Project Gutenberg's La boucle de cheveux enleve, by Alexander Pope

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.net


Title: La boucle de cheveux enleve
       Pome hrocomique de Monsieur Pope

Author: Alexander Pope

Translator: Marthe-Marguerite de  Caylus

Release Date: June 2, 2008 [EBook #25680]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA BOUCLE DE CHEVEUX ENLEVE ***




Produced by Pierre Lacaze. This file was produced from
images generously made available by the Bibliothque
nationale de France (BnF/Gallica)





LA BOUCLE DE CHEVEUX ENLEVE.


POEME HEROICOMIQUE

DE MONSIEUR POPE.

_Traduit de l'Anglois par Mr. **_

A PARIS,

Chez FRANOIS LE BRETON pere, Libraire  la descente du
Pont-neuf, prs la rue de Guenegaud,  l'Aigle d'or.

M. DCC. XXVIII.

Avec Approbation & Privilege du Roy.




A MADAME FEMOR.

MADAME,

Comme j'ai l'honneur de vous dedier ce petit ouvrage, il seroit
inutile de dissimuler que j'en fais quelque cas. Vous savez qu'il
n'a est compos, que pour amuser de jeunes Dames d'un esprit
bien-fait & toujours prestes  rire des petites folies de leur sexe,
& meme des leurs. J'en donnai d'abord en secret quelques copies qui
bientost se multiplierent; mais un Libraire se preparant  en faire
imprimer un exemplaire qui estoit tres-defectueux, vous eustes la
bont de consentir que je lui donnasse l'original meme, pour le
rendre public; ce qui m'engagea  retoucher mon Pome, ou plutost 
l'achever, parce qu'il estoit alors sans _Machine_.

La _Machine_, MADAME, est un terme invent par les Savans, pour
exprimer l'action des Divinitez, des Anges, ou des Demons; & c'est ce
qui constitue le merveilleux du Pome. Car les Potes ressemblent un
peu aux Dames, qui ont le talent de grossir les plus petites choses.

La Machine que j'ai employe, vous paroistra nouvelle & un peu
trange, l'ayant emprunte du sistme des Cabbalistes. Savez-vous
bien, MADAME, ce que c'est que les Cabbalistes? Il faut que vous
fassiez connoissance avec eux. Celui qui vous les fera mieux
connoistre, sera un Auteur Franois, dans son Livre intitul, _Le
Comte de Gabalis_, qui par son titre, & par sa construction, ressemble
tellement  une historiette, que je connois quelques femmes qui sans
y entendre finesse, l'ont l, comme un Roman ordinaire.

Or ce Comte de Gabalis vous apprendra, que les quatre elemens sont
peupls d'Esprits, appellez Silphes, Gnomes, Nymphes, Salamandres.
Les Gnomes sont les Demons, qui logent dans la Terre, & qui sont,
dit-on, des Esprits tres-malfaisans. L'eau est le sejour des Nymphes,
comme le feu est celui des Salamandres. A l'gard des Silphes, qui
sont repandus dans l'air, ce sont les plus jolies & les plus aimables
creatures du monde. On assure, qu'on peut aisement lier commerce avec
eux,  une certaine condition, qui  la verit ne convient pas 
tout le monde: c'est d'estre excessivement chaste.

Ce sistesme des Esprits est expos dans mon premier chant. Tout ce
qui est contenu dans les autres chants est egalement fabuleux, 
l'exception, MADAME, de l'enlevement de votre charmante Boucle de
Cheveux, qui comme vous savez est une avanture un peu plus relle,
que leur Metamorphose. Tous les Heros du Pome ne sont pas moins des
Estres imaginaires, que les Esprits ariens qui y agissent. Belinde
mme, ne vous ressemble, que par la beaut & les agremens.

Si je pouvois me flater, que mes vers eussent une partie de vos
graces, je runirois, comme vous, tous les suffrages, & je serois
gout au moins d'une moiti du monde. Quelque soit mon sort, je me
saurai toujours bon gr, d'avoir trouv cette heureuse occasion,
de vous temoigner publiquement l'estime & le respect avec lequel je
suis, MADAME, votre tres-humble & tres-obissant serviteur_

ALEXANDRE POPE.




_PREFACE du Traducteur._


Voici la traduction d'un petit Pome Anglois de l'illustre Mr. Pope,
le premier Pote moderne de l'Angleterre. Entr'autres Ouvrages qu'il
a donnez au public, il est auteur de la fameuse Tragedie de _Caton
d'Utique_, & de la traduction en vers Anglois de l'Iliade d'Homere,
qui a t si justement loue par Monsieur de Voltaire dans son
_Essai sur la Posie pique_, traduit nouvellement de l'Anglois
en Franois, & imprim  Paris. On vient aussi de traduire &
de publier les discours sensez & ingenieux, dont Monsieur Pope a
accompagn sa traduction de l'Iliade; & on est oblig d'avoer
qu'on n'a jamais rien crit de plus judicieux en faveur d'Homere.

La traduction de ce Pome Herocomique, intitul en Anglois,
_The rape of the Lock_, pourra contribuer  faire voir l'erreur du
prjug o nous sommes, que la Nation Angloise n'a en partage que
le serieux & le profond, & ne peut atteindre comme nous  la fine
plaisanterie,  la satyre dlicate, &  l'legant badinage. Il
est vrai que les _Voyages de Gulliver_ ont dja commenc  nous
dtromper; mais comme ils n'ont pas t publiez en Franois tels
qu'ils ont paru en Anglois, & que le Traducteur de son aveu a beaucoup
retranch & beaucoup ajout, le succs que ce Livre a eu en France,
en faisant honneur  Monsieur Swift, qui en est l'Auteur, nous a
toujours laiss croire, que son ouvrage avoit besoin qu'on y mt
la main, surtout depuis qu'on a vu  Paris ces mmes _Voyages_ de
l'dition de Hollande, traduits fidellement & mot  mot.

Il n'en sera pas de mme de la traduction qu'on donne ici du _Rape
of the Lock_, qui est trs-litterale. On n'a rien ajout ni rien
retranch; & si elle renferme quelques differences, elles sont
legeres & dans les regles. Car il est hors de doute, que lorsqu'on
traduit, il est quelque fois necessaire de prferer les expressions
quivalentes  celles qui rpondent directement & immediatement
aux termes de l'original; sans quoi une traduction, pour estre
trop scrupuleusement fidele, deviendroit rellement infidele, &
deshonoreroit injustement l'Auteur qu'on traduit.

Je ne crois pas qu'on trouve rien dans notre langue de plus ingenieux,
dans le genre badin, que _la Boucle enleve_ de Mr. Pope, qui
lorsqu'il fit ce petit Pome n'avoit, dit-on, que vingt ans: seul
ge o il convient de s'amuser  faire des vers de cette espece, &
peut-estre de quelque espece que ce soit.

Ce qui fit clore cet ouvrage fut une avanture arrive en 1712 
Madame _Femor_,  laquelle il le ddia. La mediocrit d'un sujet
aussi sterile en apparence, ne servit qu' faire estimer davantage le
genie & le bel esprit de l'Auteur. Le Pome de _la Boucle enleve_
est parmi les Anglois ce que le _Lutrin_ est parmi nous, si ce n'est
qu'il est, ce semble, plus enjo, & plus galant.

Il et peut-estre t  propos de le traduire en vers; mais outre
que le travail et t plus penible, on n'avoit pas lieu d'esperer
d'y russir. D'ailleurs une prose poetique frape galement
l'imagination & a une certaine libert que nos vers n'ont point.

Quoique cette traduction soit fort au-dessous de l'original, on
prsume qu'elle plaira, parce que les beautez de l'Auteur couvriront
les dfauts du Traducteur.

On trouvera dans ce petit Poeme de l'invention, du dessein, de
l'ordre, du merveilleux, de la fiction, des images & des penses; en
un mot ce qui constitue la vraie poesie. On y remarquera un comique
riant, fort loign du fade burlesque, des allusions satyriques sans
tre offenantes, des plaisanteries hardies sans tre trop libres,
& des railleries dlicates sur le beau sexe, peut estre plus capables
de lui plaire, que toutes les fleurettes de nos madrigaux, & de nos
Bucoliques modernes.

Nous n'avons point encore vu de poeme dont le merveilleux, & ce
que les Anglois appellent, _the machinery_, fut tir du sistesme
imaginaire des Cabbalistes: l'usage qu'en a fait Monsieur Pope montre
que ces ides sont trs-favorables  la poesie; mais il faut
avoer aussi, que ce n'est que dans un poeme de ce genre, qu'elles
peuvent avoir lieu. Au reste on voit dans l'Eptre Ddicatoire de
Mr. Pope, que de son aveu il a beaucoup profit du Livre de l'Abb
de Villars, intitul _le Comte de Gabalis_.

On espere que ce petit ouvrage ne plaira pas seulement aux Dames,
mais qu'il sera mme estim de ceux qui ne regardent un Vaudeville,
qu'avec des yeux savans; ils y verront toutes les proportions
observes, comme dans le poeme le plus serieux, & tous les grands
principes de l'Epope suivis fidellement.

Celui qui publie aujourd'hui ce poeme en Franois, attend du public
la reconnoissance de  un Voyageur qui apporte dans sa patrie une
fleur des Pas trangers.




LA BOUCLE DE CHEVEUX ENLEVE

POME HEROICOMIQUE DE MR. POPE.

_Traduit de l'Anglois par Mr. **_




CHANT PREMIER.


Je chante une cruelle offense cause par l'Amour, & une querelle
serieuse ne d'une hardiesse badine. Muse, je consacre ces vers 
Tirsis, & je me flate que Belinde daignera les lire. Quoique je traite
de petites choses, je meriterai de grands loges, si l'une m'inspire
& si l'autre m'applaudit.

O Desse, dis-moi, quel trange motif porta un jeune Seigneur
 attaquer une belle. Apprend-moi quelle cause encore plus
extraordinaire fora la belle  rsister au jeune Seigneur. Peut-il
y avoir tant de duret dans un coeur tendre, & tant de courage dans
un petit Matre?

Le Soleil peroit au travers des rideaux blancs, & par de timides
rayons essaioit d'ouvrir des yeux qui le devoient clipser. Dja les
chiens favoris scooient leurs oreilles; les amans qui se plaignent
de ne dormir jamais, commenoient  s'veiller: il toit midi.
Trois fois les pantoufles avaient frapp le plancher; trois fois les
sonnetes avoient appell, & les montres presses du doigt avoient
fait entendre leur son argentin. Cependant Belinde, languissamment
tendu sur ce duvet, dormoit encore. Un Silphe attach  la belle
prolongeoit son repos, & avoit conduit  son lit le Songe du matin,
qui voltigeoit sur sa tte & la couvroit de ses ales.

La belle croit voir un jeune homme, plus brillant que n'est un petit
Matre le jour d'une ceremonie, s'avancer dans sa ruelle. A cet
aspect, quoiqu'en songe, elle rougit: ce jeune homme, qui toit un
Silphe, approche alors de son oreille ses lvres sduisantes, & lui
parle en ces mots:

O la plus belle des mortelles: O toi les dlices & l'objet des
dsirs de mille habitans de l'air: si jamais dans l'enfance ton
esprit fut mu de ce que ta nourrice t'enseigna au sujet des esprits
ariens, prte l'oreille  ma voix & sois docile:

Connoi d'abord ton excellence & ta grandeur, & ne borne point ta v
aux objets terrestres & materiels. Il est des vritez secrettes,
ignores des orgueilleux Philosophes, & reveles seulement aux
vierges & aux enfans. L'incredulit rebelle n'ajoutera point de foi
 celles que je vais t'annoncer; il n'est donn qu' la beaut &
qu' l'innocence de les croire.

Apprend donc que des legions innombrables d'esprits t'environnent
sans cesse. Cette milice legere de la region inferieure de l'air,
quoiqu'invisible  tes yeux, t'accompagne par tout, mme aux cercles
& aux spectacles: pense  cet arien cortege, & tu ne verras plus
qu'avec mpris un Seigneur suivi de deux pages.

Notre antiquit est gale  celle du monde: nous fumes autrefois
renfermez dans les plus beaux corps des femmes; mais nous passames
ensuite de ces corps terrestres dans des corps ariens.

Ne croi pas que lorsque les femmes meurent, leurs gots meurent avec
elles: elles les conservent toujours. Si elles ne joent plus, elles
regardent avec plaisir les cartes qu'elles ont aimes; la v d'un
jeu d'ombre les divertit & les amuse; si elles ne brillent plus dans
leurs chars, elles aiment au moins  voir des quipages magnifiques;
leurs ames retournent toujours  leur premier lement, dont elles
empruntoient leur caractere. Les femmes fieres & hautaines deviennent
des Salamandres, & s'levent toujours avec le feu, leur ternel
sjour: celles qui ont t douces & complaisantes vont habiter les
eaux & coulent comme elles: elles boivent avec les Nimphes le th
lementaire. Les prudes transformes en Gnomes descendent dans les
entrailles de la terre, & vont de tous ctez cherchant  faire du
mal. Les vaines & les coquettes, changes en Silphes, voltigent
& folatrent dans les airs. Mais apprend quel est notre privilege:
dgagez des liens mortels, nous pouvons  notre choix changer
de forme & de sexe, & caresser les femmes belles & chastes, qui
mprisent les terrestres amours. Nous les garantissons des piges
qu'on leur tend dans les bals & dans les mascarades nocturnes: nous
les prservons de l'ardeur devorante des tmeraires amans; envain
on les lorgne pendant le jour; envain on chuchete avec elles dans les
tnebres: nous les rendons froides & ddaigneuses, mme lorsque
l'occasion favorable les invite  la volupt, que la danse les
anime, que la musique leur amollit le coeur: Enfin ce qu'on appelle
ici bas la sagesse d'une femme, n'est que l'inspiration de son Silphe.

Il y en a quelques-unes destines par le Ciel aux embrassemens
des Gnomes. Ce sont d'ordinaire celles qui sont idoltres de leur
beaut. Diriges par ces esprits jaloux, qui fomentent leur orgueil,
elles mprisent les hommes qui leur font la cour; elles ddaignent
leurs hommages & leurs presens. Les Gnomes s'appliquent sans cesse 
dtourner les flateuses ides qui pourroient faire impression sur
elles. Lorsqu'un Seigneur par exemple fait briller  leurs yeux
l'Hermine & la Jaretiere, ou qu'elles entendent prononcer les mots
sducteurs de _Duc_, & de _Milord_; c'est alors que les Gnomes
redoublent leurs soins.

D'autres Gnomes se donnent un autre emploi: ils president aux regards
des coquettes; ils apprennent aux jeunes filles  conduire habilement
leurs yeux; ils sont cause que leurs joes se couvrent  propos
d'une rougeur de commande, tandis que leurs coeurs palpitent  la
v d'un joli homme.

Les Silphes ont des vs plus dlicates & plus pures. On
croit souvent qu'une jeune personne s'gare; c'est qu'on ignore les
desseins misterieux du Silphe qui la guide: il la conduit comme par
la main, dans un labirinthe, au milieu des amans & des amours.
Quelquefois pour la gurir d'une folie, il lui en inspire une autre:
Par exemple, quelle fille tendre & reconnoissante ne seroit pas
gagne par un present magnifique offert adroitement, si un autre
galant plus habile, en lui donnant le bal, n'effaoit le souvenir
du present? Lorsque Florio parle, quelle beaut rsisteroit  son
langage seducteur, si en mme tems le beau Damon sans tre apperu
ne lui serroit la main?

Ce sont l les soins favorables des Silphes: ils conduisent tout
avec habilet. Toujours attentifs  la conservation de l'honneur des
femmes, ils opposent finement  de beaux cheveux, d'autres qui ne
le sont pas moins, &  la haute taille, la grace & le bon air. Ils
combattent les plumets par d'autres plumets, & les quipages par
d'autres quipages. Enfin tout ce qui est capable de sduire,
est repouss par des charmes plus puissans. Les mortels aveugles
appellent legeret & coquetterie, ce qui n'est l'effet que de la sage
conduite des Silphes.

Je suis de ce nombre: mon nom est Ariel: je te protege & je veille sur
toi.

Il n'y a pas long-tems que parcourant le vaste espace des airs, je
vis dans le miroir de ton toile dominante (le dirai-je?) je te vis
menace d'un funeste accident: Avant que le soleil se couche, tu
en ressentiras les redoutables effets; mais quel sera ce malheur,
comment, & de quel part il doit venir, quelles suites il doit avoir,
les Cieux ne me l'ont point revel. Veille sur toi, fille chaste;
ni ma vigilance ni mes soins ne peuvent te soustraire aux arrts du
Destin; sois donc toi-mme attentive, & surtout garde-toi de l'Homme.

Il dit; & alors Mirine qui ne pouvoit plus supporter le long sommeil
de sa Matresse, sauta sur le lit, aboa, & vint  bout de la
reveiller. Si la renomme ne nous a pas trompez, tes premiers
regards, O Belinde, tomberent sur un billet doux.

A peine commenoit-elle de lire, & d'y voir des plaes, des peines,
des martyres, des ardeurs, qu'elle oublia son songe. Elle sort du
lit  demie nu, & s'approche d'une table o mille vases d'argent
toient placez, & disposez dans un ordre misterieux. Alors vtue
de blanc & la tte nu, elle adore attentivement les puissances du
monde; une cleste image parot dans un miroir, elle fixe ses yeux
sur elle; c'est l'unique objet de ses pieux regards. Une Prtresse
infrieure, dans une humble attitude, est  ct de l'autel o la
vanit prside.

Celle-ci commence les sacrez rites: alors se dcouvrent de prcieux
trsors, sources d'ornemens & de beautez pour la Desse. On voit
briller dans de petits coffres les perles & les pierres les plus
prcieuses des Indes; les parfums de l'Arabie sortent des
flacons d'or, qui les renferment; la tortue & l'lphant unis se
transforment en peignes; les pingles & les guilles sont ranges
en escadrons; ici l'on voit confondus, la poudre, la pte, la Bible,
& les billets doux.

Dja l'imperieuse beaut prend ses armes, &  chaque instant son
visage acquiert de nouveaux agrmens; les graces se reveillent, le
sourire en est plus doux, l'clat du teint nat insensiblement, les
yeux brillent d'une lumiere plus vive. Les Silphes s'empressent autour
d'elle, ils ornent sa tte, arrangent ses cheveux, donnent un bon air
 sa manche, talent sa juppe. Sylvie s'applaudit d'une adresse, qui
n'est pas la sienne.




CHANT II.


Le soleil sortant de l'onde n'eut jamais tant d'clat que Belinde,
lorsqu'elle sortit de son Palais, pour se rendre sur la Tamise. Elle
toit accompagne des femmes les plus belles & des jeunes hommes les
mieux faits, tous superbement parez.

Belinde seule attire les regards & les coeurs; on voit sur la gorge
d'albatre une croix tincelante, qu'un Juif auroit baise, & qu'un
Infidele auroit adore; la vivacit de son esprit parot dans ses
yeux, qui s'arrtent aussi peu que ses penses; elle distribu
galement les charmes de son sourire; mais elle n'accorde de grace
 aucun; elle reprime les dsirs sans offenser les amans;
blouissante, comme l'astre du jour, elle rpand, comme lui, de tous
ctez une lumiere gale; elle plat sans songer  plaire; son air
est noble sans orgueil: sans hauteur elle imprime le respect; elle
sait cacher habilement ses petits dfauts, si on peut dire que les
belles ayent quelque chose  cacher. Ces petits dfauts mme sont
sur le compte de son sexe. Mais on la voit & on les oublie.

Elle portoit d'ordinaire, pour le supplice des coeurs, deux Boucles
de cheveux, quelle nooit galamment, & qui retombant en ondes gales
sur le plus beau cou du monde, en relevoient la blancheur.

Ces Boucles charmantes toient une chaine prcieuse, dont l'Amour
se servoit pour attacher ses captifs. Les oiseaux & les poissons se
prennent aux filets: les beaux cheveux prennent les coeurs.

Un Baron audacieux, frapp de l'clat de ceux de Belinde, les
dsire & forme le projet d'en faire la conqute. Uniquement attentif
au succs, il veut employer pour y parvenir & la force & la ruse.
Le choix de l'une ou de l'autre importe peu aux amans, pourv qu'ils
obtiennent ce qu'ils dsirent.

Dans ce dessein il invoque le Ciel avant que le jour paroisse: il
adore les puissances clestes, & s'adressant surtout  l'Amour,
il lui rige un autel compos de douze gros volumes de Romans
Franois: il dploye trois jarretieres, un gand, avec autres pareils
trophes de ses premieres amourettes. Ses lettres, ses billets doux,
allument le feu; trois soupirs qu'il pousse, excitent la flamme; il se
prosterne, il prie avec des yeux ardens, que ce trsor puisse tre
bien-tt & toujours en sa puissance. L'Amour l'entend; mais il
n'exauce que la moiti de ses voeux; les vents dissipent le reste
dans les airs.

Cependant le vaisseau galamment quip, o Belinde toit
entre, s'avance sur la Tamise. Une dlicieuse harmonie de voix &
d'instrumens se perd dans les airs & glisse sur les eaux; les Zephirs
badinent sur l'onde calme; Belinde rit, & la joe regne autour
d'elle.

Les sentimens d'Ariel toient bien differens: le malheur dont elle
est menace par les astres le rend triste & reveur. Il convoque les
habitans de l'air, &  ses ordres le leger escadron accourt: ils se
placent  l'instant sur les cordages du Vaisseau, & agitent l'air par
ce mouvement subit & rapide: on croit entendre le soufle aimable des
Zephirs; les uns dployent au soleil leurs ales brillantes, les
autres se plongent dans un nuage d'or; d'autres planent dans les airs.
Leur forme transparente & leurs corps fluides, dissous par la lumiere,
ne peuvent tre vus par des yeux mortels; les Zephirs se joent dans
leurs habits, tissus d'une rose file & teinte dans le Ciel, sur
lesquels la lumiere produit mille couleurs, selon le mouvement de
leurs ales.

Ariel assis sur le grand mt dor, environn des autres Silphes,
qu'il surpasse de la tte, tend ses plumes de pourpre, leve son
sceptre d'azur, & leur parle ainsi:

O vous Silphes, & Silphides, prtez l'oreille  votre chef, & vous,
Genies, Fes & Lutins, coutez attentivement. Vous savez quels
sont les differens emplois que le Ciel a destinez au Peuple
arien; que les uns badinent dans l'air le plus pur, que d'autres
s'embellissent aux rayons du soleil; que ceux-ci conduisent dans
le Ciel les Planetes bienfaisantes, que ceux-l dans les espaces
immenses prennent soin des Cometes redoutables; que dans la lune il y
a des Silphes chargez du soin de recueillir & de ratacher au Firmament
les toiles tombantes, & de former les broillards de l'air le
plus grossier; que d'autres peignent l'Iris, dchanent les vents,
ptrissent les temptes, ou rpandent sur les sillons les plues
favorables; que d'autres prsident sur la nature humaine, pient la
conduite des hommes, pendant que les chefs ausquels ils sont soumis,
avec des Armes puissantes gouvernent les Nations, soutiennent les
Monarchies, & fondent les Empires.

Pour nous, nous prsidons sur les belles: doux soin, emploi galant,
quoiqu'en apparence peu glorieux: Toute notre tude, vous le savez
O Silphes, est de garantir du vent du Nord la poudre de leurs cheveux,
d'empcher que le parfum des essences ne s'vapore, d'emprunter des
fleurs nouvelles les couleurs les plus vives, de drober quelques
gotes de l'arc-en-ciel, pour en faire de l'eau qui conserve la
fraicheur de leur teint, d'tendre dlicatement un rouge trompeur
sur leurs jous ples, de friser leurs cheveux, de placer leurs
mouches, de donner enfin de la grace  leurs moindres actions, & de
les rendre aimables de toute maniere: de faire mme que dans leurs
songes elles portent si loin l'ide des modes, qu' leur rveil
elles puissent les perfectionner, ou en inventer de nouvelles.

Mais, helas! ajouta-t-il, un augure funeste menace en ce jour la plus
belle des femmes, dont jamais les Silphes prirent soin. Quel sera ce
desastre, quel en sera l'auteur? C'est ce que les Destines tiennent
encore enseveli dans une profonde nuit.

Non, je ne sai, continua-t-il, si la Nymphe doit enfraindre les
Loix de Diane, ou si elle doit seulement casser une porcelaine, si son
honneur ou son habit recevra quelque tache, si elle perdra son coeur
ou son vantail au bal, ou si enfin la destine a dtermin qu'il
arrive un malheur  son petit chien.

Vous donc, Esprits, soyez attentifs  vous acquitter de l'emploi
dont je vous honore: Zephirette prendra soin de son vantail: A
toi, Brillant, je confie ses pendans d'oreilles; Momentille gardera
sa montre; Crispine veillera sur ses belles boucles de cheveux; & moi,
Ariel, je serai attentif  Mirinne sa chienne. Mais cinquante Silphes
choisis seront commis  la dfense de son juppon: les juppons
cedent souvent aux assauts, quoiqu'ils soient dfendus par des juppes
respectables, par des plis sept fois redoublez, par des pallissades de
franges, & par un vaste rempart de baleine.

Celui, ajouta-t-il, qui ne remplira pas l'office que mes soins
prvoyans lui confient, payera cher sa faute; il servira de bouchon
 quelque flacon de cristal, il sera clou avec des pingles, il
sera jett dans une eau immonde, il demeurera plusieurs annes en
sentinelle au trou d'une guille; de la gomme & de la pommade lui
colleront les ales. Envain il se fatiguera pour essaer de voler;
des vapeurs constipantes dessecheront son corps leger; il deviendra
comme une fleur fletrie; attach  une roe, il sera comme un
autre Ixion, expos  la fume d'un chocolat ardent; il brulera,
pouvant de cette vaste mer qu'il verra toujours cumante  ses
pieds.

Il dit, & aussi-tt les Silphes dociles descendirent & se posterent
autour de Belinde: ceux-l se nichent dans ses cheveux, ceux-ci se
jettent sur son vantail; d'autres accourent aux pendans d'oreilles.
Mais tous avec des coeurs palpitans & consternez, attendent le funeste
accomplissement des ordres du Destin.




CHANT III.


Dans ces agrables plaines, o la Tamise, qui les arrose, se plat
 contempler en elle-mme les superbes tours de Londre, on voit un
[1]Palais magnifique qui tire son nom du Village d'Ampton, dont il est
voisin. C'est-l que les Ministres Britanniques rglent la destine
des tats de l'Europe; & c'est-l, grande Reine Matresse de trois
Royaumes, que tu viens prendre & les avis de ton Conseil & du th.

[Note 1: Amptoncourt Maison Royale.]

Ce fut dans ces beaux lieux que la compagnie se rendit, pour
s'entretenir utilement pendant quelques heures. Les uns parlent d'une
visite rendu, d'autres d'un bal remarquable par la magnificence &
la galanterie; ceux-ci vantent la gloire de la Reine des Isles
Britanniques, ou la beaut d'un cran des Indes, & ceux-l
interprtent les mouvemens, les signes & les regards. On entend 
chaque mot fletrir une reputation; & s'il arrive que la conversation
soit pour quelques momens suspendu, l'vantail & la tabatiere la
soutiennent; on chante, on rit, on lorgne, & le reste.

Cependant le soleil toit plus qu' la moiti de sa course, &
dardoit plus obliquement ses rayons. Dja les Juges affamez se
htoient de signer leurs sentences, & les Criminels couroient se
faire pendre, pour laisser dner les Juges: les Marchands sortoient
de la Bourse pour s'en retourner chez eux, avec la tranquillit
ordinaire de leurs consciences; & les longs travaux de la toilette
avoient cess.

Belinde, que le dsir de la gloire anime, dfie au combat deux
redoutables Cavaliers, & veut seule dcider de leur destin; son
air triomphant annonce sa victoire prochaine. Trois escadrons qui
contiennent chacun le sacr nombre de neuf, prennent les armes;
Belinde range les siens en ordre. Aussitt la Garde arienne descend
avec rapidit, & se partage chacun selon son grade sur les joyeux
combattans; Ariel comme le chef, s'tablit sur le premier Matador;
car les Silphes se souvenant de leur origine, & d'avoir t femmes,
sont dlicats sur les prsances.

Quatre terribles Rois, que leurs moustaches blanches & leurs longues
barbes rendent encore plus majestueux, s'empressent de parotre sur
le champ de bataille; quatre belles Reines les accompagnent, & pour
marquer la douceur de leur Empire, elles portent des fleurs dans leurs
mains. Leurs fideles esclaves les suivent, la hallebarde  la main,
& le chapeau sur la tte: ils sont soutenus d'une troupe distingue,
par le nombre des devises & des figures. Alors Belinde dit: Que Pique
soit triomphe, & Pique fut triomphe.

Aussi-tt la fiere Herone fit agir ses noirs Matadors semblables
par leur audace aux chefs des Africains; l'invincible Spadille
entrane aprs lui deux triomphes enchanez: Deux encore plus
considerables tombent abbatus par Manille, qui marche avec tout
l'orgueil de la victoire: Baste parot ensuite, mais avec moins
d'avantage; il ne ramene qu'un triomphe avec un Plebeen.

Cependant le Roy de Pique s'avance d'un air venerable, avec un large
sabre  la main; il ne dcouvre qu'une de ses jambes: un ample
manteau cache le reste de sa personne. Un esclave rebelle ose le
dfier & l'appeller au combat: mais aussi-tt il tombe, victime de
la vengeance Royale; un esclave de Treffle a le mme destin.

O cruel sort de la guerre! ce fier [2]Quinola qui dans une autre
bataille et terrass Rois & Reines, & dtruit lui seul des Armes
entieres, tombe maintenant sans honneur sous cette pe victorieuse.

[Note 2: Allusion au jeu du Reversi, o le valet de Coeur est la
principale carte, & s'appelle le Quinola.]

Les deux Guerriers avoient ainsi ced jusqu'alors l'avantage 
Belinde; mais la fortune devient favorable au Baron, & ramene au
combat la vaillante Amazone compagne du Roy de Pique; elle court sur
le tyran des Treffles le blesse & lui fait vomir son ame noire: Que
lui sert le Diadme qu'il porte sur le front & ses gigantesques
membres? Que lui sert de traner une pompeuse robe, & de porter lui
seul entre tous les Monarques un globe dans sa main?

Le Baron sans perdre de tems conduit alors son escadron de Carreaux,
dont le Roy richement par, dans une attitude de profil, ne fait voir
que la moiti de son visage: il runit ses forces avec celles de
sa brillante compagne: tous deux renversent & mettent en desordre les
escadrons ennemis: On voit alors Coeurs, Carreaux & Treffles dispersez
& blessez tomber en differentes manieres, ainsi que des armes
Afriquaines & des bataillons Asiatiques; un grand nombre de Nations
differentes par leurs habits & par leurs couleurs est galement mis
en droute; les escadrons se poussent & s'accumulent en tombant;
une mme destine les envelope tous. Dans ce desordre un esclave de
Carreau,  la honte du sort, l'emporte sur la Reine des Coeurs.

Belinde s'tonne; elle tremble, & plit  la v du menaant
Codille: elle voit sa perte assure; mais il arrive ordinairement
dans les cas extrmes, que notre salut dpend des plus foibles
circonstances. L'As de Coeur se met en marche & s'avance: cependant le
Roy qui se tient cach dans les mains de Belinde, encore constern
d'avoir v traner sa femme captive, regarde cet As, & ne respirant
que la vengeance, s'lance sur lui & le dompte.

Belinde pousse alors un cri de joe en frapant des mains; les
valles, les montagnes & les fleuves en retentissent. Aveugles &
foibles mortels, toujours enflez dans la properit & abbatus dans
l'adversit! Bientt cette gloire s'vanoira, & ce memorable jour
sera  jamais dtest.

Mais dja les vases les plus prcieux de la Chine couvrent une
table; le caff s'crase & se rduit en poudre; une lampe s'allume;
l'esprit de vin produit une flamme azure: On dresse l'autel, selon
les crmonies du Japon; cette liqueur fumante qui charme deux sens
 la fois, se verse avec abondance, & remplit un nombre infini de
coupes. Les Silphes agits sont autour de la charmante Belinde: les
uns rafraichissent son caff, d'autres tendent leurs ales pour
garantir sa parure.

Le caff qui anime l'esprit des politiques, & qui dcouvre tout 
leurs yeux  demi fermez, inspire au Baron un heureux expedient pour
s'emparer de ces cheveux tant dsirez. Arrte, jeune prsomptueux,
arrte; respecte les Dieux, & crains le destin de Sylla[3]
transforme en oiseau: songe qu'elle paya cher l'offense des cheveux
de Nysus.

[Note 3: _Ovid. Metam._ lib 8.]

Oh combien de moyens se presentent aux hommes pervers pour accomplir
leurs mauvais desseins! Clarice laissa voir au Baron avec malignit
des ciseaux, qu'elle avoit tirez de sa poche, dans le tems qu'il avoit
l'esprit occup de son projet; il prend cette arme fatale des mains
de Clarice: ainsi dans les antiques tournois les Chevaliers recevoient
de leurs Dames ou la lance ou l'pe; le Baron arm de ces ciseaux
redoutables, les porte  la tte de Belinde, dans l'instant qu'elle
se baisse avec grace pour recevoir la fume du caff; mille Esprits
ariens volent aussi-tt, pour dfendre ses beaux cheveux.

Trois fois ils branlent ses pendans d'oreilles: trois fois Belinde
regarde derriere elle, & trois fois son ennemi se retire; le vigilant
Ariel vouloit pntrer sa pense: mais helas! tout son art ne lui
servit alors qu' dcouvrir un terrestre Amour cach dans le coeur
du Baron. Interdit & confus il cede  la destine & soupire de son
ignorance.

Le Baron rouvre d'une main hardie les cruels ciseaux, dans lesquels il
renferme adroitement la Boucle, & raprochant les deux pointes fatales,
il la coupe impitoyablement. Mais avant que ces deux pointes soient
runies, un Silphe zel s'lance au travers; le fer se rejoint & le
coupe en deux; mais les parties subtiles de l'arienne substance sont
aussi-tt runies.

Ainsi de leur sacr chef ces beaux cheveux furent separez & le furent
 jamais; une lumiere sortit comme un foudre des yeux de Belinde, les
Spheres en tremblerent. Non, on ne pousse point au Ciel des cris
aussi perans, lorsqu'un mari ou un chien bien-aim rend le dernier
soupir, ou quand une belle porcelaine tombe & que ses fragmens se
rduisent en poudre.

Que l'on me couronne de laurier, s'crioit le vainqueur, la Boucle
est  moi: je me glorifierai de cette glorieuse conqute, aussi
long-tems que les poissons se plairont dans l'eau, les oiseaux dans
les airs, & les femmes Britanniques dans des carosses dorez, aussi
long-tems que l'Atlantis[4] sera le, que les visites se rendront
aux jours solemnels, & que des bougies en grand nombre seront
mthodiquement arranges dans les cabinets: oui aussi long-tems que
les belles donneront des rendez-vous, & recevront de leurs amans des
bals & des ftes, mon triomphe & mon nom seront immortels.

[Note 4: Ouvrage du Chancelier Bacon.]

Le fer abat ce que le tems conserve: il fait tomber les hommes & les
monumens; il a dtruit les travaux des Dieux, renvers les tours de
Troye, couvert d'herbes Carthage, & ruin plusieurs fois Rome mme:
Ne t'tonne donc pas, O belle Nymphe, qu'il ait soumis tes cheveux 
sa force indomptable.




CHANT IV.


Cependant les divers mouvemens dont l'esprit de Belinde toit
agit, l'accabloient d'une cruelle inquietude. Non, un jeune Roy fait
prisonnier dans une bataille, une femme abandonne au mpris, un
amant desabus dans le tems de la joissance, un cruel tyran aux
approches de la mort, Cloris lorsqu'il manque un pli  son habit,
n'eurent jamais tant de dpit, de colere & de fureur, qu'il s'en
alluma, infortune Belinde, dans ton ame, pour cette Boucle qui te
fut ravie.

Ariel fondant en larmes abandonne la belle, suivi des autres Silphes.
Aussi-tt Ombriel, le plus mchant des Gnomes, impatient de quitter
la lumiere du jour, se prcipite au centre de la Terre, sjour digne
de lui. C'est-l que la caverne de l'Hypocondre est situe. Ombriel
y vole avec ses ales psantes; il cherche long-tems l'entre de la
caverne, & la dcouvrant  la fin, il s'y introduit.

Cette Region ne connot point les douces haleines des Zephirs; les
vents d'Orient avec toute leur malignit y soufflent sans cesse, &
la grote est si bien ferme, que l'air & les rayons du jour qu'on y
abhorre, n'y pntrent jamais.

Dans ce lieu, la Desse triste, ple & reveuse, est couche dans
un lit fait exprs pour entretenir ses noirs soucis: on voit la
Bisarrerie  ses ctez & la Migraine  sa tte.

Deux choeurs de filles gales en dignit, mais differentes par leurs
figures, environnent son thrne; la Mchancet y parot sous la
forme d'une Vierge antique; elle a la peau rude, noire & ride, les
mains pleines de prieres, & le sein rempli de satyres.

L se voit aussi l'Affectation, qui malgr son air infirme, porte
des roses nouvelles sur ses jous: soit ostentation ou maladie, elle
s'enveloppe dans ses habits; elle s'vanoit avec grace, elle est
fiere dans sa langueur; & pour des maux qu'elle attend, elle s'enfonce
nonchalamment dans le duvet d'un lit magnifique; c'est ainsi que nos
belles ont l'art de feindre, & de se parer avec art d'une negligence
qui releve leurs agrmens.

Une ternelle vapeur environne ce Palais, & au milieu de ces
broillards pais voltigent mille fantmes. L paroissent des
Furies armes de serpens entortillez, des spectres, des tombeaux
ouverts, des feux bleatres, des lacs d'or, des dmes de cristal, &
mille autres objets phantastiques.

Une foule innombrable de corps transformez par la Desse s'offre aux
regards; des vases de differente espece sont animez, & marchent[5]
comme les trpieds d'Homere. Ici l'or pleure, l'airain gmit,
l'argille se plaint, & le cristal soupire.

[Note 5: Hom. Iliad. 18.]

Le Gnome arrive en suret, portant dans sa main le rameau salutaire.
Il s'adresse  la Desse, la salue & lui dit: Lunatique Reine, vous
qui gouvernez le beau sexe, depuis le troisime jusqu'au neuvime
lustre, & mme par de-l; je vous salue, mere des esprits bisarres,
source feconde des vapeurs & des penses des femmes, vous qui
gouvernez leurs ttes, qui dirigez leurs cerveaux, qui rendez
celle-l Medecin, celle-ci Auteur: c'est par vous qu'elles deviennent
capables d'inventer des sistmes, & de faire des vers: c'est vous qui
enseignez  la prude  faire des visites ennuyeuses.

Il est une Nymphe sur la Terre qui mprise votre pouvoir, & qui d'un
mot & d'un regard peut donner  mille coeurs de l'amour & du plaisir.
Mais si votre Gnome malfaisant, votre fidele Ministre, a quelquefois
drob un agrment, ou plac un bouton sur un beau visage; si
je peignis souvent les jous livides des vieilles coquettes d'un
vermillon jaune; si je plaai des cornes ariennes sur des ttes
follement jalouses; si je chiffonnai des juppes & mis des lits en
desordre, pour faire natre des soupons injustes o regnoit la
fidelit; si par malice j'ai drang une coeffure, rendu malade un
petit chien, & tir pour lui des larmes des plus beaux yeux; coutez
moi, Desse, rendez en ma faveur Belinde hypocondriaque, & tout
l'univers aussi-tt deviendra comme elle.

Il dit, & la Desse avec un front ddaigneux parot lui refuser
la grace, & cependant la lui accorde. Aussi-tt elle prend un Outre,
semblable  celui qu'Ulisse remplt de vent; elle y renferme tout
ce que la nature a donn de force aux femmes pour pleurer, quereller,
soupirer, & crier; elle met au fond d'une bouteille enfume les
horreurs de la crainte, avec lesquelles elle mle la tristesse, & les
envies delayes ensemble.

Le Gnome rejoui de ce present funeste, part & retourne sur la Terre.
Il trouve Belinde dans les bras de Talestris son amie, les yeux
baissez & les cheveux pars; aussi-tt il dchire l'outre sur
leur tte: les passions, les fureurs sortent  l'instant; Belinde
s'enflme d'une colere plus qu'humaine, & Talestris l'excite &
l'embrase. Elevant la voix & les mains vers le Ciel, elle s'crie:

O malheureuse fille! (Amptoncourt retentit de ses cris, & les chos
lugubres repetent ces tristes mots: malheureuse fille!) Quoi tant
d'essence, dit-elle, de poudre & de pommade, tant de soins assidus
n'auront-ils t employez que pour cet audacieux? Est-ce pour lui
qu'on passa si souvent ces belles boucles dans un fer tortueux, & que
cette tte dlicate souffrit mille tourmens? Quel triomphe pour
le ravisseur! quel sujet d'envie pour les autres amans! quel sera
l'tonnement des femmes vertueuses! Non, l'honneur ne le permettra
pas, cet honneur  qui nous devons tout sacrifier, les plaisirs, le
repos & jusqu' la raison. Je comprends, Belinde, toute l'tendu
de ta juste douleur; j'entends dja les discours railleurs; je vois
les souris outrageans & les regards pleins de malignit; tu ne seras
plus la beaut regnante, te voil dgrade. Comment  l'avenir
aurai-je moi-mme le courage & l'esprit de dfendre ton honneur
perdu? Puis-je encore me dclarer ton amie? Cette amiti ne me
sera-t-elle pas desormais honteuse? attend-toi que tes cheveux qui
viennent d'tre coupez, seront indignement renfermez dans un cristal
entour de Diamans. Tu les verras porter en triomphe par ces mmes
mains qui te les ont ravis: ah! que plutt l'air, la mer, la terre,
les hommes, les singes, les bichons, les perroquets retombent dans le
cahos.

Elle dit, & se prcipitant avec des yeux tincelans sur le Chevalier
de Plume, elle lui commande, comme  son amant, d'un ton absolu,
de reconquerir la Boucle fatale. Le Chevalier dans ce moment toit
occup, & ce n'toit pas sans raison,  faire admirer sa tabatiere
d'ambre & la pomme marquete de sa canne, avec un visage rond &
panoi, qui marquoit le vuide de ses penses; il coute Talestris
en ouvrant des yeux tonnez, & d'un ton gracieux en prenant du tabac
il dit au Baron: pourquoi donc? Que diable est ceci? Que maudite soit
cette Boucle; mais morbleu il convient d'tre civil: tu badines, & ce
badinage n'est pas en sa place: allons, donne moi ces cheveux, je t'en
prie.

En achevant ce discours, il frappe de nouveau sur sa tabatiere. Je
suis fch, rpond le Baron, qu'un Orateur si loquent parle en
vain; mais par la sacre Boucle, oui[6] par cette Boucle sacre, qui
desormais ne sera plus unie  son chef, & qui separe d'une si belle
tte ne recevra plus en croissant de gloire nouvelle; je jure par
elle, que je la porterai  mon bras victorieux, jusqu' mon dernier
soupir. En prononant ces mots, il dploya la Boucle d'un air
triomphant.

[Note 6: Imitation d'Homere.]

Alors l'impatient Ombriel casse la bouteille; la Tristesse en sort:
Belinde pnetre de douleur tient les yeux & la tte baisse, &
fondant en larmes, elle regarde Talestris en lui disant: O jour 
jamais douloureux & dtest, o mes cheveux & mon repos me sont
ravis! Quel bonheur pour moi, si je n'avois jamais v Amptoncourt!
Mais je ne suis pas la premiere fille  la Cour que l'Amour ait
trahie. Helas, ajouta-t-elle, que ne m'a-t-on plutt laisse dans
une Isle dserte, ou bien dans les terres Septentrionales, o l'on
ne prend point de caff, & o le jeu d'ombre est inconnu! J'aurois
prserv des regards des mortels ce qu'il y a d'aimable en moi; je
me serois fanne & teinte comme la rose sur sa propre tige.
Qui porta mon esprit  me promener avec le Baron? Que ne suis-je
demeure oisive & ennuye dans ma maison, ou que n'ai-je ajout foi
aux signes qui m'ont frape ce matin! Trois fois ma main chancelante
est tombe sur ma pommade, & j'ai v, sans la moindre haleine de
vent, trembler les porcelaines sur ma table: Mirine tout  coup est
devenue furieuse; mon perroquet a gard un profond silence, & jamais
mon Silphe ne m'offrit rien qui marqut plus clairement ce qui me
devoit arriver en ce jour.

Voi ces restes malheureux de ma tte blonde; O malheureux restes!
Ne crains point, Belinde, d'arracher toi-mme ce que le Ravisseur
a pargn. O destin cruel! triste souvenir de mes Boucles si bien
frises, qui tomboient avec tant de grace sur mes paules! Helas, il
ne m'en reste plus qu'une, qui prvoit sa triste destine dans celle
de sa compagne: elle attend le ciseau fatal; viens donc, Traitre:
ravis-la encore d'une main sacrilege. Ah! cruel, pourquoi m'as-tu
derob cette Boucle si glorieusement expose  la vu des humains?




CHANT V.


C'est ainsi que Belinde parla, & sa douleur attendrit tous ceux qui en
furent les tmoins; mais les Dieux & la Destine avoient ferm
les oreilles au Baron. Les reproches & les menaces de Talestris sont
inutiles: s'il est insensible aux larmes de l'aimable Belinde, qui
pourra l'mouvoir? C'est vainement qu'on lui parle: Ene fut moins
insensible aux prieres d'Anne & au desespoir de Didon.

Cependant, Clarice, la grave Clarice, agite son vantail d'un
air prcieux, elle en mesure les mouvemens avec une complaisance
attentive: un profond silence s'observe, elle prend enfin la parole, &
dit:

A quoi servent les louanges & les honneurs que les Sages & le
Vulgaire rendent  la beaut? Quel avantage tire-t-elle des
dpoilles que lui offrent & la terre & la mer comme un tribut
pour la parer & la rendre encore plus clatante? A quoi nous sert de
parotre avec tant de pompe aux promenades, & d'tre exposes dans
les spectacles aux regards, aux soupirs, & au culte d'un si grand
nombre d'adorateurs, qui nous nommant des Anges, nous traitent en
effet comme si nous tions des cratures clestes? Gloire funeste,
tourmens rels, si l'esprit ne conserve pas ce que la beaut
acquiert, & si l'on ne dit en regardant un beau visage: cette femme a
plus encore d'avantage sur les autres par sa conduite qu'elle n'en a
par sa beaut. Ah! si la danse ou la parure pouvoient nous garantir
d'une petite verole, nous dfendre contre les rides, & empcher nos
cheveux de blanchir, qui voudroit se soumettre au poids &  l'ennui
des affaires domestiques? Y a-t il quelque dvote qui ne voult 
ce prix tre coquette & se farder? Personne du moins ne seroit
en droit de la censurer. Mais puisqu'enfin la beaut fragile se
dtruit, soit que l'on se pare ou qu'on se nglige, soit que l'on se
farde ou qu'on ne se farde pas, que nous reste-il, si ce n'est d'user
de ce qui dpend de nous, & d'acquerir de l'esprit, & de la raison,
pour suppler  la perte de la beaut. L'esprit l'emporte sur elle;
c'est vainement que les yeux des flateurs se trouvent de son ct:
quelques charmes qu'elle ait, l'esprit gagne plus surement les coeurs:
Croyez-moi, ma chere, quand les plaintes & les cris sont inutiles,
nous devons plaisanter nous-mmes de ce qui nous arrive de fcheux.
Ainsi parla Clarice, & personne n'applaudit  son discours hors de
saison.

Belinde frona le sourcil, & Talestris regardant la harangueuse d'un
air malin, l'appella fausse prude. Ce fut le premier signal du combat;
un bruit terrible d'vantails & de panniers se fait entendre; les
Heros & les Herones se mlent: les cris & les battemens de mains
retentissent jusqu'aux Cieux. Comme les combattans ne se servent pas
d'armes vulgaires, les blessures mortelles qu'ils y reoivent, ne
leur donnent pas la mort: c'est ainsi que le divin Homere, dans ses
batailles, nous fait voir les coeurs clestes enflammez d'une colere
humaine.[7] Tout l'Olimpe est en feu; Pallas combat contre Mars,
Apollon contre Mercure; Jupiter clate dans les airs, & fait trembler
les Spheres; Neptune forme des temptes, fait mugir les abmes, &
par les coups redoublez de son redoutable trident, entr'ouvrant la
terre, frappe d'un rayon de lumiere les yeux des Ombres pouvantes.

[Note 7: Hom. Iliad. 20]

Le triomphant Ombriel agitant ses ales joyeuses, voit le combat
& s'en applaudit; les autres Gnomes appuyez sur les pingles des
femmes, comme des Soldats sur leurs lances, animent les combattans &
rendent le combat encore plus terrible.

Cependant Talestris en furie renverse les escadrons ennemis, & ses
beaux yeux portent par tout la mort; elle terrasse d'un seul coup
(exploit illustre!) le plus bel esprit des petits Matres, & un
autre encore des plus galans, le premier meurt, en profrant une
Mtaphore; O cruelle Nymphe, dit-il, je meurs d'une mort qui me
ressuscite; il tombe sur un sige en prononant ces mots. Le second
avec des yeux  demi fermez, & pleins d'une douce langueur, chante
ces paroles.....[8] Ah tes beaux yeux sont faits pour donner la mort,
ils sont faits...... il finit sans achever; c'est ainsi que le Cigne
mlodieux expire, en chantant sur le rivage fleuri du Meandre.

[Note 8: Air de l'Opera de Camille, en Anglois.]

Le Chevalier de Plume, Cavalier intrepide, dont la rputation vole
jusqu'aux extrmitez de l'univers, marche  Clarice pour la mettre
hors de combat. Clo qui l'en empche, le blesse d'un de ses
regards, elle en pousse au Ciel un cri de triomphe & de joye;
mais contente d'avoir bless un Chevalier si redoutable, elle le
ressuscite aprs, par un sourire.

Cependant le pere des Dieux & des Hommes leve dans l'air sa balance
dore; il pese avec attention les cheveux de la belle & l'esprit de
nos petits Matres: la balance incertaine vacille quelques moments;
mais enfin l'esprit monte en haut, & les cheveux tombent en bas.

La fiere Belinde s'lance sur le Baron, avec des regards foudroyans
qu'il n'avoit jamais prouvez, lui qui ne cherchoit qu' mourir des
coups de son ennemie. Elle vole au combat, quoiqu'il soit ingal; la
belle aussi-tt le renverse du bout du doigt, & lui jette abondamment
du tabac dans le visage; le Gnome en dirige tous les atomes; le
Baron pleure, ternue & fait retentir la salle: Cede  ton destin,
s'crie Belinde, en tirant de son ct une grande guille de
tte.

Cette guille d'or fut autrefois un Medaillon que son Bisayeul avoit
coutume de porter  son cou: sa Bisayeule l'ayant fait fondre en
avoit compos une boucle, qui servit  sa ceinture de veuve. Elle en
fit ensuite des grelots pour le hochet de la grand-mere de Belinde,
& ce grelot fut encore chang par sa fille en une longue guille,
qu'elle porta long-tems  la tte, & dont Belinde hrita.

Ne te glorifie point de ma chute, ennemie trop insultante, s'crie le
Baron: tu seras renverse  ton tour par un autre. Ne crois pas que
la mort m'pouvante: tout ce que je crains, est de te perdre; mais
laisse moi vivre, pour mourir & ressusciter sans cesse. Rend la
Boucle, s'crie la fiere Belinde: les voutes du Palais retentissent
de ces mots imperieux mille fois repetez.

Le fier[9] Otelle toit moins furieux au sujet du fatal mouchoir,
que Belinde ne le parut au sujet de sa Boucle; mais comme les dsirs
orgueilleux sont souvent confondus & que les plus grands Capitaines
perdent quelques fois le fruit de leurs travaux, la Boucle cache
avec soin est envain cherche de tous ctez.

[Note 9: Tragedie Angloise.]

Mais qu'aucun mortel ne se vante de l'avoir en sa possession: le Ciel
le veut ainsi, qui peut lui resister?

Il court cependant un bruit parmi le Vulgaire, que cette Boucle est
monte  la Sphere de la Lune, o tout ce qui se perd sur la terre
est conserv avec soin; c'est-l que dans des vases massifs on
garde l'esprit des Heros, & que dans de petits tuits & de belles
tabatieres, on conserve celui des petits Seigneurs effeminez; on
y voit les coeurs des Amans enchanez par des rubans de toutes
couleurs; c'est encore dans ce mme lieu que l'on trouve[10] les
aumnes faites  la mort, les voeux enfrains, les promesses des
courtisans, les agasseries des femmes galantes; enfin c'est l qu'on
trouve des cages pour les cousins, des chanes pour les puces, des
papillons dseichez, & tous les volumes des Casuistes.

[Note 10: _Ariosto Cant._ 34.]

Il en faut croire, ma Muse, qui a v la Boucle monter au Ciel
avec tant de rapidit, que les seuls yeux potiques pouvoient
l'appercevoir & la suivre; c'est ainsi que Procule vit seul le
Fondateur de Rome monter au Ciel.

Dja cette Boucle attache au Firmament est change en toile, &
conduit avec elle une lumiere chevelu, plus claire & plus brillante
que la celebre chevelure de Berenice; les Silphes ses amis la suivent,
& accompagnent son cours dans le Ciel. Les jeunes gens & les femmes
dont le coeur est tendre, iront dans le [11]Parc la saluer par leurs
chants harmonieux, ils l'attendront comme l'toile de Venus, & lui
adresseront leurs voeux pour le Lac de [12]Rosemonde. [13]Partrige
l'observera dans un tems serein avec les yeux de Galile[14], & ce
celebre Devin y pourra lire la destine de Rome & de Lois.

[Note 11: Le Parc de S. James, promenade de Londre.]

[Note 12: Le Lac de Rosemonde est une grande Pice d'eau dans
le Parc de S. James. Il tire son nom d'une Maitresse d'un Roi
d'Angleterre nomme Rosemonde, & est fameux par le dsespoir de
plusieurs Amans qui s'y sont prcipitez.]

[Note 13: Partrige toit un celebre Astrologue d'Angleterre, qui
dans les Almanacs qu'il publioit tous les ans, prdisoit toujours la
destruction de la Papaut, & la mort de Lois XIV. ce qui le rendit
extrmement ridicule, mme parmi les Anglois.]

[Note 14: Galile passe pour l'Inventeur des Lunettes
Astronomiques, quoique d'autres en attribuent l'invention  Jacques
Metius.]

Et toi belle Nymphe, cesse de t'affliger & de regretter ta Boucle
enleve: songe que la lumiere de tes beaux yeux, aprs avoir caus
la mort de mille coeurs, s'teindra  la fin, & que l'clat de tes
tresses blondes passera; mais ces cheveux que ma Muse a consacrez,
avec le beau nom de Belinde, regneront ternellement parmi les
Astres.


De l'Imprimerie de PAULUS-DU-MESNIL.




_APPROBATION_

J'ay l par Ordre de Monseigneur le Garde des Sceaux un Manuscrit
intitul, _La Boucle de Cheveux enleve, Pome Herocomique de
Mr. Pope, traduit de l'Anglois par M...._ & je n'y ai rien trouv qui
puisse en empcher l'impression. Fait  Paris le 10 Aot 1728.

GALLYOT.


_PRIVILEGE DU ROY._

Louis par la grace de Dieu Roy de France & de Navarre: A nos amez &
feaux Conseillers, les Gens tenans nos Cours de Parlement, Matres
des Requtes ordinaires de notre Htel, Grand Conseil, Prevt
de Paris, Baillifs, Senechaux, leurs Lieutenans Civils & autres nos
Justiciers qu'il appartiendra, SALUT. Notre bien am Franois
le Breton pere; Libraire  Paris; nous ayant fait supplier de lui
accorder nos Lettres de permission pour l'impression d'un manuscrit
qui a pour titre: _La Boucle de Cheveux enleve, Pome Herocomique
de Mr. Pope, traduit de l'Anglois_; Offrant pour cet effet de le faire
imprimer en bon papier & beaux caracteres suivant la feuille imprime
& attache pour modele sous le contrescel des presentes, Nous lui
avons permis & permettons par ces presentes de faire imprimer ledit
Livre ci-dessus specifi en un ou plusieurs volumes, conjointement
ou separement, & autant de fois que bon lui semblera sur papier &
caracteres conformes  ladite feuille imprime & attache sous
notredit contrescel, & de le vendre, faire vendre & dbiter par
tout notre Royaume pendant le tems de trois annes consecutives, 
compter du jour de la date desdites presentes; Faisons dfenses 
tous Libraires-Imprimeurs & autres personnes de quelque qualit &
condition qu'elles soient d'en introduire d'impression trangere dans
aucun lieu de notre obssance. A la charge que ces presentes seront
enregistres tout au long sur le Registre de la Communaut des
Libraires & Imprimeurs de Paris dans trois mois de la date d'icelles;
que l'impression de ce Livre sera faite dans notre Royaume & non
ailleurs, & que l'imptrant se conformera en tout aux Reglemens de
la Librairie & notamment  celui du 10 Avril 1725, & qu'avant que de
l'exposer en vente, le manuscrit ou imprim qui aura servi de
copie  l'impression dudit Livre sera remis dans le mme tat o
l'approbation y aura t donne s mains de notre trs-cher &
feal Chevalier Garde des Sceaux de France le sieur Chauvelin; &
qu'il en sera ensuite remis deux Exemplaires dans notre Bibliotheque
publique, un dans celle de notre Chteau du Louvre, & un dans celle
de notredit trs-cher & fal Chevalier Garde des Sceaux de France
le sieur Chauvelin, le tout  peine de nullit des presentes. Du
contenu desquelles vous mandons & enjoignons de faire jouir l'Exposant
ou ses ayans cause pleinement & paisiblement, sans souffrir qu'il
leur soit fait aucun trouble ou empchement. Voulons qu' la copie
desdites presentes qui sera imprim tout au long au commencement
ou  la fin dudit Livre foi soit ajoute comme  l'original.
Commandons au premier notre Huissier ou Sergent de faire pour
l'execution d'icelles tous actes requis & necessaires sans demander
autre permission, & nonobstant clameur de Haro Charte Normande
& Lettres  ce contraires. Car tel est notre plaisir. Donn 
Fontainebleau le treizime jour du mois de Septembre, l'an de grace
mil sept cent vingt-huit, & de notre Regne le quatorzime. Par le Roy
en son Conseil.

NOBLET.

_Registr sur le Registre VII. de la Chambre Royale des Imprimeurs
& Libraires de Paris lb. 210 fol. 178. conformement aux anciens
Reglemens confirmez par celui du 28 Fvrier 1723. A Paris le 7
Septembre 1728._

J.B.COIGNARD, _Syndic_.






End of Project Gutenberg's La boucle de cheveux enleve, by Alexander Pope

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA BOUCLE DE CHEVEUX ENLEVE ***

***** This file should be named 25680-8.txt or 25680-8.zip *****
This and all associated files of various formats will be found in:
        http://www.gutenberg.org/2/5/6/8/25680/

Produced by Pierre Lacaze. This file was produced from
images generously made available by the Bibliothque
nationale de France (BnF/Gallica)


Updated editions will replace the previous one--the old editions
will be renamed.

Creating the works from public domain print editions means that no
one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
(and you!) can copy and distribute it in the United States without
permission and without paying copyright royalties.  Special rules,
set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark.  Project
Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
charge for the eBooks, unless you receive specific permission.  If you
do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
rules is very easy.  You may use this eBook for nearly any purpose
such as creation of derivative works, reports, performances and
research.  They may be modified and printed and given away--you may do
practically ANYTHING with public domain eBooks.  Redistribution is
subject to the trademark license, especially commercial
redistribution.



*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK

To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
distribution of electronic works, by using or distributing this work
(or any other work associated in any way with the phrase "Project
Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
Gutenberg-tm License (available with this file or online at
http://gutenberg.net/license).


Section 1.  General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
electronic works

1.A.  By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement.  If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.net

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.

1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.net),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH F3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including including checks, online payments and credit card
donations.  To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.net

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
