)

1863-1865: William James (voyageur)

1863-1873: Peter Bergheim (rsident)

1865-1875: Photographes du Palestine Exploration Fund, avec H. Phillips
(voyageurs)

1866: James McDonald, avec le British Ordnance Survey (voyageur)

1867-1880: Flix Bonfils (1831-1885) (rsident)

1868: Jules Andrieu (voyageur)

1868-1869: Photographes du British War Office (voyageurs)

1870?: A. Braun (?)

1870?: Giacomo Brogi (1822-1881) (voyageur)

1870?: B. Kuhn (?)

1870?: Leon & Levi (frres Bisson?)

1870?: F. Quarelli (voyageur)

1870-1900: Garabed Krikorian, ancien lve de Yessayi Garabedian (rsident)

1872: Charles Bierstadt (voyageur)

1875: Benjamin-West et Edward Kilburn (voyageurs)

1878-1894: Adrien Bonfils, fils de Flix Bonfils (rsident)

1880-1890: L. Fiorillo (rsident)

1880-1890: Zangaki Frres (rsidents)

1880-1914: Jacob Hotimsky (rsident)

1882: Edward Wilson (?)

1887: E. et F. Thevoz (?)

1888: Cecil V. Shadbolt (?)

1890-1910: G.V. Trifunovich (rsident)

1890-1948: Militiade Savvides (rsident)

1892: Francis Bedford (?)

1894: Robert Edward Bain (?)

1894-1910: Bruno Hentschel (rsident)

1894: Yeshayahu Raffalovich (rsident)

1894: Avraham Aharon Ritavsky (rsident)

1898-1946: Photographes de l'American Colony et Eric Matson (rsidents)

1900: Hornstein (?)

1900: Photographes de l'Ecole biblique et archologique franaise, avec le Pre
Savignac (rsidents)

1910: Jacob Ben-Dov (?)

1912: Leo Kahn (rsident)

= Notes

[1] Finn (E.). Reminiscences of Mrs Finn. London, Marshel Morgan & Scott, 1929,
p. 80-89.

[2] Prospectus du livre publi par Gide et J. Baudry, libraires-diteurs.

[3] Onne (E.). Jerusalem in the 19th Century. Beehive of Photographic Activity,
in: Jerusalem. Profile of a Changing City 1985, p. 65.

[4] Wilson (C.W.). Ordnance Survey of Jerusalem. 1865. Rimpression: Jrusalem,
Ariel, 1980.

[5] Mmoires de l'Institut franais d'archologie orientale du Caire. Le Caire,
Institut franais d'archologie orientale, 1922-1927. 3 vol. in-folio: texte
(tomes XLIII et XLIV) et planches (tome XLV).

[6] Gautier-van Berchem (Marguerite). La Jrusalem musulmane dans l'oeuvre de
Max van Berchem. En collaboration avec S. Ory. Lausanne, dition des Trois
Continents, 1978.

[7] Les dates donnes sont souvent approximatives. La mention "rsident" indique
que le photographe rside  Jrusalem, ou tout au moins qu'il a un studio 
Jrusalem, mme si le studio principal est ailleurs, par exemple  Beyrouth pour
Flix et Adrien Bonfils ou Tancrde Dumas,  Port Sad pour les frres Zangaki
ou  Assouan pour L. Fiorillo.


9. BIBLIOGRAPHIE


[Ouvrages gnraux // Priodiques // Histoire mdivale / gnrale / musulmane
et mamelouke / croise // Rcits de voyageurs, plerins et historiens //
Architecture / musulmane et mamelouke / croise // Cartes et plans // Albums de
photos anciennes / d'poque / rcents]

= Ouvrages gnraux

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= Albums de photos anciennes

= = Albums d'poque

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Bain (Robert Edward), in: John Heyl Vincent. Earthly Footsteps of the Man of
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Bedford (Francis). Egypt, the Holy Land, Syria... 1862. London, Marion, 188?
[100 grandes photos de 1862]

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Ben-Dov (Jacob). Eretz-Israel. Jerusalem, 1938. [24 photos]

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[21 photos]

Bonfils (Flix). Souvenirs d'Orient: album pittoresque des sites, villes et
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Bonfils (Flix). 51 photographies de Palestine. 1878? [Probablement des extraits
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Bonfils (Flix). Une collection de photos du Levant. 1889? [73 photos de F.
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Clercq (Louis de). Voyage en Orient. [5 volumes de calotypes  partir de 1859]

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[125 calotypes de 1849 imprims par Blanquart-Evrard]

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Frith (Francis). Egypt, Sinai & Palestine. London, Mackenzie, 1862? [37 photos]

Frith (Francis). The Bible in Photographs. [Edition limite  170 exemplaires]

Frith (Francis). Cairo, Sinai, Jerusalem and the Pyramids of Egypt. 1860.
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gravures ralises  partir de photographies. Jrusalem: chapitres 8, 9 et 10,
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Mac Donald (photographe), in: Charles W. Wilson. Ordnance Survey of Jerusalem.
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Pierotti (Ermete). Jerusalem Explored. London, Bel & Daldy et Cambridge,
Deigthon & Dell, 1864. [Lithographies faites  partir de photos prises entre
1854 et 1862, vraisemblablement par John Mendel Diness, et non Pierotti
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Van Berchem (Max). Matriaux pour un Corpus Inscriptionum Arabicarum. Jrusalem,
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4 volumes.

The Way of the Cross: A Pictorial Pilgrimage from Bethlehem to Calvary. London,
G. Newnes, 191?

Wheelhouse (C.G.) Photographic Sketches From the Shores of the Mediterranean.
[Talbotypes de 1849 et 1850]

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= = Albums rcents

Gidal (Tim N.). Ewiges Jerusalem 1850-1910. Luzern & Frankfurt/Main, Verlag C.J.
Bucher, 1980. In-folio. [44 photographies pleine page]

Onne (Eyal). With the collaboration of Dror Wahrmann. Jerusalem: Profile of a
Changing City. Jerusalem, Mishkenot Sha'ananim & The Jerusalem Institute for
Israel Studies, 1985. [77 photos anciennes]

Schiller (E.), edited by. The First Photographs of Jerusalem: The Old City.
Jerusalem, Ariel, 1978. [Photos de 1856  1917]

Schiller (E.), edited by. The First Photographs of Jerusalem: The New City.
Jerusalem, Ariel, 1979. [Photos de 1856  1917]

Schiller (E.), edited by. The First Photographs of Jerusalem and the Holy Land.
Jerusalem, Ariel, 1980.

= Photos

1/ [Ci-contre des graffitis mdivaux sur les murs du Saint-Spulcre. Photo de
Marie-Joseph Pierre.] Illustration du chapitre 2.

2/ [Ci-contre la Porte de Damas, qui donne accs  la Vieille Ville, "ce mlange
de tous les styles, de tous les temps, des souvenirs juifs, grecs, romains,
chrtiens, musulmans, (...) tout cela enserr dans une grande muraille en
pierres" (Max van Berchem). Photo de Marie-Joseph Pierre.] Illustration du
chapitre 2.

3/ [Ci-contre, une vue d'ensemble de Jrusalem avec, en son centre, la coupole
dore du Dme du Rocher, joyau de Jrusalem, construit entre 692 et 697. Photo
de Marie-Joseph Pierre.] Illustration du chapitre 3.

4/ [Ci-contre, la Porte de Damas, dans le rempart sud de la Vieille Ville. Ses
fondations datent de la priode croise. Photo de Marie-Joseph Pierre.]
Illustration du chapitre 4.

5/ [Ci-contre, le monastre de la Croix, construit entre 1039 et 1056 dans une
valle qui tait le vignoble des rois croiss. Photo de Marie-Joseph Pierre.]
Illustration du chapitre 5.

6/ [Ci-contre, les toits de la Vieille Ville avec, au fond, le Mont des Oliviers
et l'glise de l'Ascension visible au sommet. L'glise tait devenue une mosque
pendant la priode ayyubide. Photo de Marie-Joseph Pierre.] Illustration du
chapitre 6.

7/ [Ci-contre, la vaste esplanade du Haram al-Sharif, avec le Dme du Rocher en
son milieu. Ce sont les Mamelouks qui ont donn au Haram al-Sharif sa forme
prsente. Photo de Marie-Joseph Pierre.] Illustration du chapitre 7.

8/ [Ci-contre, la Vieille Ville, avec les coupoles du Saint-Spulcre au fond
(centre droit). Photo de Marie-Joseph Pierre.] Illustration du chapitre 8.

9/ [Ci-contre, les nouveaux quartiers de Jrusalem. Photo de Marie-Joseph
Pierre.] Illustration du chapitre 9.

10/ [Ci-contre, un rempart de la Vieille Ville, prs de la Porte d'Hrode. Photo
de Marie-Joseph Pierre.] Illustration du chapitre 9.


10. INDEX

Abbassides, dynastie musulmane

Abd al-Majid, sultan ottoman

Abd al-Malik, calife omeyyade

Abel F.M., archologue

Abu Jaafar al-Mansur, calife

Adel Zein al-Din (Al-), mamelouk

Ahima'as, chroniqueur juif

Ahmed ibn-Touloun, calife

Aidughdi Kubaki, mamelouk

Aksa, mosque

Amalfi, marchands d'

American Colony, photographes

Amico Bernardino, cartographe

Andrieu Jules, photographe

Antony John, photographe

Architecture ayyubide

Architecture croise civile

Architecture croise religieuse

Architecture mamelouke

Architecture musulmane

Arculfe, plerin chrtien

Arghniyya, madrasa al-

Argun al-Kamili, mamelouk

Ariz (Al-), calife

Armenian Photographers

Armniens, chrtiens

Arnold von Harff, plerin

Ascension, dme de l'

Ascension, glise de l'

Ascension, mosque de l'

Ashraf (Al-), mamelouk

Ashrafiyya, madrasa al-

Assomption, glise de l'

Assomptionnistes, photographes

Ayaub, sultan d'Egypte

Ayyubides, dynastie musulmane

Bb al-Asbt, minaret du

Bb al-Qattnin

Bb al-Silsila, minaret du

Bagrat, roi de Gorgie

Bahat Dan, historien et cartographe

Bain Robert Edward, photographe

Baladhuri, historien musulman

Balian d'Ibelin, chef crois

Barka Khn, turba de

Baudouin I, roi latin de Jrusalem

Baudouin II, roi latin de Jrusalem

Baybars, sultan mamelouk

Beato Felice, photographe

Bedford Francis, photographe

Ben-Dov Jacob, photographe

Bndictins, moines

Benjamin de Tudle, voyageur juif

Bergheim Peter, photographe

Bernard de Clairvaux, thologien chrtien

Bethlem

Bible

Bierstadt Charles, photographe

Blanquart-Evrard Louis-Dsir, photographe

Bonfils Adrien, photographe

Braun A., photographe

Bridges George W., photographe

British Ordnance Survey, archologues

British War Office, photographes

Brogi Giacomo, photographe

Buenting Heinrich, cartographe

Burhn al-Dn, chaire de

Burhn al-Dn, juge musulman

Carmi Joseph, photographe

Chane, dme de la

Chaire de Burhn al-Dn

Charlemagne, roi franc

Chelebi, voyageur musulman

Chevaliers Teutoniques

Chrtiens

Chrtiens armniens

Chrtiens coptes

Chrtiens thiopiens

Chrtiens d'Europe

Chrtiens gorgiens

Chrtiens grecs

Chrtiens latins

Chrtiens orientaux

Chrtiens syriens

Christ

Christianisme

Citadel Museum Collection

Citadelle

Clercq Louis de, photographe

Constantin le Grand, empereur romain

Constantin IX Monomaque, empereur byzantin

Coptes, chrtiens

Coran

Cotonniers, march des

Cotonniers, porte des

Cramb John, photographe

Creswell K.A.C., orientaliste

Croisades

Croiss

Daniel Igoumne, plerin chrtien

Dar al-Afifi, voir: madrasa al-Arghniyya

Dar al-Khalidi, voir: turba al-Sa'diyya

Dawdriyya, madrasa al-

Diness John Mendel, photographe

Dme de l'Ascension

Dme de la Chane

Dme du Rocher

Dme Ysuf

Dominicains, moines

Du Camp Maxime, photographe

Dumas Tancrde, photographe

Ecole biblique et archologique franaise

Eglise de la Croix

Eglise Saint-Etienne

Eglise Saint-Jacques

Eglise Saint-Jean-Baptiste

Eglise Saint-Julien

Eglise du Saint-Spulcre

Eglise Sainte-Agns

Eglise Sainte-Anne

Eglise Sainte-Marie-des-Allemands

Eglise Sainte-Marie-la-Grande

Eglise Sainte-Marie-Latine

El-Aqsa, voir: mosque al-Aksa

Ethiopiens, chrtiens

Fakhriyya, minaret

Farouk, roi d'Egypte

Fatimides, dynastie musulmane

Feisal, roi d'Iraq

Felix Fabri, plerin chrtien

Finn Mrs, crivain

Fiorillo L., photographe

Flaubert Gustave, crivain et voyageur

Foucher de Chartres, chroniqueur crois

Franciscains, moines

Franklin G.E., photographe

Frederic II, empereur d'Allemagne

Frith Francis, photographe

Garabedian Yessayi, photographe

Gautier-van Berchem Marguerite, orientaliste

Gorgiens, chrtiens

Grald, matre de l'Hpital

Gethsmani

Ghdiriyya, madrasa al-

Ghawnima, minaret

Gidal Tim N., collectionneur de photos

Girault de Prangey Joseph Philibert, photographe

Godefroi de Bouillon, premier chef latin de Jrusalem

Good Frank Mason, photographe

Goupil-Fesquet Frdric, photographe

Graves, photographe

Grecs, chrtiens

Grober K., photographe

Guillaume de Tyr, historien crois

Hakim (Al-), calife

Haram al-Sharif

Haroun al-Rachid, calife abbasside

Hassan al-Dahari, mamelouk

Hlne, mre de Constantin le Grand

Hentschel Bruno, photographe

Hornstein, photographe

Hospitaliers, chevaliers

Hotimsky Jacob, photographe

Ibn al-Faqih, gographe musulman

Ibn Wasil, historien musulman

Imad al-Din, historien musulman

Isaacs Albert Augustus, photographe

Isabelle de Brienne, reine latine de Jrusalem

Is'ardiyya, madrasa al-

Ishenko Ivan, photographe

Islam

James William, photographe

Jmi Umar, minaret de

Jean de Wurzbourg, plerin chrtien

Jean l'Aumnier, vque d'Alexandrie

Jrusalem, cartes

Jrusalem, histoire

Jrusalem, iconographie

Jrusalem, photos

Jrusalem, rues

Jsus-Christ

Johns C.N., archologue

Judasme

Juifs

Kahn Leo, photographe

Kamil (al-), sultan gyptien

Karamanov Anton Michail, photographe

Keith George Skene, photographe

Kilburn Benjamin-West et Edward, photographes

Koursi 'Asa

Kubakiyya, zwika al-

Kuhn B., photographe

Kulthum ibn Ziyad, historien musulman

Lagrange Marie-Joseph, pre dominicain

Larson Lewis, photographe

Laurent Auguste Jacob, photographe

Lees George Robinson, photographe

Leon & Levi, photographes

Lortet Louis Charles, photographe

MacDonald J., photographe

Madaba, mosaque de

Madrasa Arghniyya

Madrasa Ashrafiyya

Madrasa Dawdriyya

Madrasa Ghdiriyya

Madrasa Is'ardiyya

Madrasa Manjakiyya

Madrasa Sallmiyya

Madrasa Tankiziyya

Madrasa Tashtamuriyya

Madrasa Tziyya

Mahdi (Al-), calife abbasside

Mahomet

Malik al-Ashraf Qaytbay (Al-), mamelouk

Malik al-Mansur Qalaoun (Al-), mamelouk

Malik al-Salih Ayyub (Al-), mamelouk

Mamelouks

Manjakiyya, madrasa al-

Mansur Husam al-Din Lajin (Al-), mamelouk

Marie, mre de Jsus

Matson Eric, photographe

Mauristan

Mawlawiyya, mosque de, voir: glise Sainte-Agns

Mecque (La)

Mdine

Mlisende, reine croise

Meyers Elijah, photographe

Minaret Bb al-Asbt

Minaret Bb al-Silsila

Minaret Fakhriyya

Minaret Ghawnima

Minaret Jmi Umar

Minaret Mu'azzamiyya

Minbar al-Dn, voir: chaire de Burhn al-Dn

Modestus, patriarche

Mont du Temple

Mosaques

Moshe ben Nahman, rabbin, voir: Ramban

Mosque al-Aksa

Mosque de l'Ascension

Mu'azzamiyya, minaret du

Muazzem (Al-), sultan ayyubide

Mujir al-Din, historien musulman

Muqaddasi (Al-), gographe musulman

Musulmans

Muthr al-Ghirm, texte musulman

Nasir-I Khusraw, voyageur musulman

Nasir ibn Qalaoun (Al-), sultan mamelouk

Nur al-Din, gouverneur musulman de Syrie

Omar, second calife musulman

Omeyyades, dynastie musulmane

Onne Eyal, photographe

Ostheim, photographe

Ottomans

Ovadia de Bartinora, visiteur juif

Palestine

Palestine Exploration Fund, photographes

Paltiel, rabbin

Payer Alois, photographe

Pres Blancs

Peters F.E,, historien

Phillips H., photographe

Photographes

Pierotti Ermete, photographe

Porte des Cotonniers, voir: Bb al-Qattnin

Porte de Damas

Porte Simple

Porte Triple

Qalaoun, sultan mamelouk

Qaytbay, sultan mamelouk

Quarelli F., photographe

Qubbat, voir: dme

Raad C., photographe

Raffalovich Yeshayahu, photographe

Ramban, rabbin

Raymond du Puy, fondateur des Hospitaliers

Rdempteur, glise du

Ribat al-Zaman

Ritavsky Avraham Aharon, photographe

Robertson James, photographe

Rocher, dme du

Rocher sacr

Sabil Qytby

Sachs M.E., photographe

Sa'diyya, turba al-

Saint-Jean de l'Hpital, chevaliers de, voir: Hospitaliers

Sainte-Croix, voir: glise de la Croix

Sakhra, qubbat al-, voir: Dme du Rocher

Saladin, sultan ayyubide

Salah al-Din, voir: Saladin

Sallmiyya, madrasa al-

Salman ban Yeruham, crivain karate

Salomon, temple de

Salzmann Auguste, photographe

Saulcy Louis Flicien de, archologue

Savignac, pre dominicain et photographe

Savvides Militiade, photographe

Schiller Ely, diteur de photos

Sleucides, turcs

Selim I, sultan ottoman

Shadbolt Cecil V., photographe

Sharaf al-Din Abdul Rahman, mamelouk

Shihab al-Din, ayyubide

Shlomo ben Yehuda, rabbin de Jrusalem

Slatev Petro, photographe

Smith G.A., photographe

Sobernheim, photographe

Soliman le Magnifique, sultan ottoman

Sophronius, patriarche de Jrusalem

Suliman, calife omeyyade

Sq al-Qattnin

Syriens, chrtiens

Tabari, historien musulman

Talbot Fox, photographe

Tancrde, chef crois

Tankiz al-Nasari, gouverneur mamelouk

Tankiziyya, madrasa al-

Tashtamuriyya, madrasa al-

Tziyya, madrasa al-

Temple de Salomon

Templiers, chevaliers

Thevoz E. et F., photographes

Tombeau de la Vierge

Tour de David, voir: citadelle

Trifunovich G.V., photographe

Turba Barba Khn

Turba Sa'diyya

Turba Turkn Khtn

Turcs sleucides

Turkn Khtn, turba de

Umari (Al-), historien musulman

Underwood & Underwood, diteurs de photos

Urbain II, pape

Van Berchem Marguerite, voir: Gautier-van Berchem Marguerite, orientaliste

Van Berchem Max, orientaliste et photographe

Vernet Horace, photographe

Vester Frederick, photographe

Via Dolorosa

Vincent L.H., archologue

Walid (Al-), calife omeyyade

Wheelhouse Claudius Galen, photographe

Whiting John, photographe

Wiet Gaston, orientaliste

Wilson Charles William, archologue

Wilson Edward, photographe

Ya'qubi, historien musulman

Yessayi, voir: Garabedian Yessayi

Ysf, dme

Zahir (Al-), calife fatimide

Zamakhshari (Al-), commentateur du Coran

Zaman, Ribat al-, voir: ribat al-Zaman

Zangaki frres, photographes

Zwika al-Kubakiyya

Copyright  2006 Marie Lebert







End of the Project Gutenberg EBook of La Jrusalem mdivale, by Marie Lebert

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA JRUSALEM MDIVALE ***

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Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

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because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
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Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
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Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
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To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

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