Project Gutenberg's Oeuvres potiques Tome 1, by Christine de Pisan

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Title: Oeuvres potiques Tome 1

Author: Christine de Pisan

Release Date: March 27, 2006 [EBook #18061]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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               OEUVRES POTIQUES DE CHRISTINE DE PISAN

                              PUBLIES

                            MAURICE ROY

                            TOME PREMIER

          BALLADES VIRELAIS, LAIS, RONDEAUX, JEUX A VENDRE
                     ET COMPLAINTES AMOUREUSES



                               PARIS
                 LIBRAIRIE DE FIRMIN DIDOT ET Cie
                           RUE JACOB, 56

                           M DCCC LXXXVI

Reprinted with the permission of the Socit des Anciens Textes
Franais


                   JOHNSON REPRINT CORPORATION
             111 Fifth Avenue, New York, N.Y. 10003
                 JOHNSON REPRINT COMPANY LIMITED
               Berkeley Square House, London. W. 1




INTRODUCTION


Une vie complte de Christine de Pisan ne pourra tre utilement
labore que le jour o les oeuvres de cette clbre femme auront t
entirement publies et seront enfin sorties de l'oubli dans lequel
elles demeurent injustement depuis plus de quatre sicles. Nous
tenterons de l'crire si nous russissons  mener  bonne fin la
tche que nous nous sommes impose. A l'heure prsente il semble plus
prudent de donner seulement au lecteur un simple aperu biographique,
contenant quelques notions indispensables, et de lui indiquer
rapidement les sources principales auxquelles il pourra puiser de plus
amples informations:

Jean Boivin.--Vie de Christine de Pisan (_Mmoires de l'Acadmie des
Inscriptions et Belles-Lettres_, II (1736), p. 704-14).

Abb Sallier.--Notice sur Christine de Pisan (_Mmoires de l'Acadmie
des Inscriptions_, XVII (1751), p. 515-25).

Mlle de Kralio.--_Collection des meilleurs ouvrages composs par des
dames_. Paris, 1787, II.

Raimond Thomassy.--_Essai sur les crits politiques de Christine de
Pisan_. Paris, 1838.

Robineau.--_Christine de Pisan, sa vie et ses oeuvres_. Saint-Omer,
1882.

Friedrich Koch.--_Leben und Werke der Christine de Pizan_. Goslar,
1885.

Indpendamment des indications fournies par les ouvrages prcits, de
nombreuses et consciencieuses recherches, tant dans les archives de
France que dans celles d'Italie, pourront seules donner des dtails
biographiques ignors jusqu'ici.

Une tude approfondie de l'ensemble de l'oeuvre de Christine apportera
en mme temps un prcieux contingent  l'histoire de sa vie, de son
influence littraire. Car dans ses travaux mmes l'auteur s'est plu 
parler de ses propres impressions,  soulever discrtement le voile
de sa vie,  retracer ses joies et ses malheurs; mais de toutes ses
compositions la _Mutation de Fortune_ et la _Vision_ ont t surtout
les dpositaires de ses sentiments personnels.

Voici quant  prsent les grands traits de la vie de notre pote:

Christine de Pisan naquit  Venise vers 1363. Son pre, homme
distingu, avait pous la fille d'un conseiller de la Rpublique
vnitienne, charge  laquelle l'appelrent bientt lui-mme l'estime
et la considration de ses compatriotes. Thomas de Pisan jouissait en
mme temps d'une grande rputation de philosophe et d'astrologue. La
renomme de son savoir et de son mrite tant parvenue jusqu' la cour
de France, Charles V lui fit des offres avantageuses pour l'attirer et
l'attacher  sa personne. Notre savant italien ayant obtenu, avec
les bonnes grces du souverain, une place dans le Conseil royal, se
rsolut bientt  adopter une nouvelle patrie et fit venir auprs de
lui toute sa famille. Sa femme et la jeune Christine, ge seulement
de cinq ans, magnifiquement pares de riches costumes vnitiens,
arrivrent au Louvre (1368) et furent prsentes au roi qui leur fit
le plus gracieux accueil.

leve au milieu de cette cour de France, alors aussi renomme par
sa magnificence que par la distinction des personnes qui la
frquentaient, Christine de Pisan y dveloppa par une instruction
soigne, par une ducation empreinte du meilleur ton et des sentiments
les plus recherchs, les prcieuses dispositions dont la nature avait
si heureusement dot son intelligence suprieure. A peine fut-elle
parvenue  sa quinzime anne (1378) que les charmes de son esprit
et de sa personne la firent rechercher d'un grand nombre de
gentilshommes, mais son pre fixa son choix sur un jeune homme d'une
bonne maison de Picardie, Etienne du Castel, dont les qualits et le
mrite tenaient lieu des avantages de la fortune.

L'avenir qui semblait s'ouvrir plein de promesses heureuses pour ces
jeunes poux, rservait cependant  Christine de dures preuves;
les premires annes de son mariage furent le point de dpart de ses
infortunes et de ses malheurs. Le roi mourut le 16 septembre 1380.
Thomas de Pisan, dchu de son crdit et loign de la Cour, ne
survcut que quelques annes  son matre et  son bienfaiteur.
tienne du Castel, par sa valeur personnelle et par l'influence que
lui donnait sa charge de secrtaire du roi, continuait encore les
traditions de la famille de son beau-pre, lorsqu'il fut emport
lui-mme par une maladie contagieuse  l'ge de 34 ans (1389).
Christine qui n'avait que 25 ans reste veuve avec trois enfants.
Plonge dans sa profonde douleur elle est encore attriste par de
nombreux procs avec des dbiteurs de mauvaise foi et par des pertes
d'argent qui en furent la consquence; c'est alors qu'elle demande au
travail,  la posie,  la littrature, la consolation et l'oubli de
ses peines. Elle commence une vie nouvelle, entirement consacre 
l'tude, mais plus heureuse en douces satisfactions. Son talent se
rvlera d'abord dans des posies lgres, pleines de charme et de
saveur, jusqu'au jour o l'essor de son gnie l'lvera  la hauteur
des grandes compositions qui ont immortalis son nom.




DESCRIPTION DES MANUSCRITS


Christine de Pisan, que sa situation prcaire avait engage 
tirer parti de son instruction et de son remarquable talent, devait
rechercher avec empressement toute occasion destine  lui procurer
quelques ressources. Aussi fit-elle excuter un grand nombre de copies
de ses oeuvres, afin de les offrir aux princes et aux riches seigneurs
auxquels leur amour pour les lettres et la rputation de l'auteur
faisaient un devoir d'apprcier ces gracieux hommages  leur juste
valeur. Cette multiplicit de manuscrits rend aujourd'hui plus
lourde et plus difficile la tche que doit s'imposer tout diteur
consciencieux. En raison de cette considration nous avons cru
prfrable de prparer pour chaque tome une prface donnant la liste
et l'apprciation des manuscrits renfermant les oeuvres que nous
devons publier.

Notre riche Bibliothque nationale possde plusieurs recueils
contenant les posies dont nous offrons le texte dans ce premier
volume.

_A_.--(Bibl. Nat. F. franais 835, 606, 836 et 605). Ces quatre
volumes forment le ms. qui doit servir de base  cette dition,
l'excution en fut prpare et surveille par Christine elle-mme qui
le destinait au duc de Berry; il est ainsi dcrit dans les Inventaires
publis par M. L. Delisle[1].

[Note 1: _Le Cabinet des manuscrits de la Bibliothque nationale_,
III, p. 193.]

  Un livre compil de plusieurs balades et ditis, fait et compos
  par damoiselle Cristine de Pisan, escript de lettre de court,
  bien histori et enlumin, lequel Monseigneur a achet de la dite
  damoiselle 200 escus.--_Tous mes bons jours._--50 liv. (valuation
  faite  la requte des excuteurs testamentaires du duc
  de Berry).--_Inventaire de l'anne 1413, Arch. nat. KK
  258._--_Inventaire de l'anne 1416, Bibl. Sainte-Genevive, mss.
  L. 54 f._--Baill  la Duchesse de Bourbonnais.

M. L. Delisle n'a pas rapport cette mention au ms. de la Bibl.
nat. qui porte actuellement le n 835 du fonds franais parce qu'une
interversion de feuillets l'a empch d'tablir la concordance du
premier vers du second feuillet, _Tous mes bons jours._

Cette identification reconnue, nous devons en outre faire remarquer
que le ms. de la bibliothque du duc de Berry est aujourd'hui divis
en quatre fragments portant les numros 835, 606, 836 et 605. Les
oeuvres que renferment ces quatre tomes offrent une numrotation
continue, ainsi qu'il suit:

Le ms. 835 contient les articles 1  13:

1 Cent Ballades.
2 Virelais.
3 Ballades d'estrange faon.
4 Lais.
5 Rondeaux.
6 Jeux  vendre.
7 Ballades de divers propos.
8 pitre au dieu d'Amours.
9 Complainte amoureuse.
10 Le Dbat de deux Amants.
11 Le Dit des trois jugements amoureux.
12 Le Dit de Poissy.
13 Les pitres sur le Roman de la Rose.

Le ms. 606 renferme l'art. 14:

14 L'pitre d'Otha.

Le ms. 836 comprend les art. 15  21:

15 Le Chemin de long estude.
16 Les Enseignements moraux.
17 Oraison Notre Dame.
18 Les quinze joies Notre Dame.
19 Le Dit de la Pastoure.
20 Oraison Notre Seigneur.
21 Le duc des vrais amants.

Enfin le ms. 605 complte le vol. par les art. 22  25.

22 pitre  la Reine Isabelle.
23 pitre  Eustache Morel.
24 Proverbes moraux.
25 Le livre de Prudence.

Ces divers numros d'articles, indiquant l'ordre dans lequel
les diffrentes pices ont t transcrites, permettent ainsi de
reconstituer d'une faon certaine l'ensemble du ms. tel qu'il tait
 l'origine. D'ailleurs, si quelque doute subsistait encore aprs ce
rapprochement pourtant bien caractristique, il serait vite dissip
par un examen sommaire de l'criture, de la disposition identique
des quatre fragments, de l'enluminure des miniatures ou des lettres
ornes, dues certainement  la mme plume et au mme pinceau.

M. Paulin Paris[2] avait dj reconnu l'ancienne composition du ms.
pour les fractions portant les numros 835, 836 et 605, mais il n'a
pas reconstitu la totalit du volume. M. L. Delisle a galement
souponn cette corrlation sans l'expliquer et en l'tendant plus
qu'il n'est lgitime, car il semble faire rentrer dans la mme famille
des mss. tout  fait disparates[3].

[Note 2: _Manuscrits franois de la Bibl. du Roi_, V, 180, et VI,
399, 402.]

[Note 3: _Inventaire des mss. franais_, I, p. 74.]

Cette division existait d'ailleurs ds le commencement du XVIe sicle,
ainsi qu'il est permis de le constater par trois mentions que la mme
main a traces  cette poque sur le premier feuillet de garde coll
aujourd'hui  la reliure des mss. 835, 606 et 605. La premire note
indique les oeuvres contenues dans le fragment 835, la seconde (ms.
606) est ainsi conue: En ce livre a cent une hystoire et XLVI
feuilletz escriptz, et fut reveu par frere ____ le IIe jour de avril
Mil V c et dix, la troisime mention donne la mme date. Il est
donc probable qu' l'origine le ms. se trouvait en cahiers simplement
rattachs entre eux, mais non recouverts d'une reliure, et que pour
le consulter plus facilement on le spara bientt en plusieurs parties
qui furent relies et inventories comme autant de livres diffrents.
Le fragment 835 fut d'abord reli en velours rouge, aujourd'hui il
l'est en maroquin rouge aux armes de France sur les plats,  la fleur
de lis sur le dos; le ms. 836 tait galement recouvert de velours
rouge, et aujourd'hui de veau racine au chiffre de Louis XVIII sur
le dos. Quant  la reliure des autres fractions elle parat avoir t
identique, ainsi qu'il rsulte des renseignements que l'on trouvera
plus loin dans l'inventaire de la Bibliothque des ducs de Bourbon.

Ces diffrents fragments runis forment un superbe ms. compos des
principales posies de Christine, ne comprenant pas moins de 269
feuillets et illustr de 125 jolies miniatures.

Cette reconstitution nous permet en outre de fixer d'une faon prcise
l'poque de la confection du recueil. En effet, l'oeuvre la plus
rcente qui y soit insre doit tre sans aucun doute les _pitres sur
le Roman de la Rose_ en tte desquelles se trouve la lettre d'envoi
adresse  la reine Isabelle et date de l'avant-veille de la
Chandeleur 1407. C'est donc dans un intervalle de quatre ans, entre
1408 et 1413 (date du premier inventaire mentionnant le vol. de
Christine) que notre ms. a t prpar et offert au duc de Berry.
L'importance de l'ouvrage et la valeur des oeuvres qu'il renferme
expliquent maintenant tout le prix que Jean de Berry devait y attacher
et la gnrosit (200 cus) avec laquelle il sut reconnatre l'hommage
de l'auteur. Il avait du reste accueilli avec beaucoup de grce et
de largesse le _Livre du Chemin de longue tude_ le 20 mars 1403,
le _Livre de la Mutation de Fortune_ en mars 1404[4], les _Faits et
Bonnes moeurs de Charles V_, le 1er janvier 1405, les _Sept Psaumes_,
le 1er janvier 1410; il reut encore plus tard, les _Faits d'Armes et
de Chevalerie_, le 1er janvier 1413, et le _Livre de la Paix_ le 1er
janvier 1414; sa riche bibliothque renfermait aussi un exemplaire
distinct de l'_pitre d'Otha_ et le livre de la _Cit des Dames_[5];
Christine lui avait donc offert successivement presque tous ses
ouvrages.

[Note 4: Ce ms. est aujourd'hui  la Bibl. royale de La Haye, n
701.]

[Note 5: Fonds franais, n 607.]

Le prcieux ms., dont nous avons reconstitu l'ensemble, fut recueilli
dans la succession du duc de Berry (inventaire de 1416), par sa fille
Marie, pouse de Jean Ier duc de Bourbon; cette princesse, trs verse
dans l'tude des lettres, conserva de la superbe collection de son
pre 41 mss. qui lui furent attribus pour une somme de 2,500 liv.[6];
on estima 50 liv. l'exemplaire des oeuvres de Christine. Notre ms.
prit dsormais place dans la librairie que les ducs de Bourbon avaient
installe dans leur chteau de Moulins, et pendant tout le XVe sicle
resta entre les mains de ces princes qui se distingurent autant
par la noblesse de leur race que par leur got des livres et
les encouragements qu'ils aimaient  donner aux savants leurs
contemporains. En 1523 lorsque Franois Ier fit saisir les biens
du conntable de Bourbon, on dressa l'inventaire de la librairie de
Moulins. Un commissaire du roi, Pierre Antoine, en constata l'tat le
19 septembre 1523 et se servit  cet effet d'anciens inventaires qui
lui furent communiqus par Mathieu Espinete, chanoine de Moulins,
commis  la garde des livres du duc de Bourbon. Parmi les nombreux
mss. qui ornaient cette riche bibliothque, nous trouvons sous la
rubrique suivante (correspondant justement  la date des mentions
inscrites sur les feuillets de garde des volumes et que nous avons
signales plus haut), une description dtaille et exacte des oeuvres
comprises dans les divers fragments qui formaient  l'origine le ms.
offert par Christine au duc de Berry.

[Note 6: Voy. Delisle, le _Cabinet des manuscrits_, I, 167.]

  Ce sont les livres qui ont t restituez et aportez de Paris l'an
  M. V c X. C'est assavoir:

  --Ung volume ou a cent ballades, plusieurs laiz et virelay,
  l'espitre au dieu d'amours, le dbat des deux amans, les troys
  jugemens, le dit de Poissy, les espitres sur le rommant de la
  Roze, en parchemin,  la main.

  --Ung autre ou est le livre du chemin de long estude, les ditz de
  la Pastour, une belle oraison de Sainct Gregoires, et le livre du
  duc des vraiz amans, en parchemin,  la main.

  --Ung autre volume contenant les troys livres de la cit des
  Dames, en parchemin,  la main (ms. indiqu  l'inventaire du duc
  de Berry, n 293, auj. f. fr. 607.)

  --Ung autre volume des espitres que Othea deesse de prudence
  envoya  Hector de Troye, en parchemin,  la main.

  --Ung autre volume ou est ecrit le livre de Prudence, les
  proverbes moraulx, une espitre  la Royne de France, une autre 
  Eustace Morel, en parchemin,  la main.

  Lesdits cinq livres sont touz couvers de veloux rouge et tenn,
  garnys de fermaus de leton, de boulhons et carres.

  (_Inventaire des livres qui sont en la librairie du chasteau de
  Molins, 19 sept. 1523._--Bibl. Nat. coll. Dupuy; vol. 438.--Publi
  par M. Le Roux de Lincy, Paris, 1850, dans les _Mlanges de la
  Socit des bibliophiles franais_.--Rimprim par M. Chazaud  la
  suite des _Enseignements d'Anne de France_. Moulins, 1878, in-4,
  p. 255-6).

Ces mss. furent ensuite transports au chteau de Fontainebleau o
Franois Ier se glorifiait d'avoir form une des collections les plus
considrables de l'Europe. La Bibliothque du Roi revint  Paris 
la fin du rgne de Charles IX; notre ms. y est conserv depuis cette
poque, il figure en effet dans les inventaires de 1620 (Rigault) sous
les cotes 593, 672, 673; de 1645 (Dupuy) comme portant les numros
408, 409, 466, 862, et enfin dans le catalogue de 1682 sous les
numros 7088, 7089, 7216, 7217.

       *       *       *       *       *

_A_--Muse britannique, Harl. 4431.--Orne de riches miniatures et
d'une excution trs soigne, cette belle copie a t prpare pour
tre offerte  la reine Isabelle de Bavire, comme le tmoigne la
Ddicace de Christine de Pisan. Il est probable qu' l'poque des
malheurs qui affligrent la France au XVe sicle ce ms. fut transport
en Angleterre. Une mention inscrite sur un feuillet de garde permet de
constater qu'au XVIIe sicle il faisait partie de la collection du
duc de Newcastle; cette indication est ainsi conue Henry Duke of
Newcastle, his booke, 1676. Le volume renferme 398 feuillets et est
illustr de superbes miniatures[7]. Ce bel exemplaire est d'un grand
prix en raison de son origine, de sa richesse et de la qualit de son
texte, mais ce qui lui donne surtout une valeur exceptionnelle, c'est
qu'il renferme un certain nombre de posies qui n'existent pas dans
les divers mss. des dpts publics de notre pays; il nous fournit
le texte de cinq nouvelles ballades et de quatre rondeaux, plus une
complainte amoureuse inconnue jusqu'ici; il contient, en outre,
un pome tout entier intitul _Cent Balades d'Amant et de Dame_,
vritable peinture des impressions dlicates et varies de deux
amoureux dont les sentiments sont tracs avec beaucoup de grce et
d'expression. Cette oeuvre assez considrable a d tre compose
uniquement pour la reine Isabelle de Bavire, ainsi que peuvent
le laisser supposer quelques mots de la Ddicace et de la premire
ballade[8]. Ce recueil de ballades n'est mentionn dans aucune des
publications qui comprennent l'numration des compositions potiques
de Christine de Pisan et nous serons heureux d'en offrir la primeur
dans l'un des volumes suivants. Nous donnons ds  prsent la Ddicace
 la reine Isabelle:

[Note 7: Voy. _Bibliographer's Decameron_, par Rev. T. F.
Dibdin, London, 1817, p. 134.--Schaw. _Dresses and Decorations of
the Middle Age_, London, 1843; et _The Illuminator's Magazine_, 1862,
numros 8 et 9.]

[Note 8: Voy. vers 50  60 de la Ddicace  la reine Isabelle et
le passage suivant des _Cent Balades d'amant et de dame_:

Quoy que n'eusse corage ne pense
Quant a present de dits amoureux faire,
Car autre part ads suis a pense,
Par le command de personne, qui plaire
Doit bien a tous, ay empris a parfaire
D'un amoureux et sa dame ensement,
Pour ober a autrui et complaire,
Cent balades d'amoureux sentement.
]


Trs excellent, de grant haultesse
Couronne, poissant princesse,
Trs noble rone de France,
Le corps enclin vers vous m'adresce              4
En saluant par grant humblece;
Pry Dieu qu'il vous tiengne en souffrance
Lonc temps vive, et aprs l'oultrance
De la mort vous doint la richece                 8
De Paradis, qui point ne cesse,
Et au monde sanz decevrance
Paix, joye et toute recouvrance
De quanqu'il affiert a leece.                    12

Haulte dame, en qui sont tous biens,
Et ma trs souvraine, je viens
Vers vous, comme vo creature,
Pour ce livre cy que je tiens                    16
Vous presenter, ou il n'a riens,
En histoire n'en escripture,
Que n'aye en ma pense pure
Pris ou stile que je detiens                     20
Du seul sentement que retiens
Des dons de Dieu et de nature,
Quoy que mainte aultre creature
En ait plus en fait et maintiens.                24

Et sont ou volume compris
Plusieurs livres es quieulx j'ay pris
A parler en maintes manieres
Differens, et pour ce l'empris                   28
Que on en devient plus appris
D'or de diverses matieres,
Unes pesans, aultres legieres,
A qui se delitte ou pourpris                     32
Des livres, qui maint ont en pris
Fait monter et prendre manieres
Belles; si doit on avoir chieres
Escriptures, non en despris.                     36

Car, si que les sages tesmoignent
En leurs escrips, les gens qui songnent
De lire en livres voulentiers,
Ne peut qu'aucunement n'eslongnent               40
Ygnorence, que ceulx ressongnent
Qui de sens suivent les sentiers,
Si en valent mieulx ceulx le tiers,
Voire plus qui s'en embesongnent                 44
Et qui la peine ne ressongnent
D'apprendre, il n'est si beaulx mestiers
Ne qui face gens si entiers,
Quoy que les folz, peut estre, en grongnent.     48

Si l'ay fait, ma dame, ordener
Depuis que je sceus qu'assener
Le devoye a vous, si qu'ay sceu
Tout au mieulx et le parfiner                    52
D'escripre et bien enluminer,
Ds que vo command en receu,
Selons qu'en mon cuer j'ay conceu
Qu'il faloit des choses finer                    56
Pour bien richement l'affiner
A fin que fust apperce
Que je mets pouoir, force et sceu,
Pour vo bon vueil enteriner.                     60

Dont vous plaise, trs haulte et digne,
Le prendre en gr, tout soye indigne
Que mon euvre estre presente
Vous doye, mais vostre benigne                   64
Condicion qui ne decline
D'umilit, trs redoubte
Dame, tout soiez hault monte,
Ne vous seuffre en fait ne en signe              68
Que ne soyez, comme rone
Doit estre, humaine et arreste;
Et pour ce ne me suis doubte
Que vous l'ays a ce termine.                    72

De mon labour et lonc travail
Du livre que mes en vo bail,
Qui contient grant euvre et penible,
Combien que peut estre g'y fail                  76
En maint lieux parce que je vail
Trop pou en sens, bien est possible,
Ne vueillez pas, dame sensible,
Pour tant prendre garde au deffail,              80
Mais a ce que je me travail
Voulentiers de ce que possible
M'est a faire en chose loisible,
Qu'a haulte gent voulentiers bail.               84

Si suppli en conclusion,
Haulte dame d'atraction
D'empereurs de digne memoire,
Qu'en benigne devocion                           88
Vous plaise mon entencion
Prendre en gr, qui loyale et voire
Est et sera, et si notoire
Ceste mienne posicion                            92
Vous soit qu'a tousjours mencion
Soit de moy en vostre memoire,
Si que vostre grace m'avoire
Qu'ays a moy affection.                         96

Le ms. du Muse Britannique contient les mmes formes de langue que
nous rencontrons dans le ms. de la Bibl. Nat. Comme ce dernier il
renferme 50 ballades _de divers propos_, tandis que 29 seulement se
trouvent dans les autres mss.; de plus il n'apporte pour ainsi dire
pas de variantes au texte du ms. que nous avons reconstitu plus haut
et parat avoir t confectionn sur le mme plan ou d'aprs les mmes
documents, mais  une poque un peu postrieure. Il contient en effet
des oeuvres qui ne se trouvent pas dans le ms. du duc de Berry,  ct
duquel nous le jugeons cependant digne  tous gards de prendre place.

Toutefois, malgr les avantages que peut offrir le ms. du Muse
britannique, nous n'avons pas eu d'hsitation pour adopter dans cette
dition le texte du ms. du duc de Berry et lui donner la prfrence
pour toutes les posies qu'il renferme. Il est facile du reste
d'invoquer en sa faveur les meilleures considrations, tires non
seulement de son origine bien tablie, mais surtout de l'excellence de
son texte. Enfin une dernire raison, et elle a bien son importance,
il est de tous les mss. que nous ayons retrouvs, celui qui se
rapproche le plus de la date de composition des diffrentes pices
dont il donne le texte[9].

[Note 9: La confection du ms. du Muse britannique ne peut en
aucune faon tre considre comme antrieure  celle du ms. du duc de
Berry. Ces recueils contiennent tous deux les Eptres sur le Roman de
la Rose renfermant une pice date de la fin de l'anne 1407, or nous
avons vu que notre ms., figurant  l'inventaire de 1413, a d tre
compos entre cette dernire date et 1408, on pourrait tout au plus
admettre que les deux mss. sont absolument contemporains, mais comme
le ms. de Londres se trouve complt de diverses posies nouvelles, il
est logique d'en infrer qu'il est plus jeune de quelques annes que
son frre de la Bibl. Nat. (Voy. plus loin ce que nous disons au sujet
des ballades _de divers propos_, _Autres Balades_  VII, p, XXXVI.)]

Ce ne sera donc que pour mmoire, et afin d'tablir une gnalogie
complte, que nous signalerons les mss. suivants, excuts vers le
milieu du XVe sicle et bien infrieurs sous tous les rapports aux
deux mss. prcdents:

       *       *       *       *       *

_B_.--Le ms. 604 du fonds franais, sur vlin, trs volumineux (314
feuillets), mais incomplet de plusieurs feuillets, contient la
plus grande partie des oeuvres potiques de Christine; cependant sa
prparation est reste inacheve, la place des miniatures est en blanc
et les lettres initiales, destines  recevoir une ornementation
ne sont mme pas indiques[10]. Il tait cot dans l'ancien fonds
(Inventaire de 1682) sous le n 7087-2 et provenait de la collection
De La Mare n 413.

[Note 10. C'est d'aprs ce ms. infrieur que M. Guichard a donn
le texte des Cent Ballades dans le _Journal des savants de Normandie_
(anne 1844, p. 371 et s.). Cette publication est, en outre, parseme
de fautes ou de mauvaises lectures.]

       *       *       *       *       *

_B_.--Le ms. 12779 (174 feuillets),  peu prs de la mme poque
que le prcdent, mais plutt de la seconde moiti du XVe sicle,
ne prsente pas grand intrt; dfectueux de quelques feuillets, il
renferme des miniatures trs mdiocres. Il a appartenu  La Curne
de Sainte-Palaye qui en fit faire deux copies, l'une conserve
aujourd'hui  la Bibliothque de l'Arsenal sous le n 3295 (provenant
de la collection Mouchet, n 6), et l'autre  la Bibl. Nat. Fonds
Moreau, 1686 (Mouchet, n 8).

       *       *       *       *       *

_B_.--Nous devons indiquer en mme temps un autre ms. faisant partie
de la mme famille, et dpos par M. le comte de Toustain chez MM.
Morgand et Fatout, libraires.[11] Il contient en deux volumes presque
toutes les posies de Christine, mais il est absolument identique pour
le texte aux mss. 604 et 12779. Nous ferons galement remarquer que ce
ms. porte, comme ses deux contemporains de la Bibl. nat., la rubrique
suivante inscrite sur la feuille de garde:

Cy commencent les rebriches de la table de ce prsent volume, fait
et compil par Christine de Pisan, demoiselle, commenci l'an de grce
Mil c.c.c. iiij xx xix, Eschev et escript en l'an Mil quatre cens et
deux, la veille de la nativit Saint Jean-Baptiste.

[Note 11: Voir le Rpertoire gnral de la librairie Morgand et
Fatout, 1882, p. 190 (n 1482).]

Cette mention, qui ne peut se rapporter qu' la date de composition
des premires posies contenues dans ces trois mss., nous fournit
une indication certaine pour tablir la parent rapproche qui existe
entre eux. Cette alliance se manifeste sous bien d'autres rapports.
Nous en trouvons la preuve dans l'ordre identique suivi pour la
transcription des diffrentes pices, dans le nombre des ballades
_de divers propos_ qui est le mme dans les trois mss., dans la forme
orthographique des mots, dans la similitude des variantes, et enfin
dans certaines lacunes et quelques vers faux qui se trouvent rectifis
dans les mss. _A_[12].

[Note 12: Voici quelques renvois qui prouvent en faveur de
l'excellence du texte donn par la famille _A_:

Ainsi les vers suivants manquent dans la famille _B_: _Cent Ballades_,
XI vers 22  25, XXIX v. 12 et 21, LXXII v. 22  25; _Virelais_, IX v.
10; _Ier Lai_, v. 73 et 74, 77, 208, 213, 241; _IIe Lai_, v. 55, 61,
74  76, 212; etc.

De plus, les vers indiqus ci-dessous se trouvent justes dans _A_
tandis qu'ils sont faux dans _B_: _Cent Ballades_, III vers 5, XV v.
16, XX v. 7, XXIX v. 3, XXXVIII v. 13, XLIX v. 18; _Virelais_, XIII v.
5; _Autres Ballades_, VI v. 6, XII v. 6, etc.

Nous pourrions multiplier les exemples, mais ces indications nous
semblent suffisantes pour difier le lecteur.]

Ces divers rapprochements nous ont permis de reconstituer dans le
tableau suivant la gnalogie probable des mss. contenant les oeuvres
que nous publions dans ce premier volume:

                           ORIGINAL
                             /\
               A         A            B
                                    /--------\
                                    B  B  B

Les quelques indications donnes plus haut sur la disposition des
diffrentes oeuvres d'aprs les familles de manuscrits et sur le
nombre variable des compositions, principalement des _ballades de
divers propos_, ressortiront plus clairement encore des deux
tableaux ci-joints, qui seront en mme temps les meilleures pices
justificatives de la gnalogie que nous venons d'tablir.

_Ordre suivant lequel sont disposes les diverses oeuvres contenues
dans les manuscrits des familles A et B._

             A                   A                      B B B

I.    1.--CENT BALLADES.          1.--CENT BALLADES.      1.--CENT BALLADES.

II.   2.--16 VIRELAIS.            2.--16 VIRELAIS.        2.16 VIRELAIS

III.  3.--4 BALLADES              3.--4 BALLADES          3.--3 BALLADES
            D'ESTRANGE FAON.         D'ESTRANGE FAON.      D'ESTRANGE FAON.
                                                          La 4e se trouve
                                                          reporte au milieu
                                                          des autres Ballades,
                                                          sous le n XXI.

IV.   4.--2 LAIS.                 4.--2 LAIS.             4.--29 BALLADES DE
                                                          DIVERS PROPOS
                                                          (29 ballades
                                                          seulement).

V.    5.--67 RONDEAUX.            5.--67 RONDEAUX.        5.--COMPLAINTE
                                                          AMOUREUSE.
      Les rondeaux 59, 62,         Le mme ordre
      63 et 64 manquent            sauf pour les
      dans B.                      rondeaux XXVII
                                   et XXVIII qui portent
                                   ici les numros
                                   XLVII et XLVIII.

VI.   6.--70 JEUX A VENDRE.       6.--70 JEUX A VENDRE.   6.--2 LAIS.

VII.  7.--50 AUTRES BALLADES ou   7.--50 BALLADES DE      7.--65 RONDEAUX
          BALLADES DE DIVERS          DIVERS PROPOS.      Les rondeaux 54 et
          PROPOS                                          69 manquent dans A.
      La ballade 44 de A2 manque    Mme ordre et mme
      et est                        nombre, mais la
      remplace par une autre (45)  ballade 46 de A1
      qui ne                        manque et est
      se trouve pas dans A2.        remplace par une
                                    nouvelle.

VIII. 8.--PITRE AU DIEU          8.--UNE COMPLAINTE       8.--70 JEUX A
          D'AMOURS.                   AMOUREUSE.               VENDRE.

IX.   ..................          9.--ENCORE AUTRES       ..................
                                      BALLADES.

X.    9.--COMPLAINTE AMOUREUSE    10.--PITRE AU DIEU     9.--LE DBAT DE DEUX
                                       D'AMOURS.              AMANTS.

XI.   ..................          11.--UNE AUTRE          ..................
                                       COMPLAINTE
                                       AMOUREUSE.

XII.  10.--LE DBAT DE DEUX       12.--LE DBAT DE DEUX    10.--PITRE AU DIEU
           AMANTS.                     AMANTS.                  D'AMOURS.

XIII. ....................        ....................     11.--LE DIT DE LA
                                                                ROSE.
XIV.  11.--LE DIT DES             11.--LE DIT DES          12.--LE DIT DES
           TROIS JUGEMENTS             TROIS JUGEMENTS          TROIS JUGEMENTS
           AMOUREUX.                   AMOUREUX.                AMOUREUX.


XV.    12.--LE DIT DE POISSY.     14.--LE DIT DE POISSY.   13.--LE DIT DE
                                                                 POISSY.

XVI.   13.--LES PITRES SUR       15.--L'PITRE D'OTHEA.   14.--L'PITRE
            LE ROMAN DE LA ROSE.                                D'OTHEA.

XVII.  14.--L'PITRE D'OTHEA.     16.--LE DUC DES VRAIS    15.--LES PITRES SUR
                                       AMANTS.                  LE ROMAN DE LA
                                                                ROSE.

XVIII. 15.--LE CHEMIN DE LONGUE   17.--LE CHEMIN DE        16.--LES
            TUDE.                     LONGUE TUDE.            ENSEIGNEMENTS
                                                                MORAUX.

XIX.   16.--LES ENSEIGNEMENS      18.--LE DIT DE LA        17.--ORAISON NOTRE
            MORAUX.                    PASTOURE.                DAME[13].

XX.    17.--ORAISON NOTRE DAME.   19.--LES PITRES SUR     18.--LES QUINZE
                                       LE ROMAN DE LA ROSE.     JOYES NOTRE
                                                                DAME[13].

XXI.   18.--LES QUINZE JOYES      20.--PITRE A EUSTACHE   19.--ORAISON NOTRE
            NOTRE DAME.                MOREL.                   SEIGNEUR[14].

XXII.  19.--LE DIT DE LA          21.--ORAISON NOTRE       20.--LE DIT DE LA
            PASTOURE.                  SEIGNEUR.                PASTOURE[15].
                                                                B B

XXIII. 20.--ORAISON NOTRE         22.--PROVERBES MORAUX.   21.--LE CHEMIN DE
            SEIGNEUR.                                           LONGUE
                                                                TUDE[16].

XXIV.  ...............            ...................      22.--LA MUTATION DE
                                                                FORTUNE. B

XXV.   21.--LE DUC DES VRAIS      23.--LES ENSEIGNEMENTS   23.--PITRE A LA
            AMANTS.                    MORAUX.                  REINE ISABELLE
                                                                (incomplet)
                                                                (feuillets
                                                                arrachs).

XXVI.  22.--PITRE A LA REINE     24.--ORAISON NOTRE DAME.
            ISABELLE.

XXVII. 23.--PITRE A EUSTACHE     25.--LES QUINZE JOYES
            MOREL.                     NOTRE DAME.

XXVIII.  24.--PROVERBES MORAUX.   26.--LE LIVRE DE PRUDENCE.

XXIX.    25.--LE LIVRE DE         27.--LA CIT DES DAMES.
              PRUDENCE.

XXX.                              28.--CENT BALLADES D'AMANT
                                       ET DE DAME.

[Note 13: Ces deux pices manquent dans le ms B par suite de
feuillets arrachs, mais sont indiques dans les rebriches de la
table de ce manuscrit.]

[Note 14: Le ms. B ne renferme qu'un fragment de cette oraison;
dans B plusieurs feuillets ont t arrachs  la place qu'elle devait
occuper; seul B dans la famille en donne le texte complet.]

[Note 15: Quelques feuillets ont t coups dans B  l'endroit qui
devait contenir le Dit de la Pastoure; dans B l'oeuvre n'est pas
complte, tous les derniers feuillets du volume ayant t enlevs.]

[Note 16: Dans B les 100 premiers vers du pome manquent,
plusieurs feuillets ayant t coups.]

TABLEAU PRSENTANT LA CONCORDANCE
DES BALLADES DE DIVERS PROPOS
SELON LES FAMILLES DE MANUSCRITS _A_ ET _B_



    (N)      REFRAINS DES BALLADES                                 (A) (B)

     I. --Car qui est bon doit estre appelle riche                  1   1
    II. --Si com tous vaillans doivent estre                        2   3
   III. --Et Dieux vous doint leur bon droit soustenir              3   2
    IV. --Et honneur en toutes querelles                            4   4
     V. --Avisons nous qu'il nous convient morir                    5   5
    VI. --Ne les princes ne les daignent entendre                   6   6
   VII. --Car de Juno n'ay je nul reconfort                         7   7
  VIII. --Il veult trestout quanque je vueil                        8   
    IX. --Amours le veult et la saison le doit                      9   8
     X. --Amours le veult et la saison le doit                     10   9
    XI. --Assez louer, ma redoubte dame                           11  10
   XII. --Si qu'a tousjours en soit memoire                        12  11
  XIII. --Vous semble il que ce fausset soit?                     13  12
   XIV. --Juno me het et meser me nuit                            14  13
    XV. --Se Dieu et vous ne la prenez en cure                     15  14
   XVI. --Ce premier jour que l'an se renouvelle                      15
  XVII. --N'on n'en pourroit assez mesdire                         16  16
 XVIII. --Ce jour de l'an, ma redoubte dame                       17  17
   XIX. --Ce jour de l'an vous soiez estren                       18  18
    XX. --Ce plaisant jour premier de l'an nouvel                  19  19
   XXI. --Si le vueillez recepvoir pour estreine                   20   
  XXII. --Si le vueilliez, noble duc, recevoir                     21  20
        --[17] Aime le; si feras que sage                              21
 XXIII. --Faittes voz faiz  voz ditz accorder                     22  22
  XXIV. --Le corps s'en va, mais le cuer vous demeure              23  23
   XXV. --Fleur de printemps, muguet et fleur d'amours             24   
  XXVI. --Et certes le doulz m'aime bien                           25   
 XXVII. --Et ce vous fait  tout le monde plaire                   26  24
XXVIII. --En ce jolis plaisant doulz moys de May                      25
  XXIX. --De hault honneur et de chevalerie                        27  26
   XXX. --Sera retrait de leur haulte vaillance                    28  27
  XXXI. --On vous doit bien de lorier couronner                    29  28
 XXXII. --A pou que mon cuer ne font?                              30   
XXXIII. --D'entreprendre armes et peine                            31  29
XXXIV  LIII. Ces ballades existent seulement dans les             32  50 
          mss. de la famille _A_ et suivant un ordre
          identique; remarquons en outre,
          que l'criture de _A_ se modifie d'une
          faon trs sensible  partir de la ballade
          XL (fol. 41 v)                                        ----  --

                                                                   50  29

[N] Numros des ballades dans la prsente dition
[A] Numros des ballades dans la famille _A_
[B] Numros des ballades dans la famille _B_.

[Note 17: Cette ballade se trouve dans _A_ sous la rubrique
_Balades d'estrange faon_.]

L'ordre dans lequel nous donnons les posies de Christine de Pisan est
sensiblement le mme que celui adopt dans tous les mss.; nous avons
d'ailleurs suivi exactement la disposition du ms. du duc de Berry, il
nous a t seulement indispensable d'intercaler les pices nouvelles
heureusement retrouves dans le ms. du Muse britannique, et de
faire un simple rapprochement ncessaire  la composition du cadre du
volume[18].

[Note 18: C'est ainsi que nous avons d runir  la fin du volume
les deux _Complaintes amoureuses_, bien que la premire de ces
complaintes soit place dans le ms. du duc de Berry aprs l'_Epitre au
dieu d'amours_.]

Les petites posies reproduites dans les pages qui suivent forment le
dbut de la carrire potique de Christine, encore tout mue de son
veuvage prmatur. Elles ont tabli sa rputation en lui attirant de
puissants protecteurs tels que la reine Isabelle de Bavire; le duc de
Berry; la duchesse de Bourbon; le duc d'Orlans; Philippe le Bon, duc
de Bourgogne; Charles d'Albret, conntable de France, etc. Leur place
en tte de cette dition tait donc tout indique. Nous allons du
reste passer en revue les diffrentes oeuvres contenues dans notre
premier volume et esquisser rapidement l'impression que nous a
produite leur lecture.




I.--CENT BALLADES

Les Cent Ballades doivent tre considres comme les premiers essais
de Christine. Elles ne sont certainement pas postrieures aux rondeaux
et autres petites pices que l'auteur a composes dans sa jeunesse;
d'ailleurs dans tous les mss. elles occupent le premier rang.
Rassembles  la prire d'un ami rest inconnu (voy. ballade C) les
ballades qui forment ce recueil traitent de sujets fort diffrents et
paraissent avoir t inspires  des poques diverses ou tout au moins
 des intervalles de temps assez notables. Car la date de la mort
d'Etienne du Castel tant connue[19], il a t possible de fixer d'une
faon prcise l'poque de la composition de deux ballades, en premier
lieu la ballade IX, crite cinq ans aprs la mort de l'poux regrett,
c'est--dire en 1394, puis la ballade XX, par laquelle nous apprenons
que le coeur de la veuve n'a prouv aucune impression de joie depuis
prs de dix ans, ce qui permet d'assigner  cette pice la date de
1399. Nous pensons donc que c'est dans un intervalle d'au moins cinq
ou six annes qu'ont d tre composs la plupart de ces morceaux
potiques. Il tait d'ailleurs d'usage  cette poque de runir
ainsi des pices dtaches, inspires dans les circonstances les
plus diverses et traduisant les impressions les plus opposes. On les
rassemblait en nombre suffisant pour former un livre sous la rubrique
_Cent Ballades_. C'est ainsi que la cour d'amour de Louis d'Orlans
nous a donn _le livre des Cent Ballades_[20] et que notre pote
lui-mme, comme nous l'avons annonc plus haut, a dsign sous un
titre analogue ses Ballades _d'Amant et de Dame_.

[Note 19: Il y a lieu d'adopter, selon toute vraisemblance, l'anne
1389 comme celle de la mort d'Etienne du Castel. Au commencement de
son livre du _Chemin de long estude_, Christine nous apprend en effet
que son deuil remonte  environ 13 ans, et comme un peu plus loin elle
ajoute qu'elle a commenc  crire ce pome au mois d'octobre 1402, la
date de 1389 s'obtient logiquement de ce simple rapprochement.]

[Note 20: _Le livre des Cent Ballades_, publi par M. le marquis de
Queux de Saint-Hilaire. Paris, 1868.]

Ds les premiers vers Christine nous prvient qu'elle cde  de
pressantes sollicitations et que ses posies reflteront la douleur
qui s'est empare d'elle depuis la mort de celui en qui consistait
tout son bonheur; _Seulette_, tel est l'cho de ses vers!

Les premires ballades sont en effet empreintes de la plus profonde
tristesse, et l'auteur semble se complaire  retracer longuement ses
regrets amers et son dsespoir, mais  partir de la vingt-et-unime
ballade la veuve plore, s'abandonnant  des inspirations plus
sduisantes, lve ses penses vers les rgions de l'amour le plus
pur, et peint avec une exquise sensibilit les sentiments si divers
qui peuvent agiter les coeurs de ceux qui ont aim ou qui aiment
encore.

Christine rvle dans cette posie toute la richesse de son talent et
de son art des dveloppements; elle dploie ses penses en modulations
infinies, et exprime sous les formes les plus varies les effets d'un
mme sentiment; vingt fois elle refait chaque pice sans se rpter,
et les ballades se succdent, traduisant sans cesse la mme ide, et
cependant ce sont toujours des ballades nouvelles.

Ces impressions sont touchantes de vrit et de simplicit, mais nous
ne pouvons y voir, comme l'a suppos M. Paulin Paris[21], l'image des
sentiments personnels de l'auteur. Car l'aimable pote a pris
soin lui-mme de nous prvenir contre toute pense de ce genre. Ne
fallait-il pas d'ailleurs expliquer l'trange contraste que produisent
ces chants d'amour succdant  des cris d'infortune et de douleur?

[Note 21: Voy. _Manuscrits franois de la Bibliothque du roi_, V,
p. 152 et 153.]

La ballade L doit faire disparatre les moindres doutes, Christine
y fait allusion  ses scrupules et s'excuse de traiter de sujets
d'amours qui paraissent se rapporter  elle, craignant que ce ne soit
un motif d'insinuations malveillantes[22]; elle ajoute que ces penses
n'ont nullement les tendances que l'on pourrait supposer; car, bien
que de grands seigneurs aient montr pour elle de l'affection, son
coeur ne ressent aucune impression d'amour ni de dpit, elle fait
d'ailleurs appel, dans le refrain de sa ballade, au jugement de _tous
sages ditteurs_. Plus loin (ballade C) la mme proccupation se
traduit encore dans ses deux vers:

[Note 22: Les diffrentes pices des _Cent Ballades_ doivent tre
considres essentiellement comme des jeux d'esprit et de sentiment.
Il est possible que certaines d'entre elles traduisent les impressions
ressenties par quelques personnages de l'poque ou aient t composes
 l'intention de seigneurs familiers de la cour de Charles VI, mais la
rvlation de l'auteur  la ballade C

Ne les ay faittes pour merites
Avoir ne aucun paiement

nous interdit de penser qu'il ait pu transformer son talent en
officine de compliments et de complaintes favorables  des intrigues
amoureuses.]

Qu'on le tiengne  esbatement
Sans y gloser mauvaisement.

Le soin que la clbre femme met  dfendre sa rputation pourrait,
jusqu' un certain point, paratre exagr, si l'on ne tenait
justement compte des rcriminations violentes qu'avait d susciter son
ardente polmique contre l'oeuvre la plus estime et la plus admire
de son poque, le Roman de la Rose.

Celle qui excellait  retracer dans ses vers la dfense de l'honneur
des femmes et la louange de leurs vertus[23], devait bien tre jalouse
pour elle-mme de semblables loges. N'avait-elle pas d'ailleurs le
droit de dissiper les moindres doutes qui auraient pu planer sur son
veuvage irrprochable et d'touffer  l'avance les calomnies de
ses adversaires? C'est, comme nous le verrons par la suite, la
proccupation constante d'une vie pleine de candeur que tous les
historiens se sont accords  nous reprsenter comme le modle de la
douce et simple vertu.

[Note 23: Voy. l'_Epitre au dieu d'amours_, le _Dit de la Rose_,...
etc...]

Les penses d'amour ne forment pas exclusivement les sujets de toutes
les ballades de Christine de Pisan. On trouve parsemes  et l les
ides les plus diverses, et l'auteur sait varier avec un art
accompli l'expression et le tour de ses posies: ici le sentiment des
tristesses produites par la maladie (Ball. XLIII), l l'loge
finement ironique d'un personnage contemporain (Ball. LVIII), puis une
dissertation sur les qualits des bons chevaliers (Ball. LXIV), plus
loin une pice satirique contre les maris jaloux (Ball. LXXVIII).
Mentionnons encore, en raison de leur mrite et de leur originalit,
la louange d'un grand chevalier (Ball. XCII), les angoisses causes
par la maladie du roi Charles VI (Ball. XCV), enfin l'aspiration  la
flicit ternelle (Ball. XCIX), comme place en opposition avec les
sentiments les plus dlicats d'amour et de bonheur que l'on puisse
prouver sur cette terre.


II.--VIRELAIS

Les virelais, au nombre de 16, n'ont pas le mme mrite que les
ballades. Il importe cependant de signaler le premier qui traduit
heureusement les efforts pnibles du pote pour dissimuler sa douleur,
et le dixime qui nous offre une jolie pice sur la Saint-Valentin.

Enfin, notons galement le virelai XV parce qu'il fournit quelques
indications sur le sentiment et l'objet de ces diverses compositions.
Christine y constate de nouveau que ses posies sont souvent
l'expression de ses penses d'amertume et de regrets, mais elle ajoute
que, si on lui donne mission de traduire les impressions des autres,
il lui faut improviser des sentiments opposs, et qu'alors, pour
allger un peu sa douleur, elle compose des pices qui refltent
gnralement la joie et le bonheur.


III.--BALLADES D'TRANGES FAONS

Ces quatre ballades ont t prpares suivant le got et la mode
de l'poque. Elles n'ont d'autre mrite que celui de la difficult
vaincue.


IV.--LAIS

Les deux compositions que Christine nous donne sous forme de lais ne
prsentent aucun caractre particulier qui puisse nous permettre
de leur assigner une date quelconque ou de supposer avec la moindre
apparence de vraisemblance les motifs possibles de leur confection.

Nous n'y remarquons qu'un nouveau mode de posie d'un genre encore
inconnu  notre pote, et sur lequel il a voulu exercer la verve de
son talent en se conformant d'une faon gnrale aux principes exposes
par Eustache Deschamps dans son _Art de dictier et de fere chanons,
balades, virelais et rondeaux_[24] et en montrant son habilet 
assembler les rimes lonines.

[Note 24: Voy. _Posies d'Eustache Deschamps_, d. Crapelet, p.
278. M. de Queux de Saint-Hilaire a reproduit dans son dition le
passage relatif aux _Lais_, t. II, p. 357.]

Malheureusement, les rgles troites auxquelles se trouve assujettie
la diction de l'auteur ont pour inconvnient d'obscurcir fortement la
pense et de ne laisser entrevoir le plus souvent qu'un sens  peine
intelligible. Car il serait assez difficile de dterminer exactement
la raison d'tre du premier lai dont le sujet rside tout entier dans
une loge vague de l'amour en gnral.

Le second lai a pour objet la louange intarissable d'un parfait
gentilhomme; l'allure du pote est ici plus dgage, plus prcise, sa
pense devient plus claire, la strophe lyrique prend en mme temps une
forme plus nette, plus harmonieuse, et l'on y trouve des rminiscences
de la littrature classique parmi lesquelles nous devons surtout
signaler une longue exposition d'impossibilits videmment inspire
des auteurs anciens. (Voy. Virgile, Egl. I.)


V.--RONDEAUX

Ces rondeaux sont au nombre de 69; le recueil dbute, comme les _Cent
Ballades_, par l'expression de la douleur et des regrets de Christine,
qui fait remonter son deuil  sept annes, ce qui nous a permis de
donner au premier rondeau la date de 1396. Notre pote commena donc
la composition de ses rondeaux deux ou trois ans seulement aprs avoir
crit ses premires ballades, et poursuivit la confection de ces jolis
morceaux paralllement  celle des _Cent Ballades_ et de la plupart de
ses petites posies.

Jusqu'au rondeau VIII nous voyons Christine s'abandonner  sa douleur;
mais plus loin, craignant sans doute de fatiguer le lecteur par la
monotonie d'un sujet aussi triste, elle fait un effort sur elle-mme,
et, comme elle l'exprime si bien dans le rondeau XI, il lui faut
dsormais _de triste cuer chanter joyeusement_.

A partir de ce moment se succdent en effet les peintures des
sentiments multiples auxquels peuvent donner lieu les diffrentes
formes de l'amour. Inutile d'insister  nouveau sur le mobile de ces
compositions lgres, nous savons depuis longtemps que nous ne devons
y voir que des jeux d'esprit et de sentiment. Mais on nous permettra
toutefois de recommander le mrite de ces petites posies si
remarquables par leur douce monotonie et leur finesse d'expression,
et o la grce, s'alliant  une harmonie parfaite, rvle toutes les
dlicatesses de la femme sentimentale que devait tre Christine.


VI.--JEUX A VENDRE

Ces gracieux petits morceaux servaient de distraction et d'amusement
 la meilleure socit des XIVe et XVe sicles. Une dame lanait  un
gentilhomme ou un gentilhomme lanait  une dame le nom d'une fleur,
d'un objet quelconque, et la personne interpelle devait  l'instant
mme et sans hsitation rpondre par un compliment ou une pigramme
rims; c'tait un vritable assaut d'esprit et d'-propos tout  fait
conforme au caractre vif et enjou de l'poque. Aussi ne faut-il
nullement s'tonner si ce genre de distraction, qui nous paratrait
aujourd'hui un peu fastidieux, obtint rapidement un grand succs de
vogue[25], et si Christine elle-mme crut devoir satisfaire  la mode
en accroissant avec son abondance habituelle un rpertoire d'ailleurs
facile  tendre  l'infini. Elle ne composa pas moins de 70 jeux 
vendre.

[Note 25: Les mss. du XVe sicle en fournissent le tmoignage.
Voy. notamment un ms. contenant 180 couplets de ventes d'amour et
appartenant  Monseigneur le duc d'Aumale, un autre ms. de la mme
poque conserv  la bibliothque d'Epinal sous le n 189, et un
recueil de posies franaises  Westminster Abbey, signal par M. Paul
Meyer dans le _Bulletin de la Socit des Anciens Textes_, 1875, p.
25.]

Le succs de ces devises de socit alla grandissant jusqu' la fin
du XVIe sicle, comme on peut en juger par les nombreuses ditions
de ventes d'amour qui se succdrent depuis la dcouverte de
l'imprimerie[26]. Plus tard, la posie populaire en conserva seule la
tradition jusqu' nos jours, et particulirement en Lorraine, sous
l'ancien nom de _daiemants_ ou _dy'mans_[27]. Ajoutons que certains
jeux enfantins, comme les Botes d'amourette et le Corbillon,
rappellent encore aujourd'hui les rcrations de nos pres.

[Note 26: Voy. dans le _Bulletin de la librairie Morgand et
Fatout_, n 7866, l'intressante notice de M. E. Picot.]

[Note 27: Voy. sur cet usage _Mlusine_, I, col. 570, et II, col.
327, et _Les Chants populaires de la Provence_, publis par M. Damase
Arbaud, I, p. 220.]


VII.----AUTRES BALLADES

Les pices suivantes, comprises sous la rubrique de _Balades de
divers propos_ sont dignes des meilleures posies du recueil des
_Cent Ballades_; leur nombre s'lve  53. Toutefois les mss. de la
famille _B_ n'en contiennent que 29; seuls, comme nous l'avons dj
dit, les mss. _A_ et _A_ fournissent le complment. Il est utile
de faire galement remarquer que dans _A_,  partir de la ballade
XL (fol. 41 v), l'criture se modifie d'une faon trs apparente et
n'est plus videmment trace par la mme main. L'orthographe et la
forme des mots subissent en mme temps une transformation contraire
aux rgles suivies jusqu'ici par le scribe du ms. Les nouvelles leons
de graphie affectent la forme qui leur est donne dans les mss.
_B_, copis  une poque certainement postrieure. Ce qui paratrait
dmontrer que ces dernires pices ont t composes plus tard et
transcrites aprs coup sur des feuillets laisss en blanc. Le ms.
Harley du Muse britannique, qui contient un plus grand nombre de
ballades que tous les autres mss., renferme deux feuillets blancs
prpars pour recevoir de nouvelles compositions. Du reste les
diffrentes ballades rassembles sous le prsent titre ne constituent
nullement un recueil compos d'avance et dans lequel on puisse
reconnatre un certain ordre. La diversit des sujets traits,
l'absence complte de tout lien, de toute transition, autorisent, au
contraire,  penser que ces ballades ont t crites  des poques
assez loignes les unes des autres, suivant un peu le cours
des vnements contemporains qui forment d'ailleurs le thme de
quelques-unes d'entre elles et permettent ainsi de leur assigner
une date certaine. L'ordre chronologique nous parat avoir t
gnralement suivi, et c'est pour ce motif que le ms. Harley, le plus
rcent,  notre avis, qui ait t copi directement sur des originaux,
renferme sous la rubrique _Encore aultres Balades_ des compositions
ne se trouvant dans aucun autre ms., et faisant allusion, comme la
pice IX,  des faits que l'on ne peut placer qu'entre 1410 et 1415.

Ainsi, mme lorsqu'elle eut abord ses grandes compositions, ses
oeuvres de longue haleine, Christine ne ddaigna pas de rimer encore
quelques ballades quand la circonstance s'en prsentait et que ce
cadre convenait  son inspiration.

Presque toutes ces ballades sont d'ailleurs d'un trs grand mrite et
permettent de constater le progrs rel accompli par le gnie de notre
pote. Les notes places  la fin du volume feront connatre l'objet
de ces diffrentes pices et donneront quelques indications sur les
faits ou sur les personnages historiques auxquels elles se rapportent.


VIII.--COMPLAINTES AMOUREUSES

Longues et languissantes tirades de poursuivants d'amour qui aspirent
aux faveurs de leur dame; cette monotonie douce, quelquefois mme
expressive, est heureusement interrompue par des comparaisons
empruntes  la Mythologie, comme l'amour de Pygmalion, l'aventure de
Deuchalion et de Pyrrha, la punition de l'insensible Anaxarte.




CENT BALLADES

CI COMMENCENT CENT BALADES

[Note _Rubrique_: _B_ Ci c. cent bonnes b.]


I

Aucunes gens me prient que je face
Aucuns beaulz diz, et que je leur envoye,
Et de dittier dient que j'ay la grace;
Mais, sauve soit leur paix, je ne saroye       4
Faire beaulz diz ne bons; ms toutevoye,
Puis que pri m'en ont de leur bont,
Peine y mettray, combien qu'ignorant soie,
Pour acomplir leur bonne voulent.              8

Mais je n'ay pas sentement ne espace
De faire diz de soulas ne de joye:
Car ma douleur, qui toutes autres passe,
Mon sentement joyeux du tout desvoye;           12

Mais du grant dueil qui me tient morne et coye
Puis bien parler assez et a plent;
Si en diray: voulentiers plus feroye
Pour acomplir leur bonne voulent.              16

Et qui vouldra savoir pour quoy efface
Dueil tout mon bien, de legier le diroye:
Ce fist la mort qui fery sanz menace
Cellui de qui trestout mon bien avoye;          20
Laquelle mort m'a mis et met en voye
De desespoir; ne puis je n'oz sant;
De ce feray mes dis, puis qu'on m'en proie,
Pour accomplir leur bonne voulent.             24

Princes, prenez en gr se je failloie;
Car le ditter je n'ay mie hent,
Mais maint m'en ont pri, et je l'ottroye,
Pour accomplir leur bonne voulent.             28

[Note I:--_A_ prie--2 _A_ Quelques b. d.--12 _A_ du _manque_--18
_B_ voulentiers le--22 _A_ despoir--23 _A_ que on.]


II

Ou temps jadis, en la cit de Romme,
Orent Rommains maint noble et bel usage.
Un en y ot: tel fu que quant un homme
En fais d'armes s'en aloit en voyage,            4
S'il faisoit la aucun beau vasselage,
Aprs, quant ert a Romme retourn,
Cellui estoit, pour pris de son bernage,
Digne d'estre de lorier couronn.                8

De cel' honneur on prisoit moult la somme;
Car le plus preux l'avoit ou le plus sage.
Pour ce pluseurs, qu'yci pas je ne nomme,
S'efforoient d'en avoir l'avantage;             12
Bien y paru, car de hardi visage
Domterent ceulz d'Auffrique en leur regn,
Dont maint furent, au retour de Cartage,
Digne d'estre de laurier couronn.               16

Ce faisoit on jadis; mais une pomme
Ne sont prisi en France, c'est domage,
Ads les bons, mais tous ceulz on renomme
Qui ont avoir ou trs grant heritage.            20
Mais par bont, trop plus que par lignage,
Doit estre honneur et pris et loz donn
A ceulx qui sont, pour leur noble corage,
Digne d'estre de lorier couronn.                24

Princes, par Dieu c'est grant dueil et grant rage
Quant les biens fais ne sont guerredonn
A ceulx qui sont, au dit de tout lengage,
Digne d'estre de lorier couronn.                28

[Note II:--5 _B_ Et la f.--6 _B_ Et puis s'en feust a--10 _B_ et
le p.--22 _B_ loz et p.]


III

Quant Lehander passoit la mer sale,
Non pas en nef, ne en batel a nage,
Mais tout a nou, par nuit, en recelle,
Entreprenoit le perilleux passage              4
Pour la belle Hero au cler visage,
Qui demouroit ou chastel d'Abidonne,
De l'autre part, assez prs du rivage;
Voyez comment amours amans ordonne!            6

Ce braz de mer, que l'en clamoit Helle,
Passoit souvent le ber de hault parage
Pour sa dame veoir, et que celle
Fust celle amour ou son cuer fu en gage.       12
Mais Fortune qui a fait maint oultrage,
Et a mains bons assez de meschiefs donne,
Fist en la mer trop tempesteux orage.
Vois comment amours amans ordonne!            16

En celle mer, qui fu parfonde et le,
Fu Lehander peri, ce fu domage;
Dont la belle fu si fort adoule
Qu'en mer sailli sanz querir avantage.         20
Ainsi pery furent d'un seul courage.
Mirez vous cy, sanz que je plus sermone,
Tous amoureux pris d'amoureuse rage.
Voyez comment amours amans ordonne!            24

Mais je me doubt que perdu soit l'usage
D'ainsi amer a trestoute personne;
Mais grant amour fait un fol du plus sage.
Voyez comment amours amans ordonne!            28

[Note III:--6 _A_ de Bidonne--9 _A__B_ Herle--21 _A_ tout d'un;
_B_ tuit d'un--27 _A_ Au fort a.]


IV

Par envie, qui le monde desroye,
Est trayson couvertement nourrie
En mains faulz cuers, qui se mettent en voye
De mettre a fin leur fausse lecherie,            4
Et en leurs fais usent de tricherie,
Dont ilz prenent sur maint grant avantage,
En trason, non pas par vacellage.               7

En grant pouoir fu la cit de Troye,
Un temps qui fu, sur toute seigneurie;
Et la regnoit de ce monde, a grant joye,
En haulte honneur, fleur de chevalerie;          11
Qui par Grigois fu puis arse et perie,
Et Troyens pris et menez en servage,
En trason, non pas par vacellage.               14

Alixandre qui du monde ot la proye
Si fu trahy; aussi grant desverie
Reffist Mordret a Artus par tel voye,
Dont maint dient qu'il est en faerie.            18
Le preux Hector, ou ot bont florie,
Ne l'occist pas Achills par oultrage,
En trason, non pas par vacellage.               21

Princes, je dis, nel tenez moquerie,
Que l'en se gard de tel forsennerie,
Voire qui puet, car on fait maint domage
En trason, non pas par vacellage.               25

[Note IV:--17 _A_ Mortrett--19 _B_ Le bon H. ou b. fu f.--22 _B_
Pour ce je dy ce n'est pas m.]


V

H! Dieux, quel dueil, quel rage, quel meschief,
Quel desconfort, quel dolente aventure,
Pour moy, helas, qui torment ay si grief,
Qu'oncques plus grant ne souffri creature!
L'eure maudi que ma vie tant dure,
Car d'autre riens nulle je n'ay envie
Fors de morir; de plus vivre n'ay cure,
Quant cil est mort qui me tenoit en vie.        8

O dure mort, or as tu trait a chief
Touz mes bons jours, ce m'est chose molt dure,
Quant m'as ost cil qui estoit le chief
De tous mes biens et de ma nourriture,          12
Dont si au bas m'as mis, je le te jure,
Que j'ay desir que du corps soit ravie
Ma doulante lasse ame trop obscure,
Quant cil est mort qui me tenoit en vie.        16

Et se mes las dolens jours fussent brief,
Au moins cessast la dolour que j'endure;
Mais non seront, ains toudis de rechief
Vivray en dueil sanz fin et sanz mesure,        20
En plains, en plours, en amere pointure.
De touz assaulz dolens seray servie.
D'ainsi mon temps user c'est bien droitture,
Quant cil est mort qui me tenoit en vie.        24

Princes, voiez la trs crueuse injure
Que mort me fait, dont fault que je devie;
Car choite suis en grant mesaventure,
Quant cil est mort qui me tenoit en vie.        28

[Note V:--4 _A_ Que o.; _B_ n'endura--10 _B_ c. trop
d.--15 _A_ Ma doloreuse; _B_ Ma doulante a. qui t. se treuve o.--19
_B_ seroit--25 _B_ v. comment t. grant i.--26 _A_ d. fait q.; _B_ La
m. me f.--27 _A_ cheoite.]


VI

Dueil engoisseux, rage desmesure,
Grief desespoir, plein de forsennement,
Langour sanz fin, vie malere
Pleine de plour, d'engoisse et de tourment,       4
Cuer doloreux qui vit obscurement,
Tenebreux corps sus le point de perir,
Ay, sanz cesser, continuellement;
Et si ne puis ne garir ne morir.                  8

Fiert, durt de joye separe,
Triste penser, parfont gemissement,
Engoisse grant en las cuer enserre,
Courroux amer port couvertement,                 12
Morne maintien sanz resjossement,
Espoir dolent qui tous biens fait tarir,
Si sont en moy, sanz partir nullement;
Et si ne puis ne garir ne morir.                  16

Soussi, anuy qui tous jours a dure,
Aspre veillier, tressaillir en dorment,
Labour en vain, a chiere alangoure
En grief travail infortunement,                  20
Et tout le mal, qu'on puet entierement
Dire et penser sanz espoir de garir,
Me tourmentent desmesurement;
Et si ne puis ne garir ne morir.                  24

Princes, priez a Dieu que bien briefment
Me doint la mort, s'autrement secourir
Ne veult le mal ou languis durement;
Et si ne puis ne garir ne morir.                  28

[Note VI:--5 _A_ q. vid--19 _A_ alanguore.]


VII

Ha! Fortune trs doloureuse,
Que tu m'as mis du hault au bas!
Ta pointure trs venimeuse
A mis mon cuer en mains debas.      4
Ne me povoyes nuire en cas
Ou tu me fusses plus crueuse,
Que de moy oster le soulas,
Qui ma vie tenoit joyeuse.          8

Je fus jadis si ereuse;
Ce me sembloit qu'il n'estoit pas
Ou monde plus benereuse;
Alors ne craignoie tes las,         12
Grever ne me pouoit plein pas
Ta trs fausse envie haneuse,
Que de moy oster le soulas,
Qui ma vie tenoit joyeuse.          16

Horrible, inconstant, tenebreuse,
Trop m'as fait jus flatir a cas
Par ta grant malice envieuse
Par qui me viennent maulx a tas.    20
Que ne vengoyes tu, helas!
Autrement t'yre mal piteuse,
Que de moy oster le solas,
Qui ma vie tenoit joyeuse?          24

Trs doulz Princes, ne fu ce pas
Cruault male et despiteuse,
Que de moy oster le solas,
Qui ma vie tenoit joyeuse?          28

[Note VII:--6 _A_ cruese; _B_ Dont tu me f. si c.--7 _B_ ce de--9
_A_ Helas j. f. si e.--10 _A_ n'estois; _B_ n'avoit--17 _B_ Trs
faulse h. et t.]


VIII

Il a long temps que mon mal comena,
N'oncques despuis ne fina d'empirer
Mon las estat, qui puis ne s'avana,
Que Fortune me voult si atirer                4

Qu'il me convint de moy tout bien tirer;
Et du grief mal qu'il me fault recevoir
C'est bien raison que me doye doloir.         7

Le dueil que j'ay si me tient de piea,
Mais tant est grant qu'il me fait desirer
Morir briefment, car trop mal me cassa
Quant ce m'avint qui me fait arer;           11
Ne je ne puis de nul cost virer,
Que je voye riens qui me puist valoir.
C'est bien raison que me doye doloir.         14

Ce fist meseur qui me desavana,
Et Fortune qui voult tout dessirer
Mon boner; car depuis lors en a
Nul bien ne pos par devers moy tirer,         18
Ne je ne scay penser ne remirer
Comment je vif; et de tel mal avoir
C'est bien raison que me doye doloir.         21

[Note VIII:--6 _A_ Dont du g. m.--7 B q. m'en d. d.--12 _B_ Ne
je le p.--15 _B_ Ce fu m.--18 _B_ d. m. atirer.]


IX

O dure Mort, tu m'as desherite,
Et tout ost mon doulz mondain usage;
Tant m'as greve et si au bas boute,
Que mais prisier puis pou ton seignorage.         4
Plus ne me pues en riens porter domage,
Fors tant sanz plus de moy laissier trop vivre.
Car je desir de trestout mon corage
Que mes griefs maulx soyent par toy delivre.      8

Il a cinq ans que je t'ay regraitte
Souventes fois, a trs pleureux visage,
Depuis le jour que me fu joye oste,
Et que je cheus de franchise en servage.          12
Quant tu m'ostas le bel et bon et sage,
Laquelle mort a tel tourment me livre
Que moult souvent souhait, pleine de rage,
Que mes griefs maulx soyent par toy delivre.      16

Se trs adonc tu m'eusses emporte,
Trop m'eusses fait certes grant avantage,
Car depuis lors j'ay est si hurte
De grans anuis, et tant reu d'oultrage,          20
Et tous les jours reoy au feur l'emplage,
Que riens ne vueil, ne n'ay desir de suivre,
Fors seulement toy paier tel truage
Que mes griefs maulx soyent par toy delivre.      24

Princes, oys en piti mon language,
Et toy Mort, pri, escry moy en ton livre,
Et fay que tost je voye tel message,
Que mes griefs maulx soyent par toy delivre.      28

[Note IX:--3 _A_ au b. mene--15 _B_ Que je souhaid s. p. de
r.--20 _B_ De g. meschiefs--22 _B_ ne v. je n.]


X

Se Fortune a ma mort jure,
Et du tout tasche a moy destruire,
Ou soye si malere,
Qu'il faille qu'en dueil vive et muire,      4
Que me vault donc pestrir ne cuire,
Tirer, bracier, ne peine traire,
Puis que Fortune m'est contraire?            7

Piea de joye m'a tire,
Ne puis ne fina de moy nuire,
Encore est vers moy si yre,
Qu'ads me fait de mal en pire,              11
Quanque bastis elle descire,
Et quel proffit pourroye attraire,
Puis que Fortune m'est contraire?            14

Son influance desrae
Cuidoye tous jours desconfire,
Par bien faire a longue endure,
Cuidant veoir aucun temps luire              18
Pour moy qui meser fait fuire.
Mais riens n'y vault, je n'y puis traire,
Puis que Fortune m'est contraire.            21

[Note X:--2 _A_ Ou du tout--15 _A_ S. i. desire.]


XI

Seulete suy et seulete vueil estre,
Seulete m'a mon doulz ami laissie,
Seulete suy, sanz compaignon ne maistre,
Seulete suy, dolente et courroucie,         4
Seulete suy en languour mesaisie,
Seulete suy plus que nulle esgare,
Seulete suy sanz ami demoure.               7

Seulete suy a huis ou a fenestre,
Seulete suy en un anglet mucie,
Seulete suy pour moy de plours repaistre,
Seulete suy, dolente ou apaisie,            11
Seulete suy, riens n'est qui tant me sie,
Seulete suy en ma chambre enserre,
Seulete suy sanz ami demoure.               14

Seulete suy partout et en tout estre.
Seulete suy, ou je voise ou je sie,
Seulete suy plus qu'autre riens terrestre,
Seulete suy de chascun delaissie,           18
Seulete suy durement abaissie,
Seulete suy souvent toute esploure,
Seulete suy sanz ami demoure.               21

Princes, or est ma doulour commencie:
Seulete suy de tout dueil menacie,
Seulete suy plus tainte que more,
Seulete suy sanz ami demoure.               25

[Note XI:--12 _A_ messie--16 _A_ si--19 _A_ abaissi--22 __
26 _Omis dans B._]


XII

Qui trop se fie es grans biens de Fortune,
En verit, il en est dece;
Car inconstant elle est plus que la lune.
Maint des plus grans s'en sont aperce,         4
De ceulz meismes qu'elle a hault acre,
Trebusche tost, et ce voit on souvent
Que ses joyes ne sont fors que droit vent.      7

Qui vit, il voit que c'est chose commune
Que nul, tant soit perfait ne esle,
N'est espargn quant Fortune repugne
Contre son bien, c'est son droit et de         11
De retoulir le bien qu'on a e,
Vent chierement, ce scet fol et savent
Que ses joyes ne sont fors que droit vent.      14

De sa guise qui n'est pas a touz une
Bien puis parler; car je l'ay bien sce,
Las moy dolens! car la fausse et enfrune
M'a a ce cop trop durement ne,                 18
Car tollu m'a ce dont Dieu pourve
M'avoit, helas! bien vois apercevent
Que ses joyes ne sont fors que droit vent.      21

[Note: _Rubrique place entre la b. XI et la b. XII, B:_ Balades
de personnages.]

[Note XII:--3 _B_ Car variable--b _A_ que elle--8 _A_ Qui
vid--12 _A_ que on--15 _B_ ne s. mais que--20 _B_ voy appertement--21
_B_ ne s. mais que.]


XIII

C'est fort chose qu'une nef se conduise,
Es fortunes de mer, a tout par elle,
Sanz maronnier ou patron qui la duise,
Et le voile soit au vent qui ventelle;         4
Se sauvement a bon port tourne celle,
En verit c'est chose aventureuse;
Car trop griefment est la mer perilleuse.      7

Et non obstant que parfois soleil luise,
Et que si droit s'en voit que ne chancelle,
Si qu'il semble que nul vent ne lui nuise,
Ne nul decours, ne la lune nouvelle,           11
Si est elle pourtant en grant barelle
De soubdain vent ou d'encontre encombreuse;
Car trop griefment est la mer perilleuse.      14

Si est piti, quant fault que mort destruise
Nul bon patron, ou meneur de nacelle;
Et est bien droit que le cuer dueille et cuise.
Qui a tresor, marchandise ou vaisselle,        18
Ou seul vaissel qui par la mer brandelle:
N'est pas asseur, mais en voie doubteuse;
Car trop griefment est la mer perilleuse.      21

[Note XIII:--11 _A_ Ne n. secours.]


XIV

Seulete m'a laissi en grant martyre,
En ce desert monde plein de tristece,
Mon doulz ami, qui en joye sanz yre
Tenoit mon cuer, et en toute leesce.           4
Or est il mort, dont si grief dueil m'oppresse,
Et tel tristour a mon las cuer s'amord
Qu'a tousjours mais je pleureray sa mort.      7

Qu'en puis je mais, se je pleure et souspire
Mon ami mort, et quelle merveille est ce?
Car quant mon cuer parfondement remire
Comment souef j'ay vescu sans asprece          11
Trs mon enfance et premiere jeunece
Avecques lui, si grant doulour me mord
Qu'a tousjours mais je pleureray sa mort.      14

Com turtre sui sanz per qui ne desire
Nulle verdour, ains vers le sec s'adrece,
Ou com brebis que lop tache a occire,
Qui s'esbast quant son pastour la laisse;     18
Ainsi suis je laissie, en grant destrece,
De mon ami, dont j'ay si grant remord
Qu'a tousjours mais je pleureray sa mort.      21

[Note XIV:--5 _B_ d. si grant deuil--6 _A_ en m. l. c.--12 _B_
T. m'enfance et p. en j.--13 _A_ Avec--16 _B_ mais sus le s.--17 _B_
Et.]


XV

Helas! helas! bien puis crier et braire,
Quant j'ay perdu ma mere et ma nourrice,
Qui doulcement me souloit faire taire.
Or n'y a mais ame qui me nourrice,            4
Ne qui ma faim de son doulz lait garisse.
Jamais de moy nul ne prendra la cure,
Puis qu'ay perdu ma doulce nourriture.        7

Plaindre et plourer je doy bien mon affaire;
Car je me sens povre, foiblet et nyce,
Et non sachant pour aucun proffit faire;
Car jeune suis de sens et de malice.          11
Or convendra qu'en orphant languisse,
Et que j'aye mainte male aventure,
Puis qu'ay perdu ma doulce nourriture.        14

Le temps pass, a tous souloie plaire,
Et m'offroit on honneurs, dons et service,
Quant ma mere la doulce et debonnaire
Me nourrissoit; or fault que tout tarrisse,   18
Et qu' meschief et a doleur perisse
Plein de malons et de pouvre enfonture,
Puis qu'ay perdu ma doulce nourriture.        21

[Note XV:--5 _A_ de s. d. l. tarice--7 _A_ P. que ay--16 _A_ _B_
Et maint m'offroient et honneur et s.]


XVI

Qui vivement veult bien considerer
Ce monde cy ou il n'a joye entiere,
Et les meschiefs qu'il fault y endurer,
Et comment mort vient qui tout met en biere,      4
Qui bien penser veult sus ceste matiere,
Il trouvera, s'il a quelque grevance,
Que sur toute reconfortant maniere,
C'est souvrain bien que prendre en pascience.     8

Puis qu'ainsi est qu'on n'y puet demorer,
Pourquoy a l'en ceste vie si chiere?
Et une autre convient assavourer,
Qui aux pecheurs ne sera pas legiere.             12
Si vault trop mieulx confession plainiere
Faire en ce monde, et vraye penitence;
Et qui ara la penance trop fiere,
C'est souvrain bien que prendre en pascience.     16

Chascun vray cuer se doit enamourer
De la vraye celestiel lumiere,
Et du seul Dieu que l'en doit aourer.
C'est nostre fin et joye derreniere:              20
Qui sages est, autre solas ne quiere,
Tout autre bien si n'est fors que nuisance,
Et se le monde empesche ou trouble arriere,
C'est souvrain bien que prendre en pascience.     24

[Note XVI:--3 _B_ q. y f. e.--9 _A_ P. que a.--13 _B_ c.
entiere--15 _B_ Et q. a. penitence--20 _A_ derrenier.]


XVII

Se de douloureux sentement
Sont tous mes dis, n'est pas merveille;
Car ne peut avoir pensement
Joyeux, cuer qui en dueil traveille.      4
Car, se je dors ou se je veille,
Si suis je en tristour a toute heure,
Si est fort que joye recueille
Cuer qui en tel tristour demeure.         8

N'oublier ne puis nullement
La trs grant douleur non pareille
Qui mon cuer livre a tel tourment,
Que souvent me met a l'oreille            12
Grief desespoir, qui me conseille
Que tost je m'occie et accueure;
Si est fort que joye recueille
Cuer qui en tel tristour demeure.         16

Si ne pourroye doulcement
Faire dis; car, vueille ou ne vueille,
M'estuet complaindre trop griefment
Le mal, dont fault que je me dueille;     20
Dont souvent tremble comme fueille,
Par la douleur qui me cueurt seure.
Si est fort que joye recueille
Cuer qui en tel tristour demeure.         24

[Note XVII:--12 _B_ m. en l'--17 _A_ Dont ne p.--21 _A_ Et s.]


XVIII

Aucunes gens ne me finent de dire
Pour quoy je suis si malencolieuse,
Et plus chanter ne me voyent ne rire,
Mais plus simple qu'une religieuse,               4
Qui estre sueil si gaye et si joyeuse.
Mais a bon droit se je ne chante mais;
Car trop grief dueil est en mon cuer remais.      7

Et tant a fait Fortune, Dieu lui mire!
Qu'elle a changi en vie doloreuse
Mes jeux, mes ris, et ce m'a fait eslire
Dueil pour soulas, et vie trop greveuse.          11
Si ay raison d'estre morne et songeuse,
Ne n'ay espoir que j'aye mieulx jamais;
Car trop grief dueil est en mon cuer remais.      14

Merveilles n'est se ma leesce empire;
Car en moy n'a pense gracieuse,
N'autre plaisir qui a joye me tire.
Pour ce me tient rude et maugracieuse             18
Le desplaisir de ma vie anuieuse,
Et se je suis triste, je n'en puis mais;
Car trop grief dueil est en mon cuer remais.      21

[Note XVIII:--1 _B_ A. g. si ne me font que d.--7 _B_ C. t. grant
d.--8 _B_ Car--11 _B_ et paine t. g.--12 _A_ m. et soigneuse--17 _B_
N'aucun.]


XIX

Long temps a que je perdi
Tout mon soulas et ma joye,
Par la mort que je maudi
Souvent; car mis m'a en voye      4
De jamais nul bien avoir;
Si m'en doy par droit blasmer;
N'oncques puis je n'oz vouloir
De faire ami, ne d'amer.          8

Ne say qu'en deux ne fendi
Mon cuer, du dueil que j'avoye
Trop plus grant que je ne di,
Ne que dire ne saroye,           12
Encor mettre en nonchaloir
Ne puis mon corroux amer;
N'oncques puis je n'oz vouloir
De faire ami, ne d'amer.          16

Depuis lors je n'entendi
A mener soulas ne joye;
Si en est tout arudi
Le sentement que j'avoye.         20
Car je perdi tout l'espoir
Ou me souloie affermer.
N'oncques puis je n'oz vouloir
De faire ami, ne d'amer.          24

[Note XIX:--13 _B_ N'encor.]


XX

Comment feroye mes dis
Beaulx, ne bons, ne gracieux,
Quant des ans a prs de dix
Que mon cuer ne fu joyeux,           4
N'il n'a femme soubz les cieulx
Qui plus ait eu de meschief?
Encor n'en suis pas a chief.         7

J'os des biens assez jadis;
Mais en yver temps pluieux
Si pesent, si enlaidis,
N'est, ne si trs anuieux,           11
Comme ads en trestous lieux
M'est le temps; mais, par mon chief,
Encor n'en suis pas a chief.         14

Si ay bien droit se je dis
Mes plains malencolieux;
Car en tristour est tousdis
Mon dolent cuer, ce scet Dieux,      18
Ne jamais je n'aray mieulx,
Se ma pesance n'achief;
Encor n'en suis pas a chief.         21

[Note XX:--7 _B_ E. n'en suis je p. a c.--8 _A_ Je os.]


XXI

Tant me prie trs doulcement
Cellui qui moult bien le scet faire,
Tant a plaisant contenement,
Tant a beau corps et doulz viaire,      4
Tant est courtois et debonaire,
Tant de grans biens oy de lui dire
Qu'a peine le puis escondire.           7

Il me dit si courtoisement,
En grant doubtance de meffaire,
Comment il m'aime loyaument,
Et de dire ne se peut taire,            11
Que neant seroit du retraire;
Et puis si doulcement souspire
Qu'a peine le puis escondire.           14

Si suis en moult grant pensement
Que je feray de cest affaire;
Car son plaisant gouvernement,
Vueille ou non, Amours me fait plaire,  18
Et si ne le vueil mie attraire;
Mais mon cuer vers lui si fort tire
Qu'a peine le puis escondire.           21

[Note XXI:--6 _B_ T. oy de l. de g. b. d.--15 _B_ Si s. en trop
g.]


XXII

Tant avez fait par vostre grant doulceur,
Trs doulz ami, que vous m'avez conquise.
Plus n'y convient complainte ne clamour,
Ja n'y ara par moy deffense mise.                 4
Amours le veult par sa doulce maistrise,
Et moy aussi le vueil, car, se m'ait Dieux,
Au fort c'estoit folour quant je m'avise
De reffuser ami si gracieux.                      8

Et j'ay espoir qu'il a tant de valour
En vous, que bien sera m'amour assise,
Quant de beault, de grace et tout honnour
Il y a tant que c'est drois qu'il souffise;       12
Si est bien drois que sur tous vous eslise;
Car vous estes digne d'avoir trop mieulx,
Et j'ay eu tort, quant tant m'avez requise,
De reffuser ami si gracieux.                      16

Si vous retien et vous donne m'amour,
Mon fin cuer doulz, et vous pri que faintise
Ne soit en vous, ne nul autre faulx tour;
Car toute m'a entierement acquise                 20
Vo doulz maintien, vo maniere rassise,
Et vos trs doulz amoureux et beaulz yeux.
Si aroye grant tort en toute guise
De reffuser ami si gracieux.                      24

Mon doulz ami, que j'aim sur tous et prise,
J'oy tant de bien de vous dire en tous lieux
Que par raison devroye estre reprise
De reffuser ami si gracieux.                      28

[Note XXII:--9 _A_ Et j. espour--14 _B_ C. v. e. bien d. d.
m.--15 _A_ Et je ay; _B_ Si ay--19 _B_ Ne treuve--21 _A_ Vou d. m.
vou m.]


XXIII

Bien doy louer Amours de ses biens fais,
Qui m'a donn ami si trs parfait,
Qu'en trestous lieux chascun loue ses fais
Et sa beault, sa grace et tout son fait,           4
Qu'il n'a en lui ne blasme ne meffait;
Dieu l'a parfait en valeur et en grace,
N'on ne pourroit mieulx vouloir par souhait;
Certes c'est cil qui tous les autres passe.         8

Et avec ce qu'il est sur tous parfais,
Et que son bien est en mains lieux retrait,
Pour moy servir porte tous pesans fais,
Et m'aime et craint plus que riens sanz retrait;    12
Ne paour n'ay d'y trouver ja faulz trait.
Car il est tel que trestous maulx efface
De son bon cuer, ou il n'a nul forfait.
Certes c'est cil qui tous les autres passe.         16

Si a mon cuer du tout a lui attrais
Qui est tout sien, c'est bien raison qu'il l'ait;
Car tout acquis l'a par ses trs doulx trais;
Et vrayement si en mon cuer portrait                20
Est son gent corps, qu'il n'en sera fors trait
Jamais nul jour, se ma vie ne passe;
Car sanz mentir dire puis tout a fait:
Certes c'est cil qui tous les autres passe.         24

[Note XXIII:--5 _B_ Il--7 _A_ Ne on.]


XXIV

Ma doulce amour, ma plaisance cherie,
Mon doulz ami, quanque je puis amer,
Vostre doulceur m'a de tous maulz garie,
Et vrayement je vous puis bien clamer         4
    Fontaine dont tout bien vient,
Et qui en paix et joye me soustient,
Et dont plaisirs me vienent a largece;
Car vous tout seul me tenez en leece.         8

Et la doulour qui en mon cuer norrie
S'est longuement, qui tant m'a fait d'amer,
Le bien de vous a de tous poins tarie;
Or ne me puis complaindre ne blasmer          12
    De Fortune qui devient
Bonne pour moy, se en ce point se tient.
Mis m'en avez en la voye et adrece;
Car vous tout seul me tenez en leece.         16

Si lo Amours qui, par sa seigneurie,
A tel plaisir m'a voulu reclamer;
Car dire puis de vray sanz flaterie,
Qu'il n'a meilleur de la ne de a mer         20
    De vous, m'amour, ainsi le tient
Mon cuer pour vray, qui tout a vous se tient,
N'a aultre rien sa pense ne drece;
Car vous tout seul me tenez en leece.         24

[Note XXIV:--10 _B_ Est--20 _B_ de a ne de la m.; _B_ Q. n'i
a m.--21 Sic _dans tous les mss._; _corr._ ainsi _en_ si?--22 _B_ q. a
v. t. se t.--23 _B_ Si ne desir nulle plus grant richesce.]


XXV

Dites moy, mon doulz ami,
S'il est voir ce que j'oy dire,
Que dedens la Saint Remi
Devez aler en l'Empire,          4
En Alemaigne, bien loings,
Demourer, si com j'entens,
Quatre moys ou trois du moins?
Helas! que j'aray mautemps!      8

Ne me puet jour ne demi
Sanz vous veoir riens souffire,
Et quant vous serez de mi
Loins, quel sera mon martire!    12
De mourir me fust besoings
Mieulx que le mal que j'atens;
Rungier me fauldra mes froins.
Helas! que j'aray mautemps!      16

Mon cuer partira par mi,
Au dire a Dieu j'en souspire
Souvent et de dueil fremi.
Car je fondray com la cire       20
Des soussis et des grans soings
Que pour vous aray par temps;
Se je vous pers de tous poins,
Helas! que j'aray mautemps!      24

[Note XXV:--2 _A_ ce q. j'oz d.]


XXVI

Mon doulz ami, n'aiez malencolie
Se j'ay en moy si joyeuse maniere;
Et se je fais en tous lieux chiere lie,
Et de parler a maint suis coustumiere,            4
Ne croiez pas pour ce, que plus legiere
Soye envers vous, car c'est pour decepvoir
Les mesdisans qui tout veulent savoir.            7

Car se je suis gaye, cointe et jolie,
C'est tout pour vous que j'aim d'amour entiere.
Si ne prenez nul soing qui contralie
Vostre bon cuer, car pour nulle priere            11
Je n'ameray autre qui m'en requiere;
Mais on doit moult doubter, a dire voir,
Les mesdisans qui tout veulent savoir.            14

Sachiez de voir qu'amours si fort me lie
En vostre amour que n'ay chose tant chiere.
Mais ce seroit a moy trop grant folie
De ne faire, fors a vous, bonne chiere.           18
Ce n'est pas drois, ne chose qui affiere
Devant les gens, pour faire apercevoir
Les mesdisans qui tout veulent savoir.            21

[Note XXVI:--3 _A_ Car se--8 _A_ _B_ C. se je s. ne g. ne j.--12
_A_ Je n'aimeray.]


XXVII

Ne cuidiez pas que je soye
Si fole, ne si legiere,
Sire, qu'accorder je doye
M'amour a toute priere;                4
Trop seroye vilotiere,
Ce que oncques mais ne fus;
J'en ay fait a maint reffus.           7

Ja pour ce ne vous anoye,
Ne me faittes pire chiere,
Car amer je ne saroye,
Ne je n'en suis coustumiere,           11
Pour homme qui m'en requiere;
Aprendre n'en vueil les us;
J'en ay fait a maint reffus.           14

Ne faire je n'en vouldroie
En fais, en dis, en maniere,
Chose que faire ne doye
Femme qui honneur a chiere.            18
Trop mieulx vouldroie estre en biere.
Pour ce, soyent beaulx ou drus,
J'en ay fait a maint reffus.           21

[Note XXVII:--9 _B_ Ne m'en f.--13 _A_ li us--15 _B_ Car f. je ne
v.--16 _A_ e. d. (_blanc_) m.--17 _B_ q. f. n'en d.--20 _B_ P. ce et
a b. et a d.]


XXVIII

Mon doulz ami, vueilliez moy pardonner,
Se je ne puis, si tost com je vouldroye,
Parler a vous, car ainois ordener
Me fault comment sera, ne par quel voye.       4
    Car mesdisans me vont gaitant
Qui du meschief et du mal me font tant,
Que je ne puis joye ne bien avoir,
Pour le desir que j'ay de vous veoir.          8

Si pry a Dieu qu'il leur vueille donner
La mort briefment; car leur vie m'anoye,
Pour ce qu'en dueil me font mes jours finer
Sanz vous veoir, ou est toute ma joye:         12
    Car ilz se vont entremettant
De moy gaitier nuit et jour, mais pourtant
Ne vous oubli, ce pouez vous savoir,
Pour le desir que j'ay de vous veoir.          16

Mais ne saront ja eulx si fort pener,
Que, maugr tous, bien briefment ne vous voie.
Car tant feray, se g'y puis assener,
Que vous verray, quoy qu'avenir m'en doye,     20
    Et vous feray savoir quant.
Mon doulz ami, deportez vous atant.
Car g'y mettray peine, sachiez de voir,
Pour le desir que j'ay de vous veoir.          24

[Note XXVIII:--9-16 _Manquent dans A_.--11 _B_ Car en grief d. me
f. m. j. mener--12 _B_ S. veoir v.--21 Sic _A B_; _corr._ assavoir.]


XXIX

Le gracieux souvenir,
    Qui de vous me vient,
Me fait gaiement tenir.
    Et il appertient,                 4
Car tout ads me souvient
Comment vostre bont passe
Tous autres, chascun le tient,
    Par Dieu, c'est grant grace.      8

Joye doy bien maintenir,
    Quant si bien m'avient,
Qu'amours mon cuer retenir,
    Dont plus li devient,            12
Vous a fait a qui avient
Bien et bel en toute place
Faire quanque honneur contient,
    Par Dieu, c'est grant grace.      16

Ne mal ne me peut venir;
    Car mon cuer maintient
Qu'a joye puis avenir,
    Par vous qui retient              20
Pense, dit, fait et detient
Tout bien, et tout mal efface
La bont qui vous soustient,
    Par Dieu, c'est grant grace.      24

[Note XXIX:--3 _B_ Me f. joyeusement t.--11 _A_ Que mon cuer
veult r.; _B_ Qu'amours m'a fait r.--12 _manque dans B._--19 _A_
puet--21 _manque dans B._]


XXX

Faulx mesdisans aront ilz le pouoir
De moy faire mon ami eslongnier?
Nanil, par Dieu! combien que leur savoir
Mettent a moy grever sanz espargnier,           4
Mais ja pourtant ne feront recreant
Mon cuer d'amer; a cellui le creant
Qui l'a du tout, car n'ont pas la poissance
Qu'a vraye amour puissent faire grevance.       8

Grever peut bien mon corps ou mon avoir
Leur faulx agait, que ne puis engigner,
Ou mon honneur, et si puis recepvoir
Par eulx maint mal; si le doy ressoigner;       12
Mais se mon fait devoyent en riant
Partout compter en la ville criant,
Si n'ay je pas ne doubte n'esperance
Qu'a vraye amour puissent faire grevance.       16

Par leurs lengues ou il n'a mot de voir
(Je pri a Dieu que l'en leur puist roignier,)
Me destournent mon ami a veoir;
De ce les voy assez embesoignier,               20
Et ja par eulx vont maintes gens creant
Pis qu'il n'y a, et ainsi vont grevant
Maint vray amant; mais n'ay point de doubtance
Qu'a vraye amour puissent faire grevance.       24

[Note XXX:--14 _B_ c. par la v.--23 _B_ car n'ay p. de d.]


XXXI

Mon ami, ne plourez plus;
Car tant me faittes piti
Que mon cuer se rent conclus
A vostre doulce amisti.          4
Reprenez autre maniere;
Pour Dieu, plus ne vous doulez,
Et me faittes bonne chiere:
Je vueil quanque vous voulez.     8

Ne plus ne soiez reclus,
Ne pensif, ne dehaiti;
Mais de joye aprenez l'us.
Car bien avez exploiti           12
Vers Amours qui n'est pas fiere
Encontre vous; or alez,
J'acorde vostre priere:
Je vueil quanque vous voulez.     16

Trop mieulx m'atachent qu'a glus,
Et d'amours font le traitti,
De voz larmes les grans flus
Qui m'occient a moiti,           20
Ne plus je n'y met enchiere;
Doulz ami, or m'acolez,
Je suis vostre amie chiere;
Je vueil quanque vous voulez.     24

[Note XXXI:--19 _A_ le grant flus.]


XXXII

Helas! m'amour, vous convient il partir
Et eslongnier de moy qui tant vous aim?
Ce poise moy, s'ainsi est, car sentir
Me convendra, de ce soyez certain,            4
    Trop de grieft jusqu'au retour.
En dueil vivray, en peine et en tristour,
Et me mourray de dueil certainement,
Se demourez loing de moy longuement.          8

Car vostre est tout mon cuer, sanz repentir,
Ne n'a nul bien sanz vous, ne soir, ne main,
Ne il n'est rien qui le feist alentir
De vous amer, tant fust malade ou sain;       12
    Et, comme en une forte tour,
Est enferm en lui vo gent atour
Qui m'ocira, n'en doubtez nullement,
Se demourez loing de moy longuement.          16

Or me ditez, doulz ami, sanz mentir,
Quant revendrez. Pour le dieu souverain
Ne demourez! car ce feroit martir
Mon povre cuer, qui n'a autre reclaim;        20
    Et ne m'oubliez par nul tour,
Loyal soyez, et loing et cy entour;
Car tant vous aim qu'il m'yra durement
Se demourez loing de moy longuement.          24

[Note XXXII:--12 _B_ De v. veoir.]


XXXIII

En plourant a grosses goutes,
Trs triste et pleine de dueil,
Ma vraye amour dessus toutes,
Cil que j'aim, n'autre ne vueil,      4
Vous di a Dieu a grant peine.
Car trop grant doulour soustient
Mon cuer, qui grief dueil demaine,
Puis que partir vous convient.        8

Or sont mes joyes desrouptes;
Plus ne chant, si com je sueil;
Des tristes suivray les routes,
J'en ay ja pass le sueil,            12
Puis que je seray longtaine
De vous, et il apertient.
Je demeure de dueil pleine,
Puis que partir vous convient.        16

Je mourray, n'en faites doubtes,
Sans veoir vo doulz accueil.
Ha! Fortune, tu me boutes
En dur point, puis que my oeil,       20
Fors par pense prochaine,
Ne verront cil qui retient
Mon cuer: c'est chose certaine,
Puis que partir vous convient.        24

[Note XXXIII:--17 _A_ mouray--18 _A_ vou d. a.--22 _A_ q. te
tient.]


XXXIV

Or est venu le trs gracieux moys
De May le gay, ou tant a de doulours,
Que ces vergiers, ces buissons et ces bois,
Sont tout chargiez de verdure et de flours,      4
    Et toute riens se resjoye.
Parmi ces champs tout flourist et verdoye,
Ne il n'est riens qui n'entroublie esmay,
Pour la doulour du jolis moys de May.           8

Ces oisillons vont chantant par degois,
Tout s'esjoust partout de commun cours,
Fors moy, helas! qui sueffre trop d'anois,
Pour ce que loings je suis de mes amours;        12
    Ne je ne pourroye avoir joye,
Et plus est gay le temps et plus m'anoye.
Mais mieulx cognois ads s'oncques amay,
Pour la doulour du jolis moys de May.           16

Dont regreter en plourant maintes fois
Me fault cellui, dont je n'ay nul secours;
Et les griefs maulx d'amours plus fort cognois,
Les pointures, les assaulx et les tours,         20
    En ce doulz temps, que je n'avoye
Oncques mais fait; car toute me desvoye
Le grant desir qu'ads trop plus ferme ay,
Pour la doulour du jolis moys de May.           24

[Note XXXIV:--3 _B_ prs et b.--4 _A_ Reverdissent partout de
commun cours--5 _A_ Et t. r. si s'esjoye, _corr_. si se resjoye--13
_B_ Et--17 _A_ D. regraittant--18 _A_ Me fait.]


XXXV

Je suis loings de mes amours,
Dont je pleure mainte lerme;
Mais en espoir prens secours
Que tost revendra le terme        4
Qu'il m'a mis de retourner.
Ja sont passes trois sepmaines,
Six en devoit sejourner,
Tant ont a durer mes peines.      8

Tant le desire tousjours
Qu'en suis malade et enferme.
Or venez doncques le cours,
Amis que j'aim d'amour ferme,     12
Et vous ferez destourner
Mes angoisses trs grevaines;
Car jusques au retourner
Tant ont a durer mes peines.      16

Pour mener mon dueil en plours,
Souvent a par moy m'enferme;
Mais ce garist mes doulours
Qu'a bon espoir je m'afferme      20
Que Dieu vous vueille amener,
Ou tost nouvelles certaines;
Jusques la me fault pener,
Tant ont a durer mes peines.      24

[Note XXXV:--9 _B_ a t.--14 _B_ trop g.--20 _B_ Qu'au doulz
souvenir m'a.]


XXXVI

Se vraye amour est en un cuer fiche
Sanz varier et sanz nulle faintise,
Certes c'est fort que de legier deche;
Ainois ads de plus en plus l'atise                 4
Ardent desir et l'amour qui s'est mise
Dedens le cuer, qui si le fait lier
Qu'il n'en pourroit partir en nulle guise,
Et qui pourroit telle amour oublier?                 8

Pour moy le say, qui suis toute seche
Par trop amer; car, sans recreandise,
Ay si m'amour fermement atache
A cil amer, ou je l'ay toute assise,                 12
Qu'en ce monde nul autre avoir ne prise,
Ne je ne fais fors melencolier.
Quant loings en suis, riens n'est qui me souffise,
Et qui pourroit telle amour oublier?                 16

Si ne pourroit jamais estre arrache
Si faitte amour, car, pour droit que g'i vise,
Je n'ay pouoir qu'en moy de riens deche,
Et si suis je d'autres assez requise;                20
Mais riens n'y vault: un seul m'a tout acquise;
Tant pourchaa, par soy humilier,
Que je me mis du tout a sa franchise,
Et qui pourroit telle amour oublier?

[Note XXXVI:--8, 16, 24 _B_ celle a.--17 _B_ Ne ne--19 _A_ q. r.
de m. d.--21 _A_ un m'a t. a.--_B_ un m'a du t. a.--22 _B_ pour s.
h.--24 _A_ tel a.]


XXXVII

Pour vous, m'amour desire,
Ay joye si adire,
    Sanz mentir,
Qu'ads vouldroye sentir      4
La mort, pour estre tire
Du mal qui m'a empire,
Et si ne m'en puis partir.    7

Ne, pour tost estre cure
La peine qu'ay endure,
   Consentir
Ne me puis ne assentir        11
A autre amour procure;
J'en seroye perjure,
Et si ne m'en puis partir.    14

C'est pour vostre demoure,
Ma doulce amour savoure,
    Qui partir
Fera mon cuer com martir,     18
J'en suis taintte com more,
Et toute descouloure,
Et si ne m'en puis partir.    21

[Note XXXVII:--8 _B_ Ne p. e. t.]


XXXVIII

Helas! doulz loyaulx amis,
En grant desir attendoie
Le terme que m'aviez mis
De retourner, mais ma joye        4
Tourne en dueil: tout est cass
Le bon espoir que j'avoye,
Puis que le terme est pass.      7

Vous m'aviez dit et promis,
Et aussi je l'esperoie,
Que deux moys ou trois demis,
Demourriez en ceste voye,         11
Dont je me doubt que lass
Vous soyez que plus vous voye,
Puis que le terme est pass.      14

Or est de tous poins desmis
Le soulas qu'avoir soloie,
En pensant que ja remis,
Du retour fussiez en voye         18
De venir; mais effac
Est mon bien; car trop m'anoie,
Puis que le terme est pass.      21

[Note XXXVIII:--9 _B_ ainsi--13 _B omet le second_ vous.]


XXXIX

Qui a mal, souvent se plaint;
Car maladie le doit,
Et pour ce sont mi complaint
Doulereux, car chascun voit        4
Comment tourmente suis
Pour amer, et ma doulour
Nullement celer ne puis;
Il en pert a ma coulour.           8

On cognoist bien qui se faint;
Car qui grant grieft reoipt,
Le visage en a destaint.
Se le cuer est fort destroit,      12
Et pour ce mes griefs anuis
Amenrissent ma vigour,
Car repos n'ay jour ne nuys;
Il en pert a ma coulour.           16

Mais cil, par qui j'ay mal maint,
Ne scet, ne cognoist, ne voit
Comment mon cuer est attaint;
Helas! comment le saroit,         20
Car je ne le vis depuis
Demi an, mais son sejour
De la mort m'ovrira l'uis;
Il en pert a ma coulour.           24

[Note XXXIX:--4 _A_ Douloureux--8 _B_ Il appert a--14 _B_
Amenuissent.]


XL

Amours, amours, certes tu fis pechi
De moy lier en tes perilleux las,
Ou mon cuer est si durement fichi,
Que moult souvent me convient dire helas!          4
    Et voirement dit l'en voir
Que tu ne scs nullui si chier avoir,
Qu'il n'ait, souvent avient, de ses amours
Pour un seul bien plus de cinq cens doulours.      8

Au commencier m'as le cuer aluchi,
Par moy donner asss de tes soulas;
Mais quant tu l'as fermement atachi,
Adonc de ses plaisirs despouilli l'as;            12
    Car, sans lui faire assavoir,
Trestout le bien qu'il souloit recevoir
Lui as ost, et lui rens tous les jours
Pour un seul bien plus de cinq cens doulours.      16

Et se cellui, par qui en dur point chi,
Ne vient briefment, mal oncques m'affulas
De tes dangiers par qui du tout dechi
De joye avoir, et s'il est d'amer las              20
    Trop me convendra douloir;
Car plus que riens le desir a veoir,
Et, s'il ne vient, j'aray pour mes labours
Pour un seul bien plus de cinq cens doulours.      24

[Note XL:--6 _B_ si chierement a.--7 _A_ pour ses labours--9 _B_
Au premier m'as le c. si a.--_B_ alechi--10 _B_ Pour m.--18 _A_
_B_ mar o. m.--19 _A_ donjers--23 _B_ par m. l.]


XLI

Helas! au moins se aucune nouvelle
Peusse our, par quoy seusse comment
Le fait cellui qui mes maulx renovele,
Et qui tenu l'a ja si longuement                  4
De moy loingtain, ce feist aucunement
Moy resjour, mais nul n'en fait raport,
Ne plus, ne mains ne que s'il estoit mort.        7

Ne say s'en nef, en barge, ou en nacelle,
Passa la mer ou s'il va autrement;
S'en Aragon, en Espaigne, en Castelle,
Ou autre part soit al, ou briefment              11
Ne puist venir, ou si prochainement;
Car je ne say ou il est, n'a quel port,
Ne plus, ne mains ne que s'il estoit mort.        14

Ou peut estre qu'il aime autre plus belle
Que je ne suis, si ne lui chaut granment
De revenir; mais il n'est damoiselle
Ne nulle autre, ce say certainement,             18
Qui jamais jour l'aime plus loiaument;
Mais que me vault? quant je n'en ay confort,
Ne plus, ne mains ne que s'il estoit mort.        21

[Note XLI:--1 _B_ H. amours--2 _B_ P. avoir--5 _A_ ce fait a--10
_A_ en E. ou en C.--_A_ ou C.--18 _B_ ne s. c.]


XLII

Ovide dit qu'il est un messagier,
Qui en dormant les nouvelles aporte,
Les gens endort, et puis les fait songier
De joye ou dueil, songes de mainte sorte.       4
Morphes cil messager on appelle;
Au dieu qui dort est filz, ce dit la fable,
Qui en pluseurs formes se renouvelle,
Cil nonce aux gens mainte chose notable,        8

Et cellui dieu de someil alegier,
Soye mercy, veult le mal que je porte.
Car nouvelles m'envoye sanz dongier
De mon ami, autre ne me conforte.               12
Mais quant chose me dit qui ne m'est belle,
Mon cuer tremble plus que feuille d'arable;
Car en nul cas de riens le voir ne celle,
Cil nonce aux gens mainte chose notable.        16

Et ma doulour fait moult assouagier
Le dieu qui dort, certes je fusse morte
Se il ne fust; mais plorer de legier
Me fait souvent, car trop me desconforte        20
Quant il me dit qu'une autre damoiselle
Tient mon ami, et qu'il soit veritable
J'ay grant paour; car, de toute querelle,
Cil nonce aux gens mainte chose notable.        24

[Note XLII:--5 _A_ Orphes--10 _A_ Sienne m.--_B_ le dueil q. je
p.]


XLIII

H Dieux! que le temps m'anuie,
Un jour m'est une sepmaine;
Plus qu'en yver longue pluie,
M'est ceste saison grevaine.       4
Helas! car j'ay la quartaine,
Qui me rent toute estourdie
Souvent et de tristour pleine:
Ce me fait la maladie.             8

J'ay goust plus amer que suye,
Et coulour pasle et mausaine;
Pour la toux fault que m'appuye
Souvent, et me fault l'alaine.     12
Et quant l'excs me demaine,
Adonc ne suis tant hardie
Que je boive que tysaine:
Ce me fait la maladie.             16

Je n'ay garde que m'enfuye;
Car, quant je vois, c'est a peine
Non pas l'erre d'une luie,
Mais par une chambre plaine        20
Encor convient qu'on me maine,
Et souvent fault que je die:
Soustenez moy, je suis vaine.
Ce me fait la maladie.             24

Medecins, de mal suis plaine,
Garissez moy, je mendie
De santt qui m'est longtaine;
Ce me fait la maladie.             28

[Note XLIII:--21 _A_ que on.]


XLIV

Amours, il est fol qui te croit,
Ne qui a toy servir s'amuse;
Car qui mieulx te sert plus reoit
De grans anuis, et sa vie use          4
A grant meschief qui s'i esluse;
Grant faissel lui fault soutenir,
Je m'en say bien a quoy tenir.        7

Ton bel accueil chascun deoit,
Chascun attrait, nul ne reffuse,
Assez promet et moult accroit;
Mais au payer trestous cabuse,         11
Et pis y a, car on accuse
Qui ta vie veult maintenir,
Je m'en say bien a quoy tenir.        14

A la perfin chascun le voit,
Ton fait n'est fors que droitte ruse,
Et s'au commencier on savoit
Comment la fin en est confuse,         18
Tel s'en retrairoit qui y muse;
Mais on ne s'i scet contenir,
Je m'en say bien a quoy tenir.        21

[Note XLIV:--14 et 21 _A_ Je me s.]


XLV

Le messagier de Renomme,
Qui Pegasus est appell,
Par qui grant parole est seme,
Car ce qu'il scet n'est pas cell,           4
Cil vole plus tost qu'une aronde,
Et telles nouvelles raporte,
Souvent qu'il semble que tout fonde;
Et a la fois grant joye aporte.              8

Les nouvelles de mainte arme,
Ou s'un pas s'est rebell,
Ou s'aucune chose est blasme,
A tantost dit et revell;                    12
Mais souvent ment, car il abonde
En grant parole droitte et torte;
Par lui sont dolent maint au monde;
Et a la fois grant joye aporte.              16

Cellui m'a la guerre nomme,
Ou mon ami s'en est al,
Et m'a dit qu'une aultre ename
A, dont j'ay le cuer adoul,                 20
N'est ne premiere, ne seconde
Fois, qu'il ainsi me desconforte;
Dont plourer me fait a grant onde;
Et a la fois grant joye aporte.              24

Ainsi, en pense parfonde
Songe m'euvre de deuil la porte,
Si qu'il m'est vis qu'en plours ja fonde;
Et a la fois grant joye apporte.             28

[Note XLV:--2 _A_ appellez--5 _A_ Sil--6 _B_ apporte--10 _B_
p. est r.--14 _A_ p. et d. et t.--17 _B_ la g. donn--19 _B_ que a
e.--20 _A_ adoule--_25  28 omis dans A et B._]


XLVI

Mesprendroye vers amours
De faire nouvel ami,
Quant j'ay, sens avoir secours,
Attendu an et demi                  4
Cellui que je tant amoye?
Bien voy qu'il ne lui souvient
De moy, quant ne vient, n'envoye,
Ne nouvelles ne m'en vient.         8

Pour lui ay eu mains maulx jours,
Et se tel mal eust pour mi,
Plus tost venist que le cours;
Car oncques puis ne dormi           12
Bien, qu'il parti, ne n'oz joye;
Ne say quel cause le tient,
Mais n'en oz ne vent ne voye,
Ne nouvelles ne m'en vient.         16

Se ne vueil plus en telz plours
Vivre, j'ay assez gemi;
Estre y pourroye tousjours,
Qu'il n'en donroit un fremi.        20
Ce n'est pas drois que je doie
Lui amer, quant ne lui tient;
Ne ne chault que je le voie,
Ne nouvelles ne m'en vient.         24

[Note XLVI:--1 _B_ M. je v. a.--3 _A_ _B_ Q. je s.--8 _A_ ne me
v.--9 _A_ Par l.--15 _B_ M. n. oy.]


XLVII

Jamais a moi plus ne s'attende,
Cellui a qui plus ne m'attens,
Puis que vers moy ne vient ne mende.
Attendu l'ay deux ans par temps,               4
Plus ne m'en quier donner mau temps;
Folie m'en feroit douloir,
Puis qu'il m'a mis en nonchaloir,              7

Au vray corps Dieu le recomende,
Qui le gard de mauvais contens,
Et de tout peril le deffende,
Combien que plus je ne l'attens,               11
Et a m'en retraire je tens;
Et de ce fais je mon devoir,
Puis qu'il m'a mis en nonchaloir.              14

Mespris a vers moy, mais l'amende
N'affiert pas de deniers contens,
Mais du devoir qu'Amours comende
A ceulz qui sont entremettans                  18
D'amours servir; mais mal contens
S'en tient mon cuer, a dire voir,
Puis qu'il m'a mis en nonchaloir.              21

[Note XLVII:--1 _A_ J. p. a m.--11 _B_ je ne l'entens--12 _A_
jettens--_B_ Et a moy r. j'entens.]


XLVIII

Je ne te vueil plus servir,
Amours, a Dieu te comand.
Tu me veulz trop asservir,
Et paier mauvaisement;            4
Pour loier me rends tourment.
C'est fort chose a soustenir:
Je ne m'i vueil plus tenir.       7

Pour ta grace desservir
Je t'ay servi loiaument,
Mais je ne puis assovir
Mon service, car griefment,       11
Me tourmentes, dont briefment
Aime mieulx m'en revenir:
Je ne m'i vueil plus tenir.       14

Qui a toy se veult plevir,
Et donner entierement,
Puis descendre, puis gravir,
Selon ton commandement,           18
Lui convient peniblement;
Si m'en doit bien souvenir:
Je ne m'i vueil plus tenir.       21

[Note XLVIII:--11 _B_ trop g.--12 _B_ bien b.]


XLIX

N'en parlez plus, je ne vueil point amer;
Sire, pour Dieu vueilliez vous en retraire,
Ne me devez ne har ne blasmer,
Se je ne vueil a nul en tel cas plaire;              4
Helas! pour Dieu, vueilliez vous ent retraire.
Car plus ne vueil telle complainte or;
Vous me ferez d'environ vous for.                   7

Par telz semblans me feriez diffamer;
A vous seroit grant pechi de ce faire.
Ja vont pluseurs partout dire et semer,
Que cy entour vous n'avez riens que faire,           11
Et si n'est nul qui autant y repaire;
Mais se vous voy de tel plait esjour,
Vous me ferez d'environ vous four.                  14

Il n'est chanteur, ne sereine de mer,
Qui cuers de gens scevent si bien soubtraire,
Ne beau parler, prier, ne reclamer,
Qui me fest a telle amour attraire,                 18
Si vous suppli que vous en vueilliez taire;
Car s'autrement ne puis de ce jor,
Vous me ferez d'environ vous for.                   21

[Note XLIX:--6 _B_ celle c. o.--9 _B_ A. v. sera--18 _B_ Q. me
scest a t. a. traire--_A_ Q. me faist a tel a.]


L

Aucunes gens porroient mesjugier
Pour ce sur moy que je fais ditz d'amours;
Et diroient que l'amoureux dongier,
Je say trop bien compter et tous les tours,         4
     Et que ja si vivement
N'en parlasse, sanz l'essay proprement,
Mais, sauve soit la grace des diseurs,
Je m'en raport a tous sages ditteurs.                8

Car qui se veult de faire ditz chargier
Biaulz et plaisans, soient ou longs ou cours,
Le sentement qui est le plus legier,
Et qui mieulx plaist a tous de commun cours,         12
    C'est d'amours, ne autrement
Ne seront fait ne bien ne doulcement,
Ou, se ce n'est, d'aucunes belles meurs,
Je m'en raport a tous sages ditteurs.                16

Qui pens l'a, s'en vueille deschargier,
Qu'en verit ailleurs sont mes labours.
Pour m'excuser ne le dis ne purgier;
Car am ont assez de moy meillours,                  20
    Mais d'amours je n'ay tourment
Joye ne dueil; mais pour esbatement
En parlent maint qui ont ailleurs leurs cuers,
Je m'en raport a tous sages ditteurs.                24

[Note L:--6 _A_ Ne p.--13 _B_ ou a.--14 _B_ Ne seroit--18 _B_ a.
soit m. l.--20 _B_ de moy a. m.]


LI

Ce n'est pas drois que vous face priere
De moy amer; car mie n'apartient
Que nul amant dame d'amours requiere,
Car de l'amant ce communement vient.              4
Mais vraiement c'est grant duel s'il avient
Qu'on ait un tel pour ami retenu,
Qui loiault ne verit ne tient;
Ce poise moy quant ce m'est avenu.                8

Et non obstant qu'a moy pas il n'afiere
D'en plus parler, puis qu'a vous n'en souvient,
Si ne me puis je encor tenir si fiere
Que ne die le dueil qui me survient.              12
Car le mien cuer pour mal content se tient
De vous trouver de vraye amour si nu,
Dont je voy bien retraire m'en convient;
Ce poise moy quant ce m'est avenu.                16

Trop me deut Amours par vostre chiere,
Qui demonstroit, mon cuer bien le retient,
Que m'amissiez de vraye amour entiere.
Et vrayement je croy que qui maintient            20
Tel trayson, pou de preu en retient;
Mais je voy bien qu'il vous est souvenu
Moult pou de moy, mais puis que vous n'en tient,
Ce poise moy quant ce m'est avenu.                24

[Note LI:--4 _B_ ce commencement v.--7 _B_ Q. v. ne l. ne t.--17
_B_ Amours si me d. p.--21 _B_ en detient--23 _B_ puis qu'a v.]


LII

De tous les dieux dont Ovide parole
En ses dittiez qui amerent jadis
Tant, par amours qui tous les cuers afole,
Qu'ilz en vindrent a jus de paradis,                    4
Soient trestouz les faulz amans maudiz.
Je pri Pluto, Cerberus, Proserpine,
Que grant meschief ne leur soit pas tardis,
Et que jamais leur meschance ne fine.                    8

Cupido pri le dieux d'amours qui vole,
Et Jupiter, Apollo, Palladis,
La grant Venus qui d'amours tient escole,
Que de leurs cours banis et entredis                     12
Soient ads, et tous bien contredis,
Et qu'en leurs cuers mettent d'amours l'espine,
Et qu'ilz soient en tous lieux escondis,
Et que jamais leur meschance ne fine.                    16

Et le dieu Mars qui pas ne porte escole,
Cil qui ade en battaille aux hardis,
Vueille sur eulx descochier tel bricole,
Dont ilz gissent vaincus, maz, estourdis;                20
L'honneur d'armes soit en eulx reffroidis,
Et pri Juno la deesse benigne
Que povret et mal leur doint tousdis,
Et que jamais leur meschance ne fine.                    24

Et s'oultremer s'en vont en ce tendis,
Le dieu de mer si trouble la marine
Qu'ilz y soient tous peris et laidis,
Et que jamais leur meschance ne fine.                    28

[Note LII:--13 _B_ S. tousjours--_A_ t. biens c.--14 _A_ Mais en
l.--15 _A_ Pour tant s--21 _A_ Honneur d'a.--27 _B_ p. ou l.]


LIII

Sage seroit qui se saroit garder
Des faulx amans qui ads ont usage
De dire assez pour les femmes frauder;
Trop se plaignent de l'amoureuse rage              4
Qui plus les tient que l'oisellet la cage,
Et vont faignant qu'ilz en ont couleur fade;
Mais quant a moy tiens de certain corage,
Qui plus se plaint n'est pas le plus malade.       8

Qui les orroit jurer et bien bourder,
Faire semblant d'estre plus serf qu'un page,
Aler, venir, muser et regarder,
Et en parlant recouper leur langage                12
Pour decepvoir, a pou n'est il si sage
Eulx guermenter a la plaisant et sade!
Mais on peut bien jugier a leur visaige,
Qui plus se plaint n'est pas le plus malade.       16

De telz amans Dieux les vueille amender.
Il en est moult, je croy, dont c'est dommage,
Qui partout vont aux dames demander
Grace et mercy, ou envoyent message,               20
Qui ne le font fors pour querre avantage
En certains lieux; pour ce dit ma balade,
Qu'en ce cas cy, tant soit de hault parage,
Qui plus se plaint n'est pas le plus malade.       24

[Note LIII:--3 _A B_ l. f. laider--7 _A B_ M. q. a m. je t. en
mon c.--15 _A_ on p. b. veoir a--22 _B_ En divers.]


LIV

Vrays amoureux, jeunes, jolis et gais,
Qui desirez a monter en hault pris,
Ayez les cuers nobles, doulz et en paix,
Blasme et mesdit soit de vous en despris,          4
D'acquerre honneur soiez chaulx et espris,
Courtois, loiaulx, sages et gracieux,
Et beaulx parliers, larges, n'ais envie,
Portez honneur aux vaillans et aux vieulx;
Ainsi sera grace en vous assouvie.                 9

Ne vous chault ja s'estes ou beaulz ou lais,
Granz ou petiz, ja n'en serez repris,
Mais que renom tesmoigne voz bons fais,
Et que soiez en toute honneur apris.               13
Du fait d'autrui ne parlez en mespris,
Vostre maintien soit bel, et en tous lieux
Soit plaisamment dame de vous servie,
Esbatez vous a honnourables jeux;
Ainsi sera grace en vous assouvie.                 18

Suivez les bons, ne vous vantez jamais,
Ne a mentir souvent n'ais apris,
Et voulentiers d'armes portez le fais;
Qui ce mestier faire a entrepris                   22
Nul ne blasmez, comment qu'il vous soit pris,
Dieu et les sains et les saintes des cieulx
Amez, servez trestoute vostre vie,
Et en tous cas vous en sera de mieulx,
Ainsi sera grace en vous assouvie.                 27

Gentiz amans, or soiez doncques tieulx,
Et deshonneur sera de vous ravie.
Les fais des bons aiez devant les yeulx,
Ainsi sera grace en vous assouvie.                 31

[Note LIV:--4 _A_ Blasdit et m.--6 _B_ L. s. c. et g.--21 _B_ les
fais.]


LV

Qui bien aime n'oublie pas
Son bon ami pour estre loings
Car en voyage avient maint cas,
Dont li sejourners est besoings;         4
Mais aucuns on sieult moult amer
Qu'on oublie par long passage.
Car le voiage d'oultremer
A fait en amours maint dommage.          8

Pluseurs en Chipre ou a Damas,
Ou demeurent trois ans ou moins,
S'en vont, ou au corps saint Thomas
En Ynde, ou ilz ont mains besoings;      12
Mais Amours qui les fait armer
Leur rend souvent pou d'avantage,
Car le voiage d'oultremer
A fait en amours maint dommage.          16

Par telz sejours souvent sont las
Les cuers d'amer, et par telz poinz
Sont oubliez ceulz qui maint pas
Font par le monde en divers coings;      20
Aussi n'oseroie affermer
Qu'amis ne changent leur corage,
Car le voiage d'oultremer
A fait en amours maint dommage.          24

[Note LV:--6 _A_ Que on.]


LVI

Mon bel ami, je voy trop bien
De vray, quel que le semblant soit,
Que vostre cuer ne m'aime en rien.
Bien borgnes est qui ne le voit;          4
Vous le dites quoy qu'il en soit,
Mais c'est tout pour moy faire pestre,
    Car l'oeuvre loe le maistre.          7

Il appert a vostre maintien
Comment vo cuer d'amer recroit;
Car tout un moys, si com je tien,
De moy veoir ne vous chauldroit.          11
Que m'amissiez qui le croiroit?
Certes, ce ne pourroit estre,
    Car l'oeuvre loe le maistre.          14

Dont trop pour fole je me tien,
Et aussi chascun m'i tendroit,
De vous amer; car nesun bien
De ce venir ne me pourroit,               18
Puis qu'en riens ne vous en seroit,
Et j'aperoy trop bien vostre estre;
    Car l'oeuvre loe le maistre.          21

[Note LVI:--4 _A_ Pou aperoit q. ne le v.--13 _Sic dans tous les
mss. corr._ C. ce ne p. [pas] e.--On peut encore faire la correction
en maintenant tel quel ce vers et en abrgeant les vers 6 et 20.--16
_B_ Et c. a.]


LVII

Se j'ay le cuer dolent je n'en puis mais,
Car mon ami s'en vait en Angleterre,
Ne je ne say quant le reverray mais
Le bel et bon qui mon cuer tient en serre;           4
Car entre luy et moy ara grant barre;
Mais jamais jour joye ne bien n'aray,
Jusques a tant que je le reverray.                   7

Et quant je pense a ses gracieux fais
Doulz et plaisans, trop fort le cuer me serre;
Et comment pour morir, certes, jamais
Ne me courast, et ou pourroye querre                11
Nul plus plaisant? or vueil je Dieu requerre
Qui le convoit; mais dolente seray,
Jusques a tant que je le reverray.                   14

Or est mon cuer chargi de pesant fais,
Dont plains et plours me feront dure guerre;
Et en lui seul seront tous mes regrais;
Car je l'aim plus que riens qui soit sus terre.      18
Si convendra que le renvoye querre,
Ou a douleur et meschief languiray,
Jusques a tant que je le reverray.                   21

[Note LVII:--1 _A_ j'en n'en p. m.--2 _B_ va.--3 _B_ q. je
r.--11 _B_ Ne me courcist--_A_ et ou pourroy je q.--17 _B_ Car--20
_B_ Ou en d.]


LVIII

Dant chevalier, vous amez moult beaulz ditz;
Mais je vous pri que mieulx amiez beaulz faiz.
Au commencier estes un pou tardis,
Mais encor vault trop mieulx tart que jamais,      4
Vous ne servez fors d'un droit entremais:
Parmi ces cours voz baladez baillier;
C'est le beau fait que vous ferez jamais.
Ha Dieux! Ha Dieux! quel vaillant chevalier!       8

Vous estes bon chevalier et hardis,
Mais vous amez un petit trop la paix,
Si avez droit, car aux acouardiz
Est trop pesant des armes le grief fais.           12
Tel chevalier soit honnis et deffais
Qui pour honneur ressongne a travailler!
Mais le repos vous siet bien desormais.
Ha Dieux! Ha Dieux! quel vaillant chevalier!       16

Et pis y a, par Dieu de paradis,
C'est villain fait se vous en pouez mais;
Car malparlier, jengleur, plein de mesdis,
Estes tenus et pis, mais je m'en tais,             20
Dont a la Court partout et au Palais
Vont maint disant qu'on le puist exillier;
De quoy sert il? De faire virelais.
Ha Dieux! Ha Dieux! quel vaillant chevalier!       24

Le mesdire d'autrui laissiez en paix,
Dant chevalier, car pire en un millier
Il n'a de vous, si dient clers et lais:
Ha Dieux! Ha Dieux! quel vaillant chevalier!       28


LIX

Par ces moustiers voy venir et aler
Maint amoureux gracieux et faitis,
Qui n'osent pas a leurs dames parler
Pour mesdisans qui trop sont ententis          4
D'eulx agaitier, dont les amans gentilz
S'en vont souvent qu'ilz n'en ont se mal non.
Et quant ilz sont de l'eglise partis,
Sont ilz aise? certes je croy que non.         8

Et se bien ont, je croy qu'au paraler
Moult chierement il leur soit departis
Car, qui se veult selon amours riuler,
Il n'a mie pour soy tous bons partis.          12
Amours les tient subgiez et moult craintis
Que de leur fait il soit aucun renom.
Ytelle gent, soient grans ou petiz,
Sont ilz aise? certes je croy que non.         16

Mais des mauvais on ne se doit mesler;
Car bien n'en ont, ne mal, mais alentis
Ilz sont d'amer et ne scevent celer;
Malicieux, decepvans et faintis                20
Sont, et mauvais et en leurs fais soubtilz;
Mais ne leur chault s'ilz sont amez ou non.
Se bien leur vient a si pou d'apetis,
Sont ilz aise? certes je croy que non.         24

[Note LIX:--2 _A_ Ces a.--3 _A_ a leur dame--4 _B_ q. s. t. e.--7
_B_ de l'e. sortis--9 _A_ que au--18 _A_ et a.--21 _A_ en l. f.
faintifs.]


LX

Du mal d'amours soiez vous tourmentez,
Vous qui parlez sus les vrais amoureux!
De les blasmer je dis que vous mentez,
D'eulx diffamer, ne mesdire sur eulx,            4
Car bonne gent sont et benereux
D'avoir empris si gracieuse vie;
Mais vous parlez comme gent pleins d'envie.      7

Car il n'est nul si villain, n'en doubtez,
S'il a goust des doulz biens savoreux
Qu'Amours depart a ceulx qu'il a domtez,
Que tout gentil, poissant et vigoreux            11
Il n'en deviegne et de biens plantureux.
Tache de mal est d'eulx du tout ravie;
Mais vous parlez comme gent pleins d'envie.      14

De mieulx valoir qu'ilz ne font vous vantez,
Faulx mesdisans, villains, malereux,
Qui en tous lieux estes si deboutez,
Que chascun fait de vous le dongereux;           18
Faillis, lasches estes et paoureux,
Et en eulx est toute grace assouvie;
Mais vous parlez comme gent pleins d'envie.      21

[Note LX:--12 _B_ Il ne d.]


LXI

Io fut une damoiselle
Que Jupiter ama moult fort.
Juno en ou la nouvelle;
Se ne lui fu jeu ne deport:
Du ciel descent en une nue              5
Pour son mary surprendre ou fait;
Sur eulx est tout a coup venue
Si les y eust surpris de fait;
Mais il n'est nul si grant meschief
Qu'on ne traye bien a bon chief.        10

Car Jupiter d'une cautelle
Se couvri; car il fist un sort
Par quoy il tresma la belle
En une vache, mais au fort
S'en est Juno si prs tenue,            15
Qui souspeon a du meffait,
Qu'elle a la vache retenue
Malgr que Jupiter en ait.
Mais il n'est nul si grant meschief
Qu'on ne traye bien a bon chief.        20

La vache en garde bailla celle
A Argus, qui jamais ne dort;
Cent yeulz avoit et la pucelle
Toudis gaitoit, mais il fu mort
Par Mercures qui l'en desnue,           25
Car au vachier tant tint de plait
Qu'il l'endort, puis l'a detenue;
Et ce fu a Juno moult lait.
Mais il n'est nul si grant meschief
Qu'on ne traye bien a bon chief.        30

Pour ce je di qu'une cenelle
Ne vault la garde tant soit fort,
Ne a vallet ne a basselle;
Puis qu'ilz sont tous deux d'un acort,
L'amour d'eulz sera maintenue           35
Et verront, qui que dueil en ait,
L'un l'autre, et en est avenue
Mainte chose par tel agait;
Mais il n'est nul si grant meschief
Qu'on ne traye bien a bon chief.        40

[Note LXI:--8 _A_ Et--10 _A_ Que on--12 _A_ Se c. en faisant
un s.--17 _A_ Que elle--26 _A_ C. le v.--32 _vers ray dans A._--40
_A_ Q. ne tourne.]


LXII

Ha! mon ami, que j'ay long temps am!
Comment as tu le cuer si desloiaulx,
Que moy qui t'ay si doulcement clam
Ami long temps, tu me fais tant de maulz?         4
Parjur, mauvais, plein de menonge et faulz,
On te devroit par dessus tous clamer,
De moy laissier ainsi pour autre amer.            7

Je t'avoye dessus tous afferm
Pour mon ami sur tous especiaulx,
Et tous jours t'ay chery et reclam
De tout mon cuer qui t'a est loyaulz;            11
Mais plus mauvais n'a n'en France n'en Caulx,
Ne autre part, le cuer as trop amer
De moy laissier ainsi pour aultre amer.           14

Est donc ton cuer si pris et enflamm
De celle qui tant me fait de travaulx,
Que de s'amour soies si affam
Que de moy fais contre elle petit taux?           18
Tu t'avances de ce faire a bas saulx,
Ce m'est avis, et te doit on blasmer
De moy laissier ainsi pour aultre amer.           21

[Note LXII:--4 _B_ qu'une faiz t. de m.--6 _B_ On te doit bien--9
_B_ P. m. a. trs chier e.--11 _B_ q. t'ay e.--15 _B_ si p. si e.--20
_B_ ce me semble.]


LXIII

Amours! Amours! ce m'as tu fait,
Qui m'as mis en si dur parti.
Se ne te feis je oncques meffait,
Et si ay tant de maulx parti              4
Largement m'en as departi;
Et qui te fait de son cuer don,
A il doncques tel guerredon?              7

Ton soulas est bien contrefait,
Il s'est de moy tost departi,
Contre le bien mal me reffait;
En grant doulour s'est converti,          11
Tu m'occis sanz dire gar t'y!
Va il ainsi qui te sert don,
A il doncques tel guerredon?              14

Et pour quoy, ne pour quel tort fait,
M'as tu un tel ami sorti,
Qui ma vie et mes jours deffait?
Car par lui suis en tel parti             18
Que tout mon sens est amorti.
Qui tu esprens de ton brandon,
A il doncques tel guerredon?              21

[Note LXIII:--15 _B_ Et p. q. et p. q. meffait--20 _B_ Q. t. e. de
tel b.--21 _A_ guerdon.]


LXIV

Sages et bons, gracieux et courtois,
Doivent estre par droit tous chevaliers;
Larges et frans, doulz, paisibles et cois,
Pour acquerir honneur grans voiagiers,           4
En fais d'armes entreprenans et fiers,
Droit soustenir et deffendre l'Eglise,
D'armes porter doit estre leur mestiers,
Qui maintenir veult l'ordre a droite guise.      8

Hanter les cours des princes et des roys,
Les fais des bons recorder voulentiers;
Estre doivent d'orphelins et de lois
Et des femmes deffendre coustumiers,             12
Acompagnier les nobles estrangiers,
Preux et hardiz et sanz recreandise,
Et voir disans, fermes, vrais et entiers,
Qui maintenir veult l'ordre a droite guise.      16

Et noblece dont il est si grant voix
Les doit tenir loiaulx et droituriers;
Pour le renom qu'il est des bons franois
Leur doit estre tous pesans fais legiers,        20
Ne orgueilleux, vanteurs ne losengiers
Ne soient pas, car chascun trop desprise
Si fais mahains, bourdeurs ne noveliers,
Qui maintenir veult l'ordre a droite guise.      24

Telz chevaliers doit on avoir moult chiers;
Dieu et les sains et le monde les prise.
Or suive donc toudis si fais sentiers,
Qui maintenir veult l'ordre a droite guise.      28

[Note LXIV:--7 _A_ _omet_ D'--12 _A_ Et de f.--23 _A_ Si f. m.
vanteurs ne n.--27 _B_ or s. doncques si f. s.]


LXV

Dame sanz per, ou tous biens sont assis,
A qui m'amour j'ay trestoute donne,
Corps gracieux de doulz maintien rassis,
Belle beault doulcement atourne,              4
Que j'aim et craim plus qu'autre chose ne,
    Apercevez que je n'ose
Parler a vous, ne conter mon martire;
Mais s'il m'esteut le dire a la parclose
Ne me vueilliez, doulce dame, escondire.        9

Car il a ja des ans bien prs de six
Que j'ay en vous m'amour toute assene,
N'oncques n'osay vous requerir mercis
Pour la paour que ne soiez tane                13
De m'escouter, mais ne puis plus journe
    La douleur qui est enclose
Dedens mon cuer endurer sanz le dire;
Mais se voyez que pour vous ne repose,
Ne me vueilliez, doulce dame, escondire.        18

Gentil cuer doulz, or soient adoulcis
Par vous mes maulz, et ma douleur sane.
Car de plorer et plaindre je m'occis,
Ne je ne puis sanz mort passer l'anne,         22
Se ma douleur n'est brief par vous fine.
    Belle, plus fresche que rose,
Vo doulce amour demand que tant desire;
Et quant ne vueil ne requier autre chose,
Ne me vueilliez, doulce dame, escondire.        27

[Note LXV:--10 _B_ C. il y a d.--11 _A_ m'a. en v.--13 _B_ q. ne
feussiez t.--23 _B_ n'e. tost p.--25 _B_ La vostre a.--26 _A_ Et se
voys que pour vous ne repose.]


LXVI

Mon chevalier, mon gracieux servant,
Je say de vray que de bon cuer m'amez,
Et de long temps je vois apercevant
L'amoureux mal dont tant vous vous blamez.      4
    Or ne faites plus mate chiere,
Ne vous doulez plus ne jour ne demi,
Car je vous vueil amer d'amour entiere,
Et vous retien pour mon loial ami.              8

Et la douleur qui tant vous va grevant
Pour moye amour, dont pour mort vous clamez,
Je gariray et vous verray souvent.
Ja ne sera mon corps si enfermez                12
    Que je ne treuve bien maniere
De vous veoir; or soiez tout a mi,
Car estre vueil aussi vo dame chiere,
Et vous retien pour mon loial ami.              16

Si gardez bien, ne m'alez decevant,
Car les loyaulz amans sont clersemez;
Ce croy je bien, mais n'alez ensuivant
Les faulz mauvais qui tant sont diffamez.       20
    Pour ce, se je ne vous suis fiere,
Et ay piti dont tant avez gemi;
Par quoy ottroy m'amour a vo priere,
Et vous retien pour mon loial ami.              24

[Note LXVI:--12 _B_ si affermez--20 _A_ L. f. amans--21 _B_ Pour
tant--23 _A_ m'a. o.]


LXVII

Chiere dame, certes je ne pourroie
Vous mercier assez souffisamment
Du noble don que vo doulz cuer envoie
A moy, qui suis vostre serf ligement,          4
De me donner l'amour entierement
De vous que j'aim et desir a servir;
H Dieux me doint pouoir du desservir!         7

Or avez vous remply de toute joye
Mon povre cuer, et ost le tourment
Que par long temps pour vous souffert avoye;
Or m'avez vous mercy trop grandement.          11
Pens avez de mon avancement
De moy vouloir de tous biens assouvir;
H Dieux me doint pouoir du desservir!         14
Or seray gay trop plus que ne souloie,
Et bien est drois que vive liement;
Car tant me plaist que vostre amour soit moye
Que, se le monde estoit mien quittement,       18
Mieulz vouldroie le perdre entierement
Que vostre amour, ou me vueil asservir;
H Dieux me doint pouoir du desservir!         21

[Note LXVII:--3 _B_ q. vostre c. octroye--_B_ q. vo d. c.
octroye--5 _B_ De moy d.--7 _B_ Ha D.--7, 21 _A_ Et D.--_8  14 omis
dans A_--14 _B_ Ha D.--20 _B_ or m'y v.--21 _B_ Ha D.]


LXVIII

Dame, oncques mais je ne vous vi
Que maintenant; mais, sanz mentir,
Mon cuer avez du tout ravi
A tousjours mais, sanz departir.      4
Si me fauldra mains maulz sentir,
Se m'escondissiez; ce vous pry.
Dame, pour Dieu, mercy vous cry.      7

Grandement m'arez assouvi,
S'il vous plaist a moy consentir
Vostre amour, et je vous plevi
Que tout vostre, sanz alentir,        11
Suis et seray, n'en quier partir.
A jointes mains je vous depry;
Dame, pour Dieu, mercy vous cry.      14

Durement m'ara asservi,
Vostre beault qui amatir
Fera mes ris, et assouvi
Sera mon bien; se assentir            18
Voulez ma mort, comme martir
Me mourray; si oyez mon cry:
Dame, pour Dieu, mercy vous cry.      21

[Note LXVIII:--4 _A_ B s. repentir--6 _A_ se v. p.--_B_ et v.
p.--14 _A_ doulce d. m.--18 _B_ se consentir.]


LXIX

Il vous est bien pris en sursault
Le mal d'amours qui si vous blece;
Ne voulez pas avoir deffault
Pour avoir de prier paresce.                 4
Je ne suis pas d'amer maistresse,
Et nyce on me devroit clamer,
Sire, de si tost vous amer.                  7

Car il m'est vis que dame fault
Contre honneur et contre noblece,
De tost donner ce que tant vault,
Qu'il n'est nulle plus grant richece         11
Aux desirans, ne tel leesce.
On vous lairoit pou affamer,
Sire, de si tost vous amer.                  14

Et desservir avant vous fault
Les biens d'amours a grant destrece,
Et souffrir le froit et le chault,
Que vous en aiez tel largece;                18
Bien me tendriez a musarresse,
Vous meismes me devriez blasmer,
Sire, de si tost vous amer.                  21

[Note LXIX:--6 _B_ Aussi me d. on blasmer--15 _B_ Car--19 _B_ B.
m'en tendriez--8-21 _A intervertit ces deux strophes_.]


LXX

Voulez vous donc que je muire,
Trs belle, pour vous amer?
Helas! ou pourray je fuire,
Se vo doulz cuer m'est amer?           4
Je ne me pourroye armer
Contre amours qui si m'assault
Que vigueur et cuer me fault.          7

Pour Dieu ne me vueilliez nuire,
Trs doulce estoille de mer
Par qui je me vueil conduire;
Vous seule vueil reclamer,             11
Vueillez moy ami clamer,
Ou je vous diray tout hault
Que vigour et cuer me fault.           14

A vo vouloir me vueil duire,
Et de tous poins confermer;
Autre ne me puet deduire.
Si m'i fault du tout fermer,           18
Sanz nul jour me deffermer
De vous, dont j'ay tel deffault
Que vigour et cuer me fault.           21


LXXI

Vostre beault, vo gracieux accueil,
A si mon cuer de vous enamor,
Dame plaisant, et vo doulz riant oeil,
Que, se je n'ay vostre amour, je morr           4
    Prochainement, et fremir
Fait tout mon cuer quant vo beault remir;
Tant suis forment de vostre amour espris,
Doulce dame, je me rens a vous pris.             8

Voiez comment pour vous de plours me mueil,
Par quoy vivre longuement ne porr
Pour l'amoureux mal dont si fort me dueil,
Que ja m'a prs que mort et acour.              12
    Dame que je vueil cremir,
Aiez piti de moy qui escremir
Ne puis vers vous, et com d'amer surpris,
Doulce dame, je me rens a vous pris.             16

Et trs plaisant cuer, gentil, sanz orgueil,
Doulz corsellet de moy trs aour,
Je ne desir autre chose, ne vueil
Qu'un doulz baisier de vous assavor;            20
    Plus ne devroye gemir
Se du trs doulz viaire ou je me mir
Avoye ce; mais se j'ay riens mespris,
Doulce dame, je me rens a vous pris.             24

[Note LXXI:--4 _A_ se je n'--9 _B_ V. comme p. v.--20 _A_ Que
un--21 _A_ cremir--22 _A_ me muyr.]


LXXII

Ma dame, je ne say que dire
De vous et de vostre maniere;
Vous me voulez du tout destruire
De moy faire si mate chiere;                4
Debouter me voulez arriere
De vous, dont suis desconfort;
Ne say qu'on vous a raport.               7

Riens ne fais qui vous puist souffire,
Ne chose que je vous requiere
Ne faites, dont j'ay trop grant yre.
Ne souliez estre coustumiere                11
D'envers moy estre si trs fiere,
Sanz que me soye mal port;
Ne say qu'on vous a raport.               14

Fondre me feriez com la cire,
Et mon corps moult tost metre en biere,
De moy de tous biens escondire,
Ou je ne say, ma dame chiere,              18
S'un autre en mes biens met enchiere
Qui vo cuer ait mal enort;
Ne say qu'on vous a raport.               21

Si ne vueilliez qu'a la mort tire
Sanz cause, pour un autre eslire
Qui mon bien en ait enport;
Ne say qu'on vous a raport.               25

[Note LXXII:--2 _B_ ne de v.--6 _B_ De v. d. j'ay trop de durt--7
_A_ que on--13 _B_ Se vo cuer est mal enort--14 _A_ que on--15 _A_
fers--20 _B_ Qui de moy vous ait mal port--_21 et 25 A_ que on--_22
 25 omis dans B_.]


LXXIII

Helas! ma dame, il me fault eslogner
De vo beault, dont le cuer trop me deult.
Si m'assauldront tous maulz sanz espargnier,
Car plus vous aim que Tristan belle Ysseult,          4
    Belle, ou sont tuit mi ressort.
Or deffauldront mi gracieux deport;
Car vous estes mon reconfort sur tous,
Las! que feray, doulce dame, sanz vous?               8

Et tous les jours faudra en plours bagner
Mon pouvre cuer, qui trop de mal recueult;
Car autre bien ne convoite a gaigner
Fors vous, belle, ce demande et ce veult.             12
    Si suis en grant desconfort;
Car je ne puis vivre sanz vous au fort,
N'estre de mort par nulle autre rescous,
Las! que feray, doulce dame, sanz vous?               16

Le departir je doy bien ressongner,
Par quoy perdray ce qu'esjor me seult:
C'est vo doulour quant lui plaist a daigner
Moy conforter, et doulcement m'acueult;               20
    Or n'en aray reconfort,
Dont grief doulour trop durement me mort;
Or suis je bien de tous biens au dessoubz,
Las! que feray, doulce dame, sanz vous?               24

[Note LXXIII:--15 _B_ N'e. ne puis p.--_A_ p. nul a. r.--22 _B_
t. griefment.]


LXXIV

Doulce dame, a Dieu vous command,
Aler m'en fault, dont il me poise,
Cent fois a vous me recommand,
Et vous suppli, doulce et courtoise,      4
Ne m'oubliez ou que je voise;
Et pour retour de ce voiage,
Je vous laisse mon cuer en gage.          7

--Amis, vostre departement
Petitement mon cuer renvoise,
Et se m'oubliez nullement,
Il ne sera nul qui racoise                11
Mon dolent plour. A basse noise
Vous di a Dieu, et pour partage,
Je vous laisse mon cuer en gage.          14

--Belle, sachiez certainement
Que, pour dame ne pour bourgoise,
Ne vous oublieray vraiement;
D'autre amour ne donne une boise,         18
Tost revendray comment qu'il voise,
Et de vous renvoier message,
Je vous laisse mon cuer en gage.          21


LXXV

Ne me vueilliez pas oublier
Pour tant si je vous suis lontains,
Belle, je vous vueil supplier
Qu'il vous souviengne que je n'aims           4
Fors vous, et pour tant, se je mains
Hors du pas si longuement,
Ne vous oubli je nullement.                   7

Ce me feroit com fol lier,
Et com dervez, et piez et mains,
S'a aultre veoie alier
Vostre doulz cuer, mieulz vouldroie ains      11
Morir que part y eussent mains;
Mais pour peine, ne pour tourment,
Ne vous oubli je nullement.                   14

Si me fault melancolier
Loings de vous, en plours et en plains;
Ne le courroux entroublier
Ne puis, dont li miens cuers est pleins;      18
Et si ne savez mes reclaims;
Mais sachiez qu'un tout seul moment
Ne vous oubli je nullement.                   21

[Note LXXV:--17 _B_ Ne le c. apalier--18 _B_ le m. c. e. tains--19
_B_ Ne vous ne s.]


LXXVI

Je pri a Dieu qu'il lui doint bonne nuit
A la trs belle, ou sont tous mes reclaims,
Et qu'il ne soit chose qui lui anuit,
Fors seulement que d'elle si loings mains.           4
Car de tel mal moult bien me plaist qu'atains
Soit son doulz cuer, si qu'ads lui souviegne
De son ami, desirant qu'il reviegne.                 7

C'est la plus belle et la meilleur, je cuid,
Qui soit ou monde, et si suis tous certains
Que loiault du tout gouverne et duit
Son noble cuer, qui n'est fier ne haultains,         11
Ne de villain penser tach ne tains;
Si requier Dieu que nouvelles lui viegne
De son ami, desirant qu'il reviegne.                 14

Ha! que fusse je ores ou doulx reduit,
Ou elle maint, la port ou ampains!
A lui seroit et a moy grant deduit,
Si seroient un pou noz maulx estains;                18
Dieux! que sceust elle au moins comment je l'aims?
Si le sara, mais qu'en l'amour se tiegne
De son ami, desirant qu'il reviegne.                 21

[Note LXXVI:--3 _A_ qui vous a.--5 _B_ C. de ce m.--13 _A_ Si
requiert--15 _B_ Et--18 _A_ moz--_B_ mes m. e.--19 _B_ H--20 _A_ m.
que.]


LXXVII

Je ne suis pas vostre pareil,
Car vous estes la non pareille
Du monde, belle sanz orgueil,
A qui servir je m'appareille;            4
Mais sachiez qu'Amours me traveille
Pour vostre amour et me commande,
Dame, qu'a vous servir j'entende.        7

Si oiez le plaint de mon dueil
En piti, de vo doulce oreille;
Et prenez garde que je vueil
Estre tout vostre, et ja ne vueille      11
Vostre doulz cuer que tant me dueille,
Ains lui plaise affin que j'amende,
Dame, qu'a vous servir j'entende.        14

Regardez moy de vo doulz oeil,
Dame, car je tremble comme fueille.
Present vous, ne passer le sueil
N'ose que vo courrouz n'acueille,        18
Vostre grant valour ne s'orgueille
Contre moy, ains tel bien me rende,
Dame, qu'a vous servir j'entende.        21

[Note LXXVII:--3 _B_ Du m. servir s. o.--7, 14, 21 _B_ q. v. s.
e.--11 _B_ E. trestout v. et ne v.--12 _B_ V. doulour--14 _A_ s.
entende--20 _B_ C. vous.]


LXXVIII

Que ferons nous de ce mary jaloux?
Je pry a Dieu qu'on le puist escorchier.
Tant se prent il de prs garde de nous
Que ne pouons l'un de l'autre approchier.         4
A male hart on le puist atachier,
L'ort, vil, villain, de goute contrefait,
Qui tant de maulz et tant d'anuis nous fait!      7

Estrangl puist estre son corps des loups,
Qu'aussi ne sert il, mais que d'empeschier!
A quoy est bon ce vieillart plein de toux,
Fors a tencier, rechigner et crachier?            11
Dyable le puist amer ne tenir chier,
Je le h trop, l'arn, vieil et deffait,
Qui tant de maulz et tant d'anuis nous fait!      14

H! qu'il dessert bien qu'on le face coux
Le babon qui ne fait que cerchier
Par sa maison! h quel avoir! secoux
Un pou sa pel pour faire aler couchier,           18
Ou les degrez lui faire, sanz marchier,
Tost avaler au villain plein d'agait,
Qui tant de maulz et tant d'anuis nous fait!      21

[Note LXXVIII:--8 _A_ s. c. de l.--13 _B_ Je le h t. l'ort. vil.
vilain, d.--15 _B_ Dieux--Vers 17, on pourrait lire aussi: _h que
l'avoir!_]


LXXIX

Helas! ma dame, amours le m'a fait dire
Ce que j'ay dit com rude et mal apris;
Si ay parl com dolent et plein d'yre.
Mais ne vueilliez, pour Dieu, tourner a pris      4
Ce que j'ay dit, doulce dame de pris;
Car je say bien qu'ay parl rudement,
Si vous en cry mercy trs humblement.             7

Car a raison toudis pas ne se tire
Le cuer qui est de jalousie espris,
Car il n'est dueil, ne maladie pire;
Et on m'a dit, l'autryer le vous rescrips,        11
Que vous avez a autre amer empris;
Et ce me fist parler plus follement,
Si vous en cry mercy trs humblement.             14

Mais je vous pry qu'il vous vueille souffire
Moy a ami, combien que plus grant pris
Ont mains meilleurs et je soye le pire,
Puet bien estre, mais n'aiez en despris           18
Mon loial cuer de vostre amour surpris,
Je vous nommay fausse, certes je ment,
Si vous en cry mercy trs humblement.

[Note LXXIX:--5 _A_ Mes paroles d.--11 _A_ l'autre yer--_B_ le
v. escrips--13 _A_ p. felement--16 _A_ a. espris--21 _A_ Je v.]


LXXX

Ne pourray je donc jamais avenir
A vostre amour, ma dame debonnaire,
Pour bien amer et loyault tenir,
Ne pour prier ou pour service faire?            4
N'ay je pouoir de vo doulz cuer attraire,
Belle plaisant, mon gracieux cuer doulz,
Voulez vous donc que je muire pour vous?        7

Helas! pour Dieu, vueilliez moy retenir
Pour vostre ami! car il m'est neccessaire
Se vivre vueil, ne puis plus soustenir
Vostre escondit qui m'oste mon salaire;         11
Et plus vous serfs et plus m'estes contraire,
Dame d'onneur, me haez vous sur tous,
Voulez vous donc que je muire pour vous?        14

Au moins s'un pou vous daignast souvenir
Du dueil amer qu'il me fault pour vous traire;
Pour quoy vous pleust, quant me voiez venir,
Vous dire ce dont je ne me puis taire,          18
Que me feissiez de vostre doulz viaire
Un doulz semblant, mais, quant ne suis rescoux,
Voulez vous donc que je muire pour vous?        21

[Note LXXX:--4 _A_ _B_ ne p. s.--12 _A_ m'etez--17 _B_ Par
quoy--19 _B_ Q. me faisiez--20 _B_ m. se ne--_15  20_ _A_:

Quant tout mon fait et tout mon maintenir
N'est autre part et ne veez le contraire,
Ne vous deust il quelque foiz souvenir
Du mal que j'ay pour vous que ne puis taire?
N'a il piti quelconque en vostre affaire?
Me lairez vous finer en tel courroux?]


LXXXI

Ce jour de l'an que l'en doit estrener,
Trs chiere dame, entierement vous donne
Mon cuer, mon corps, quanque je puis finer;
A vo vouloir de tous poins abandonne              4
Moy, et mes biens vous ottroy, belle et bonne;
Si vous envoy ce petit dyamant,
Prenez en gr le don de vostre amant.             7

Je vous doy bien tout quanque j'ay donner;
Car ou monde n'a nulle autre personne
Qui les me pest tant guerredonner,
Com vous, belle, qui la fin et la bonne           11
Estes, qui tous mes biens drece et ordonne;
Si vueil estre tout vostre en vous amant,
Prenez en gr le don de vostre amant.             14

Or vueilliez donc vo doulz cuer assener
A moy aussi; ne soiez si felonne
Que me faciez jusqu'a la mort pener.
Ostez le mal qui en mon cuer s'entonne.           18
Si porteray des amans la couronne;
Mon cuer vous donne et le vostre demand,
Prenez en gr le don de vostre amant.             21

[Note LXXXI:--10 _A_ Q. le.]


LXXXII

Doulce dame, vueilliez moy pardonner
Se demour ay un pou longuement;
Car je n'ay pe plus tost retourner,
Dont me desplaist; car trop d'empeschement      4
M'est survenu, mais croiez fermement
Que vostre suis, ou soie prs ou loings,
Le dieu d'amours m'en soit loial tesmoins.      7

J'ay bien cuid la ma vie finer,
Tant eus de mal pour le departement
De vous, trs belle, et, sanz joye mener,
J'ay la est trs le commencement               11
Jusqu'a la fin; car resjoussement
Je n'ay sanz vous, fors mal et tous besoings,
Le dieu d'amours m'en soit loial tesmoins.      14

Or suis venu, vueillez moy ordener
Vostre vouloir, car vo commandement
Vueil obeir, et je me doy pener
De vous servir; ne feray autrement              18
Tant quan vivray, sachiez certainement.
Car la sont tous mes pensers et mes soins,
Le dieu d'amours m'en soit loial tesmoins.      21

[Note LXXXII:--1 _B_ Chiere d.--6 _B_ p. et l.--11 _A_ G'y ay
e.--17 _B_ car je m'en vueil p.--_A_ car je me d.--19 _B_ T. com v.]


LXXXIII

Trs faulz parjur, renoy plein de vice,
Plus que Judas rempli de trason,
De tout mon cuer t'ay am comme nyce,
N'oncques vers toy ne pensay mesprison,         4
Et pour autre me laisses sanz raison.
Ne deusses pas ce moy faire a nul fueur;
Car tu me metz en trop dure frion.
Ha desloial! comment as tu le cuer?             8

Dieux, que feist on de telle gent justice?
On en pent maint a trop moins d'achoison,
Se m'en vengier pesse, je garisse
Des maulx que j'ay pour toy a grant foison.     12
Que fusses tu destroit en ma prison?
Ton grant orgueil m'atasse, et la grandeur
Dont tu me fais vivre a tel cuisanon.
Ha desloial! comment as tu le cuer?             16

De mes bienfais me rens tel benefice,
Ne plus ne moins com fist le faulz Jason
A Mede, qui lui fist tel service
Qu'il en conquist la dore toyson,              20
Pour lui laissa sa terre et sa maison,
Dont lui rendi aprs petit d'onneur;
Encor me fais pis sanz comparoison.
Ha desloial! comment as tu le cuer?             24

[Note LXXXIII:--7 _A_ Mais--9 _B_ de celle g.--18 _B_ m. que f.]


LXXXIV

Se vous me donnez congi
Par conseil de mesdisans,
Dame que servie j'
Par l'espace de dix ans,          4
Au lit me mettrez gisans:
N'oncques ne m'amastes brief,
Se vous me faites tel grief.      7

N'ay desservi qu'estrangi
Soye, mon devoir faisans,
Et se je suis deslogi
Pour aultre moins souffisans,     11
Qui a vous soit plus plaisans,
Sur lui vendra le meschief,
Se vous me faittes tel grief.     14

Vo cuer est vers moy changi;
Car tousdis par moz cuisans
Je suis de vous laidengi,
Com je fusse un pasans;          18
Mais je croy que mes nuisans
Leur part aront du relief,
Se vous me faittes tel grief.     21

[Note LXXXIV:--8 _A_ que e.--19 _B_ M. bien c.]


LXXXV

L'espoir que j'ay de reveoir ma dame
Prochainement, me fait joyeux chanter
A haulte voix ou vert bois soubz la rame,
Ou par deduit j'ay apris a hanter                      4
Pour un petit les maulx que j'ay domter,
Pour ce qu'ads suis d'elle si longtains;
Mais, se Dieux plaist, j'en seray plus prochains.      7

Et je doy bien avoir desir par m'ame
D'elle veoir, car je m'ose vanter
Qu'il n'est ne roy, ne duc, ne prince, n'ame
Qui ne voulsist a elle honneur porter,                 11
Pour les grans biens qu'on en ot raconter;
Si me desplait dont d'elle si loins mains;
Mais, se Dieux plaist, j'en seray plus prochains.      14

Et sa beault, qui le mien cuer enflamme,
Me fait souvent gemir et guermenter
Pour le desir, qui m'estraint et affame,
D'elle veoir, pour moy reconforter;                    18
Je chanteray pour mon cuer deporter.
Ads suis loings d'elle ou sont mes reclains;
Mais, se Dieu plaist, j'en seray plus prochains.       21

[Note LXXXV:--1 _A_ reveir--10 _A_ Que il n'e. r.--12 _B_ P. le
grant bien--17 _A_ Tant me destraint d. fort et a.--18 _A_ et p. m.
conforter--19 _A_ et m. c. d.]


LXXXVI

Jadis par amours amoient
Et les dieux et les deesses,
Ce dit Ovide, et avoient
Pour amours maintes destresses;           4
Foy, loiault et promesses
Tenoient sanz decepvoir,
Se les fables dient voir.                 7

Et du ciel jus descendoient,
Non obstant leurs grans hauteces,
Et a estre amez queroient
Les haulz dieux pleins de nobleces;       11
Pour amours leurs grans richeces
Mettoient en nonchaloir,
Se les fables dient voir.                 14

Lors si trs contrains estoent,
Nymphes et enchanterresses,
Et les dieux qui lors regnoient,
Satirielz et maistresses,                 18
D'amours, qu'a trop grans largeces
Mettoient corps et avoir,
Se les fables dient voir.                 21

Pour ce, princes et princepces
Doivent amer et savoir
D'amours toutes les adresces,
Se les fables dient voir.                 25

[Note LXXXVI:--16 _A_ Nyphes--19 _B_ qui t. g. l.--24 _A_ tous
l. a.--_22  25 omis dans A_.]


LXXXVII

Puis qu'ainsi est que je ne vous puis plaire,
Ma belle amour, ma dame souveraine,
Pour nul travail que mete a vous complaire,
Je n'y fais riens fors que perdre ma peine;      4
    Ainois me lairiez mourir,
Que daignissiez le mal que j'ay garir.
Si ne vueil plus vous faire l'anuieux,
A Dieu vous di, gracieuse aux beaulz yeux.       8

Ce poise moy, quant je ne puis attraire
Vostre doulz cuer, car je vous acertaine
Que se ple vous est mon affaire,
Oncques plus fort Paris n'ama Heleine            12
    Que feisse vous; mais pourrir
Y pourroie attendant que merir
Me dessiez; et pour ce, pour le mieulx,
A Dieu vous di, gracieuse aux beaulz yeulx.      16

Et non pourtant ne m'en vueil si retraire,
Que s'il est riens, de ce soiez certaine,
Que je puisse pour vous dire ne faire
A vostre gr, dame de doulour pleine,           20
    Je le feray, mais perir
Me laisseriez ainois que secourir
Me voulsissiez; pour ce, ains que soie vieulx,
A Dieu vous di, gracieuse aux beaulz yeulx.      24

[Note LXXXVII:--3 _A_ traval--23 _B_ Me daingnissiez.]


LXXXVIII

Qu'en puis je mais, se je porte le noir,
Quant il convient qu'a tous mes plaisirs faille,
Puis qu'eslongner me fault le doulz manoir
Ou l'en ne veult plus que je viegne n'aille,        4
Dont mon cuer est entrez en grant bataille,
Qui de dueil est plus noirci qu'errement;
Mais quant fauldra que tout bien me deffaille,
Ce sera fort se je vif longuement!                  8

Ha! ma dame, je me doy bien doloir,
Quant il convient que hors du pas saille
Ou vous estes, m'amour et mon vouloir;
Ne pouoir n'ay que d'aultre riens me chaille;       12
Tout autre amour je ne prise une maille;
De vous venoit tout mon avancement.
Mais puis qu'Amours si pesant fais me baille,
Ce sera fort se je vif longuement!                  16

En grant languour vivray et main et soir.
Que maudit soit qui telz morseaux me taille
Par quoy vous pers, dont mieulz vouldroie avoir
La mort briefment que vous perdre sanz faille;      20
Car ou monde n'a dame qui vous vaille,
Ne de beault, ne de gouvernement.
De vous me part, las! je ne say ou j'aille,
Ce sera fort se je vif longuement!                  24

[Note LXXXVIII:--7 _A_ q. t. mon b. d.--12 _B_ Je n'ay p.--13 _B_
T. a. bien--17 _B_ je v. m. et s.--23 _A_ ou je a.]


LXXXIX

Maintes gens sont qui veulent par maistrise
Les biens d'amours avoir et acquerir;
C'est grant folour; car n'est drois qu'en tel guise
On doie amours contraindre et surquerir.              4
Car humblement on doit ce requerir
Qui est donn franchement sanz contrainte,
Ou autrement l'amour est fausse et fainte.            7

Et s'il avient qu'aucuns aient acquise
Icelle amour par grant soing de querir,
A eulx vuelent qu'elle soit si soubzmise,
Comme se droit leur faisoit conquerir;                11
Pour ce souvent font la doulour perir
Qui doit estre par doulce grace attainte,
Ou autrement l'amour est fausse et fainte.            14

Si n'y doit nul user de seigneurise,
N'en fait, n'en dit, mais mieulz voloir morir,
Que maistrisier le doulz don que franchise
Fait ottroier et rigueur fait perir;                  18
Bien servir doit, pour guerredon merir,
Le vray amant ober en grant crainte,
Ou autrement l'amour est fausse et fainte.            21

[Note LXXXIX:--8 _A_ c'a.--11 _A_ l. f. acqurir--13 _A_ _B_ p.
droitte g.--15 _B_ Si n'y d. nulz y ouvrer de main mise--17 _B_ Que ce
qui est octroy par f.--18 _B_ Vuellent par leur rigueur faire p.]


XC

BALADE POUETIQUE

Se de Juno, la deesse poissant,
N'est Adonnis bien briefment secouru,
Le fier dieu Mars l'ira trop angoissant.
Es fors lians Vulcans est encoru;             4
Venus l'ama jadis, bien y paru,
Mais ne lui peut ads en riens aidier;
Il y morra briefment, au mien cuidier.        7

Et durement lui est Pallas nuisant,
Mais Mercures est pour lui acouru,
Qui fait son fait trouble apparoir luisant,
Devant le dieu Jupiter comparu                11
Est Adonnis, contre lui apparu
C'est Cerberus qui trop scet de plaidier;
Il y morra briefment, au mien cuidier.        14

Trestous les dieux lui sont mal advisant,
Fors Mercures par qui Argus moru,
Mais s'a Juno aloit abellissant
Il ne seroit de nul a mort feru;              18
Ms s'Appollo le fiert a trop grand ru,
Sauldra le sang, tout lui fera vuidier;
Il y morra briefment, au mien cuidier.        21

[Note XC:--19 _A_ Se A.--_B_ Et.]


XCI

Aucunes gens mettent entente et cure
A espier ce que les autres font,
Et d'autruy fait moult parlent, et n'ont cure
De riens celer, et les bons contrefont;            4
Mais envie, qui si les frit et fond,
Les fait parler et de chascun mesdire,
N'il n'est si bon qu'ilz n'y treuvent a dire.      7

C'est grant meschief que la vie tant dure
A telle gent, et que Dieu ne confont
Si fais gloutons, par lesquelz grant injure
Reoivent maint qui desservi ne l'ont,             11
Simples et bons semblent de premier bont,
Mains en y a qui sont de Judas pire,
N'il n'est si bon qu'ilz n'y treuvent a dire.      14

Leur faulz parler et leur male murmure
Empeschent gent, meismes l'air en corront,
Et qui plus ment volentiers plus en jure,
C'est le droit cours que gent mesdisant vont;      18
Merveilles est que la terre ne font
Dessoubz tel gent, car d'eux le monde empire,
N'il n'est si bon qu'ilz n'y treuvent a dire.      21

[Note XCI:--5 _A_ fruit--7 _A_ Nul--16 _A_ Empesche--18 _A_
C'e. le maintien q. g. m. ont--_B_ q. g. m. ont.]


XCII

Avec les preux bien devez estre mis,
Bon chevalier vaillant, plein de proece,
Qui par valeur d'armes avez soubsmis
Maint grant pas et mainte forteresse.          4
Du preux Hector vous ensuivez l'adrece,
Et de Cesar qui fu sage et vaillant,
Alixandre qui s'ala travaillant
Tant qu'il conquist le monde entierement,       8
Et a Judas Machabe ensement,
Au bon David, Jos, par tel guise,
Ainsi est il de vous certainement,
En qui Dieux a toute proece assise.             12

Charles le grant a qui Dieu fu amis,
Le bon Artus ou tant ot de noblece,
A Godefroy qui fut grans anemis
Aux mescreans, trop leur fist de destrece,      16
Vostre bont d'eulx ensuivir s'adrece.
Par emploier trestout vostre vaillant
A conquerir a l'espe taillant
Pris et honneur, si semblez droittement         20
Le droit soleil qui luit ou firmament,
Que chascun veult desirer, aime et prise,
Ainsi est il de vous certainement,
En qui Dieux a toute proece assise.             24

Et tant vous a Dieu donn et promis
De ses hauls biens et a si grant largece,
Que se vivoit ads Semiramis,
Qui jadis fu rone et grant maistresse,         28
L'amour de vous tendroit a grant richece.
Car bien qui soit n'est en vous deffaillant;
N'en nesun cas nul ne vous voit faillant,
Par tout le monde en tient on parlement.        32
Les bons Rommains jadis si vaillamment
Se porterent qu'ilz ont louange acquise,
Ainsi est il de vous certainement,
En qui Dieux a toute proece assise.             36

[Note XCII:--2 _B_ B. c. p de trs grant p.--14 _B_ ou trop ot--22
_B_ Q. c. v. desire--31 _B_ Ne en nul cas--34 _A_ q. o. vaillance a.]


XCIII

Les roys, les princes et les sages,
Et les preux du temps ancen,
Ilz avoient tout plein d'usages,
Dont l'en ne fait maintenant rien;       4
Ilz amoient sur toute rien
Honneur trop plus que convoitise.
Mais ads qui garde le sien,
Il a assez science acquise.              8

Proece, honneur, grans vacelages
Ot l'empereur Ottovien,
Sage fu, prudent et moult larges,
Pour ce de ses fais lui prist bien;      12
Mais qui tient en destroit lien
Son avoir, ads cil on prise,
Quel que soit le nyce maintien,
Il a assez science acquise.              16
Et pour ce font de grans oultrages
Les convoiteux de mal merrien
Aux pouvres gens, et mains domages;
Mais jamais ne diroient tien,          20
Mais trop bien ce cy sera mien;
Qui de traire a soy scet la guise,
Par flaterie ou par moyen,
Il a assez science acquise.              24

[Note XCIII:---2 _A_ _B_ Et les gens--12 _B_ de ses biens--23
_A_ P. f. et p. m.]


XCIV

Qui que die le contraire,
On doit loiault tenir
En tout quanque l'en veult faire,
Qui veult a grant preu venir;          4
Et qui barat maintenir
Veult, a la fin mal lui prent,
Mais fol ne croit jusqu'il prent.      7

Loiault est neccessaire
A qui tent a avenir
A honneur et grant salaire;
N'il ne doit apartenir                 11
Que cil doye bien fenir,
Qui a barater se prent,
Mais fol ne croit jusqu'il prent.      14

Et trop mieulx se vauldroit taire,
Que de dire et soustenir
Que de loiault retraire
Se convient, qui devenir               18
Veult riche, et fraude tenir;
Qui le fait au laz se prent,
Mais fol ne croit jusqu'il prent.      21

[Note XCIV:--15 _B_ Et t. se v. m. t.]


XCV

Nous devons bien, sur tout aultre dommage,
Plaindre cellui du royaume de France,
Qui fut et est le regne et heritage
Des crestiens de plus haulte poissance;        4
Mais Dieux le fiert ads de poignant lance,
Par quoy de joye et de soulaz mendie;
Pour noz pechiez si porte la penance
Nostre bon Roy qui est en maladie.             8

C'est grant piti; car prince de son aage
Ou monde n'yert de pareille vaillance,
Et de tous lieux princes de hault parage
Desiroient s'amour et s'aliance.               12
De tous amez estoit trs son enfance;
Encor n'est pas, Dieux mercis, reffroidie
Ycelle amour, combien qu'ait grant grevance
Nostre bon Roy qui est en maladie.             16

Si prions Dieu, de trs humble corage,
Que au bon Roy soit escu et deffence
Contre tous maulz, et de son grief malage
Lui doint sant; car j'ay ferme creance        20
Que, s'il avoit de son mal allegance,
Encor seroit, quoy qu'ads on en die,
Prince vaillant et de bonne ordenance
Nostre bon Roy qui est en maladie.             24

[Note XCV: 3 _B_ et l'heritage--5 _A_ D. le fiers--20 _B_ c.
j'ay f. esperance--21 _A omet ce vers_--22 _B_ Qu'encor.]


XCVI

Bien nobles est qui en soy a bont,
Il n'est tresor qui a tel valeur monte,
Et en hault pris bien doit estre mont
Cil qui est bon; et aussi toute honte                 4
    Doit bien le mauvais avoir;
Pour tant, s'il a grant poissance ou avoir,
Ou que si bel soit que riens ne lui faille,
S'il n'a bont, trestout ne vault pas maille.         8

Et quant les fais des bons sont racont,
On s'esjout partout ou l'en les conte;
Et que des bons mauvais soient dont
A chascun plaist, et par nombre on les conte          12
    Les bons pour ramentevoir.
Chascun vouldroit, plus qu'il ne fait, valoir;
Car il n'est nul, tant sa richece vaille,
S'il n'a bont, trestout ne vault pas maille.         16

Plus nobles est et plus est ahont,
Soit prince ou roy, duc, chevalier ou conte,
Se en valeur les autres surmont
N'a et en bien. Gentillece que monte                  20
    Se mieulx ne se fait valoir
Qu'autres ne font? Il est bon assavoir
Qu'il n'est nulz homs, de quelque lieu qu'il saille,
S'il n'a bont, trestout ne vault pas maille.         24

[Note XCVI:--11 _A_ Et q. d. b. les m. sont d.--_B_ Et se les b.
les m. ont d.--15 _B_ Car homs qui soit--21 _B_ Qui--23 _A_ tant sa
richesse vaille.]


XCVII

De commun cours chascun a trop plus chiers
De Fortune les biens, que de Nature;
Mais c'est a tort, car ilz sont si legiers
Qu'on n'en devroit a nul fuer avoir cure.         4
    Boce en fait mension
En son livre de Consolacion,
Qui repreuve de Fortune la gloire;
Si font pluseurs sages qui font a croire.         8

Et non obstant que ces dons soient chiers,
Et que chascun a les avoir met cure,
Si veons nous qu'honneurs et grans deniers
Tost deffaillent, et a maint petit dure           12
    La grant exaltacion
De Fortune, qui a condicion
De tost changier, ce nous dit mainte hystoire;
Si font pluseurs sages qui font a croire.         16

Mais si certains de Nature et entiers
Sont les grans biens, que nulle creature
N'en est rempli, qui lui soit ja mestiers
D'avoir paour de Fortune la dure.                 20
    C'est sens et discrecion
Entendement, consideracion,
Aristote moult apreuve memoire;
Si font pluseurs sages qui font a croire.         24

[Note XCVII:--9 _A_ q. tes d.--11 _A_ que h.]


XCVIII

Tous hommes ont le desir de savoir
Et a bon droit il n'est si grant richece;
Mais puis que tous veulent science avoir,
Comment veult nul desprisier tel hautece,          4
Car ilz sont maint qui n'en ont pas largece.
Ne de leur fait n'est nulle mension,
Qui des sages font grant derrision.                7

Et pour ce dit le philosophe voir,
Que le plus grand anemi de sagece
C'est l'ignorant; mais maint pour nul avoir
Ne pourroient hebergier tel hostesse,              11
Dieux la donne par esleue promesse;
Mais pluseurs sont sanz nulle occasion,
Qui des sages font grant derrision.                14

Si doit on bien mettre force et devoir
A acquerir si trs noble richece;
Car qui bien l'a, trop est grant son pouoir.
Trs eureux sont ceulz dont elle est princece      18
De gouverner tous leurs fais com maistrece.
Entre eulz et ceulz sont en division
Qui des sages font grand derrision.                21

[Note XCVIII:--1 _B_ Trestous h. desirent assavoir--4 _B_ Pour
quoy--6 _B_ Ne de l. sens--10 _A_ Est--12 _B_ D. la d. pour--16 _B_
si t. haulte noblesse--18 _B_ Moult sont e. c.--20 _A_ Mais e.]


XCIX

Si comme il est raison que chascun croie
En un seul Dieu, sanz faire aucune doubte,
Qui aux esleus son paradis ottroie
Et les pervers laidement en deboute,             4
    Est il a tous neccessaire
De parvenir au souverain repaire
A la parfin, ou toute riens repose.
Dieux nous y maint trestous a la parclose!       8

Et non obstant qu'en peschi se desvoye
Tout cuer humain, et que le monde boute
En maint meffais, si doit on toutevoie
Soy retourner vers Dieu; car une goute           12
    De larme fait a Dieu plaire
Le repentant, tant est trs debonnaire;
Si est rescript en la divine prose.
Dieux nous y maint trestous a la parclose!       16

Si devons, tous et toutes, querir voie
De parvenir avec la noble route
Des benois sains, ou vit et regne a joye
Le trs hault Dieu, en qui est bont toute,      20
    Qui nous donra tel salaire,
Se nous voulons repentir et bien faire,
Ou joye et paix et grant gloire est enclose.
Dieux nous y maint trestous a la parclose!       24

[Note XCIX:--10 _A_ Tu--15 _A_ Si est escript--19 _A_ De b. s.]


C

Cent balades ay cy escriptes,
Trestoutes de mon sentement.
Si en sont mes promesses quites
A qui m'en pria chierement.           4
Nomme m'i suis proprement;
Qui le vouldra savoir ou non,
En la centiesme entierement
En escrit y ay mis mon nom.           8

Si pry ceulz qui les auront littes,
Et qui les liront ensement,
Et partout ou ilz seront dittes,
Qu'on le tiengne a esbatement,        12
Sanz y gloser mauvaisement;
Car je n'y pense se bien non,
Et au dernier ver proprement
En escrit y ay mis mon nom.           16

Ne les ay faittes pour merites
Avoir, ne aucun paiement;
Mais en mes penses eslittes
Les ay, et bien petitement            20
Souffiroit mon entendement
Les faire dignes de renom,
Non pour tant desrenierement
En escrit y ay mis mon nom.           24

[Note C:--7 _A_ proprement--15 _A_ _B_ derrenier--19 _A_
Fors qu'en--20 _B_ mais b.--_On trouve dans les mots_ en escrit
_l'anagramme de_ Crestine.]


EXPLICIT CENT BALADES




VIRELAYS


CI COMMENCENT VIRELAYS

I

Je chante par couverture,
Mais mieulx plourassent mi oeil,
Ne nul ne scet le traveil
Que mon pouvre cuer endure.         4

Pour ce muce ma doulour
Qu'en nul je ne voy piti,
Plus a l'en cause de plour
Mains treuve l'en d'amisti.        8

Pour ce plainte ne murmure
Ne fais de mon piteux dueil;
Ainois ris quant plourer vueil,
Et sanz rime et sanz mesure
Je chante par couverture.           13
Petit porte de valour
De soy monstrer dehaiti,
Ne le tiennent qu'a folour
Ceulz qui ont le cuer haiti.        17

Si n'ay de demonstrer cure
L'entencion de mon vueil,
Ains, tout ainsi com je sueil,
Pour celler ma peine obscure,
Je chante par couverture.           22


II

Amis, je ne say que dire
De vous, car vostre maniere
Monstre que d'amour legiere
M'amez, dont j'ay trop grant yre.      4

Je ne say se vous rusez,
Mais a vous ne puis parler,
Et toudis vous excusez
Qu'il vous fault ailleurs aler.        8

Bien voy que vo cuer ne tire
Qu'en sus de moy traire arriere;
Et pour vostre morne chiere,
Qui tousdis vers moy empire,
Amis, je ne say que dire.             13

De maint estes encusez,
Si ne le pouez celer,
Qu'en un lieu souvent mussez,
Ou l'en vous fait engeler
Pour attendre, et je souspire
Quant l'en me dit que j'enquiere
De vous, combien qu'il n'affiere.
Mais pour ce que oy tant mesdire,
Amis, je ne say que dire.             22

[Note II:--5 _B_ Ne s. se vous vous r.]


III

Pour le grant bien qui en vous maint,
Bel et bon, ou mon cuer remaint,
Je vueil vivre joyeusement,
Car vous me donnez sentement
De trs grans plaisirs avoir maint.

Car quant j'oy dire que l'en tient
Que vostre gent corps se contient,
Si haultement, en toute honnour,
Que grace et loz vous apartient
Sur tous autres, bien le retient
Mon cuer qui ne pourroit grigneur         11

Joye avoir, et quant il attaint
A vostre amour qui l'a attaint,
C'est moult grant resjoussement
Et pour ce vit trs liement
Mon cuer qui d'amer ne se faint
Pour le grant bien qui en vous maint.     17

Et quant je pense et me souvient
Du trs grant plaisir qui me vient
De vous, amis, de tous la flour,
J'ay tel joye, souvent avient,
Que ne say que mon cuer devient,
Tant suis prise de grant doulour.        23

En ce penser giette un doulz plaint
Mon cuer, qui a vous se complaint,
Quant vous estes trop longuement
Sanz moy veoir; car seulement
L'amour de vous le mien cuer vaint,
Pour le grant bien qui en vous maint.     29

[Note III:--6 _A_ j'oz--7 _B_ se maintient--8 _A_ en tout h.--11
_B_ pouoit g.]


IV

Comme autre fois me suis plainte
     Et complaintte,
De toy, desloial Fortune,
     Qui commune
Es a tous, en guise mainte,
     Et moult faintte.                  6

Si n'es pas encore lasse
     De moy nuire,
Ainois ta fausse fallace
     Me fait cuire                      10

Le cuer, dont j'ay couleur tainte;
     Car attainte
Suis de douleur et rancune,
     Non pas une
Seule mais de mille enainte
     Et estrainte,
Comme autre fois me suis plainte.       17

Mais il n'est riens qui ne passe;
    Pour ce cuire
Me convient en celle masse
    Pour moy duire                      21

En tes tours qui m'ont destraintte
    Et contraintte,
Si que n'ay joye nesune
    O enfrune!
Desloial! tu m'as enpaintte
    En grant craintte,
Comme autre fois me suis plainte.       28

[Note IV:--5 _B_ a g. m.--15 _A_ de m. attainte.--18 _B_ me
p.--20 _B_ en ceste m.--24 _B_ Tant q.]


V

Belle ou il n'a que redire,
De qui l'en ne peut mesdire,
    Sanz mentir,
Or vous vueilliez consentir
A estre de mes maulz mire;
Car Amours m'a fait eslire
Vous que j'aim sanz alentir.               7

Regardez ma voulent,
Et comment entalent
    Suis par desir
D'obeir a vo bont;
Car vous avez surmont
    A vo plaisir                           13
Mon cuer qui ne puet desdire
Vo vueil, mais trop grief martire
    Fault sentir,
A moy qui n'en vueil partir
Pour riens, car je ne desire
Fors vous, sanz y contredire,
Que j'aim sanz ja repentir,
Belle ou il n'a que redire.                21

A vous qui m'avez dompt
Je me suis tant guerment
    A long loisir,
Si doy bien estre rent
Des biens, dont avez plent;
    Doncques choisir                       27

Vueills moy si que souffire
Vous daigne sanz escondire,
    Car partir
Ferez mon cuer com martir,
Si que le mal qui m'empire
Ostez, car trop me martire;
Et vous vueilliez convertir,
Belle ou il n'a que redire.                35

[Note V:--2. _B_ D. q. nulz ne p. m.--11 _A_ D'o. et talent--_B_
De servir vostre bont--12 _A_ De servir car s.--13 A A vou--14 _A_
M'avez sy ne puis d.--15 _A_ Vou v.--22 _A_ donbt--32 _B_ Doncques
le m.--34 _A_ Or.]


VI

Mon gracieux reconfort,
    Mon ressort,
Mon ami loial et vray,
De ma joye le droit port,
    Et le port
Que toudis, tant com vivray,
    Poursuivray.                    7

En vous, dont je me navray,
    Mon vivre ay
Mis, et jusques a la mort
Jamais autre ami n'avray;
    Ce devray
Faire, et j'en ay doulz enort.      13

Car par vo gracieux port,
    Que je port
En mon cuer, je recevray
Joye, plaisir et confort,
   Ne de fort
Amer ne vous decevray;
   Si avray
Mon gracieux reconfort.             21

Ne oncques ne dessevray
    Ne seuvray
Mon cuer de loial acort,
Et toudis, si com savray,
    M'esmouvray
A vivre en ce doulz recort.         27

Car tant me vient doulz raport,
    Sanz nul tort,
De vous, que j'apercevray
Que vivre sanz desconfort
    Doy au fort;
Et pour ce joye ensuivray,
     Et suivray
Mon gracieux reconfort.             35

[Note VI:--12 _A_ Ce me d.--17 _A_ J. et p. et c.--22 _A_ Ne ja
ne--28 _A_ me v. bon r.]


VII

La grant doulour que je porte
Est si aspre et si trs forte
Qu'il n'est riens qui conforter
Me pest ne aporter
Joye, ains vouldroie estre morte,      5

Puis que je pers mes amours,
Mon ami, mon esperance
Qui s'en va, dedens briefs jours,
Hors du royaume de France.             9

Demourer, lasse! il emporte
Mon cuer qui se desconforte;
Bien se doit desconforter,
Car jamais joye enorter
Ne me peut, dont se deporte
La grant doulour que je porte.         15

Si n'aray jamais secours
Du mal qui met a oultrance
Mon las cuer, qui noye en plours
Pour la dure departance                19

De cil qui euvre la porte
De ma mort et qui m'enorte
Desespoir, qui raporter
Me vient dueil et enporter
Ma joye, et dueil me raporte
La grant doulour que je porte.         25

[Note VII:--12 _omis dans A_.--14 _A_ N. m. p. ne me
deporter--16 _A_ Si n'a. plus de s.]


VIII

Puis que vous estes parjure
Vers moy, dont c'est grand laidure
A vous qui m'aviez promis
Moy estre loyaulz amis;
Vostre loiault pou dure.                5

Je vous avoye donne
M'amour toute entierement,
Cuidant l'avoir assenne
En vous bien et haultement.              9

Car vous aviez mis grant cure
A l'avoir, mais je vous jure
Et promez, puis qu'entremis
S'est vo cuer d'estre remis,
Que de vostre amour n'ay cure
Puis que vous estes parjure,             15

Tost est ceste amour fine
Dont me desplaist grandement,
Car ja ne fusse tane
De vous amer loyaument.                  19

Mais n'est pas drois que j'endure
Vostre grant fausset pure;
Ce poise moy quant g'y mis
Mon cuer, s'il en est desmis
Point ne vous feray d'injure,
Puis que vous estes parjure.             25

[Note VIII:--3 _B_ A moy.]


IX

Je suis de tout dueil assaillie
Et plus qu'oncques mais maubaillie,
Quant cellui se veult marier
Que j'amoye sanz varier,
Si suis de joye en dueil saillie.        5

Helas! il m'avoit promis
Que ja ne se marieroit,
Quant tout mon cuer en lui mis,
Et qu'a tousjours tout mien seroit;      9

Mal eschange m'en a baillie,
Car hors s'est mis de ma baillie;
Une autre veult apparier,
Et encontre moy guerrier;
Puis que s'amour or m'est faillie
Je suis de tout dueil assaillie.         15

Cellui devient mes anemis
Qui jadis vers moy se tiroit
Comme mes vrais loiaulx amis,
En moy regardant souspiroit.             19

Or est celle amour tressaillie
En autre, et vers moy deffaillie;
Car ne lui puis, pour tarier,
Sa voulent contrarier,
Dont d'en morir j'en suis taillie,
Je suis de tout dueil assaillie.         25

[Note IX:--6 et 8 Sic _dans tous les mss. Corr._ H. il m'a. [bien]
p.--Q. t. m. c. en l. [ay] m.--10 _B vers omis._--11 _B_ Mais--14 _B_
Car p. q. s. m. f.--24 _B_ Si suis d'en m. bien t.]


X

Trs doulz ami, or t'en souviegne
Que au jour d'ui je te retien
Pour mon ami, et aussi mien
Vueil je que tout ton cuer deviegne;      4

Car c'est la guise, et bien l'entens,
Entre les amans ordenne,
Que le premier jour du printemps
On retiengne ami pour l'anne.            8

A celle fin que l'amour tiegne
Un chappellet vert fait trs bien;
On doit donner chascun le sien,
Tant que l'autre anne reviegne
Trs doulx ami, or t'en souviegne.        13

Si t'ay choisi et bien attens;
Car m'amour te sera donne;
Grant peine as souffert, mais par temps
Te sera bien guerredonne.                17

Afin que la guise maintiengne
Le jour Saint Valentin, or tien
Mon chappellet, mais a le tien,
Je t'ameray, quoy qu'il aviegne,
Trs doulx ami, or t'en souviegne.        22

[Note X:--21 _A_ _B_ Je t'aimeray.]


XI

En ce printemps gracieux
D'estre gai suis envieux,
    Tout a l'onnour
De ma dame, qui vigour
    De ses doulz yeulz
Me donne, dont par lesquielx
    Vifs en baudour.                7

Toute riens fait son atour
De mener joye a son tour,
    Bois et prz tieulx
Sont, qu'ilz semblent de verdour
Estre vestus et de flour
    Et qui mieulx mieulx.           13

Oysiaulx chantent en maint lieux;
Pour le temps delicieux
    Et plein d'odour
Se mettent hors de tristour
    Joennes et vieux;
Tous meinent et ris et jeux
    Ou temps paschour,
En ce printemps gracieux.           21

Et moy n'ay je bien coulour
D'estre gay, quant la meilleur,
    Ainsi m'aist Dieux,
Qui soit, je sers sanz erreur,
N'a autre je n'ay favour,
    Car soubz les cieulx            27

N'a dame ou biens soient tieulx;
Si doy estre curieux
    Pour sa valour
D'elle servir sanz sejour,
    Car anieux
Ne pourrait estre homs mortieulx
    De tel doulour
En ce printemps gracieux.           35

[Note XI:--19 _B_ T. m. r. et gieux--20 _B_ Ou t. pastour--22 _B_
Et m. en ay je c.--24 _A_ Ami se m'a. D.--28 _B_ ou b. sont t.--32
_A_ C. en mieulx.]


XII

Se pris et los estoit a departir
Et a donner, selon mon jugement;
J'en say aucuns qui bien petitement
Y devraient a mon avis partir.                        4

Et non obstant qu'ilz cuident bien avoir
Assez beaut, gentillece et proece,
Et que chascun cuide un prince valoir,
A leurs beaulx fais appert leur grant noblece.        8

Mais puis qu'on voit, qui qu'il soit, consentir
A villains fais et parler laidement,
Pas nobles n'est; ains deust on rudement
D'entre les bons si faitte gent sortir,
Se pris et los estoit a departir.                     13

Ne en leurs dis il n'a nul mot de voir,
Grans vanteurs sont, n'il n'est si grant maistrece
Qu'ilz n'osent bien dire que leur vouloir
En ont tout fait, h Dieux! quel gentillece!          17

Comme il siet mal a noble homme a mentir
Et mesdire de femme! et vrayement
Telle gent sont drois villains purement,
Et devrait on leur renom amortir,
Se pris et los estoit a departir.                     22

[Note XII:--9 _A_ Car--19 _B_ N'a m.--20 _B_ Telles gens.]


XIII

Dieux! que j'ay est decee
De cellui, dont je bien cuidoie
Qu'entierement s'amour fust moye!
A tart me suis apercee.                4

Or say je toute l'enclore
Et comment il se gouvernoit;
Une autre amoit, j'en suis sere,
Et si beau semblant me monstroit,       8

Que j'ay ferme creance ee,
Qu'il ne desirast autre joye
Fors moy; mais temps est que je voie
La trason qu'il m'a tee;
Dieux! que j'ay est decee!            13

Mais d'une chose l'assere,
Puis que je voy qu'il me deoit,
Que jamais sa regardere,
Ne le semblant qu'il me monstroit,      17

Ne les bourdes dont m'a pee,
Ne feront tant que je le croie;
Car oncques mais, se Dieux me voie,
Ne fu tel trason vee.
Dieux! que j'ay est decee!            22

[Note XIII:--2 _A_ que je b. c.--4 _B_ A t. m'y s. a.--5 je _omis
dans B_--21 _B_ t. faulsset v.]


XIV

Trestout me vient a rebours,
Mal a point et au contraire,
En tous cas, en mon affaire:
Je pers en vain mes labours.      4

Ce n'est pas de maintenant
Qu'ainsi je suis demene,
Car dix ans en un tenant
J'ay est infortune.             8

Mal me prent de commun cours
De tout quanque je vueil faire,
Et ce que me devroit plaire
Me deffuit, et  tous tours
Trestout me vient a rebours.      13

Pour riens me vais soustenant
Puis que Fortune encharne
Est sus moi, qui demenant
Par mainte trs dure anne        17

Me va, et Dieux est si sours
Qu'il ne daigne vers moy traire
Son oreille debonnaire;
Pour ce, plus tost que le cours,
Trestout me vient a rebours.      22

[Note XIV:--12 _A_ Me destruit--_B_ et a t. jours.]


XV

De meschief, d'anui, de peine,
Je fais dis communement,
Car selon mon sentement
Sont, et de chose certaine;           4

Mais quant d'autrui voulent
Faire dis me vueil chargier,
De cuer mal entalent
Les me fault si loings cerchier,      8

Et de pense foraine;
Pour ce y metz je longuement:
C'est un droit controuvement;
Car a toute heure suis pleine
De meschief, d'anui, de peine.        13

Et se le cuer dolent 
Il ne m'est mie legier
Joyeux ditz faire a plent,
Mais pour un pou alegier              17
La doulour qui m'est prochaine
Je les fais communement
Joyeux, trestout ensement,
Comme se je fusse saine
De meschief, d'anui, de peine.        22

[Note XV:--2 _B_ Je f. d. legierement--15 _B_ Il n'est m. de l.]


XVI

On doit croire ce que la loy commande;
Il est trop folz qui encontre s'opose;
Et s'elle fait a croire, je suppose
Que maint devront envers Dieu grant amende.      4

Il est bien voir que naturelement
Nous sommes tous enclins et entechiez
A tost pechier; mais plus orriblement
Cheent aucuns en trop plus grant pechiez         8

Qu'autres ne font, et se l'en me demande
Quelz gens ce sont, verit dire n'ose
Pour leur grandeur, mais Dieux scet toute chose,
Et s'il est voir qu'en enfer on descende,
On doit croire ce que la loy commande.           13

Merveilles n'est s'on voit communement
Au monde moult avenir de meschiefs;
Car trop de maulx sont fait couvertement
De maint meismes qui sont docteurs et chiefs,    17

De doctriner le monde qu'il s'amende.
Mais Dieux scet bien quelle pense enclose
Est en leurs cuers, combien qu'on les alose
Pour leur estas; mais, a quoy que l'en tende,
On doit croire ce que la loy commande.           22

[Note XVI:--9 _A_ Que a.--17 _B_ q. s. des d. c.--_B_ q. s. d.
c.--18 _B_ D'endoctriner--19 _B_ q. p. est e.--20 _B_ En l. faulx c.]




BALADES D'ESTRANGE FAON

[Note Titre: _A_ B. de plusieurs faons.]


BALADE RETROGRADE

QUI SE DIT A DROIT ET A REBOURS

  Doulour, bont, gentillece,
Noblece, beault, grant honnour,
  Valeur, maintien et sagece,
Humblece en doulz plaisant atour,      4
Conforteresse en savour,
  Dueil angoisseux secourable,
  Acueil bel et agreable.              7

  Flour plaisant, de grant haultece
Princece, ma prisie amour,
  Tour forte noble fortresse,
Largece en honneste sejour,            11
Deesse, estoille, cler jour,
  Oeil, mirouer aimable,
  Acueil bel et agreable.              14

  Coulour fine, vraie adrece,
Tresce blonde, et bonne oudour,
  Ardour, souesve simplece,
Parece sanz nulle foulour,             18
Lucrece de simple cremour,
  Brueil de soulas delictable,
  Acueil bel et agreable.              21

Maistresse loyal, ma tenrour,
Leesse plaisant, ma doulour,
  Vueil dire a vous trs louable
  Acueil bel et agreable.              25

[Note Ballade retrograde:--1 _A_ Doulceur--4 _A_ H. ou d.--5 _A_
en savoir--8 _A_ Fleur--15 _A_--Couleur--17 _A_ A. s. en s.--_22 
25 omis dans A_.]


BALADE A RIMES REPRISES

Flour de beault en valour souverain,
Raim de bont, plante de toute grace,
Grace d'avoir sur tous le pris a plain,
Plain de savoir et qui tous maulz efface,          4
Face plaisant, corps digne de louenge,
Ange en semblant ou il n'a que redire,
D'yre vuidi, a vous des preux ou renge,
Renge mon cuer qui fors vous ne desire.            8

Et j'ay espoir qu'il soit en vostre main
Main jour et nuit en gracieux espace,
Passe le temps, car ja a bien haultain
Atain par vous, et amours qui m'enlasce            12
Lasce mon cuer qui du vostre est eschange,
Change vous fais de lui qui vous remire,
Mire plaisant, a vous qui joye arrange,
Renge mon cuer qui fors vous ne desire.            16

Si me contraint a l'amour dont vous aim
L'aim de voz yeulz ou grant doulour s'amasse,
Masse d'onneur ou j'ay tout mon reclaim,
Claim des vaillans dont nul temps ne me lasse.     20
Lasse! comment or a prime m'i prenge?
Pren je en amer riens qui mon bien dessire,
Sire, en vo main qui des bons ne desrenge
Renge mon cuer qui fors vous ne desire.            24

Amis loyaulx, cil qui maint meschief venge,
Venge mon cuer du vostre en lieu eslire,
Lire a doulz son, afin que je le prenge,
Renge mon cuer qui fors vous ne desire.            28

[Note B.  rimes reprises:--3 _B_ le p. s. t.--13 _B_ en est
change--18 _A B_ de vous y.--20 _B_ en nul t--_25  28 omis dans
A_.]


BALADE A RESPONSES

Mon doulz ami.--Ma chiere dame.
--S'acoute a moy.--Trs volentiers,
--M'aimes tu bien?--Oul, par m'ame.
--Si fais je toy.--C'est doulz mestiers.           4
--De quoy?--D'amer.--Voire, sanz tiers.
--Deux cuers en un.--Sanz decepvoir
--Voire aux loiaulz.--Tu as dit voir.              7

Dame sanz per.--Amis sanz blasme.
--Quant vous verray?--T'est il mestiers?
--Ol; tost soit.--Je crain diffame.
--Qui le saroit?--Les nouveliers.                  11
--Occions les!--Ilz sont trop fiers.
--Nuisent ilz doncques?--Oul voir.
--Voire aux loiaulz.--Tu as dit voir.              14

Las! que feray?--Sueffre la flamme.
--De qui?--D'amours.--Voire, et dongiers
--Elle m'art tout.--Et moy entame.
--Que ferons nous?--Soyons entiers.                18
--Sanz reconfort.--Nannil, mestiers
A aux amans.--Quoy?--Bon espoir.
--Voire aux loiaulz.--Tu as dit voir.              21

Dame ottroiez.--Ami, requiers
Que vous voie.--Quier les sentiers.
--Peine y mettray.--C'est le devoir.
--Voire aux loiaulx.--Tu as dit voir.              25

[Note B. a responces:--15 _A_ Je sens le dart--Et moy la f.--19
_A_ N'a nul m.]


BALADE A VERS A RESPONCES

Amours, escoute ma complainte?
--Or dis: qu'as tu? de quoy te plains?
--De toy par qui je suis destraintte.
--Tort as quant de ce te complains?
--Non ay voir, car ma joye estains.             5
--Joye en aras s'en toy ne tient?
--Trop crain le grant mal qui en vient.
--Pense au bien, non pas au dommage?
--Vueille ou non, d'un seul me souvient.
--Aime le; si feras que sage.                   10

Veulz tu que j'aime? est ce contrainte?
--C'est drois quant ton cuer est attains.
--Sera ce cil qui m'a estraintte?
--Oul, car de tout bien est pleins.
--Je n'ay donc pas tort si je l'aims?           15
--Non, car chascun a bon le tient.
--Mais se mon honneur ne soustient?
--Si fera voir, c'est son usage.
--Or m'en di ce qu'il apartient?
--Aime le; si feras que sage.                   20

Raison me met en trop grant crainte?
--Ne la croys, joye toult a mains.
--Tu m'as vers elle en guerre enpainte?
--Desconfis la, joing moy les mains.
--Honneur dit qu'en vauldroie mains?            25
--Il ment, chascun bon en devient.
--Fait et donc amer me convient?
--Ce te sera grant avantage.
--Que feray donc se cil revient?
--Aime le; si feras que sage.                   30

Princes gentilz, Amours me tient?
--Il apertient bien a ton aage.
--Un bel ami mon cuer retient?
--Aime le; si feras que sage.                   34

[Note B. a vers a responces:--_Rubrique omise dans A et
B_--_C'est la 21e ballade des ballades de divers propos dans B_--3
_B_ destainte--7 _B_ Je c. trop le m. q. en v.--9 _B_ Mon cuer
vueille ou non un retient--11 _B_ V. tu dont qu'a.--12 _B_ Droit
est--13 _A_ qui m'a destraintte--14 _B_ de tous biens--17 _A_ Et--19
_A_ Or me di qu'en faire a.--21 _B_ R. me tient--25 _B_ Raison
dit--_26  29 B_:

Elle ment et qui le maintient?
--Helas! merveilleux cas m'avient.
--De quoy?--D'amer; est ce folage?
--Oul, quant d'amy me souvient.

--31  33 _B_:

Amours, ou yray? ou me tient?
--Ne fuy plus, mais fay moy hommage.
--Que feray je se cil revient?]




LAYS


LAY DE CLXV VERS LEONIMES

Amours, plaisant nourriture,
Trs sade et doulce pasture,
Pleine de bonne aventure,
Et vie trs beneureuse,
Du vray loial cuer l'ointture,                   5
Qui entour lui fais ceinture
De joye, c'est ta droitture,
Doulce esperance amoureuse.

Et qui toute creature
Esjos de ta nature                              10
Peine fais par aventure;
Mais elle est si doulcereuse
Qu'on te suit tout a esture,
N'il n'est ponce ne rasture
Qui effaast ta pointure                         15
Tant est au cuer savoureuse.

Tant plait ta vie a maintenir
A qui loial se veult tenir
En ton agreable dongier,
Pour le bien qu'on puet retenir                  20
De toy servir, quant retenir
Daignes l'amant sanz estrangier.

De toy si li fais soustenir
Sa peine en gr, et s'astenir
Se veult de jamais ne changier,                  25
Du bien lui fais grant point tenir
Qui a lui doit apartenir,
Mais qu'il s'y tiegne sanz bougier.

Et s'il est aucun qui soustiegne
    Que de toi viengne                           30
Plus mal que bien, vers moi viegne
    Et retiegne;
Prouver lui vueil que nullement
N'en vient mal, mais qu'on s'y contiengne
    Et maintiegne;                               35
Si bien que par droit apartiegne
    Que chascun tiengne
Que servi sois loiaument.

Mais qui fault, mal lui en conviengne
    Quoy qu'il aviengne                          40
Ne, qui que loiault te tiengne,
    Croy qu'il soustiegne
Joye et doulceur plus que tourment,
Mais drois est qu'a l'amant soviegne
    Que gay se tiegne,                           45
N'en lui fausset ne retiengne,
    Sanz plus detiengne
Une amour vraye seulement.

Tant y a compris
    De bien en ton pris,                         50
Qu'on ne pourroit extimer
    Le bien que la pris
    En ton doulz pourpris
A, par loyaument amer;

    Ne par droit repris                          55
    Cuer de toy espris
Ne doit estre, ne blasmer
    On ne puet le pris
    De toy, car apris
Il a vie sanz amer.                              60

Tu pues mander
Et comander,
Sanz amender,
De mal garder,
Dueil retarder,                                  65
Un cuer bourder,
D'amour bauder,
A toy soulder,
Poindre et larder,
Et posseder                                      70
Sanz nul frauder,
Faire tarder
De demander
Pour foy garder
De mal monder.                                   75

Peine esmonder,
Joye abonder,
Tout marchander,
Et dueil seder,
Bas affonder,                                    80
Et reffonder,
Bel regarder,
Voir recorder,
Sanz point bourder,
Pais accorder,                                   85
Non descorder,
Droit recorder
Pour amender,
En sens fonder
Et perfonder.                                    90

Et s'aucuns n'ont de ta vie
    Nulle envie,
Ains la veulent mesprisier,
Gentillece est d'eulx ravie;
    Car plevie                                   95
L'ont les bons pour eulx aisier,
    Et plaisier
Fais les cuers, ou poursuivie
Est joye sanz delaissier.

Par toy est dame servie,                         100
    Assouvie
Sanz amenuisier
Son honneur n'estre asservie
    Mais suivie
De baudour, qui rabassier                        105
    Et froissier
Fait doulour qui gent desvie;
Joye est qui la puet puisier.

Mais on fait maint mauvais raport,
    Disant qu'au port                            110
De toy a doulereux aport,
  Et dont pluseurs se duellent,
Et que moult pou y a deport
    Quoy qu'on s'i port
Gaiement, et qu'en gr le port                   115
  Cellui ou ceulx qui te veulent.

Et que mieulx vault qu'on se deport
    De ton aport,
Que tel faissel on s'en emport,
  Et qu'a ton molin meulent                      120
Paille sanz grain ceulz qui ton port
    Suivent, deport
N'ont de toy ne qui les raport
  A bien, ains perir suellent.

Si est trop mau dit,                             125
Car pour voir je tien
Que, sanz contredit,
Quant l'en devient tien
On se desrudist,
Qui ton doulz maintien                           130
Poursuit, n'escondit,
Si com je maintien,
N'yert ja ne desdit.

L'amant, qui du tien
Enrichis, mesdit                                 135
Het; pour ce soustien
Que qui te laidist
Son meffait retien
Et fais un edit
Ou pour fol le tien;                             140
De toy soit maudit
Et son preu detien.

    Soit party,
    Ressorty,
    Perverty,                                    145
De ton doulz soulas
    Hors sorty,
    Converti
    En party
    Dur party                                    150
Qui mesdit de tes laz!

    Dire halas!
    Vain et las!
    Comme las,
Lui fais sanz dire gar t'y,                    155
    S'ainsi l'as
    Se follas
    Ne meslas
    N'affolas
Onc nul, cil soit amorty.                        160

  Si debat son chief
  En vain, qui destruire
  Cuide par nul chief
  Ton fait, ne toy nuire,
Que l'en voit sur tous reluire                   165
  Et qui est tant fort
Que ou monde n'a tel effort.

  Et c'est grant meschief
  De tel gent, qui duire
  Cuident de rechief                             170
  Le monde, et recuire
En nouvel sain, et reduire
  Gent sanz le confort
De toy, mais tu vains au fort.

Amour sanz chalange,                             175
Honneur et louange
T'apartient, et ment ge?
Quant fus par l'archange
En ce monde estrange
Envoy en change                                 180
De la male arrange
Qui nous mist en fange,
Et par toy en range
Ou ciel sommes d'ange,

Ce fu noble eschange                             185
Et un doulz meslange,
Dont se te revenge
Nul ne m'en laidenge,
Car ne me desrenge
De loial losenge.                                190
Mon cuer s'i essange
Quant bien il te venge
Et du tout estrange
Haneuse grange.


        Dont blasme                             195
        Ne clame.
        Diffame
        Ne nomme,
      Mau renomme
        Ne fusme                                200
Ne dois estre, mais ame
Et prise plus qu'autre rien.

        Car arme
        Enarme,
        Afferme,                                205
        Conferme
      T'es et forme
        Bien ferme
Pour nous, c'est chose informe,
Ne le nyer n'y vauldroit rien.                   210

        Exprime
        Ne prime,
        Point frime
        N'extime
      De hors lime                              215
        Trop semme
Ne pues estre n'enflamme
En ce monde terrien.

      Ains est dommage
      Qu'en ton hommage                          220
      Et fol et sage
      Par droit usage
      N'est, car l'oultrage
      Qui fait la rage
      Ou monde ombrage                           225
Par male et fausse convoitise.

      Seroit en cage
      Et hors usage;
      Ne tel langage,
      Comme on l'engage                          230
      Par le hautage
      D'orgueil qui nage
      En maint rivage,
N'iert ou monde, et ce qui l'atise

      C'est le buvrage                           235
      Qu'envie charge
      Qui n'assowage,
      Ains deheberge
      De son heberge
      Toy qui sanz barge,                        240
      Comme en mer large,
Vas flotant par telle faintise.

      Mais ou passage,
      Ou le peage
      Devons de gage,                            245
      En l'eritage
      Du monde ombrage
      Y a ymage
      De fausse targe,
D'amour fainte et fausse cointise.               250

Si conclus qu'en ta closture,
Vraye non pas couverture,
On ne doit avoir roupture
A vie trs doulcereuse,
Et qui en fait sa pousture                       255
Jusqu'il soit en sepulture
Il puet bien la pourtraiture
Porter de paix lareuse.

Car avec lui par jointure
L'a a trs forte cousture                        260
Cousue par aventure
Si que peine doulereuse
N'ara en la deffritture
Infernal qui, par droitture,
Punist humaine faitture                          265
En l'orde vale ombreuse.

EXPLICIT LAY LEONIME.

[Note: _Rubrique A_ Si s'ensuit une assemble de plusieurs
rimes auques toutes leonnines en faon de lay pour apprendre  rimer
leonninement.--_B_ Lay de LXII vers leonimes--_Le ms. B, dont
quelques feuillets ont t arrachs, ne contient pas ce lai_--5 _B_
Du v. c. l.--13 _A_ C'on--16 _B_ en c. s.--19 _A B_ En ton trs
doulz plaisant dangier--25 _A_ Sa v.--26 _B_ g. part t.--28 _B_ q.
se t.--31 _Sic dans tous les mss. Corr._ [que] v. m. v.--32 _Sic dans
tous les mss. Corr._ Et [le] r.--34 _A_ qu'on s'y tiengne.--35 _Sic
dans tous les mss. Corr._ Et [s'y] m.--41 que _omis dans A et B_--46
_B_ N'en plusieurs lieux n'aille ne viengne--48 _A_ U. a seule
vraiement--50 _B_ De b. en toy p.--63 _B ajoute_ Ne nul frauder--65
_B_ Et bien garder--_B ajoute:_

Et toy bourder
Senz essourder

--66 _B_ Un c. bauder--67 _B_ De feu bourder--70 __ 72 _B_:

Tout eschauder
Et lapider
Faire habonder

--73 et 74 _omis dans B_--76 _B_ Et e.--77 _omis dans B_--79 _A_
Et posseder--_omis dans B_--82 _B_ Bien r.--83 _et_ 84 _B_:

Et faiz garder
De trop tarder

--85 __ 87 _omis dans B_--90 _B_ Et refonder--94 _A_ de eulx
r.--99 _A_ Et suivie--100 et 101 _A_ Joye et sanz point
delaissier--N'abaissier--102 _B Sic, Corr._ Sanz [jamais] a.--105
_B_ De joye qui abaissier--107 _A_ Assouvie.--107 _et_ 108 _B_:

Ne jamais n'yert assouvie
Doulour qui la peut puisier.

--110 _A_ De ton fait en d. q. p.--111 _A_ douloureux--114 __ 124
_A_:

Cil qui aime s'il n'a le port
De toy et d'espoir qui le port,
Dont mains amans mieulx veulent
Que la mort briefment les emport
Que le mal qu'il fault que l'en port
Par toy, et qui n'ont pas raport
De douleur tous ceulx qui te veulent.

--116 _Sic dans tous les mss. Corr._ Cil--_B_ qui ce v.--118 _B_ De
t. emport--119 _B_ ou on e.--130 _et_ 131 _omis dans A_.--133 _A_
Ne n'y. ja d.--137 _B_ Q. q. ce l.--153 et 154 _intervertis dans
B_--157 _B_ S'affolaz--159 _B_ Ne soulaz--165 _B_ sur tout.--167
_B_ Qu'el m.--173 _A_ Veult s.--181 _B_ De la grant losange--185
__192 _B_:

Dont ne me reppan ge
De toy louer quand je
Dy voir et appran ge
Quant tort me laidange,
Qui pour tel eschange
Dist que je te venge;
Quant je te revenge
Mon cuer s'i essange

--199 _A_ Mon r.--206 _A_ conferm--_B ajoute_ Enfourme--208
_manque dans B_--210 _A_ vault r.--213 _A_ Ne ferme; _B_ Ne
firme--215 _omis dans B_--228 _B_ h. d'usage--233 _B_ En
tout r.--237 _A ajoute_ De nul malage--239 _B ajoute_ Met et en
servage--241 _omis dans B_--247 __ 250 _B_:

    Du monde targe
    De faulz ymage
    Y a qui charge
D'avoir fausse et fainte cointise.

--256 _A_ Jusque il--262 _A_ douloureuse.]




LAY

Se je ne finoye de dire
    Et d'escripre,
Je ne pourroie souffire,
Amis, pour louer assez,
En cent ans voire passez,                   5
Vostre bont, n'a descripre
Vo beault ou l'en se mire,
    N'a redire
N'y a, si sont amassez
En vous tous biens entassez                 10
Ou grace et honneur se tire.

N'il n'est royaume n'empire
    Ou eslire
On pest tel, n'o lire
N'ay des vaillans trespassez                15
Tant de bien, vous effassez
Leur grant vaillance, beau sire;
Car le monde se remire
    Et desire
Vous qui tous vices cassez                  20
Ne du bien n'estes lassez
Nul temps, n'on n'en puet mesdire.

Et quant vous estes si parfait
Que chascun loe vostre fait
Et dit que vous n'avez pareil               25
Ne qu'oncques nul n'y vid meffait,
Mais cil qui les despris reffait,
Plein de sens et de bon conseil
Enluminant com le soleil
Qui toutes tenebres deffait,                30
Et ou prouece a son recueil,
La porte de joye et le sueil
Et cil qui les nobles reffait.

Ne vous doy je de cuer parfait
Amer et m'esjor de fait                    35
D'avoir ami si a mon vueil,
Bon, noble et preux, qui het tort fait,
Ne qui n'a riens de contrefait,
Bel, jeune et doulz, plaisant a l'ueil,
Franc, courtois et de doulz accueil,        40
Si bon que ou monde n'a si fait
Humain, trs humble, sanz orgueil;
Si puis dire, nul n'en ait dueil,
Cil qui tout bien met a effait.

Et, se m'amour vous doy nommer              45
    N'ami clamer
    Et reclamer,
Sachiez que j'en fais mon devoir
Si bien qu'on ne m'en doit blasmer;
    Car affermer                            50
    Et confermer
Amours a fait par estouvoir
Mon cuer en vous, si que mouvoir
    Pour nul avoir
    Cellui vouloir                          55
Je ne pourroie. Ains a la mer
Osteroie trestout l'amer;
    Doulour avoir,
    Et remouvoir
Li feroie et s'iaue toloir                  60
Entierement, et reprimer

Son flo que l'en voit escumer,
    Toute semer
    Et enflammer
S'arene, et que fable fust voir,            65
Le monde de nouvel former,
    Fondre, entamer
    Et refformer
Pierres dures, et feu plouvoir,
Les estoilles toutes ardoir,                70
    Que main fust soir,
    Sans desmouvoir
Tout l'umain siecle consommer,
Paistre le monde, et affermer
    Et apparoir                             75
    Que blanc fust noir
Feroie, ainois que desmouvoir
Me pesse de vous amer.

Car vous estes la joye
    Qui me resjoye                          80
    Et avoye
    A tout bien,
Ne sanz vous ne pourroie
  Et ne vouldroie
    Ne saroie                               86
    Valoir rien,
Et pour ce a vous emploie
  Toute et ottroye
    L'amour moye;
    Car say bien                           90
Que vous estes la voie
  Qui me ravoie,
    Ne m'esjoye
    Aultre rien,
Et c'est ce qui m'apoye                     95
  Ou que je soye,
    Mais que voie
    Vo maintien.

Si n'en cuide estre decee,
Car je me suis appercee                   100
Que vous m'amez de cuer entier;
Car par long temps m'avez scee
Et quant j'ay bien l'amour scee,
Qui n'est pas depuis avantier
Encommencie, et que mestier               105
Vous estoit que fust recee
Vostre amour ou pou exploitier
Posts long temps par nul sentier,
Lors fu vostre amour concee
En moy qui si bien m'a scee               110
Que mon cuer de joye est rentier.

Car par seulement la vee
Avoir de vous je suis pee
De quanque on pourroit souhaidier
D'autre bien, car j'ay eslee              115
Ma joye en vous, chose est dee
De vous amer, c'est doulz mestier
Ou l'on apprent a accointier
Tout honneur; si suis pourvee
D'ami loial, au mien cuidier,              120
Qui de moy fait tout mal vuidier.
S'en lo Amour par qui ee
Ay vostre amour et qui mee
M'a a l'amer encommencier.

Et puis qu'Amours nous a joins             125
Ensemble et conjoins,
    Soient noz soins,
    Et prs et loings,
  Amis, de loiaument
Nous entr'amer et tous besoins             130
  Et tous amers poins,
    Se sommes poins
      De durs poins,

Nous porterons doulcement
Et vivrons joyeusement                     135
  Et trs liement
    Gaiement
  Car nous serons enoins
De doulz espoir qui fermement
  Et trs purement                         140
    Finement
Nous soustendra a ses poins.

Et d'ainsi nos jours user
    Sanz mal user
Nulz ne pourra accuser                     145
De nul meffait nostre vie,
Ne sur nous nul mal causer
    Ne gloser,
Car sur nul n'arons envie
Ne vouloir d'autre encuser                 150
  Pour nous excuser.

Car de tous poins assouvie
Leesce en nostre penser
Sera, par quoy ert ravie,
  Sanz nul offenser,                       155
Tristece qui gent devie,
  De nous, qui fausser
Ne voulons, ainois plevie,
  Sanz nul jour cesser,
Avons foy vraye assouvie.                  160

Et pour tant se mesdisans
    Pour nous grever
Vont disant leurs moz cuisans
    Par controuver
Ne devons pas estre aver                   165
Des tresors doulz, advisans,
Qu'Amours aux amans trouver,
    Par esprouver,
Fait sur tous biens reluisans,
    Et qui sauver                          170
Pevent de tous maulz nuisans
    Sanz emblasver.
Si n'en soions pas exans;
    Pour quoy laver
Nous en devons, quant lever                175
En joye plus de dix ans
Nous puet li moins souffisans
    Des biens, prouver
Le puis par tous poursuivans,
    Sanz controuver.                       180

Et s'en contre longtaine
Vostre noblece vous meine
Et la prouece haultaine,
Qui vo noble cuer demeine,
Ce me sera moult grant peine;              185
Mais je prendrai reconfort
En ce que je suis certaine
Que de vraie amour certaine,
Plus qu'aultre chose mondaine,
Ne que Paris belle Heleine,                190
Comme dame souveraine,
M'amez de tout vostre effort.

Et combien que de dueil pleine
Seray nuit, jour et sepmaine,
Et tout le temps triste et vaine,          195
Sanz estre lie ne saine,
En pire point qu'en quartaine,
Ce me soustendra au fort
Que, se Dieux tost vous rameine,
Oncques si joyeuse estraine                200
N'ot dame, noble ou villaine,
Com j'aray, ne chastellaine,
Quant tendray en mon demaine
Vous que j'aim sur tous trs fort.

Si vous pri, ma vraye amour,               205
    Ma doulour,
Mon bien, ma paix, ma vigour,
    Mon retour,
La riens que j'aime le mieulx,
    Qu'en tous lieux                       210
Gay, jolis, joieux tousjour,
    Sanz mal tour,
Soyez et plein de baudour,
Pour m'amour; car se m'aist Dieux,
Pour vous sera mon atour                   215
    Par honnour
Gay, jolis, gent et joyeux.
Si me tendray sanz tristour
    Ne doulour;
Car voz amoureux beaulz yeulz              220
    Tous mes dieux
Gariront par leur vigour,
De vous venra la savour
Par quoy mes jours seront tieulx.

Amis de mes maux le mire,                  225
     Qui sanz yre
Me tenez et sanz deffrire,
De qui les grans biens tauxes
Ne pourroient ne pensez
Estre, car tout tire a tire                230
Vostre bon cuer les atire,
    Ou remire
Ont tous ceulx qui oppressez
Sont et de dueil empressez
    Cui martire;                           235

Et le mal qui les empire
    Et fait frire
Confortez par vo doulz rire
Qui le mien cuer enlascez.
Je vous pri ja ne cessez                   240
D'estre en l'amoureux navire
Qui vers toute joye tire
    Et n'empire,
Ne ja ne vous en lascez,
Et vous serez surhaulcez                   245
Sur tous bons sanz contredire.

EXPLICIT LAY

[Note Lay:--_Titre B_ Autre lay--2 _B_ Ne--_5 omis dans A_--15
_A_ N'ay de v.--16 _A_ T. de b. certes beau sire--17 _A vers
ray_--26 qu' _manque dans A_--_B_ Et qu'o. n. ne v.--33 _B_ Et des
nobles le plus parfait--37 _B omet_ et--39 _B omet_ et--42 _B_ h. et
s. o.--55 _omis dans B_--56 _B_ Ne l'en p. A. de la m.--58 __ 60 _B_:

Et doulour luy feroye avoir
    Et remouvoir
Son cours et son eaue toloir

--60 et 61 _A_ Sa nature par droit devoir--S'on veult bien chanter et
rimer.--61 _omis dans B_--62 _B_ Et s. f. qu'on v.--63 __ 66 _B_:

Retendroye et poissons armer
    Et enflammer
    Toute et semer
L'arene et que fable fust voir

67 _A_ Souldre e.--67 __ 73 _B_:

Tout le monde en un gant fermer,
    Fondre, entamer
    Et refformer
Pierres dures, et feu plouvoir,
Les estoilles faire former,
Toutes sciences concevoir,
    Les mors ravoir

--70 _A_ t. frimer--71 __ 76 _A_:

    Et extimer
    Sans reprimer,
Toutes sciences concevoir
Et tout humain siecle affamer,
    Le ciel fermer
    Sans deffermer

--74 __ 76 _manquent dans B_--79 _B_ C. v. e. la voye--80 _B_ Q. me
ravoye--83 _A_ Et s.--84 _B_ Ne ne v.--87 _B_ en v. e.--91 _B_ Q.
v. e. la joye--92 _B_ Q. me resjoye--99 _B_ Si ne c.--116 _B_ Ma
gloire--126 _A_ E. et joins--133 _omis dans A_--134 _A_ N. p. trs
d.--135 _omis dans A_--139 _A_ De d. penser q. finement--141 _omis
dans A_--194 _B_ n. et j. et s.--207 _A_ viguour--212 _omis dans
B_--225 _A_ de m. yeulz le m.--236 _A_ q. l. fait firre--237 _omis
dans A_--238 _B_ p. voz d. r.--239 _A_ Et le--242 _B_ v. t. j.
vire--244 Ne jamais jour ne faussez.]




RONDEAUX


I (1396)

Com turtre suis sanz per toute seulete
Et com brebis sanz pastour esgare;
Car par la mort fus jadis separe
De mon doulz per, qu'a toute heure regrette.      4

Il a sept ans que le perdi, lassette,
Mieulx me vaulsist estre lors enterre!
Com turtre suis sans per toute seulete.           7

Car depuis lors en dueil et en souffrete
Et en meschief trs grief suis demoure,
Ne n'ay espoir, tant com j'ar dure,
D'avoir soulas qui en joye me mette;
Com turtre suis sans per toute seulete.           12

[Note I:--4 _A_ regraitte--10 _B_ Ne je n'e.]


II

Que me vault donc le complaindre
    Ne moy plaindre
De la doulour que je port
Quant en riens ne puet remaindre?
    Ains est graindre
Et sera jusqu'a la mort.               6

Tant me vient doulour attaindre,
    Que restraindre
Ne puis mon grant desconfort;
Que me vault donc le complaindre?      10

Quant cil qu'amoye sanz faindre
    Mort estraindre
A voulu, dont m'a fait tort;
Ce a fait ma joye estaindre,
    Ne attaindre
Ne poz puis a nul deport;
Que me vault donc le complaindre?      17

[Note II:--6 _B_ Et ce s.--12 _A_ estaindre.]


III

Je suis vesve, seulete et noir vestue,
A triste vis simplement affule;
En grant courroux et maniere adoule
Porte le dueil trs amer qui me tue.        4

Et bien est droit que soye rabatue,
Pleine de plour et petit enparle;
Je suis vesve, seulete et noir vestue.      7

Puis qu'ay perdu cil par qui ramenteue
M'est la doulour, dont je suis affole,
Tous mes bons jours et ma joye est ale,
En dur estat ma fortune embatue;
Je suis vesve, seulete et noir vestue.      12

[Note III:--11 _B_ En d. e. je me suis e.]


IV

Puis qu'ainsi est qu'il me fault vivre en dueil
Et que jamais n'aray bien en ce monde,
Viegne la mort qui du mal me confonde,
Qui si me tient et pour qui morir vueil.              4

Et delaissier bien doy quanque amer sueil,
Si qu'en griefz plours mon doloreux cuer fonde,
Puis qu'ainsi est qu'il me fault vivre en dueil.      7

De tout maintien et contenance et d'ueil
Doy bien sembler femme, en qui dueil habonde;
Car tant est grant le mal qui me suronde
Que de la mort desir passer le sueil,
Puis qu'ainsi est qu'il me fault vivre en dueil.      12

[Note IV:--3 _B_ Je suis d'accort que le m. me c.--5 _B_ Et d. d.
b.--8 _B_ de c. d.]


V

Quelque chiere que je face
Et comment que souvent rie,
Si n'y a il plus marrie,
Je croy, de moy en la place.           4

A tort seroie en ma grace,
Car joye est en moy tarie,
Quelque chiere que je face.            7

Mais pas n'appert a ma face
La doulour qui me tarie,
Qui nulle heure n'est garie;
Mais grief dueil ma joye efface,
Quelque chiere que je face.            12

[Note V:--4 _B_ Je c. que m.--6 _A_ C. joy--8 pas _omis dans B_.]


VI

En esperant de mieulx avoir,
Me fault le temps dissimuler,
Combien que voye reculer
Toutes choses a mon vouloir.           4

Pour tant s'il me fault vestir noir
Et simplement moy affuler,
En esperant de mieulx avoir,           7

Se Fortune me fait douloir,
Il le me convient endurer,
Et selon le temps moy riuler
Et en bon gr tout recevoir,
En esperant de mieulx avoir.           12


VII

Je ne say comment je dure;
Car mon dolent cuer font d'yre,
Et plaindre n'oze, ne dire
Ma doulereuse aventure,                4

Ma dolente vie obscure,
Riens, fors la mort, ne desire;
Je ne say comment je dure.            7

Et me fault par couverture
Chanter quant mon cuer souspire,
Et faire semblant de rire;
Mais Dieux scet ce que j'endure;
Je ne say comment je dure.            12

[Note VII:--2 _A_ fent d'y---4 _A_ douloureuse--5 _B_ Ne ma
lasse v. o.]


VIII

Puis que vous vous en alez,
Je ne vous say plus que dire,
M'amour, mais en grief martire
Me tendrez, se vous voulez.            4

Ne say se vous en doulez;
Mais nul mal n'est du mien pire
Puis que vous vous en alez.            7

Baisiez moy et m'acolez,
Pour Dieu, vueilliez moy rescripre,
Et du mal soiez le mire,
Dont le mien cuer affolez
Puis que vous vous en alez.            12

[Note VIII:--4 se _omis dans B_.]


IX

Bel a mes yeulx, et bon a mon avis,
Trs assouvi de grace et de tout bien,
Digne d'onneur, plaisant sur toute rien,
Estes m'amour sur touz a mon devis.              4

Jeune, gentil, gent de corps et de vis,
Sage, humble et doulz, de gracieux maintien,
Bel a mes yeulx, et bon a mon avis.              7

Et quant veoir je vous puis vis a vis
J'ay tel plaisir, dont vous estes tout mien,
Qu'en ce monde plus ne vouldroie rien;
Car vous estes sur tous, je vous plevis,
Bel a mes yeulx, et bon a mon avis.              12


X

Puis qu'Amours le te consent,
Par qui as empris l'emprise,
Amis, dont tu m'as surprise,
Mon cuer aussi s'i assent.             4

Mon vouloir du tout descent
A toy amer sanz faintise,
Puis qu'Amours le te consent.          7

Si n'a il pas un en cent
Dont Amours m'eust ainsi prise;
Mais quant c'est par ta maistrise
Ne te doy estre nuisant,
Puis qu'Amours le te consent.          12

[Note X:--5 _B_ M. cuer encline et descent--10 M. q. c'est pour sa
m.--11 _A_ e. musent.]


XI

De triste cuer chanter joyeusement
Et rire en dueil c'est chose fort a faire,
De son penser monstrer tout le contraire,
N'yssir doulz ris de doulent sentement.          4

Ainsi me fault faire communement,
Et me convient, pour celer mon affaire,
De triste cuer chanter joyeusement.              7

Car en mon cuer porte couvertement
Le dueil qui soit qui plus me puet desplaire,
Et si me fault, pour les gens faire taire,
Rire en plorant et trs amerement
De triste cuer chanter joyeusement.              12

[Note XI:--2 _A_ est c.--_B_ c. forte a f.--2 _et_ 3 _intervertis
dans A_.]


XII

Pour ce que je suis longtains
De vous, belle, que tant aims,
A nulle joye n'attains,
Ains est mon bien tout estains.      4

Ou pas aux tremontains
Mon cuer est de doulour tains,
Pour ce que je suis longtains.       7

Regretant voz biens haultains
Je mourray, j'en suis certains;
Car je seray desert ains
Que cy m'ait joye ratains,
Pour ce que je suis longtains.       12

[Note XII:--_A_ Ou lieu ou t.--6 _A_ Je suis ads de dueil
t.--11 _B_ Qui cy n'ait.]


XIII

C'est grant bien que de ces amours,
Qui miracles font si appertes
Que maintes dames font appertes
Qui ja aloient en decours.                       4

Ilz garissent, de commun cours,
De plus grans maulz que fievres quartes,
C'est grant bien que de ses amours.              7

N'il n'est si vieulx, soit longs ou cours,
S'il en est bien ferus acertes,
Qu'il ne lui semble tout de certes
Qu'il prendrait bien le lievre au cours;
C'est grant bien que de ses amours.              12

[Note XIII:--1 _A_ ses a.--3 _B_ Qui.]


XIV

M'amour, mon bien, ma dame, ma princepse
Tresmontaine, qui a bon port m'adrece,
Dequanque j'ay, souveraine maistresse,
Estes dame et confort de ma leesce.            4

Je vous doy bien appeller ma deesse,
Mon doulz espoir, mon mur, ma forteresse,
M'amour, mon bien, ma dame, ma princesse.      7

Car si belle ne fut oncques Lucrece,
Ne prisie tant Penelope en Grece,
Semiramis vous passez en noblece,
Si vous doy bien dire, par grant humblece,
M'amour, mon bien, ma dame, ma princesse.      12

[Note XIV:--1, 7, 12 _A_ et ma p.--4 _A_ c. et l.--_B_ de ma
destresse--6 _A_ M. d. tresor--8 _A_ C. de beaut tant n'ot L.--_B_
C. plus b. vous estes que L.--9 _B_ Plus p. que P.--11 _B_ p. g.
leesce.]


XV

Quant je ne fois a nul tort,
Pour quoy me doit on blasmer
De mon doulz ami amer?
Et a son vueil je m'acord.        4

S'en lui est tout mon deport,
N'autre n'y puet droit clamer,
Quant je ne fois a nul tort.      7

Je l'aim, qu'en est il au fort?
En fault il tel plait semer
Partout pour moy diffamer?
En ay je desservi mort
Quant je ne fois a nul tort?      12

[Note XV:--4 _B_ S'a son doulz vouloir m'accort--5 _B_ devie--9
_A_ t. p. mener.]


XVI

Doulce dame, que j'ay long temps servie,
Je vous suppli, alegiez ma doulour
Et mon complaint ne tenez a folour,
Si soit par vous ma grief peine assovie.      4

Voiez comment pour vous amer desvie,
Je pers vigour, sens, maniere et coulour,
Doulce dame, que j'ay long temps servie.      7

Ne n'aiez pas de moy grever envie,
Ou je mourray d'amoureuse chalour
Pour vo beaut et vo fresche coulour,
Et pour ce ads pour eslongner ma vie,
Doulce dame, que j'ay long temps servie.      12

[Note XVI:--3 _A_ Et me c.--10 _A_ P. vou b.--_B_ et pour vostre
valour--11 _B_ p. aloingnier.]


XVII

Je suis joyeux, et je le doy bien estre,
D'avoir ou si trs doulce nouvelle
Que ma dame son doulz ami m'appelle;
Or n'est de moy ou monde plus grant maistre.      4

Ne me pourroit chose venir senestre
Puis qu'elle dit que je suis am d'elle,
Je suis joyeux, et je le doy bien estre.          7

Et quant je suis en paradis terrestre
Et hors d'enfer, pour la doulour de celle
Que chascun tient des dames la plus belle,
Et je regard son maintien et son estre,
Je suis joyeux, et je le doy bien estre.          12

[Note XVII:--4 _B_ si g. m.--6 _A_ P. que elle--_B_ P. que je di
q.]


XVIII

Rians vairs yeulx, qui mon cuer avez pris
Par voz regars pleins de laz amoureux,
A vous me rens, si me tiens ereux
D'estre par vous si doulcement surpris.         4

On ne pourroit sommer le trs grant pris
De voz grans biens qui tant sont savoureux,
Rians vairs yeulx, qui mon cuer avez pris.      7

Tant estes doulz, plaisant et bien apris,
Qu'ou monde n'a homme si doulereux
Que, s'un regart en avoit doulcereux,
Que tantost n'eust par vous confort repris,
Rians vairs yeulx, qui mon cuer avez pris.      12

[Note XVIII:--1 _B_ R. vers y.--4 D'e. de v.--9 _A_ douloureux--9
_B_ Ou m.--11 _A_ Q. p. v. n'e. t. c. r.]


XIX

Tout en pensant a la beaut ma dame,
Qu'on ne pourroit prisier souffisament,
Ce rondellet ay fait presentement;
Car mon penser n'est ailleurs, par mon ame.      4

Se je l'ay fait ne s'en esmerveille ame,
Car survenu m'en est le sentement
Tout en pensant a la beaut ma dame.             7

De vraie amour, qui mon cuer tout enflamme,
Est tout venu le doulz enortement
Qui esjost mon cuer trop grandement,
Dont suis plus gay que oyselet sus la rame,
Tout en pensant a la beaut ma dame.             12

[Note XIX:--9 _A_ E. tost v.]


XX

Sage maintien, parement de beaut,
Assis en corps digne de grant louenge,
Cuer ferme et vray, qui nulle heure ne change,
En celle maint en qui j'ay feault.               4

Trs grant honneur, grant grace et leault
Si la conduit et nulle heure n'estrange,
Sage maintien, parement de beaut.                7

Cuer noble et hault sanz raim de cruaut,
Humilit qui nullui ne laidenge,
Et assez a la belle comme un ange,
Pour gouverner une grant royault,
Sage maintien, parement de beaut.                12

[Note XX:--4 _A_ Et c. m. a q.--5 _B_ T. haulte h. g. g. et
loyaut.]


XXI

S'espoir n'estoit, qui me vient conforter,
Et souvenir qui mes maulx fait tarir,
Les maulx que j'ay ne pourroie porter,
Dont ne me veult ma dame secourir.              4

Car desconfort me vouldroit aporter
Present de mort, et me feroit perir,
S'espoir n'estoit, qui me vient conforter.      7

Mais souvenir si me vient raporter
Joye et soulas, et espoir de garir,
Et que piti luy fera enorter
Ma garison, si me faudroit morir
S'espoir n'estoit, qui me vient conforter.      12

[Note XXI:--2 _A_ _B_ q. f. m. m. t.--3 _B_ Le mal q. j'ay--6 _B_
Presens.]


XXII

De tous amans je suis le plus joyeux,
Puis qu'envers moy s'est ma dame acoisie,
Qui contre mi si mal ere apaisie
Que je n'osoie aler devant ses yeulx.            4

Puis qu'elle a fait la paix, or me va mieulx,
Et qu'il lui plaist que je l'aie baisie
De tous amans je suis le plus joyeux.            7

Moult m'a est son courroux anieux
Et a porter la doulour mesaisie,
Mais or suis liez quant elle est amaisie;
Puis qu'ainsi va, et louez en soit Dieux,
De tous amans je suis le plus joyeux.            12

[Note XXII:--3 _A_ erre--_A_ mi ert si m. a.--_B_ yere--5 _A_
P. que elle--10 _A_ amaisi.]


XXIII

Belle, ce que j'ay requis
Or le vueilliez ottroier,
Car par tant de fois proier
Bien le doy avoir conquis.      4

Je l'ay ja si long temps quis,
Et pour trs bien emploier,
Belle, ce que j'ay requis.      7

Se de moy avez enquis,
Ne me devez pas noyer
Mon guerdon, ne mon loier;
Car par raison j'ai acquis,
Belle, ce que j'ay requis.      12

[Note XXIII:--2 _A_ V. le moy o.]


XXIV

Jamais ne vestiray que noir,
Puis que l'en m'a donn congi,
Et que du tout m'a estrangi
Ma dame qui me fist son hoir.          4

Plus n'entreray en son manoir,
Et pour le trs grant dueil que j'ay
Jamais ne vestiray que noir.           7

Si ne quier plus cy remanoir,
Durement y suis laidengi,
Trop s'est le temps vers moy changi,
Et pour plus en ce dueil manoir
Jamais ne vestiray que noir.           12

[Note XXIV:--3 _B_ Et de tous poins m'a e.--6 _B_ Et p. ce du g.
d.]


XXV

En plains, en plours me fault user mon temps,
Se de vous n'ay, dame, aucun reconfort
Mieulx me vauldroit briefment morir au fort
Que soustenir la douleur que j'attens.             4

Pour vous, Belle, je me morray par temps,
Et sachiez bien qu'en trop grant desconfort,
En plains, en plours me fault user mon temps.      7

Et se vo trs doulz cuer est consentens,
Que je muire, certes ce seroit fort
De reschaper contre si grant effort;
Car vraiement, se vivoie cent ans,
En plains, en plours me fault user mon temps.      12

[Note XXV:--6 _B_ q. trs g. d.--8 _A_ Et se vostre d.--_B_ Puis
que vo cuer si en est c.]


XXVI

Visage doulz, plaisant, ou je me mire,
De grant beault le parfait exemplaire,
Moult suis joyeux et li quant vous remire.        3

Ne il n'est riens qui me pest souffire
Sans vous veoir, et bien me devez plaire,
Visage doulz, plaisant, ou je me mire.             6

Car ou monde l'en ne pourroit eslire
Nul si trs bel, et je ne me puis taire
De vous louer, si me fault souvent dire:
Visage doulz, plaisant, ou je me mire.             10


[Note XXVI:--_5 vers effac dans A_.]


XXVII

A Dieu, ma dame, je m'en vois;
Cent fois a vous me recommande,
Je revendray dedens un mois.              3

Plus ne verray a ceste fois
Vo beault qui toudis amende;
A Dieu, ma dame, je m'en vois.            6

Et de voz biens cent mille fois
Vous remercy, Dieu le vous rende,
Ne m'oblis pas toutefois;
A Dieu, ma dame, je m'en vois.            10


XXVIII

A Dieu, mon ami, vous command,
A Dieu, cil dont tout mon bien vient,
Et pour Dieu retournez briefment.                   3

En plorant trs amerement,
Puis que departir vous convient,
A Dieu, mon ami vous command.                       6

Or ne m'obliez nullement,
Car toudis de vous me souvient;
Baisiez moy au departement,
A Dieu, mon ami, vous command.                      10

[Note XXVII et XXVIII:--_Ces deux rondeaux sont placs  la suite
du rondeau XLVI dans A_.]


XXIX

Il me semble qu'il a cent ans
Que mon ami de moy parti!                  2

Il ara quinze jours par temps,
Il me semble qu'il a cent ans!             4

Ainsi m'a anui le temps,
Car depuis lors qu'il departi
Il me semble qu'il a cent ans!             7


XXX

Il a au jour d'ui un mois
Que mon ami s'en ala.                 2

Mon cuer remaint morne et cois,
Il a au jour d'ui un mois.            4

A Dieu, me dit, je m'en vois;
Ne puis a moy ne parla,
Il a au jour d'ui un mois.            7


XXXI

Se loiault me puet valoir
Et bien servir et fort amer,
Sanz faille j'ar mon vouloir.        3
Ne me fault plaindre ne doloir
Ne dire qu'aye dueil amer,
Se loiault me puet valoir.           6

Et s'on la met en nonchaloir
Il me vauldroit mieux estre en mer,
Mais nulz ne puet mon droit toloir
Se loiault me puet valoir.           10


XXXII

Trs doulz regart, amoureux, attraiant,
Plein de doulour et de grant reconfort,
Mon cuer occis et navrez en treiant.         3

Mais ja pour ce ne t'ailles retrayant
De traire a moy de trestout ton effort,
Trs doulz regart, amoureux, attraiant.      6

Car en mon cuer ta doulceur pourtraiant
Va vraie amour, par quoy mon desconfort
En garis tout en mon cuer soubtraiant,
Trs doulz regart, amoureux, attraiant.      10

[Note XXXII:--4 _A_ M. non pour tant ne t'a.--_A_ ne t'a.
recreant--7 _A_ Et--8 _B_ Va bonne a.]


XXXIII

Le plus bel qui soit en France,
Le meilleur et le plus doulx,
Helas! que ne venez vous?            3

M'amour, ma loial fiance,
Mon dieu terrien sur tous,
Le plus bel qui soit en France.      6

S'il est en vostre poissance
Pour quoy n'approchiez de nous?
Si verr lors sanz doubtance
Le plus bel qui soit en France.      10

[Note XXXIII:--8 _B_ P. q. tost n'approuchons nous.]


XXXIV

J'en suis d'acort s'il vous plaist que je muire
Pour vous, belle, mais ce sera pechi;
Car desservi n'ay que me doiez nuire.                 3

Se vous voulez au fort me laissier cuire
En mon meschief sanz estre relachi,
J'en suis d'acort s'il vous plaist que je muire.      6

Car a vo vueil je me doy du tout duire,
Et de voz laz, ou je suis atachi,
Ne partiray se me voulez destruire,
J'en suis d'acort s'il vous plaist que je muire.      10

[Note XXXIV:--7 _B_ je me vueil du t. d.--_A_ C. a vou v.--9 _B_
Ne me p.]


XXXV

De mieulx en mieulx vous vueil servir,
Ma dame, dont tout mon bien vient,
Pour vostre grace desservir.                3

Et pour moy du tout asservir
A vous, ainsi qu'il apertient,
De mieulx en mieulx vous vueil servir.      6

Mais ne me vueilliez desservir
De joye, se mon bien avient;
Car pour vo vouloir assouvir
De mieulx en mieulx vous vueil servir.      10


XXXVI

Helas! le trs mauvais songe
Que j'ay ceste nuit song,
Fait que mon cuer toudis songe.      3

Oncques ne retint esponge
Mieulx chose, certes, que j',
Helas! le trs mauvais songe.        6

Mais ne me dit chose dont je
Doye esperer que congi;
Dieux doint que ce soit menonge,
Helas! le trs mauvais songe.        10

[Note XXXVI:--5 _A_ Nulle riens c.--8 _B_ Ne d. e. c.]


XXXVII

Trs doulce dame, or suis je revenu
Prest d'ober, s'il vous plait commander,
Comme vo serf vous me pouez mander.         3

J'ay longuement est de joye nu
Hors du pas, mais, pour tout amender,
Trs doulce dame, or suis je revenu.        6

Mais je ne say s'il vous est souvenu
De moy qui vueil vous servir sanz tarder,
Et en espoir de vo grace garder,
Trs doulce dame, or suis je revenu.        10

[Note XXXVII:--9 _B_ Et en e. de vostre amour g.]


XXXVIII

Puis qu'ainsi est que ne puis pourchacier
Nulle merci vers vous, ma chiere dame,
De vous me pars, moult courrouci par m'ame.      3

D'y plus venir ne me quier avancier,
Car ce pourroit vous tourner a diffame
Puis qu'ainsi est que ne puis pourchacier.        6

Et si ne say comment pourray laissier
L'amour que j'ay a vous, qui si m'enflamme;
Mais du laissier ne me doit blasmer ame
Puis qu'ainsi est que ne puis pourchacier.        10

[Note XXXVIII:--7 _B_ Ne si ne s.]


XXXIX

Doulce dame, je vous requier
Vostre amour que je vueil cherir;
Donnez la moy sanz rencherir,        3

Or m'ottroiez ce que je quier,
Et pour faire mes maulz tarir,
Doulce dame, je vous requier.        6

Et se vers vous tel grace acquier
Je penseray du remerir,
Et pour mes pesances garir,
Doulce dame, je vous requier.        10

XL

Se m'amour voulsisse ottroier
Ja piea m'a est requise,
Mais j'ay ailleurs m'entente mise.      3

On vendroit trop tart au proier,
Et pour tant bien je vous avise
Se m'amour voulsisse ottroier.         6

Car maint dient que par loier
La devroient avoir acquise,
Si fusse ailleurs piea assise,
Se m'amour voulsisse ottroier.         10

[Note XL:--5 _B_ Sire et p. t. je v. a.--9 _B_ Si l'aroye ja a.
a.]


XLI

De tel dueil m'avez rempli,
Dame, par vostre reffus
Qu'oncques plus dolent ne fus.       3

Mis m'avez en si dur pli
Qu'enroiddis suis comme uns fus,
De tel dueil m'avez rempli.          6

Que m'occiez vous suppli,
Car de mere mar ns fus,
Nul de moy n'est plus confus,
De tel dueil m'avez rempli.          10

[Note XLI:--2 _B_ D. pour v.--3 _B_ Q. si d.--4 _B_ Or suiz en si
trs d. p.--7 _B_ Tuez moy je v. s.--8 _A_ _B_ de m. mal.--9 _A_ Ne
de m.--_B_ N'il n'e. de m.]


XLII

Or est mon cuer rentr en double peine
Quant le mary ma dame est revenu,
Qui du pas s'est hors long temps tenu.          3

Helas! j'ay eu du tout en mon demaine
Joye et plaisir et soulaz maintenu,
Or est mon cuer rentr en double peine.          6

Il me touldra, Dieux lui doint male estraine,
Tout mon deduit, car souvent et menu
J'estoye d'elle au giste retenu,
Or est mon cuer rentr en double peine.          10

[Note XLII:--1, 6, 10 _A_ entrez en d. p.--4 _A_ a m. d.--5 _B_
J. p. et s.--9 _A_ J'e. au g. d'e. r.]


XLIII

H lune! trop luis longuement,
Par toy pers les biens doulcereux
Qu'Amours donne aux vrais amoureux.      3

Ta clart nuit trop durement
A mon cuer qui est desireux,
H lune! trop luis longuement.           6

Car tu fais le decevrement
De moy et du doulz savoureux;
Nous ne t'en savons gr touz deux,
H lune! trop luis longuement.           10

[Note XLIII:--4 _B_ Ta c. luist t. d.--8 _B_ Et nous tiens tous
deux langoureux.]


XLIV

Amis, ne vous desconfortez,
Car je seray en vostre aye,
Et, fusse enclose en abbaye,      3

Ne seray du mal que portez
Conforter lente n'esbahie.
Amis, ne vous desconfortez.       6

Toudis environ moy hentez
Et ne doubtez nulle envae,
Et se je suis pour vous hae,
Amis, ne vous desconfortez.       10

[Note XLIV:--8 _B_ Ne ne d.--9 _B_ par v. h.]


XLV

Souffise vous bel accueil,
Sire, trop me requerez,
Tout perdrez se tout querez.      3

Plus donner je ne vous vueil
A present, mais esperez,
Souffise vous bel accueil.        6

Toudis plus que je ne sueil
Vous donne, et plus acquerez
Et tant plus me surquerez,
Souffise vous bel accueil.        10

[Note XLV:--2 _A_ Trop de choses r.--4. _A_ _B_ Car p. d. ne v.
v.--4 _A_ je ne v. quier.--7 _A_ Mieulx vous fais q.--_B_ Et t. p.
q. ne s.--8 _A_ Mais tant p. y a.--9 _A_ Et t. p. me requerez--_B_
Et de t. p. me querez.]


XLVI

Se souvent vais au moustier,
C'est tout pour veoir la belle
Fresche com rose nouvelle.         3

D'en parler n'est nul mestier,
Pour quoy fait on tel nouvelle
Se souvent vais au moustier?       6

Il n'est voye ne sentier
Ou je voise que pour elle;
Folz est qui fol m'en appelle
Se souvent vais au moustier.       10

[Note XLVI:--2 _A_ p. veir.]


XLVII

Combien qu'ads ne vous voie,
      Simple et coye
    Ou est ma joye,
Que j'aim et serfs loiaument,
Ne pourroie nullement,
Vivre se je vous perdoie.          6

Car sanz vous je ne pourroie
      Ne saroie
    Ne vouldroie
Vivre un jour tant seulement,
Combien qu'ads ne vous voie.      11

Et si sachiez toutevoie
      Que j'emploie,
    Ou que je soye,
En vous tout mon pensement;
Car il n'est avancement
Qui me venist d'autre voie,
Combien qu'ads ne vous voie.      18

[Note XLVII:--5 _B_ Ne p. longuement--8 _Manque dans A_--9 _Sic
dans tous les mss., Corr._ (Ne) ne v.]


XLVIII

Comme surpris
Et entrepris
De vostre amour,
Je me rens pris
En vo pourpris,
Dame d'onnour.      6

Si ne mespris
Quant j'entrepris
Si haulte honnour
Comme surpris.      10

Mais en despris
Ne m'ait le pris
De vo valour;
Car j'ay apris
Les biens compris
En vo doulour
Comme surpris.      17

[Note XLVIII:--9 _A_ Si hault h.]


XLIX

Vous en pourriez exillier
      Un millier
Des amans par vo doulz oeil,
      Plains d'esveil,               4

Qui ont fait maint fretillier
      Et veillier.
Je m'en sens plus que ne sueil
      Et m'en dueil.                 8

Belle, qui bien traveillier
      Et pillier
Savez cuers a vostre vueil,
      En recueil
Vous en pourriez exillier.           13

Mais bien savez pou baillier
      Et taillier
Moins de joye et plus de dueil
      Sur le sueil,                  17
Pour musars entortillier,
      Conseillier,
Par vostre attraiant acueil
      Sans orgueil
Vous en pourriez exillier.           22

[Note XLIX:--4 _A_ Sanz orgueil--_7 et 8 manquent dans A et
B_--11 _A_ S. c. a vo doulz vueil--_12 manque dans A et B_--14 _A_
_B_ Et--17 _A_ En recueil--20 et 21 _vers effacs dans A_--21 _B_ En
requeil.]


L

Pour attraire
Vostre amour,
Et moy traire
De doulour             4
Me vueil traire
Vers vous, flour,
Sanz retraire
Nuit ne jour.          8

Ne doy taire
Ma langour,
Mais retraire
Sanz rigour
Pour attraire.         13

Exemplaire
De valour,
Pour vous plaire
Tant labour,           17
Je vueil faire
Par honnour
Et pourtraire
Vo doulour
Pour attraire.         22

[Note L:--17 _B_ Tout l.]


LI

Amis, venez encore nuit,
Je vous ay aultre fois dit l'eure.      2

Pour en joye estre a no deduit,
Amis, venez encore nuit.                4

Car ce qui nous empesche et nuit
N'y est pas, pour ce, sanz demeure,
Amis, venez encore nuit.                7

[Note LI:--3 _B_ Et pour mener nostre d.]


LII

Il me tarde que lundi viengne,
Car mon ami doy veoir lors.             2
A fin qu'entre mes bras le tiengne
Il me tarde que lundi viengne.          4

Si lui pri qu'il lui en souviengne;
Car pour veoir son gentil corps
Il me tarde que lundi viengne.          7

[Note LII:--2 _A_ C. m. a. doit venir l.]


LIII

Cest anelet que j'ay ou doy
Mon doulz ami le m'a donn.       2

Souvent nous assemble toudoy
Cest anelet que j'ay ou doy.      4

Je l'aime bien, faire le doy;
Car pour ma joye est orden
Cest anelet que j'ay ou doy.      7


LIV

La cause de mon annuy
N'ose plaindre n'a nul dire.      2

Ne la diray demain n'uy
La cause de mon annuy.            4

Se je pleure a nul n'en nuy,
Et mourir me fera d'ire
La cause de mon annuy.            7

[Note LIV:--_Omis dans A_.]


LV

Dure chose est a soustenir
Quant cuer pleure et la bouche chante;      2

Et de faire dueil se tenir
Dure chose est a soustenir.                 4

Faire le fault qui maintenir
Veult honneur qui mesdisans hante,
Dure chose est a soustenir.                 7


LVI

Cil qui m'a mis en pense novelle
Et qui requiert que je le vueille amer
Me plaist sur tous, non obstant qu'afermer
Ne lui vueille m'amour, ainois lui celle.      4

Et si est il plus doulz qu'une pucelle,
Jeune, plaisant, bel, courtois, sanz amer
Cil qui m'a mis en pense novelle.              7

Mais de paour qu'estre en peust nouvelle
Je n'ose en lui du tout m'amour fermer,
Le retenir, ne mon ami clamer,
Si est il bien digne d'avoir plus belle
Cil qui m'a mis en pense novelle.              12

[Note LVI:--3 _A_ que fermer--6 _B_ J. p. doulz--9 _A_ m'a. du
t.--10 _B_ Ne r.--11 _A_ d'amer p. b.]


LVII

Vostre doulour mon cuer attrait,
Je ne vous vueil plus reffuser;
Doulz ami, que vault le muser
Quant par voz yeulx Amours me trait?       4

Si vous vueil amer sanz retrait
A tousjours mais, car sanz ruser
Vostre doulour mon cuer attrait.          7

Or soiez tout mien, sanz faulx trait,
Ainsi pourrons noz jours user
En grant doulour, sanz mal user;
Car par vostre plaisant attrait
Vostre doulour mon cuer attrait.          12

[Note LVII:--3 _A_ le ruser--4 _A_ p. vous y.]


LVIII

Se d'ami je suis servie,
Craintte, obee et ame,
Je ne doy estre blasme
D'avoir entrepris tel vie.      4

Ne me suis pas asservie,
Ainois suis dame clame
Se d'ami je suis servie.        7

Car de tous biens assouvie
Seray par sa renomme;
Si n'en seray ja clame
Fole, se n'est par envie,
Se d'ami je suis servie.        12

[Note LVIII:--9 _B_ Je suis p. sa r.]


LIX

Chiere dame, plaise vous ottroier
Ce que vous ay humblement suppli.            2

Sanz que d'aultre vous en face proier,
Chiere dame, plaise vous ottroier.            4

Mon cuer, mon corps, quanque j'ay en loier,
Tout je vous offre, et pour moy faire li,
Chiere dame, plaise vous ottroier.            7

[Note LIX:--_Omis dans B_.]


LX

Vous n'y pouez, la place est prise,
Sire, vous perdez vostre peine:
De moy prier c'est chose vaine,
Car un bel et bon m'a acquise.                   4

Et c'est droit qu'un seul me souffise,
Plus n'en vueil, folz est qui s'en peine;
Vous n'y pouez, la place est prise.              7

Toute m'amour ay en lui mise
Et l'ameray d'amour certaine,
Mais ne m'en tenez a villaine;
Car je vous di qu'en nulle guise
Vous n'y pouez, la place est prise.              12

[Note LX:--4 _B_ C. un seul m'a du tout a.--5 et 6 _B_:

Toute m'amour ay ailleurs mise,
J'ayme un autre d'amour certaine

8 et 9 _B_:

C'est raison qu'un seul me souffise,
Plus n'en vueil, folz est qui s'en paine

9 _A_ Et l'aimeray.]


LXI

S'il vous souffist, il me doit bien souffire;
Mais quant a moy mieulx voulsisse autrement;
Car je voy bien qu'il ne vous chault grandment
De moy veoir; or, de par dieu, beau sire,          4

Passer m'en fault, combien que j'en souspire;
Mais puis qu'amer voulez si faittement
S'il vous souffist, il me doit bien souffire.      7

Car n'est pas drois que dame plus desire
Que son ami n'aime plus loiaument,
Puis qu'ainsi va, je vous di plainement
Que j'en feray comme vous: a tout dire,
S'il vous souffist, il me doit bien souffire.      12

[Note LXI:--8 _A_ Q. s. a. m'a.--_B_ p. ardamment--11 _B_ Q. je
f.]


LXII

Source de plour, riviere de tristece,
Flun de doulour, mer d'amertume pleine
M'avironnent et noyent en grant peine
Mon pauvre cuer qui trop sent de destresce.      4

Si m'affondent et plungent en asprece;
Car parmi moy cuerent plus fort que Saine
Source de plour, riviere de tristece.            7

Et leurs grans floz cheent a grant largece,
Si com le vent de Fortune les meine,
Tous dessus moy, dont si bas suis qu'a peine
Releveray, tant durement m'oppresse
Source de plour, riviere de tristece.            12

[Note LXII:--_Omis dans B_.]


LXIII

Bel et doulz et gracieux,
Jeune, courtois, sanz amer,
Qui avez mis en amer
Vostre cuer pour valoir mieulx.       4

Vray, loial soiez et tieulx
Qu'on vous puist partout clamer
Bel et doulz et gracieux.             7

Et, ainois que soiez vieulx,
Faites vous tant renommer
Qu'on vous puist partout nommer
Bon, vaillant, et en tous lieux
Bel et doulz et gracieux.             12

[Note LXIII:--_Omis dans B_.]


LXIV

Pour quoi m'avez vous ce fait,
Trs bel, ou n'a que redire?
Et si savez mon martire
N'oncques ne vous fis meffait.      4

Et parti estes de fait,
Sanz moy daigner a Dieu dire;
Pour quoy m'avez vous ce fait?      7

Au dieu d'amours du tort fait
Me plaindray disant: Dieux Sire,
Ami m'avez fait eslire,
Dont me vient si dur effait,
Pour quoy m'avez vous ce fait?      12

[Note LXIV:--_Omis dans B_.]


LXV

S'ainsi me dure
Ne puis durer.      2

Je muir d'ardure,
S'ainsi me dure.    4

Doulour ay dure
A endurer
S'ainsi me dure.    7


LXVI

Amoureux oeil,
Plaisant archier.      2

De toy me dueil,
Amoureux oeil.         4

Car ton accueil
Me vens trop chier,
Amoureux oeil.         7

LXVII

Ma dame
Secours,      2

Par m'ame,
Ma dame.      4

J'enflame
D'amours,
Ma dame.      7


LXVIII

Je vois
Jouer.      2

Au bois
Je vois.    4

Pour nois
Trouver
Je vois.    7


LXIX

Dieux
Est.        2

Quieux?
Dieux.      4

Tieulx
Plaist
Dieux.      7

[Note LXIX:--_omis dans A_.]

EXPLICIT RONDEAULX.




JEUX A VENDRE


1

Je vous vens la passerose.
--Belle, dire ne vous ose
Comment Amours vers vous me tire,
Si l'apercevez tout sanz dire.      4


2

Je vous vens la fueille tremblant.
--Maint faulx amans, par leur semblant,
Font grant menonge sembler voire,
Si ne doit on mie tout croire.          4


3

Je vous vens la paternostre.
--Vous scavez bien que je suis vostre,
Ne oncques a autre ne fus,
Si ne faittes de moy reffus,
Belle que j'aim, mais sanz demour
Me vueilliez donner vostre amour.      6

[Note 3:--5 _B_ et s. d.]


4

Je vous vens le papegay.
--Vous estes bel et bon et gay,
Sire, et en tous cas bien apris;
Mais oncques a amer n'appris,
Encore n'y saroie aprendre
N'a amer par amours me prendre.      6

[Note 4:--4 _A_ Ne o.--5 _B_ E. ne s.]


5

Je vous vens la fleur de mellier.
--Sire joly chevalier,
Telle pour vous souvent souspire
Qui vous aime et ne l'ose dire.      4


6

Je vous vens l'esparvier apris.
--Bien vouldroie estre de tel pris,
Qu'aucune damoiselle ou dame
Me daignast amer, car, par m'ame,
A mon pouoir la serviroie
Tant que s'amour desserviroie.      6

[Note 6:--6 _B_ Si q.]


7

Je vous vens le vert muguet.
--Mesdisans sont en agait,
Amis, pour nous agaitier;
Si querez autre sentier
Quant vers moy venir devrez
Et l'eure sonner orrez.           6

[Note 7:--3 _A_ Doulx a. p.]


8

Du dieu d'amours vous vens le dart
Qui m'a navr par le regart
De voz beaulx yeulx, dame jolie,
Qui a vous amer si me lie
Que j'en seray a mort livr
Se par vous ne suis delivr.           6

[Note 8:--6 _B_ Se p. v. n'en s. d.]


9

Du pr d'Amours vous vens l'usage.
--Pas n'apert a vostre visage
Que vous soiez d'amours malade;
Car la maladie est moult sade
Dont le visage en riens n'empire,
Mais tel n'a nul mal qui souspire.      6


10

Je vous vens la fleur de lis.
--Vray amant doit estre jolis,
Sage, courtois et bien apris,
Amer honneur, armes et pris,
Loial, secret et sanz amer,
Qui tel l'a bien le doit amer.      6


[Note 10:--5 _A_ S. l et s. a.--6 _A_ b. la d. a.]


11

Je vous vens du rosier la fueille.
--Je pri au dieu d'amours qu'il vueille
Briefment m'ottroier tant de grace
Qu'acquerir puisse vostre grace.          4

[Note 11:--3 de _manque dans A_.]


12

Je vous vens la turterelle.
--Seulete et toute a par elle
Sanz per s'envole esgare,
Ainsi suis je demoure,
Dont jamais je n'aray joye
Pour nulle chose que j'oye.           6


13

Je vous vens le cerf voulant.
--De bien amer ne soiez lent,
Amis, car vous avez amie
Qui talent d'autre amer n'a mie;
Si lui soiez vrais et entiers,
Car elle vous aime sanz tiers.              6

[Note 13:--4 _A_ d'a. a. n'a envie.]


14

Je vous vens le chappel de Saulx.
--S'Amours vous prent par ses assaulx,
Dame jolie et gracieuse,
Ne soiez nul jour envieuse
De voz loiaulx amours fausser,
Pour abaissier ne pour haulcer.
Se vous estes dame clame
De vostre ami et bien ame,
Tenez vous y; j'ay ou dire
Que qui plus change plus s'empire.         10

[Note 14:--10 _B omet_ s'.]


15

Je vous vens la harpe et la lire.
--Vraie amour si m'a fait eslire
Vous seule pour dame et maistresse,
Belle, or me mettez en l'adrece
De joye avoir, et a mon dit
Vous accordez sanz contredit.             6

[Note 15:--6 _B_ V. a. s. escondit.]


16

  Je vous vens les gans de laine.
  --Je seroie trop villaine
  Se vostre amour reffusoie;
  Car volentiers si j'osoie
Seroit en vous m'amour ferme
Par si que de vous fusse ame,
Car vous estes digne d'avoir
D'Heleine le corps et l'avoir.             8

[Note 16:--8 _B_ De H.]


17

Je vous vens la fleur de parvanche.
--N'aiez pas le cuer en la manche,
Amans de bonne volent,
Hardiement joye et sant
Requerez, mais loiaulz soiez
En quelque lieu que vous soiez,
Car se fausset en vous maint
Des biens d'amours y perdrez maint.              8

[Note 17:--8 _A_ y _manque_.]


18

Je vous vens la rose amatie.
--Vous avez vostre foi mentie
Vers Amours, dont vous valez mains,
De telz tours savez faire mains,
Si se fait bon des gens retraire
Qui sont a loiault contraire.          6

[Note 18:--5 _A_ de gent r.]


19

Je vous vens le pont qui se haulce.
--Dieux! que vous semblez estre faulse,
Bien savoir conter et rabatre,
Et a maint l'eaue faire batre,
Et faire en vain cornars veillier
Et pour neant eulx traveillier,
Monstrer semblant de fort amer,
Sanz en sentir ne doulz n'amer.        8


20

Je vous vens le panier d'ozier.
--On ne doit amer ne proisier
Homme qui de femme mesdie,
Ne le croire de riens qu'il die;
Si estes de ce renomm
Dont vous en estes moins am.           6


21

Je vous vens l'oisellet en cage.
--Se vous estes faulx c'est dommage,
Car vous estes et bel et doulz,
Si n'aiez telle tache en vous
Et digne serez d'estre am,
Bel et bon et bien renomm.      6

[Note 21:--6 _B_ Bel et bien r.]


22

Je vous vens le vers chapellet.
--Nul amant ne peut estre let,
Mais que ses taches soient bonnes,
De loiault suive les bonnes,
Si sera digne que l'en l'aime
Et que sa dame ami le claime.      6


23

Je vous vens la clere fontaine.
--Je voy bien que je pers ma peine,
Dame, de tant vous requerir;
Puis que riens n'y puis acquerir;
Qu'oncques vous vy l'eure maudi,
Je m'en vois et a Dieu vous di.      6


24

Je vous vens le chappel de soie.
--Cuidiez vous qu'a pourveoir soie
D'ami plaisant, jeune et joly,
Qui de bon cuer m'aime et je li?
Nanil voir; si pert bien sa peine
Qui de m'amour avoir se peine.      6

[Note 24:--3 _B_ D'a. gentil j. et j.]


25

Je vous vens le cuer du lion.
--Vostre cuer et le mien lion
A tousjours, mais sanz deslier,
Et pour nostre amour alier
Par vray serment le promettons
Et corps et avoir y mettons.      6


26

Je vous vens la couldre qui ploie.
--En bien amer mon cuer emploie;
Je ne say se je suis ame,
Mais je ne doy estre blasme
D'avoir mon cuer a cil donn
Qui sur tous est bien renomm.      6


27

Je vous vens l'anelet d'or fin.
--Je pri a Dieu que male fin
Puissent tous ces mesdisans faire,
Qui se meslent d'autrui affaire;
Souvent esveilient jalousie,
Qui met pluseurs en frenesie.      6

[Note 27:--6 _B_ Q. p. m.]


28

D'un esparvier vous vens la longe.
--Quant un amant plein de menonge
Est et souvent parjur trouv,
D'Amours doit estre reprouv;
Car amant ne doit a sa dame
Mentir ne pour loz ne pour blasme.              6

[Note 28:--6 _A B_ M. ne p. mort ne p. b.]


29

Je vous vens le coulomb ramage.
--On scet assez bien vostre usage,
Assez savez du bas vouler
En faingnant plaindre et flajoler,
Et en mains lieux querir sant,
Dient ceulz qui vous ont hent.             6


30

Je vous vens le songe amoureux,
Qui fait joyeux ou doulereux
Estre cellui qui l'a songi.
--Ma dame, le songe que j'
Fait anuit, ferez estre voir,
Se je puis vostre amour avoir.             6

[Note 30:--2 _A_ douloureux--5 _A_ faites e. v.]


31

Je vous vens l'aloe qui vole.
--Vostre gracieuse parole,
Et vostre doulz et bel semblant,
Doulz ami, va mon cuer emblant.
Si ne vous puis plus escondire,
Car vostre suis sanz contredire.              6

[Note 31:--2 _A_ gracieux.]


32

Je vous vens l'espe de guerre.
--Que venez vous cy entour querre,
Sire, qui si bien savez faindre
Le loial amant et vous plaindre;
Par vous sont maintes barguignes,
Blanches, brunes, ou bien pignes;
Si alez hors de no dongier
Ailleurs voz roisins vendengier.             8

[Note 32:--8 _A_ v. voisins v.]


33

Je vous vens la fleur d'acolie.
--Je suis en grant melancolie,
Amis, que ne m'aiez change;
Car vous m'avez trop estrange,
Dittes m'en le voir, sanz ruser,
Sanz plus me faire en vain muser.           6

[Note 33:--2 _B_ merencolie.]


34

Je vous vens la branche d'olive.
--Ou monde n'a femme qui vive
Que je vueille servir fors vous.
Si me retenez donc sur tous,
Belle plaisant de moy cherie,
Ne soiez vers moy rencherie.        6


35

Je vous vens la fleur d'ortie.
--Je suis d'amours bien sortie;
Car j'ay ami loial et bon,
A qui cuer, corps et amour don.     4

[Note 35:--2 _A_ b. partie.]


36

Je vous vens le chapel de bievre.
--Jalousie vault pis que fievre;
Si ne croiez riens qu'on vous die
Qui vous traye a tel maladie,
Se voulez amours maintenir,
Gaiement et li vous tenir.          6

[Note 36:--6 _B_ Lyement et gay v. t.]


37

Je vous vens la rose de may.
--Oncques en ma vie n'amay
Autant dame ne damoiselle
Que je fais vous, gente pucelle,
Si me retenez a ami,
Car tout avez le cuer de mi.          6

[Note 37:--4 _B_ Comme f.]


38

Je vous vens la fleur de ser.
--Je ne suis pas bien aser
Que j'aye vostre amour ou non
Pour tant se d'ami ay le nom;
Car partout vostre belle chiere,
Ce me semble, envers nul n'est fiere.      6

[Note 38:--6 _A_ n'e. chere.]


39

Je vous vens la violete.
--De joye mon cuer volete,
Quant je voy vostre doulz vis
Sur tous bel a mon avis.                 4


40

Je vous vens le blanc corbel.
--Vostre gracieux corps bel
Et vostre ris savoureux
Fait mon cuer estre amoureux.        4


41

Je vous vens l'aloue volant.
--De bien amer n'avez talent;
Mais vous savez bien decevoir,
Pluseurs ne l'ont pas assavoir.             4


42

Je vous vens le dyamant.
--Sachiez que j'ay bel amant,
N'il n'est homme soubz les cieulx
A mon gr plus gracieux.               4

[Note 42:--3 _A_ Il n'e.--_B_ N'il n'a h.--4
_B_ A. m. g. qui vaille mieulx.]


43

Je vous vens le tourret de nez.
--Gay et joli vous maintenez,
  S'estre voulez renomm
  Et des dames bien am.             4

[Note 43:--4 _A_ Et de d. b. a.--_B_ Des d. et b. a.]


44

Je vous vens la marjoleine.
--Je tiens la dame a vilaine,
Se amant mercy lui crie
Et humblement la deprie,
De repondre rudement
Et lui mettre a sus qu'il ment.      6

[Note 44:--3 _B_ Quant amy m. l. c.]


45

Je vous vens la fueille de houx.
--J'ay bel ami plaisant et doulx;
Dieu veuille qu'aussi bon soit il
Come il est bel, jeune et gentil.      4

[Note 45:--4 _A_ b. gent et g.]


46

Je vous vens la blonde tresce.
--Ma trs gracieuse maistresse,
Que j'aim et crain et servir vueil,
Trs belle, plaisant, sanz orgueil,
Comandez moy, je suis tout prest
A vous ober sanz arrest.              6


47

Je vous vens le souspir parfont,
Que mains faulz amans contrefont.
--Telz gens fierent sanz deffier,
Si ne s'i doit on pas fier,
Car tel a assez souspir
Qui n'est malade n'empir.             6


48

Je vous vens le blanc orillier.
--Assez ne me puis merveillier
Comment Amours peut endurer
Fausset si long temps durer
Qu'a peine qui veult esprouver
Puet on nullui loial trouver.      6


49

Je vous vens la voulant aronde.
--Dame, la plus belle du monde,
Pour Dieu, aiez de moy piti;
Car je muir pour vostre amiti.      4


50

Du blanc pain vous vens la mie.
--Pour Dieu, ne m'oubliez mie
Quant je seray loing de vous,
A Dieu vous di, mon cuer doulz.      4


51

Je vous vens la rose d'Artois.
--Amez honneur, soiez courtois,
Bien servez en toute saison,
Et des biens arez a foison.      4


52

Je vous vens la colombelle.
--Dame qui tant estes belle,
Ne vueilliez avoir en despris
Vostre ami pour vostre grant pris,
Mais prenez son service en gr,
Si le mettrez en hault degr.      6

[Note 52:--6 _B_ Si le mettez.]


53

Je vous vens le blanc cueuvrechief.
--Vostre amour met a grant meschief
Mon las cuer, qui toudis souspire
Pour vous, n'il n'est mal du sien pire.      4


54

Je vous vens de soye le laz.
--Oncques vray amant ne fut las
De bien amer pour escondit,
On dit communement un dit:
Que qui bien puet souffrir il vaint;
Et ainsi l'ont esprouv maint.               6

[Note 54:--5 _B_ Q. q. b. veult s.--6 _B_ Car.]


55

Je vous vens l'anelet d'argent.
--Vostre doulz gracieux corps gent,
Voz ris, voz yeulx, vo doulz chanter
Feroit les mors ressuciter;
Ne je ne suis pas souvenant
Qu'oncques veisse plus avenant.              6

[Note 55:--2 doulz _manque dans A et B_--3 _A_
v. r. v. gieux.]


56

Je vous vens la fleur de glay.
--Chantons, danons, menons bon glay,
En despit de mesdisans
Qui aux amans sont nuisans.               4

[Note 56:--1 _B_ Je v. v. la fueille de g.--4 _B_
Q. s. a. a. n.]


57

Je vous vens la perle fine.
--Se par vous ma doulour ne fine,
Ma dame trs affine,
Vous fustes pour ma fin ne;              4
Car Amours m'a si affin
Que tost me verrez deffin;
Mais mieulx vueil ma vie finer
Que d'ainsi languir ne finer.             8

[Note 57:--2 _A_ Se p. v. mon mal ne f.]


58

Je ne vens ne donne les yeulz
Beaulz et plaisans, doulz, gracieux,
De vo beau vis, qui m'ont attrait,
Doulce dame, par leur doulz trait,
Ainois les retiens pour ma part;
Car par eulx tout mal de moy part.        6

[Note 58:--4 _B_ p. vo d. t.--5 _B_ de ma p.]


59

Chascun vous vent, mais je vous veuil donner
Mon cuer, mon corps, et vous abandoner
Tout quanque j'ay, si n'en faites reffus,
Trs belle a qui suis et seray et fus.              4

[Note 59:--1 _A_ vous donne--2 _A_ v. abandonne--et
_manque dans B_.]


60

Je vous vens la fleur de peschier.
--Je ne vous vueil mie empeschier;
Parler voulez secretement?
Je m'en vois, a Dieu vous command.      4


61

Je vous vens du rosier la branche.
--Oncques neige ne fu plus blanche,
Ne rose en may plus couloure
Qu'est la beaut fine esmere
De celle en qui entierement
Me suis donn tout ligement.           6


62

Je vous vens d'Amours la prison.
--S'oncques vers vous fis mesprison,
Pour Dieu, prenez moy a mercy,
Ma dame, je vous cry mercy,
Et je suis tout prest d'amender
Ce qu'il vous plaira commander.      6


63

Je vous vens la rose vermeille.
--Amours me comande et conseille
Que je face de vous ma dame,
Dites moy, belle, par vostre ame,
Pourray je vostre amour avoir
Se je fais vers vous mon devoir?      6

[Note 63:--_5 et 6 intervertis dans B_.]


64

Je vous vens plein panier de flours.
--On ne doit marchander d'amours,
On doit servir a l'aventure;
S'ainsi faites par aventure,
Des biens d'Amours arez assez,
Se vous n'estes d'amer lassez.           6


65

Je vous vens la feuille de tremble.
--De paour tout le cuer me tremble,
Que pour moy ne soiez blasme,
Ma belle dame trs ame;                 4
Et, se vers vous je n'ose aler
Pour la doubtance du parler
De ceulz qui nous ont encus,
Si m'en tenez pour excus.               8

[Note 65:--3 _A_ vous s. b.]


66

Le Saphir vous vens d'Orient.
--Ce que je vous di en riant;
Que mon cuer a vous amer muse,
Ne le tenez pour tant a ruse;
Car je le vous di tout acertes,
Et vous aime plus que rien certes.      6


67

Flours vous vens de toutes couleurs.
--Je suis gary de mes douleurs,
Quant vous me faittes bonne chiere,
Ma gracieuse dame chiere;
Mais quant vers moy estes yre
La mort est de moy desire.              6

[Note 67:--5 _A_ q. e. v. m. y.]


68

Je vous vens le levrier courant.
--Pour vostre amour me vois morant;
Ce pouez vous veoir a l'ueil,
Et piti n'en avez ne dueil.             4


69

Je vous vens la fleur mipartie.
--Sommes nous a la departie
De noz amours, beau doulz ami?
S'il est ainsi ce poise mi,
Car je ne l'ay pas desservi;
Doulent suis quant oncques vous vi.       6

[Note 69:--6 _B_ Ce poise moy qu'oncques v. v.]


70

Je vous vens l'escrinet tout plein.
--Mon nom y trouverez a plain
Et de cil qu'oncques plus amay,
Par qui j'ay souffert maint esmay,
Se vous y querez proprement;
Or regardez mon se je ment.                6

[Note 70:--_On trouve dans_ escrinet _les anagrammes de_
Crestine _et de_ Estien. _Rubrique B_ Ci fenissent gieux a v.]

EXPLICIT JEUX A VENDRE.




AUTRES BALADES

CY COMMENCENT PLUSEURS BALADES DE DIVERS PROPOS


I

Assez acquiert tresor et seigneurie,
Trs noble avoir et grant richece amasse,
Qui par bont, qui nul temps n'est perie,
Acquiert honneur, bon renom, loz et grace.        4
Car ou monde n'est chose qui ne passe
Fors que bienfait, tout ne vault une miche
Autre tresor ne chose que l'en brace;
Car qui est bon doit estre appell riche.         8

Et bont faitte est haultement merie,
Car Dieu le rend, et qui le bien porchace
Acquiert honnour, soit en chevalerie
Ou aultre estat, qui des bons suit la trace.      12
Loz doit avoir sur tous en toute place
Qui es vertus du tout son cuer affiche;
Tel tresor a que fortune n'efface;
Car qui est bon doit estre appell riche.         16

Ne l'en ne doit une pomme pourrie
Riche mauvais prisier, quoy qu'il embrace,
Ne lui louer; car c'est grant desverie
De loz donner a mauvais, quoy qu'il face;         20
Mais au vaillant, qui a tout honneur chace,
Apartient loz, s'il n'est aver ne chiche,
Des biens qu'il a soit large en deue place;
Car qui est bon doit estre appell riche.         24

Princes vaillans et de gentil attrace,
Ne souffrez pas vaillantise estre en friche;
Poursuivez la, ne vous chaut d'or en masse;
Car qui est bon doit estre appell riche.         28

[Note I:--4 _A_ conqueste h.--6 _A_ F. qui b.--9 _B_ Et b. est
si h.--10 _B_ Que D.--22 _A_ si n'e.--23 _A_ D. b. q. a dont grant
tresor on masse--_B_ ou g. t. amasse--27 _B_ a masse.]


II

[_Eloge de Charles d'Albret._]

Or est Brutus ressuscit,
De qui Bretaigne fu nomme,
Et qui de Romme la cit
Fu consule, et qui mainte arme
Fist en son temps, et tant fu sage,      5
Preux, vaillant et plein de bernage,
Qu'a tousjours renom en remaint,
Et tant fu aprs sa mort plaint;
Charitable le fist Dieux naistre
Si com tous vaillans doivent estre.      10

De cil Brutus est recit
Maint hault bien par grant renomme;
Les dames en adversit
Confortoit, ne par lui blasme
Ne feust de fait ne de langage           15
Femme; ainois qui feist oultrage
Aux dames, par lui fust estaint
Le meffait et le bien attaint;
Leur champion fut en tout estre,
Si com tous vaillans doivent estre.      20

Or l'ensieult par grant charit
Charles d'Alebret, qui ame
A la voie de verit,
Dont ja partout est voix semme
De lui et de son vacelage,               25
Pour dames garder de dommage;
Se de tort nulle se complaint,
Veult estre, sanz avoir cuer faint,
Leur deffension et main destre,
Si com tous vaillans doivent estre.      30

Au bon Brutus de hault parage
Retrait Charles, car d'un lignage
Descendirent, ce scevent maint,
C'est des Troyens qui furent craint;
Pour ce ensuivant est son ancestre
Si com tous vaillans doivent estre.      36

[Note II:--_La 3e ballade dans B_--2 _A_ Du quel--3 _B_ Qui
puis--8 _B_ Qui--12 _B_ M. beau fait--27 _B_ Se de t. aucune se
plaint--35 _A_ P. ce est suivant s. a.]


III

(_A Charles d'Albret_.)

Bon chevalier, ou tous biens sont compris,
Noble, vaillant et de royal lignage,
Qui par valeur avez armes empris,
Dont vous portez la dame en verde targe           4
Pour demonstrer que de hardi visage
Vous vous voulez pour les dames tenir
Contre ceulz qui leur porteront dommage,
Et Dieux vous doint leur bon droit soustenir!     8

Dieux et piti vous ont tout ce apris
Et la valeur de vo noble courage,
Et certes moult en croistra vostre pris,
Et paradis arez a heritage.                       12
Car aux dames pluseurs font maint oultrage,
C'est aumosne de leur droit maintenir;
Si le ferez comme vaillant et sage,
Et Dieux vous doint leur bon droit soustenir!     16

Or ay espoir que ceulx qui ont mespris
Vers les dames de fait et de langage
Si se rendront comme las et despris;
D'or en avant n'aront pas l'avantage,             20
Confus seront par vostre vacellage.
A tel baron doit bien apartenir
Que des dames soit am par usage,
Et Dieux vous doint leur bon droit soustenir!     24

Mon redoubt seigneur, soubz vostre hommage,
Je vous suppli, me vueilliez retenir,
Car les vesves garderez de servage,
Et Dieux vous doint leur bon droit soustenir!     28

[Note III:--_La 2e dans B_--2 _B_ de loyal l.--17 _A_ Or ay je
e.--_B_ Or e.--27 _A_ de dommage--_B_ de vesvage.]


IV

A vous les chevaliers aux dames,
Humble recommendacion
De par moy la mendre des femmes,
Priant Dieu que l'affection,                  4
Qu'avez en bonne entencion
De vouloir garder le droit d'elles,
Vous doint mettre a perfection
Et honneur en toutes querelles.               8

Car le sauvement de voz ames
Ferez, et sera mencion
A tousjours de voz belles armes;
De revenchier l'extorcion                     12
Et d'estre la deffension
De femmes vesves et pucelles;
Si en arez salvacion
Et honneur en toutes querelles.               16

Or vient le temps que, les diffames
Et la grant murmuracion
Que maint dient d'elles, et blasmes,
Sanz avoir nulle occasion,                    20
Yert par vous a destruction.
Si prieront les damoiselles
Que Dieux vous doint remission
Et honneur en toutes querelles.               24

Priez Dieu par devocion
Pour les bons, toutes jovencelles,
Qui ont noble condicion
Et honneur en toutes querelles.               28

[Note IV:--11 _B_ nobles a.--19 _A_ et les b.--26 _B_ P. l. b.
dames et ancelles.]


V

Les biens mondains et tous leurs accessoires
Chascun voit bien qu'ilz sont vains et fallibles,
Si sommes folz quant pour les transitoires
Choses, laissons les joyes infallibles                4
Que Dieux donne aux innocens paisibles
Qui n'ont nul soing de tresor acquerir;
Mais pour prisier pou choses corruptibles
Avisons nous qu'il nous convient morir.               8

Qu'est il des grans, dont on lit es hystoires,
Qui porterent les fais griefz et penibles
Pour avoir loz, grans honneurs et vittoires?
Ne sont ilz mors et a noz yeulx visibles?             12
Ne veons nous, soient choses sensibles
Ou non, faillir toute riens? fault porrir;
Si n'ayons foy en choses impossibles,
Avisons nous qu'il nous convient morir.               16

Et pour les biens qui ne valent deux poires
Pour nous sauver, ains souvent sont nuisibles,
Ne perdons Dieu, disans choses non voires,
Pour accomplir pechiez laiz et orribles               20
Et pour deliz vains, laiz et non loisibles;
Car Dieu scet tout: on ne lui puet couvrir;
Pour eschiver ses vengences terribles
Avisons nous qu'il nous convient morir.               24

Princes et clers d'entendemens sensibles,
Ne vueillons pas par noz meffais perir,
A nous sauver soions tous entendibles,
Avisons nous qu'il nous convient morir.               28

[Note V:--2 _B_ q. s. fains et f.--10 _A_ grans et p.--22 _B_ C.
D. t. s.--23 _B_ Et p. four--26 _B_ pour n. m.]


VI

Helas! ou donc trouveront reconfort
Pouvres vesves, de leurs biens despoilles,
Puis qu'en France qui sieult estre le port
De leur salut, et ou les exilles                4
Seulent four et les desconseilles,
  Mais or n'i ont plus amisti?
Les nobles gens n'en ont nulle piti,
Aussi n'ont clers li greigneur ne li mendr,
Ne les princes ne les daignent entendre.         9

Des chevaliers n'ont elles nesun port,
Par les prelaz ne sont bien conseilles,
Ne les juges ne les gardent de tort,
Des officiers n'aroient deux mailles            13
De bon respons; des poissans traveilles
  Sont en maint cas, n'a la moiti
Devers les grans n'aroient exploiti
Jamais nul jour, alleurs ont a entendre,
Ne les princes ne les daignent entendre.         18

Ou pourront mais fur, puis que ressort
N'ont en France, la ou leur sont bailles
Esperences vaines, conseil de mort,
Voies d'Enfer leur sont appareilles,            22
S'elles veulent croire voies broulles
  Et faulz consaulx, ou apointi
N'est de leur fait, nul n'ont si acointi
Qui leur aide sanz a aucun mal tendre,
Ne les princes ne les daignent entendre.         27

Bons et vaillans, or soient esveillies
Voz grans bontez, ou vesves sont tailles
  D'avoir mains maulz de cuer haiti;            30
Secourez les et croiez mon ditti,
Car nul ne voy qui vers elles soit tendre,
Ne les princes ne les daignent entendre.         33

[Note VI:--5 _A_ Veulent f.--6 _B_ Or n'i o. mais a.--17 _B_ a.
n'ont a--23 _A_ v. bourilles--27 _B_ ne les veulent e.--32 _B_ C. je
ne v. nul q. leur ait cuer t.]


VII

Se de Pallas me pesse accointier
Joye et tout bien ne me fauldroit jamais;
Car par elle je seroie ou sentier
De reconfort, et de porter le fais
Que Fortune a pour moy trop chargier fais;          5
  Mais foible suis pour soustenir
Si grant faissel, s'elle ne vient tenir
De l'autre part, par son poissant effort
Pour moy aidier, Dieu m'i doint avenir,
Car de Juno n'ay je nul reconfort.                  10

Pallas, Juno, Venus vouldrent plaidier
Devant Paris jadis de leurs tors fais,
Dont chascune disoit qu'a son cuidier
Plus belle estoit, et plus estoit parfais
Ses grans pouoirs que de l'autre en tous fais;      15
  Sus Paris s'en vouldrent tenir,
Qui lors jugia que l'en devoit tenir
A plus belle Venus et a plus fort,
Si dist: Dame, vous vueil je detenir,
Car de Juno n'ay je nul reconfort.                 20

Pour la pomme d'or lui vint puis aidier
Vers Heleine Venus, mors et deffais
En fu aprs; si n'ay d'elle mestier,
Mais de joye seroit mon cuer reffais,
Se la vaillant Pallas, par qui meffais              25
  Sont delaissi et retenir
Fait tous les biens, me daignoit retenir
Pour sa serve: plus ne devroie au fort
Ja desirer pour a grant bien venir,
Car de Juno n'ay je nul reconfort.                  30

Ces trois poissans deesses maintenir
Font le monde, non obstant leur descort;
Mais de Pallas me doint Dieux sovenir,
Car de Juno n'ay je nul reconfort.                  34

[Note VII:--14 _B_ et e. p.--23 _B_ En fu depuis--33 _B_ M. D. me
d. de P. s.]


VIII

Dieux! on se plaint trop durement
De ces marys, trop oy mesdire
D'eux, et qu'ilz sont communement
Jaloux, rechignez et pleins d'yre.       4
Mais ce ne puis je mie dire,
Car j'ay mary tout a mon vueil,
Bel et bon, et, sanz moy desdire,
Il veult trestout quanque je vueil.      8

Il ne veult fors esbatement
Et me tance quant je souspire,
Et bien lui plaist, s'il ne me ment,
Qu'ami aye pour moy deduire,             12
S'aultre que lui je vueil eslire;
De riens que je face il n'a dueil,
Tout lui plaist, sanz moy contredire,
Il veult trestout quanque je vueil.      16

Si doy bien vivre liement;
Car tel mary me doit souffire
Qui en tout mon gouvernement
Nulle riens ne treuve a redire,          20
Et quant vers mon ami me tire
Et je lui monstre bel accueil,
Mon mary s'en rit, le doulz sire,
Il veult trestout quanque je vueil.      24

Dieu le me sauve, s'il n'empire,
Ce mary: il n'a nul pareil,
Car chanter, dancier vueil' ou rire,
Il veult trestout quanque je vueil.      28

[Note VIII:--_Omise dans B_.]


IX

Or sus, or sus, pensez de bien amer,
Vrais amoureux, et joye maintenir
Ce moys de may, et vuidiez tout amer
De voz doulz cuers, ne lui vueilliez tenir,      4
Soiez joyeux et liez sanz retenir
Nul fel penser, car resjour se doit
Tout vray amant par plaisant souvenir;
Amours le veult et la saison le doit.            8

Or y parra qui sara reclamer
Amours a droit pour a grant bien venir,
Faire beaulz ditz, soy pour amours armer,
Et ces beaulz cops a jouste soustenir,           12
Et le bon vueil sa dame retenir,
Tost ober, s'elle lui commandoit.
C'est le devoir, qui bon veult devenir;
Amours le veult et la saison le doit.            16

Si vous vueilliez es doulz biens affermer
Qui a tous bons doivent apertenir,
Rire, jouer, chanter, nul ne blasmer,
Et tristece toute de vous banir,                 20
Vestir de vert pour joye parfurnir,
A feste aler se dame le mandoit,
Vous tenir liez quoy qu'il doie avenir;
Amours le veult et la saison le doit.            24
Vrais fins amans, pour a joie avenir
Soiez jolis, car esperer on doit
En ce doulz temps a tout bien parvenir;
Amours le veult et la saison le doit.            28

[Note IX:--14 _B_ s'e. le c.]


X

Trs humblement, dames et damoiselles,
Me recommand a vostre gentillece,
Et de par moy sachiez, bonnes et belles,
Qu'Amours a fait crier de sa richece             4
Ce jour de May joye, et a grant largece
Roses et flours qu'yvers chieres vendoit,
Et que voz cuers vous teniez sanz tristece,
Amours le veult et la saison le doit.            8

Et doulz Deduit anonce ces nouvelles,
Et qu'il n'y ait nulle si grant maistresse
Qui a l'amant reffuse ses querelles,
Voire en honneur et en toute noblece,            12
Sanz que renom ne loiault on blece,
Car tort aroit se plus en demandoit;
Mais qu'ottroiez bel accueil en simplece,
Amours le veult et la saison le doit.            16

Et si commande aux jeunetes pucelles
Chapiaulx de flours dessus la blonde trece,
Jouer, dancer en prez sus fontenelles
Simpletement, de maintien en humblece;           20
Rire, chanter, fur dueil et destrece;
Car jeune cuer, se leece perdoit,
Il seroit mort, si l'aiez sanz parece,
Amours le veult et la saison le doit.            24

Belles plaisans dames de grant hautece,
Je vi Deduit qui grant oudeur rendoit
Et haultement crioit: Aiez leesce!
Amours le veult et la saison le doit.           28

[Note X:--2 _B_ a v. grant noblesce--3 _B_ Vueilliez savoir toutes
b. et b.--4 _B_ a grant largesce--5 _B_ Ce j. de M. baudour j. et
gayesse--12 _B_ et t. gentillesse--22 _B_ C. tout c. gay.]


XI

Haulte, poissant, trs loue Princece,
Bonne et belle, vaillant de tous nomme,
Pleine de sens, d'onneur et de noblece,
Et en maint lieux redoubte et ame,             4
Par le monde trs excellant clame,
Et parfaitte toute de corps et d'ame,
On ne pourroit vostre grant renomme
Assez louer, ma redoubte dame.                  8

Acomparer a Pallas la deesse,
Et a Juno qui tant est reclame,
Certes vous puis, pour vostre grant sagece;
Et pour la trs riche honneur afferme           12
Ou vous estes, ne jamais extime
Vostre valeur ne pourroit estre de ame
N'escripture, fust en prose ou rime,
Assez louer, ma redoubte dame.                  16

Semiramis ressemblez de largece
Qui fu si preux et tant est reclame,
Et de purt la trs belle Lucrece,
La rommaine de grant constance arme,            20
De loyault Hester la non blasme.
En touz estaz, plus que nulle autre femme,
On ne vous puet, tant estes bien forme,
Assez louer, ma redoubte dame.                  24

Trs excellent en grace conferme,
De vous partout cuert si trs noble fame
Qu'on ne vous puet, c'est bien chose informe,
Assez louer, ma redoubte dame.                  28

[Note XI:--2 _B_ trs renomme--4 _B_ En pluseurs l.--5 _B_ t.
parfaicte c.--11 _B_ par v. g. s.--18 _A_ Q. tant fu p.--_B_ Q. tant
fu p. dont grant voix est seme--27 _A_ Q. ne pourroit vous, c'e. c.
i.]


XII

Priez, dames et damoiselles,
Pour les bons chevaliers vaillans
Qui, pour soustenir voz querelles,
Mettent leurs corps et leurs vaillans:      4
Que ja Dieu ne leur soit faillans,
Ains leur doint honneur et victoire
Encontre tous leur assaillans,
Si qu'a tousjours en soit memoire.          8

Qui l'escu vert aux dames belles
Portent sanz estre deffaillans,
Pour demonstrer que l'onneur d'elles
Veulent, aux espes taillans,               12
Garder contre leur mauvueillans.
Si devez prier Dieu de gloire
Que priz et loz soient cueillans,
Si qu'a tousjours en soit memoire.          16

Du bon Torsay bonnes nouvelles
Avons, com preux et traveillans
Les armes Obissecourt, celles
Facent joye a ses bienvueillans;            20
Castelbayart qui est veillans
A poursuivre armes, chose est voire,
A honneur en soit hors saillans,
Si qu'a tousjours en soit memoire.          24

Or priez Dieu a yeulx moillans,
Qu'on die d'eulx si bonne hystoire,
Que chascun en soit merveillans,
Si qu'a tousjours en soit memoire.          28

[Note XII:--6 leur _omis dans B_--22 _A_ A p. et c. e. v.--28
_A_ Et q.]


XIII

Gentilz amans, faittes ce jugement,
Et, je vous pry, jugiez selon le voir:
Une dame retient entierement
Un pour ami, cuidant en lui avoir
Loial amant qui face son devoir                       5
D'elle servir, ainsi qu'il apertient;
Ce lui promet quant elle le retient,
Mais tost aprs le contraire aperoit.
S'un aultre aime, qui d'elle prs se tient,
Vous semble il que ce fausset soit?                  10

Quant le premier la voit negligemment,
Et si la puet assez souvent veoir,
Et par pluseurs foiz moult piteusement
Celle lui dist que moult a le cuer noir,
Dont elle voit lui en si pou chaloir;                 15
Mais riens n'y vault, trop pou de compte en tient
Et fierement vers elle se maintient,
Dont s'un autre qui mieulx l'aime reoipt
Quant elle voit qu'a cil si pou en tient,
Vous semble il que ce fausset soit?                  20

Et encor pis, car il dit plainement
Present elle, qu'il n'est pour nul avoir
Que il voulsist en femme nullement
Mettre son cuer pour peine en recepvoir,
Selon le dit peut le fait apparoir                    25
Qu'il ne l'aime, ne lui en souvient,
Et un autre vers elle se contient
Si loiaument, quelque l'escondit soit,
Qu'elle voit bien qu'il l'aime, si s'i tient,
Vous semble il que ce fausset soit?                  30

Amans, jugiez, quant un tel cas avient,
Se avoir doit congi, se il revient,
L'amant premier qui la dame deoipt,
Se par faulte de luy aultre y avient,
Vous semble il que ce fausset soit?                  35

[Note XIII:--2 _B_ Je v. supply, or en j. le v.--6 _B_ si com il
a.--7 _B_ Ainsi--11 _B_ Car--17 _B_ Et rudement--18 _B_ Et--23 _B_ v.
de f.--24 _B_ Soy assoter p.--32 _A_ se il remaint.]


XIV

Viegne Pallas, la deesse honnourable,
Moy conforter en ma dure destresce,
Ou mon anui et peine intollerable
Mettront a fin ma vie en grant asprece.          4
    Car Fortune me cuert sure
Qui tout mon bien destruit, rompt et deveure,
Et pou d'espoir me destraint jour et nuit;
Juno me het et meser me nuit.                   8

Ne je ne truis nul confort secourable
A mon meschief, ainois quant je me drece
Vers quelque part ou voye reparable
Deusse trouver, tout le rebours m'adrece,        12
    Et en vain peine et labeure;
Car Fortune despece tout en l'eure
Quanque j'ay fait, ou me plaise ou m'anuit;
Juno me het et meser me nuit.                   16

Et pour ce pri la haulte venerable
Fille de Dieu, Pallas qui tous radrece
Les desvoiez, qu'elle soit apparable
En mes pensers, comme vraie maistrece            20
    Me dottrine et me secueure;
Diane soit avec elle a toute heure,
Car de long temps me commence, yer n'anuit
Juno me het et meser me nuit.                   24

    Princes, ains que mort m'acueure,
Priez Pallas que pour mon bien accueure;
Car en tous cas, ou que j'aye reduit,
Juno me het et meser me nuit.                   28

[Note XIV:--4 _A_ M. ma v. a f.--_B_ Mettra a f. ma v. en g.
espresse--12 _A_ vers le r.--23 _B_ Ces deux m'aiment, mais non
obstant je cuit.]


XV

Mon cher Seigneur, vueilliez avoir piti
Du povre estat de vostre bonne amie,
Qui ne treuve nulle part amisti.
Pour Dieu mercy, si ne l'oubliez mie,         4
     Et souvenir
Il vous vueille de son fait, ou venir
Lui convendra a pouvret obscure,
Se Dieu et vous ne la prenez en cure.         8

Ne peut avoir, tant ait nul acointi,
Son las d'argent: charit endormie
Treuve en chascun, dont tout ne la moiti
N'en puet avoir, Fortune est s'anemie         12
     Qui survenir
Lui fait maint mal, si ne puet soustenir
Son povre estat ou elle met grant cure
Se Dieu et vous ne la prenez en cure.         16

Si vous plaise que par vous esploisti
Soit de son fait, car ja plus que demie
Est cheoite au bas, dont a cuer dehaiti
Souventes fois et de soussi blesmie,          20
     Dont si tenir
A memoire vueilliez et retenir
Son fait qu'a chief en soit ou trop endure
Se Dieu et vous ne la prenez en cure.         24

     Tost avenir
Puisse par vous et son fait parfurnir,
Mon chier Seigneur, car trop a peine dure
Se Dieu et vous ne la prenez en cure.         28

[Note XV:--9 _B_ Ne p. a. pour peine n'amisti--10 _B_ Ce qui est
sien--11 _B_ T. partout--15 _B_ S. foible e.--22 _A_ V. a m.--23 _A_
ou t. demeure--26 _B_ a s. f.]


XVI

(_A Charles d'Albret, conntable de France_.)

Noble vaillant, chevalier de grant pris,
Mon cher seigneur, de France connestable,
En qui prouesse et tous biens sont compris,
De Dieu am et au monde agreable,                    4
Loyal en foy, baron trs honnorable,
Je pri a Dieu et a la Vierge belle
Qu'il vous octroit joye et bien permanable
Ce premier jour que l'an se renouvelle.              8

Par bon renom qui queurt en tout pourpris
De vous, seigneur, de constance inmuable
Le mien cuer est de grant desir espris
De faire a vous plaisir, se si solvable              12
Estoie que de vous feust acceptable,
Mon chier seigneur, comme de vostre ancelle,
Si l'ait a gr vo bon cuer charitable
Ce premier jour que l'an se renouvelle.              16

Humble seigneur, si n'aiez en despris
Mon bon vouloir, tout soit il pou valable
Et pardonner me vueilliez se mespris
D'escrire a vous, personne si notable,               20
Je ay, moy femme ignorant non savable,
Mais voulentiers je diroye nouvelle
Qui resjoust vo bon cuer amiable
Ce premier jour que l'an se renouvelle.              24

Mon cher Seigneur puissant et redoutable,
Prenez en gr ma balade nouvelle,
Que Dieux vous doint tout soulaz delitable
Ce premier jour que l'an se renouvelle.              28

[Note XVI:--_Omise dans A_.]


XVII

Jadis Circes l'enchanteresse
Fist chevaliers devenir porcs;
Mais Ulixes par sa sagece
De ce meschief les gitta hors.            4
Mais je ne say se c'est droit sors
D'aucunes gens, dont j'ay grant yre,
Qui sont plus que pors vilz et ors,
N'on n'en pourroit assez mesdire.         8

Grans vanteurs sont et sanz proece,
Mais trs bien parez par dehors,
Orgueilleux pour leur gentillece,
Et tiennent bien aise leurs corps;        12
Mais en eulx a maint mal remors,
Et combien qu'on ne l'ose dire
A bien faire n'ont pas amors,
N'on n'en pourroit assez mesdire.         16

Il n'est nulle si grant maistrece,
Ne femme autre, soit droit ou tors,
Que leur fausse lengue ne blece
Leur bon renom; aise sont lors            20
Quant ilz en font mauvais rapors,
Qui s'i vouldra mirer s'y mire,
Mais mieulx que vifs vaulsissent mors,
N'on n'en pourroit assez mesdire.         24

Je ne mesdi de nullui, fors
D'aucuns qui sont de Judas pire
Et sont de tous mauvais accors,
N'on n'en pourroit assez mesdire.         28

[Note XVII:--3 _B_ p. sa prouesse--4 _B_ se gecta h.--10 _B_ M. b
p. sont p. d.--17 _A_ _B_ N'il--18 _A_ s. d. soit t.--27 _B_ Qui s.]


XVIII

(_A la reine Isabelle de Bavire_.)

Haulte, excellent Rone couronne
De France, trs redoubte princece,
Dame poissant et de bonne heure ne,
A qui honneur et vaillance s'adrece,             4
Des princeces souveraine maistresse,
Je pri cil Dieu, qui ne fault a nulle ame,
Qu'il vous envoit de toute joye adrece,
Ce jour de l'an, ma redoubte dame.              8

Boneur, bon temps, trs agreable anne,
Vray reconfort de ce que plus vous blece,
Plaisir, soulas, vous doint ceste journe
Et les autres plus en plus vous eslece,          12
Toudis accroisse et garde vo haultece,
Vostre valeur et vo trs noble faame,
Et vous envoit joye qui ja ne cesse,
Ce jour de l'an, ma redoubte dame.              16

Mais je suppli, haulte bien ordenne,
Ma excellent redoubte, ou humblece
Fait son manoir, que mercy soit donne
A moy se je mesprens par ma simplece             20
D'escripre a vous, ou tant a de noblece;
Digne n'en suis, si n'en aye nul blasme,
Car grant desir de vous servir m'i drece,
Ce jour de l'an, ma redoubte dame.              24

Ma balade pregne en gr vo sagece,
Si suis vostre creature par m'ame
Qui volentiers vous donroie leece,
Ce jour de l'an, ma redoubte dame.              28

[Note XVIII:--8 _A_ ma trs souvraine d.--13 _B_ T. g. et croisse
vo h.--14 _B_ et vostre n. f.--16, 24, 28 _A_ ma trs souvraine
d.--18 _B_ r. en h.--25 _A_ vo haultece.]


XIX

(_A Louis de France, duc d'Orlans_.)

De tous honneurs et de toutes querelles,
De tout boneur et de bonne aventure,
De tous plaisirs, de toutes choses belles,
Et de cellui qui cre a nature,                  4
De quanque ou ciel et en terre a mesure,
Et de tout ce plus propre a homme n,
Mon redoubt seigneur plein de droiture,
Ce jour de l'an vous soiez estren.              8

Trs noble duc d'Orliens, de nouvelles
A vo souhaid et d'amour vraie et pure,
De ris, de jeux et de notes nouvelles
Resjoussanz, d'union sanz murmure               12
Et de tout ce de quoy tous bons ont cure,
De tout le bien qu'en corps bien ordenn
Il doit avoir, de pais qui tousjours dure
Ce jour de l'an vous soiez estren.              16

De tous nobles, de dames, de pucelles
Et de chascun par communal jointure
Am soiez, et de ceulz et de celles
Qu'oient parler, de bouche ou escripture,        20
De vous, prince de roiale faitture,
De leur salut loiaulz en tout regn
Et de leur loz sanz fausse couverture
Ce jour de l'an vous soiez estren.              24

Prince excellent ou il n'a desmesure,
De ce livret qu'ay fait mal orden,
De par moy, vo trs humble creature,
Ce jour de l'an vous soiez estren.              28

[Note XIX:--11 _A_ de totes n.--22 _B_ De leurs saluz royaulx--23
_B_ de leurs l.]


XX

(_A Marie de Berry, comtesse de Montpensier._)

Bon jour, bon an, bon mois, bonne novelle,
Ce premier jour de la present anne
Vous envoit Dieux, ma chiere damoiselle
De Monpensier, si sois estrene                 4
      De toute joye.
A vo souhaid Dieux pri qu'il vous envoie
Tous voz plaisirs, tout gracieux revel,
Quanque vouldriez vous consente et ottroie
Ce plaisant jour premier de l'an nouvel.         7

Et ma trs chiere et redoubte, et celle
Que je desir autant com dame ne
Servir, louer, et que chascun appelle
De grant bont et beault affine,               13
      En plaisant joye
Vo noble cuer Dieux permaine et convoie
Ou jolis temps dont vient le renouvel,
Et a present a tout bien vous avoie
Ce plaisant jour premier de l'an nouvel.         18

Noble, plaisant, trs gracieuse et belle,
Bonne, vaillant, sage, bien aourne,
Prenez en gr ma balade nouvelle
Que j'ay faitte pour vous ceste journe,         22
      Car ou que soie
Vostre je suis et ober vouldroie,
Amer, cherir vo gracieux corps bel.
Si vous doint Dieux quanque pour moy voldroie
Ce plaisant jour premier de l'an nouvel.         27

Du petit don, pour Dieu, ne vous anoie,
Car bon vouloir mieulx que fermail n'anel
Vault moult souvent; voulentiers plus feroie
Ce plaisant jour premier de l'an nouvel.         31

[Note XX:--10 _second_ et _omis dans B_--19 _B_ N. puissant--20
_B_ plaisant s.--20 _A_ b attourne--_B_ b. ordonne--26 _B_ tout q.
je v.]


XXI

(_Christine fait hommage  Charles d'Albret de son pome Du Dbat de
deux Amans._)

Bon jour, bon an et quanqu'il puet souffire
De bien, d'onneur et de parfaitte joye,
Mon redoubt seigneur, d'Alebret sire,
Charles poissant, pri Dieu qu'il vous envoie
Ce jour de l'an qui maint bon cuer resjoie,          5
    Et vous presente
Cestui livret, que j'ay fait par entente,
Ou est escript et la joye et la peine
Qu'ont ceulz qu'Amours met d'amer en la sente,
Si le vueilliez recepvoir pour estreine.             10

Et s'il vous plaist a l'our ou le lire,
De deux Amans orrez qu'Amours maistroie
Si a entr'eulx debat; car l'un veult dire
Qu'Amours griefve trop plus qu'elle n'esjoie,
L'autre dit non et que plus bien envoie,             15
    E a l'atente
De jugement, lequel a mieudre entente
Se soubzmettent et a sentence pleine;
Cest nouvel cas a journe presente,
Si le vueilliez recepvoir pour estreine.             20

Et non obstant qu'ayent voulu eslire
Mon seigneur d'Orliens que leur fait voie
Et juge en soit, ne vueilliez escondire
Leur bon desir, car chascun d'eulx vous proye
Trs humblement, s'il vous plaist toutevoie,         25
    Et se guermente
Que vous dissiez vostre avis: se dolente
Vie est qu'amer ou trs joieuse et saine,
Et le livret le fait vous represente,
Si le vueilliez recepvoir pour estreine.             30

Mon redoubt seigneur, des meilleurs trente
Me reoivent a vo bont haultaine,
Cui mon service ottroy sanz estre lente,
Si le vueilliez recepvoir pour estreine.             34

[Note XXI:--_manque dans B_.]


XXII

(_Christine recommande son fils an au duc d'Orlans._)

Trs noble, hault, poissant, plein de sagesse,
D'Orliens duc Loys trs redoubtable,
Mon redoubt seigneur, en grant humblece
Me recommand a vous, prince notable,
En desirant faire chose agreable                   5
A vous, vaillant seigneur de haute emprise,
Et si vous viens donner d'amour esprise
La riens qui soit que doy plus chier avoir
Et soubzmettre du tout a vo franchise,
Si le vueilliez, noble duc, recevoir.              10

C'est un mien filz, lequel de sa jonnece
A bon vouloir d'estre en son temps valable
Et desir a selon sa petitece
De vous servir, s'il vous est acceptable;
Pour ce suppli, vaillant prince amiable,           15
Qu'il vous plaise le prendre a vo servise.
Don vous en fais, et tout a vo devise
Faire de lui vueilliez, car bon vouloir
De vous servir a de cuer en craintise;
Si le vueilliez, noble duc, recevoir.              20

Ja trois ans a que pour sa grant prouesse
L'en amena le conte trs louable
De Salsbery, qui moru a destrece
Ou mal pas d'Angleterre, ou muable
Y sont la gent; depuis lors, n'est pas fable,      25
Y a est, si ay tel peine mise
Que je le ray non obstant qu'a sa guise
L'avoit Henry qui de la se dit hoir,
Or vous en fais je don de foy aprise,
Si le vueilliez, noble duc, recevoir.              30

Prince excellent que chascun loue et prise,
Du requerir je ne soye reprise
N'escondite, car de tel qu'ay savoir
Mon service vous ottroy sanz faintise,
Si le vueilliez, noble duc, recevoir.              35

[Note XXII:--1 _B_ n. et h.--6 _omis dans B_--7 _A_ v. vueil
d.--12 _B_ en s. cuer v.--21 _A_ g. promesse.]


XXIII

S'il est ainsi que de vous soye ame
Si loiaument comme je vous oy dire
Et que vo cuer d'amour trs afferme
M'aime si fort et ne veult ne desire                4
Fors moy sanz plus, je vous suppli, beau sire,
Sanz telz semblans ne telz ditz recorder
Pour m'asseurer qu'ailleurs vo cuer ne tire,
Faittes voz faiz a voz ditz accorder.               8

Car les amans si male renomme
Ont a present, non obstant qu'on souspire
Et que mainte dame soit d'eulx clame
Dame et amour, que le meilleur ou pire              12
On ne cognoist, tant y a a redire
En leurs faulz cuers, s'ay je ou recorder
Et pour ce a fin qu'il me doye souffire
Faittes voz faiz a voz ditz accorder.               16

Et se je vueil estre bien informe
Ains qu'a ami du tout vous vueille eslire
J'ay bien raison, n'en doy estre blasme;
Car son renom dame trop fort empire                 20
Qui a croire legierememt se tire,
Si demonstrez qu'en riens a moy frauder
Vous ne taschiez, et pour ne m'en desdire
Faittes voz faiz a voz ditz accorder.               24

Se vous m'amez n'en aiez ne dueil n'yre,
Bien le saray, sanz longuement tarder;
Pour esprouver le vray sanz contredire
Faittes voz faiz a voz ditz accorder.               28

[Note XXIII:--6 _B_ S. t. s. monstrer ne r.--7 _B_ P. moy
monstrer--15 _B_ que me doys s.--22 _A_ Si d. qu'a r.--25 _B_ de ce
n'ayez nulle yre--26 _B_ B. le verray.]


XXIV

Doulce dame que j'aim plus et desire
Qu'oncques n'amay nulle autre dame ne
Partir me fault de vous, dont je souspire,
Ne bien n'aray jusqu'a la retourne,              4
Car a vous ay toute m'amour donne;
Ne je ne pense a autre riens nulle heure;
Mais s'a present m'en vois, trs belle ne,
Le corps s'en va, mais le cuer vous demeure.      8

Et loings de vous vivray en grief martyre,
Ne ma doulour ne sera ja fine
Jusqu'au retour, car riens ne puet souffire
A mon vray cuer, n'avoir bonne journe            12
Se ne vous voy; soiez acertene,
Belle plaisant pour qui mon penser pleure,
Ou que je voise, et y fusse une anne,
Le corps s'en va, mais le cuer vous demeure.      16

Si ne vueilliez nul autre ami eslire
Ne m'oublier, car soir ne matine,
Ne heure du jour, vo beaut ou me mire
Et vo doulceur parfaitte et affine               20
N'oblieray, si ne soit ja fine
L'amour de nous, quel que soit la demeure;
De vous me pars, belle et bien atourne,
Le corps s'en va, mais le cuer vous demeure.      24

Je prens congi celle a qui j'ay donne
Toute m'amour; de cuer plus noir que meure
Vous di a Dieu, ma joye enterine,
Le corps s'en va, mais le cuer vous demeure.      28

[Note XXIV:--13 _B_ s. en certene--23 _B_ b. aourne.]


XXV

Or soiez liez, jolis et envoisiez,
Vrais fins amans, puis que May est venu,
Voz gentilz cuers gaiement esleesciez;
Ne soit de vous nul anuy retenu,                      4
Ains soit soulas doulcement maintenu,
Quant vous voyez resjor toutes choses
Et qu'en saison sont ads et en cours
Chapiaulx jolis, violetes et roses,
Fleur de printemps, muguet et fleur d'amours.         9

Voiez ces champs et ces arbres proisiez,
Et ces beaulz prez qui sont vert devenu,
Ces oisillons qui tant sont renvoisiez
Que par eulx est tout doulz glai soustenu;            13
Tout se revest; il n'y a arbre nu;
Voiez ces fleurs espanies et closes,
Dont bien devez avoir pour les odours
Chapiaulx jolis, violetes et roses,
Fleur de printemps, muguet et fleur d'amours.         18

De doulz pensers voz gentilz cuers aisiez,
Chantez, dancez pour estre retenu
Avec deduit par qui sont acoisiez
Tous desplaisirs, et souvent et menu                  22
Riez, jouez, soit bon temps detenu,
Amours le veult, pour ce nous a descloses;
Voiez, plaisans, si aiez tous les jours
Chapiaulx jolis, violetes et roses,
Fleur de printemps, muguet et fleur d'amours.         27

Princes d'amours ou bontez sont encloses,
Ce moys de May portez les doulces flours,
Chapiaulx jolis, violetes et roses,
Fleur de printemps, muguet et fleur d'amours.         31

[Note XXV:--_Manque dans B_.]


XXVI

Doulce chose est que mariage,
Je le puis bien par moy prouver,
Voire a qui mary bon et sage
A, comme Dieu m'a fait trouver.            4
Louez en soit il qui sauver
Le me vueille, car son grant bien
De fait je puis bien esprouver,
Et certes le doulz m'aime bien.            8

La premiere nuit du mariage
Trs lors poz je bien esprouver
Son grant bien, car oncques oultrage
Ne me fist, dont me deust grever,          12
Mais, ains qu'il fust temps de lever,
Cent fois baisa, si com je tien,
Sanz villennie autre rouver,
Et certes le doulz m'aime bien.            16

Et disoit, par si doulz langage;
Dieux m'a fait a vous arriver,
Doulce amie, et pour vostre usage
Je croy qu'il me fist eslever.            20
Ainsi ne fina de resver
Toute nuit en si fait maintien
Sanz autrement soy desriver,
Et certes le doulz m'aime bien.            24

Princes, d'amours me fait desver
Quant il me dit qu'il est tout mien;
De doulour me fera crever,
Et certes le doulz m'aime bien.            28

[Note XXVI:--_Manque dans B_--9 _A_--du mesnage--25 _A_ P. mais
il me f. d.]


XXVII

Des trs bonnes celle qui vault le mieux,
Assouvie sur toute damoiselle,
Non pareille, telle vous fourma Dieux,
Pleine de sens, de haulte honneur et belle,
    Toutes passez                                   5
A mon avis, et croy que vous pensez
Toudis comment vous soiez exemplaire
De toute honneur qui tant en amassez,
Et ce vous fait a tout le monde plaire.             9

Redoubte princece, ou biens sont tieulx
Que un chascun parfaitte vous appelle,
De qui servir mon cuer est envieux,
Plus qu'autre riens, certes vous estes celle
    Qui enlascez                                    14
Mon cuer en vous, sanz ja estre lassez,
Mais se pou vail, ne vous vueille desplaire,
Car vous valez pour un royaume assez,
Et ce vous fait a tout le monde plaire.             18

Doulce, plaisant, corps gent et gracieux,
Flun de doulour, blanche com noif novele,
Le doulz regart de voz amoureux yeulz
Livre a mon cuer l'amoureuse estincelle,
    Dont embrasez                                   23
Il est d'amer et toudis a pensez
De vous servir, n'en demande salaire
Fors le regart que doulcement lancez,
Et ce vous fait a tout le monde plaire.             27

Trs belle, en qui tous maulz sont effacez,
Je ne desir fors vo doulz plaisir faire;
Car tous les biens sont en vous entassez,
Et ce vous fait a tout le monde plaire.             31

[Note XXVII:--8 _A_ tout h.--19 _B_ Toute p.--20 _B_ com fleur
n.--30 _B_ en v. amassez.]


XXVIII

Or soiez liez, joyeux et envoisiez;
Tous amoureuz, puis que May est venu.
De tous voz deulz ores vous aquoisiez;
Chantez, jouez trestuit, grant et menu,
    Et querez voye                                5
De joye avoir, et chascun se pourvoye
De reconfort et entroublie esmay;
Car Amours veult qu'un chascun se cointoye
En ce jolis plaisant doulz moys de May.           9

Voyez ces champs et ces arbres proisiez,
Et ces beaulx prez qui sont vers devenu,
Ces oisillons qui tant sont renvoisiez
Que par eulz est tout doulx glay maintenu,
    Or menez joye,                                14
Et vous dames aussi, Amours l'octroye,
Soyez liez; car s'oncques je n'amay
Si vueil je amer chose qui me resjoye
En ce jolis plaisant doulz moys de May.           18

Chapiaux de flours aux amans pourchaciez,
Dames d'onnour, et s'avez retenu
Aucun amy tant de bien lui faciez
Que du doulz May lui soit mieux avenu;
    Mais toutevoye                                23
N'octroyez rien dont blasmer on vous doye,
Se m'en croyez, mais oncques ne blasmay
Que l'en n'amast par gracieuse voye
En ce jolis plaisant doulz moys de May.           27

Dames, amans, chascun de vous s'avoye
De liement aler cueillir le may
Ce joli jour, et tout annuy renoye
En ce jolis plaisant doulz moys de May.           31

[Note XXVIII:--_Omise dans A_--1 et 2, 10 __ 13, cf. XXXII.]


XXIX

(_Au duc d'Orlans, sur le combat de sept Franais contre sept
Anglais_.) [_19 mai 1402_.]

Prince honnor, duc d'Orliens, louable,
Bien vous devez en hault penser deduire
Et louer Dieu et sa grace amiable
Qui si vous veult en tout honneur conduire             4
Que le renom par le monde fait luire
De vostre court remplie de noblece
Qui resplendit comme chose florie
En noble loz, et ads est radrece
De hault honneur et de chevalerie.                     9

Or ont acreu le loz li sept notable
Bon chevalier que vaillance a fait duire
Si qu'a grant loz et victoire honnorable
Ont desconfit les sept Anglois, qui nuire              13
Aux bons Franois cuident et les destruire;
Mais le seigneur du Chastel, ou proece
Fait son reduit et la bachelerie,
Bataille, ont mis Anglois hors l'adrece
De hault honneur et de chevalerie.                     18

Et Kerhos le breton secourable
Qui mains grans biens fera ainois qu'il muire,
Et Barbasan et Champaigne amiable,
Et Archambaut qui fait son renom bruire,               22
Le bon Glignet de Breban qui aduire
En armes veult son corps et sa jeunece;
Par ces sept bons est la gloire perie
De noz nuisans qui perdent la haultece
De hault honneur et de chevalerie.                     27

Prince poissant, honnourez a leece
Les bons vaillans ou valeur n'est perie,
Car vous arez par eulx toute largece
De hault honneur et de chevalerie.                     31

[Note XXIX:--3 _A_ sa g. louable--12 _B_ Si q. g. peine--19 _B_
Et Barbasan le vaillant combatable--_21  23_ _B_ Champaigne aussi,
Archambault secourable | Le bon Clignet, qui tout bien scet raduire, |
Keralous, qui, sans cesser, reduire--29 _B_ Tous b.]


XXX

_(Sur le combat des sept chevaliers franais et des sept chevaliers
anglais.)_ [_19 mai 1402._]

Haultes dames, honnourez grandement
Et vous toutes damoiselles et femmes
Les sept vaillans qui ont fait tellement
Qu'a tousjours mais sera nom de leurs armes.               4
Nez quant les corps seront dessoubz les lames,
Remaindra loz de leur fait en memoire
En grant honneur au royaume de France;
Si qu'a tousjours, en mainte belle hystoire,
Sera retrait de leur haulte vaillance.                     9

Et, comme on sieult faire ancienement
Aux bons vaillans chevalereux et fermes,
Couronnez lez de lorier liement,
Car c'est li drois de Vittoire et li termes.               13
Bien leur affiert le lorier et les palmes
De tout honneur, en signe de Vittoire,
Quant ont occis et men a oultrance
L'orgueil anglois, dont, com chose notoire,
Sera retrait de leur haulte vaillance.                     18

Et tant s'i sont port tuit vaillamment
Que l'en doit bien leurs noms mettre en beaulx termes,
Au bon seigneur du Chastel grandement
Lui affiert loz, a Bataille non blasmes,                   22
Bien fu aisi Barbasan en ses armes,
Champaigne aussi en doit avoir grant gloire
Et Archambault, Clignet de grant constance,
Keralous, de ceulz, ce devons croire,
Sera retrait de leur haulte vaillance.                     27

Princeces trs haultes, aiez memoire
Des bons vaillans qui, par longue souffrance,
Ont tant acquis qu'en maint lieux, chose est voire,
Sera retrait de leur haulte vaillance.                     31

[Note XXX:--2 _A_ Et v. d. et t. f.--5 _B_ leurs c.]


XXXI

_(Mme sujet.)_

Bien viegnez bons, bien viegniez renommez,
Bien viegniez vous chevaliers de grant pris,
Bien viegniez preux et de chascun clamez
Vaillans et fors et aux armes apris;             4
Estre appellez devez en tout pourpris
Chevalereux, trs vertueux et fermes,
Durs a travail pour grans cops ramener,
Fors et eslus, et pour voz belles armes
On vous doit bien de lorier couronner.           9

Vous, bon seigneur du Chastel, qui amez
Estes de ceulz qui ont tout bien empris;
Vous, Bataille, vaillant et affermez;
Et Barbasan, en qui n'a nul mespris;             13
Champaigne, aussi de grant vaillance espris;
Et Archambault; Clignet aux belles armes;
Keralous; vous tous sept, pour donner
Exemple aux bons et grant joye a voz dames,
On vous doit bien de lorier couronner.           18

Or avez vous noz nuisans diffamez,
Louez soit Dieux qui de si grans perilz
Vous a gittez, tant vous a enamez
Que vous avez desconfiz, mors et pris            22
Les sept Anglois de grant orgueil surpris,
Dont loz avez et d'ommes et de femmes;
Et puis que Dieux a joye retourner
Victorieux vous fait ou corps les ames,
On vous doit bien de lorier couronner.           27

Jadis les bons on couronnoit de palmes
Et de lorier en signe de regner;
En hault honneur et, pour suivre ces termes,
On vous doit bien de lorier couronner.           31

[Note XXXI:--3 _B_ p. digne d'estre c.--4 _B_ et des a. a.--24
_A_ _B_ D. a. l.]


XXXII

Quant je voy ces amoureux
Tant de si doulz semblans faire
L'un a l'autre, et savoureux
Et doulz regars entretraire,           4
Doulcement rire, et eulx traire
A part, et les tours qu'ilz font,
A pou que mon cuer ne font!            7

Car lors me souvient, pour eulx,
De cil, dont ne puis retraire
Mon cuer qui est desireux
Que ainsi le peusse attraire;          11
Mais le doulz et debonnaire
Est loings, dont en dueil parfont
A pou que mon cuer ne font!            14

Ainsi sera langoreux
Mon cuer en ce grief contraire,
Plein de pensers doloureux
Jusques par dea repaire               18
Cil qu'amours me fait tant plaire;
Mais du mal qui me confont
A pou que mon cuer ne font!            21

Princes, je ne me puis taire,
Quant je voy gent paire a paire
Qui de joye se reffont,
A pou que mon cuer ne font!            25

[Note XXXII:--_Manque dans B_.]


XXXIII

_(Au Snchal de Hainaut. 1402.)_

Seneschal vaillant et sage
De Hainault, plein de valour,
Chevalier ou vacellage
Et prouece fait demour,             4
Finerez vous jamais jour
Par mainte terre lontaine
D'entreprendre armes et peine?      7

Veult donc vo noble corage
Vo beau corps mettre a doulour
En peril de mort sauvage,
Pour tousdis porsuivre honnour?     11
Est vo vueil que sanz sejour
Ainsi vo vie se peine
D'entreprendre armes et peine?      14

Vous ne plaignez le domage
Dont il s'ensuivroit maint plour
Se Fortune et son oultrage
Vous jouoit de son faulx tour.      18
Dieux vous en gard, qui tousjour
A victoire vous amaine,
D'entreprendre armes et peine.      21

Mais je croy qu'en grant cremour
Mettez celle, qui s'amour
A du tout en vo demaine,
D'entreprendre armes et peine.      25

[Note XXXIII:--19 _B_ qui tout jour--22 _A_ M. croiez q.]


XXXIV

Trs belle, je n'ose dire
La doulour et la pointure
Dont Amours mon cuer martire
Pour vostre gente figure;              4
Mais du grief mal que j'endure
    Apercevoir
    Vueillez le voir.                  7

Car tant doubte l'escondire
Que la doulour que j'endure
Je n'ose dire n'escripre;
Mais, sanz en faire murmure,           11
De ma grief doulour obscure
    Apercevoir
    Vueillez le voir.                  14

Et vous plaise estre le mire
De mon mal, car je vous jure
Que vostre, sans contredire,
Suis et seray, c'est droiture,         18
Et se vous aim d'amour pure
    Apercevoir
    Vueillez le voir.                  21

Si ne soiez vers moy dure,
Ains de ma pesance sure
    Apercevoir
    Vueillez le voir.                  25

[Note XXXIV:--_Cette ballade et toutes les suivantes manquent dans
B_--_22  26 omis dans A_.]


XXXV

Ha! le plus doulz qui jamais soit form!
Le plus plaisant qu'oncques nulle acointast!
Le plus parfait pour estre bon clam!
Le mieulz am qu'oncques mais femme amast!       4
De mon vray cuer le savoreux repast!
Tout quanque j'aim, mon savoreux desir!
Mon seul am, mon paradis en terre
Et de mes yeulz le trs parfait plaisir!
Vostre doulceur me meine dure guerre.            9

Vostre doulceur voirement entamm
A le mien cuer, qui jamais ne pensast
Estre en ce point, mais si l'a enflamm
Ardent desir qu'en vie ne durast                 13
Se doulz penser ne le reconfortast;
Mais souvenir vient avec lui gsir,
Lors en pensant vous embrace et vous serre,
Mais quant ne puis le doulz baisier saisir
Vostre doulceur me meine dure guerre.            18

Mon doulz ami de tout mon cuer am,
Il n'est penser qui de mon cuer gitast
Le doulz regard que voz yeulz enferm
Ont dedens lui; riens n'est qui l'en ostast,     22
Ne le parler et le gracieux tast
Des doulces mains qui, sanz lait desplaisir,
Vueillent partout encerchier et enquerre,
Mais quant ne puis de mes yeulz vous choisir
Vostre doulceur me meine dure guerre.            27

Trs bel et bon, qui mon cuer vient saisir,
Ne m'oubliez, ce vous vueil je requerre;
Car, quant veoir ne vous puis a loisir,
Vostre doulceur me meine dure guerre.            31


XXXVI

_(A la reine Isabelle de Bavire.)_

Redoubte, excellent, trs sage et digne,
Noble, vaillant, de hault honneur porprise,
Renomme Rone trs benigne,
La souvraine des dames que l'en prise,                4
Je pri cil Dieu, qui sur tout a maistrise,
Qui a ce jour de l'an si bonne estraine
Il vous en voit qu'ads en vous esprise
Soit, sanz cesser, toute joye mondaine.               8

Ma redoubte, ou tout le monde encline,
Pour ce que say que, comme bien aprise,
Livres amez, moy vostre serve indigne
Vous envoie cestui ou est comprise                    12
Matire qu'ay en haulte place prise;
En gr l'aiez, trs noble et de sens pleine,
En qui tousjours, sanz ja estre desprise,
Soit, sanz cesser, toute joye mondaine.               16

Et s'il vous plaist, trs poissant, vraie et fine.
Que vostre grant haultece un petit lise
En mon ditti, et vo sens determine
De la cause qui est en termes mise.                   20
Mieulx en vauldra en tout cas mon emprise,
Si en jugiez, princepce trs hautaine,
A qui Dieux doint grace qu'en toute guise
Soit, sanz cesser, toute joye mondaine.               24

Haulte, poissant et pleine de franchise,
Trs humblement a vo valeur certaine
Me recomand en qui trouve et quise
Soit, sanz cesser, toute joye mondaine.               28

[Note XXXVI:--4 _A_ souveraine--9 _A_ Ma trs souvraine--23 _A_
A q. d. D.]


RONDEL

Mon chier seigneur, soiez de ma partie
Assaille m'ont a grant guerre desclose
Lez aliez du Romans de la Rose
Pour ce qu'a eulx je ne suis convertie.          4

Bataille m'ont si cruelle bastie
Que bien cuident m'avoir ja presqu'enclose,
Mon chier seigneur, soiez de ma partie.          7

Pour leur assaulz ne seray alentie
De mon propos, mais c'est commune chose
Que l'en cuert sus a qui droit deffendre ose;
Mais se je suis de sens pou avertie,
Mon chier seigneur, soiez de ma partie.          12


XXXVII

Jadis avoit en la cit d'Athenes
Fleur d'estude de clergie souvraine;
Mais, non obstant les sentences certaines
De leur grant sens, une erreur trop vilaine           4
Les decepvoit, car pluseurs divers dieux
Aouroient, dont aucuns pour leur mieulx
Y preschierent qu'ilz devoient savoir
Qu'il n'est qu'un Dieu, mais mal en prist a cieux;
On est souvent batu pour dire voir.                   9

Aristote le trs sage, aux haultaines
Sciences prompt, d'ycelle cit, pleine
De tel erreur, fu fuitis; maintes peines
Il en souffri Socrates qui fontaine                   13
De sens estoit; fu chaciez de cil lieux
Pluseurs autres occis des envieulx
Pour verit dire, et apercevoir
Peut bien chascun que partout soubz les cieulx
On est souvent batu pour dire voir.                   18

Se ainsi va des sentences mondaines;
Pour ce le di que pluseurs ont ataine
Sur moy, pour tant que paroles trs vaines,
Deshonnestes et diffame incertaine,                   22
Reprendre osay, en jeunes et en vieulx,
Et le Romant, plaisant aux curieux,
De la Rose, que l'en devroit ardoir!
Mais pour ce mot maint me sauldroit aux yeux
On est souvent batu pour dire voir.                   27

Princes, certes, voir dire est anyeux
Aux menongeurs qui veulent decevoir,
Pour ce au pere voit on mentir le fieulx:
On est souvent batu pour dire voir.                   31

[Note XXXVII:--8 _A_ que un--Vers 13 et 14, on pourrait ponctuer
d'une autre faon: Mettre point et virgule aprs _souffri_, le
supprimer aprs _de sens estoit_, et reporter le mme signe  la fin
du v. 14.--17 _A_ Ce puet c.--19 _A_ Et a.--22 _A_ Deshonneur--30
_A_ metir.]


XXXVIII

_(Sur la Cour du Duc Philippe de Bourgogne, 1403)_

Gentillece qui les vaillans cuers duit
De courtoisie fait sa messagiere
Qui ses rapors trs gracieux conduit
Et toute gent reoit a lie chiere;
Si voit on bien resplendir sa lumiere             5
En une court de France solenne,
De prince hault tellement gouverne
Que personne n'y a qui toute aduite
Ne soit d'honneur, dont, chose est certene,
Selon seigneur voit on maigne duite.             10

Le trs hault duc filz de roy, qui est vuit
De tout orgueil et qui sagece a chiere,
Philippe bon des Bourguignons reduit
Et les Flamens touz a soubz sa baniere,
En est le chief, en qui prudence entiere          15
Maint, si qu'il n'a o lui personne ne,
Qui en touz cas ne soit si ordonne
Qu'on peut dire de sa trs plaisant suite,
Tant noblement est et bien dottrine,
Selon seigneur voit on maigne duite.             20

Bel fait veoir celle court qui reluit
De nobles gens en fait et en maniere
Si beaulz, si gens, si courtois, que deduit
Est du veoir; et sanz maniere fiere,
Si gracieux que c'est joye plainiere;             25
Et aux armes nulz meilleurs de l'anne
On ne verra en champ ne a journe,
Mais, s'ilz sont bons et hardis et sanz fuitte,
C'est bien raison par coustume afferme
Selon seigneur voit on maigne duite.             30

Prince excellent, se bien morigine
Est vostre court par noblece conduitte,
Le proverbe dit, c'est chose infourme:
Selon seigneur voit on maigne duite.             34

[Note XXXVIII:--5 _A_ sa banniere--8 _A_ t. duite--9 _A_ de
h.--27 _A_ n'en c.]


XXXIX

Fleur des meilleurs, haulte honnoure dame
De tout mon cuer trs ame et cherie,
Bonne, saige, trs parfaitte et sans blasme,
Helas! vueillez que par vous soit garie          4
          Ma dure paine,
Appercevoir vueillez que je me paine
De vous servir, ne je n'ay autre envie,
Car je vous ay retenue a ma vie.                 8

Et de piea me tient, car corps et ame,
Pense, amour soubz vostre seigneurie
Trs mon enffance y mis ne depuis ame
Ne l'en osta, ne n'en sera garie,                12
          Chose est certaine,
Ja ma douleur, fors par vous qui fontaine
Estes, dont puet ma joye estre assouvie,
Car je vous ay retenue a ma vie.                 16

Belle plaisant que mon cuer tant reclame,
Par vo piti vous plaise que ravie
Soit l'ardure du desir qui m'enflame.
N'est ce pas droit que me soit remerie           20
          L'amour certaine
Dont je vous aim, trs doulce tresmontaine,
Puis que sers toujours de moy servie,
Car je vous ay retenue a ma vie.                 24

          Ma souveraine
Dame, amez moi, car je vous acertaine
De n'en partir ja se je ne devie,
Car je vous ay retenue a ma vie.                 28

[Note XXXIX:--14 _A_ Jamais nul jour f.--18 _A_ q. tarie.]


XL

Ne doubtez point du contraire,
Car dit vous en ay le voir,
Belle, commant sans retraire
Vous aim et sans decevoir              4
Vueillez ley appercevoir,
Et m'amez, ostez m'arsure,
Car, sans reconfort avoir,
Je mourray se m'estes dure.            8

Voz beaux yeux viennent attraire
Sy mon cuer que desmouvoir
Ne l'en puis; d'autre part traire
Luy vient Amours qui ravoir            12
Le veult, et force et savoir
M'ostent, n'il n'y a mesure,
Dont par tel mal recepvoir
Je mourray se m'estes dure.            16

S'il vous plaise vers moy traire
Piti qui face esmouvoir
Vo cuer, par quoy vous puist plaire
M'amer, car si mon devoir              20
Feray, sans m'en desmouvoir
De vous servir, je vous jure,
Mais bien vous faiz assavoir:
Je mourray se m'estes dure.            24

Ma dame, corps, ame, avoir
Est tout vostre, ayez en cure;
Puis que ne l'en puis ravoir,
Je mourray se m'estes dure.            28

[Note XL:--22 _A_ le v. j.]


XLI

Merveilles est et seroit fort a croire
Es estranges contres qu'il peust estre,
Qu'en ce pays, qui de longue memoire
Est renomm en honnour sur tout estre,           4
Que verit, depuis le greigneur maistre
Jusqu'au petit, si a paine trouve
Fust comme elle est, c'est bien chose senestre
Qu'en France soit si menonge esleve.           8

Mais de parler bel n'y voit on recroire
Les principaulx, et pour faire gens paistre
Grans promesses, dont l'atente n'est voire,
Ne leur coustent riens, mais qui s'en empestre   12
Se puet de vent comme pluvier repaistre;
Car long effait en yst, chose est prouve,
Cest lait renom n'aquiert se noble en estre
Qu'en France soit si menonge esleve.           16

Et quant a moy, pour ce que si nottoire
Menonge voy, il n'est chose terrestre
Qu'on me die, quiconques la m'avoire,
Ne promesce jure de main destre,                20
Que, je croye se le voy ne voy n'estre;
Car pou y truys fors que fraude esprouve,
Et c'est piti, par le hault Dieu celestre,
Qu'en France soit si menonge esleve.           24

Ha! haulx princes, pour Dieu ne vous adresce
Vice si lait, c'est chose reprouve;
Sy dbouts tout homme qui empetre
Qu'en France soit si menonge esleve.           28

[Note XLI:--6 _A_ Jusques au p.--14 _A_ Par l. e. ou y.--15 _A_
C. l. r. qu'a sa n.--10 _A_ trs fort a c. d.--19 _A_ Que on.]


XLII

_(Sur la Mort du Duc de Bourgogne.)_ [_27 avril 1404._]

Plourez, Franoys, tout d'un commun vouloir,
Grans et petis, plourez ceste grant perte;
Plourez, bon Roy, bien vous devez douloir,
Plourer devez vostre grevance apperte;
Plurez la mort de cil qui par desserte                5
Amer deviez et par droit de lignaige,
Vostre loyal noble oncle le trs saige
Des Bourgongnons prince et duc excellent;
Car je vous dy, qu'en mainte grant besongne,
Encor dirs trestuit a cuer dollent
Affaire eussions du bon duc de Bourgongne.            11

Plourez, Berry, et plourez tuit sy hoir,
Car cause avez: mort la vous a ouverte;
Duc d'Orliens, moult vous en doit chaloir,
Car par son scens mainte faulte est couverte;
Duc des Bretons, plourez, car je suys certe           16
Qu'affaire ars de luy en vo jeune aage;
Plourez, Flamens, son noble seignourage;
Tout noble sanc, allez vous adoullant;
Plourez, ses gens, car joye vous eslongne,
Dont vous dirs souvent en vous doullant
Affaire eussions du bon duc de Bourgongne.            22

Plourez, Rone, et ayez le cuer noir
Pour cil par qui feustes au trosne offerte;
Plourez, dames, sans en joye manoir;
France, plourez, d'un pillier es deserte,
Dont tu reoys eschec a descouverte,                  27
Gar toy du mat quant mort par son oultrage
Tel chevalier t'a toulu, c'est dommaige;
Plourez, puepple commun, sans estre lent,
Car moult perdez et chascun le tesmoingne,
Dont vous dirs souvent mate et relent:
Affaire eussions du bon duc de Bourgongne.          33

Princes royaulx, priez par bon tallent
Pour le bon duc; car, sans moult grant parlongne,
En voz conssaulx de duc ars tallent,
Affaire eussions du bon duc de Bourgongne.            37

[Note XLII:--24 _A_ P. c. pour q.--34 _A_ p. pour b. t.]


XLIII

Dames d'onneur, gardez voz renommes,
Pour Dieu mercis eschevez le contraire
De bon renom, que ne soys blasmes;
Ne vueillez point acointances attraire             4
Telles, qu'on puist recorder ne retraire
Par voz maintiens qu'ayez legiers les cuers,
Ne qu'en nul cas vous daignissiez meffaire,
Et ne croyez flajolz de decepveurs.                8

Car pou vous vault cuidier bien estre ames
D'ommes pluseurs, de recepvoir salaire
De mauvais loz, par parolles semes
En divers lieux, qu'il eust en vostre affaire      12
Legieret; sy vous est neccessaire
D'avoir recort toudis des deshonneurs,
La ou cheoir on puet par foulour faire,
Et ne croyez flajolz de decepveurs.                16

Or soys dont de parfait scens armes
Contre ceulx, qui tant taschent a soubztraire
L'onneur de vous, et de qui diffames
Estes souvent sans cause, et pour vous plaire      20
Font le courtoys; et je ne m'en puis taire,
Car j'en congnois et say de telz vanteurs
Qui vous flattent; vueillez vous ent retraire
Et ne croyez flajolz de decepveurs.                24

Chieres dames, ne vous vueille desplaire,
Se je vous lo a garder des flateurs
Qui ne taschent qu'a voz honneurs deffaire,
Et ne croyez flajolz de decepveurs.                28

[Note XLIII:--5 _A_ que on--9 _A_ C. p. vauldroit c.--18 _A_
soultraire.]


XLIV

Du mois de May je me tieng pour contente,
D'Amours aussi de qui me vient la joye,
Par ce que voy souvent com droite rente
Ung bel amy que j'ay qui me resjoye;               4
Ce tient mon cuer en leece ou que soye,
Car choisy l'ay de tous biens pour ma part.
C'est mon plaisir, n'aultre ne me resjoye,
Ne mon penser nulle heure ne s'en part.            8

O quel solas et quel joyeuse attente
Ce m'est quant suis en lieu seulette et coye
Ou je l'attens, combien qu'a l'eure sente
Moult grant frayeur de paour qu'on le voye!        12
Mais quant vers moy a achev la voye
Lors de baisiers serrez donnons tel part
Que la doulceur oublier ne pourroye
Ne mon penser nulle heure ne s'en part.            16

Et se penser y ay, cuer et entente,
Merveilles n'est, c'est droiz qu'avoir lui doye,
Car le grant bien de lui m'i maine et tente
Et sa doulceur et ce que tout s'employe            20
A me servir, si say que s'amour moye
Est nuement n'ailleurs point n'en depart,
Pareillement il m'en est par tel voye
Ne mon penser nulle heure ne s'en part.            24

Mon doulx ami, qui es comble et monjoye
De tout honneur et bont, il m'est tart
Qu'entre mes bras briefment je te festoye,
Ne mon penser nulle heure ne s'en part.            28

[Note XLIV:--_Omise dans_ A--12 _A_ que on.]


XLV

Par ta valour et par ton maintien saige,
Par ta doulceur et trs plaisant maniere,
Et les grans biens et l'amoureux langaige
Qui en toy sont, tu as m'amour entiere           4
En tout, en tout acquise en tel maniere
Que sans cesser je ne pensse autre part.
Ads m'est vis que devant moy te voye,
Ne nulle heure le mien cuer ne s'en part.
Mon doulx amy, d'autre ne me vient joye.         9

Sy as tant fait que mon cuer, qui sauvaige
D'amours estoit, et qui ne faisoit chiere
D'amer jamais, ore est ou doulx servage
Du dieu d'amours, si qu'estre ne puis fiere      13
N'a luy n'a toy, ains convient que plainiere-
Ment me soye donne sans depart
A toy, amis, n'est rayson que je doye
Desober au bien qu'il me depart.
Mon doulx amy, d'autre ne me vient joye.         18

Et puis qu'Amours, par son hault seigneurage,
Veult que tous deux soions soubz sa baniere,
Or lui faisons de trs bon cuer hommage
Sans departir, amis, en tel maniere              22
Que soies mien, et plus ne seray fiere
A ton doulx vueil qui d'onneur ne se part.
Aimes moy bien, car tu as l'amour moye,
A toy me don, je te prens pour ma part.
Mon doulx amy, d'autre ne me vient joye.         27

Fin cuer plaisant, or soions main et tart
Loyaulx amans, quant a moy je l'ottroye,
Plaisant desir le me conseille a part.
Mon doulx amy, d'autre ne me vient joye.         31

[Note XLV:--_Omise dans A_.]


XLVI

Se je puis estre certaine
De ce dont je suis en doubte,
C'est que je n'aye pas plaine-
Ment t'amour et que ja route        4
Soit ta foy; amis, escoute:
Saiches que, par saint Nycaise,
Je m'en mettr a mon aise.          7

Ta maniere m'acertaine
Et monstre, se je voy goute,
Que d'amours foibleste et vaine
Tu m'aimes, dont je suis toute      11
Esbahie; mais s'acoute:
S'ainsi est, ne t'en desplaise,
Je m'en mettr a mon aise.          14

Car tousjours vivroye en paine
D'ainsi m'estre a toy trestoute
Donne, et qu'a mon demaine
Ne t' eusse aussi, si redoubte      18
Le fill ou je me boute,
Pour ce, tout soit ce a mesaise,
Je m'en mettr a mon aise.          21

J'ay ja plour mainte goute
Pour toy pluseurs jours de route;
Mais, se ton cuer ne m'apaise,
Je m'en mettr a mon aise.          25

[Note XLVI:--16 _A_ me e.--18 A Ne te e.--22 _A_ Car j'ay p.]


XLVII

Belle plaisant, sur toutes trs ame,
De tout mon cuer ma souvraine maistresce,
Appercevez que, plus que chose ne,
Vous aims et crains et vous sers en humblesce,      4
Et pour ce, oster le mal qui tant me blesce
Vous plaise tost et our ma clamour,
Et me vueillez ottroyer vostre amour.               7

Et se par vous m'est tel joye donne
Vous me mettrs en la voye et adresce
D'estre vaillant, et bien guerredonne
Sera toute ma paine et ma destresce,                11
Or le faittes, ma souvraine princesce,
Sy n'y mettez plus dongier ne demour,
Et me vueillez ottroyer vostre amour.               14

Mon fin cuer doulx, ma dame redoubte,
Retenez moy, car je vous fais promesce
Que vostre honneur sera par moy garde
Entierement, et tousjours sans paresce              18
Vous serviray com ma doulce deesse;
Sy me prenez a mercy, doulce flour,
Et me vueillez ottroyer vostre amour.               21

Plaisant tresor, faittes moy tel largesce
De voz doulx biens que ma douleur en cesse,
Secourez tost le mal ou je demour,
Et me vueillez ottroyer vostre amour.               25

[Note XLVII:--10 _A_ guerdonne.]


XLVIII

Amours, Amours, tu scs plus d'une voye
D'attrapper gens a ta musse trappe;
Et qui four te cuide se forvoye,
Car il n'est riens que doulx regart n'atrappe:      4
C'est ton veneur, cuer n'est qui luy eschape.
Plaisant maintien, courtoysie et lengaige,
Sont tes levriers, compaignie est la sente
Ou tu chaces plus souvent qu'en boscaige;
Je le scay bien, il fault que je m'en sente.        9

Certes, tes tours mie n'appercevoye,
Ne comme tu scez soubz couverte chappe
Surprendre cuers; quant si bien me devoye
De toy garder a mon dit; mais l'aggrappe            13
Dont tu tires a toy si mon cuer happe
Que il convient que je te face hommaige,
Ou vueilie ou non, et qu'a toy me consente;
Car ton pouoir seigneurist fol et saige:
Je le say bien, il fault que je m'en sente.        18

J'apperoy bien que je me decevoye
De te cuidier fouyr, car sy m'entrappe
Doulx Souvenir que muci ne savoye;
Et, quant je cuit ganchir, je me reffrappe          22
Dedens tes las, et Plaisance me frappe
De l'autre part; tu te tiens ou passage
Pour traire a moy; Biaut y est presente.
Rendre me fault, ou soit scens ou follage;
Je le say bien, il fault que je m'en sente.        27

Ha! dieux d'amours, puis qu'en ton doulx servage
Prendre me veulx, faiz que ne m'en repente,
Car eschapper ne puis ton seigneuraige;
Je le say bien, il fault que je m'en sente.        31

[Note XLVIII:--11 _A_ Ne comment--25 _A_ De t.--28 _A_ p. qu'a
t.]


XLIX

Trop hardement et grant presumpcion
Aucuns instruit a oser diffamer
Les plus souvrains, faignant entencion
Juste et loyal, disant qu'on puet blasmer
Tout viccieux, maudire et non amer;                5
      Mais l'inutille
Parolle qui puet mettre en une ville
Noise et contens, trason et deffait,
Destruccion en contre fertille;
Je dis que c'est pechi a qui le fait.             10

Pour ceulx le di, qui, par destraccion,
Osent blasmer princes, pour enflamer
Puepple contre eulx par grief commossion,
Et les osent, ours, lyons, loups nommer,
Et fiers tirans les fleurs qu'on sieult clamer     15
      Lis trs nobille,
Pilliers de foy, sousteneurs d'euvangille;
Pour les flatter ne le dis; mais deffait
Dont puet venir esclande a plus de mille;
Je dis que c'est pechi a qui le fait.             20

Sy ne faites, bons Franois, mencion,
Que vous ays tirans fiers plains d'amer;
Laissiez parler a autre nacion;
Car ne savs qu'est tirant, et semer
Souffrez a tort telz diz, ne mesamer               25
      Voz souvrains qui le
Sueffrent de leur doulceur, c'est chose ville
De soustenir contre eulx si grant tort fait,
Et de ditter balades de tel stille,
Je dis que c'est pechi a qui le fait.             30

Princes poissans, criminelle ou civille
Vengeance pour telz diz en voz cuers n'ait;
Car qui glaive contre son puepple afille,
Je dis que c'est pechi a qui le fait.             34

[Note XLIX:--4 _A_ que on--_A_ q. doit b.--8 _premier_ et
_manque dans A_--9 _A_ Rebellion--12 _A_ Vont diffamant p.--18 _A_
m. meffait--26 _A_ souverains.]


L

Gentil homme, qui veult prouesce acquerre,
Escoute cy; entens qu'il te fault faire:
Armes suivir t'estuet en mainte terre;
Estre loyal contre ton adversaire;               4
De bataille ne four, non sus traire;
Et doubter Dieu; parolle avoir tardive;
En fait d'assault trouver voye soultive;
Ne soit ton cuer de laschet repris;             8
Des tours d'armes duis dois estre et apris;
Amer ton prince; et a ton chevetaine
Estre loyal; avoir ferme couraige;
Croire conseil; promesse avoir certaine;
S'ainsi le faiz, tu seras preux et saige.        13

Te gouverner par grant avis en guerre;
A voyagier souvent te doit moult plaire;
Princes et cours estranges tu dois querre,
Tout enquerir leur estat et affaire;             17
Des bons parler et a toy les attraire;
Contre raison ta parolle n'estrive;
Ne mesdire de personne qui vive;
Porter honneur aux vaillans ou a pris;           21
Henter les bons; n'avoir povre en despris;
Pour acquerir honneur ne plaindre paine;
Trop convoiteux n'estre, ms du tien large;
Et ta parolle soit vraye et non vaine;
S'ainsi le faiz, tu seras preux et saige.        26

Sans bon conseil de faire armes requerre
Ne dois autruy, et s'il n'est neccessaire
Pour ton honneur, ta bouche et tes dens serre,
Qu'il n'en ysse chose qui face a taire;          30
L'autruy bienfait dois voulentiers retraire;
Taire le tien; ne t'entendre en oysive;
Estre attremp; n'avoir teste hastive;
Four tout vice et avoir en mespris;             34
Tost achever ce que tu as empris;
N'avoir orgueil ne parolle hautaine;
Ta contenance seure et non sauvaige.
Par bel maintien en tous lieux te demaine;
S'ainsi le faiz, tu seras preux et saige.        39

Prince gentil, ceste voye est certaine
Pour acquerir de hault honneur la targe;
Homme noble, suis la, je t'acertaine:
S'ainsi le faiz, tu seras preux et saige.        43

[Note L:--10 et _manque dans A_--25 _A_ pas _est ajout en
interligne aprs_ non.]


LI

Trop sont divers et merveilleux les tours
De l'inconstant, double et faulsse Fortune;
Car ses maulx sont moult loncs, et ses biens cours;
Nous le voyons, et c'est chose commune,               4
Dont je ne voy pourveance fors qu'une
Contre elle; c'est que l'omme soit si saige
Qu'il n'ait des biens d'elle leece aucune,
Et ait ou mal fort et poissant couraige.              8

Veoir pouons que tout vient a rebours
Souvent aux bons par sa fellasse enfrune,
Et aux mauvais, sans desserte ou labours,
Rent bon guerdon, mais de deux voyes l'une:           12
Ou reconfort ou lenguir en rencune;
Prendre conseil convient si qu'homs se targe
De bon espoir, quoy qu'elle luy soit brune,
Et ait ou mal fort et poissant couraige.              16

Car puis que ses joyes ne font qu'un cours
Par le monde general en commune
Que nous veons plus souvent en decours
Sus les greigneurs meismes que n'est la lune,         20
Homme ne doit les prisier une prune,
Mais, s'ilz viennent, pensser qu'en petit d'aage
Perdre on les puet, seurt n'y ait aucune,
Et ait ou mal fort et poissant couraige.              24

Princes, soys certains qu'oncques ne fu ne
Ja ne sera Fortune fors voulaige;
En soit chascun avisi et chascune,
Et ait ou mal fort et poissant couraige.              28

[Note LI:--3 _A_ et se b. c.--7 _A_ es b.--10 _A_ fallace--14
_A_ P. c. si c. q.--15 _A_ que elle--22 _A_ pense.]


LII

Qui est celluy qui ne sent la pointure
Aucunement d'amours, qui point ne blesce,
Ou mois de May jolis, plain de verdure?
Sy ne croy pas, Prince de grant noblesce,        4
Hault et poissant, que vraye amour ne drece
Voz nobles faiz en toute bonne voye;
Et pour ce a vous ma balade s'adresce,
Ce jour de May gracieux plain de joye.           8

Car je vous voy plus qu'autre crature
Reampli de biens et haulte gentillesce;
Pour ce je tiens que vous en tout temps dure
Douls souvenir, qui departir ne laisse           12
Loyal amour de vous, et que maistresce
Avez plaisant et belle, en qui s'employe
Vo noble cuer, qu'elle tient sans tristesce,
Ce jour de May gracieux plain de joye.           16

Si affiert bien que metts temps et cure
D'amours servir, qui de sa grant richesce
Guerredonner vous puet de nourriture
Doulce, plaisant, et qui fait en prouesce        20
Les bons monter, et que vo cuer s'eslesse
En ce doulx temps, qui aux amans envoye
Plaisant pensser et cuer tient en leesse
Ce jour de May gracieux plain de joye.           24

Prince amoureux, doulx, humain, sans hautece
De nul orgueil, par moy Amours vous proye
Que gay soys pour vo doulce deesse,
Ce jour de May gracieux plain de joye.           28

[Note LII:--15 _A_ que elle.]


LIII

Je ne croy pas que ma malle fortune
Puisse souffrir qu'aucun bien me secuere;
Car de long temps, par rigle trop commune,
M'a couru sus, et quanque je labeure                4
N'est fors en vain; car tout despiece en l'eure
La desloyal qui tout mal me pourchace;
Quant bien me doit venir, meseur l'en chace.        7

N'il ne me vient a nulle heure pas une
Riens a droit point, pour chose que je queure,
La ou secours cuid trouver, mais nesune
Voye n'y a: il fault que je demeure                 11
A tousjours mais ainsi, par quoy je pleure
Souvent, veant que, par diverse chace,
Quant bien me doit venir, meseur l'en chace.        14

Et puis qu'ainsi tel fortune respune
A tout boneur pour moy et tout deveure
Mes reconfors, avoir ne doy aucune
Esperance de jamais veoir l'eure                    18
D'avoir reppos du mal qui m'acuere;
Car je congnois qu'a tout quanque rechace,
Quant bien me doit venir, meseur l'en chace.        21

Princes, ainsi a cuer plus noir que meure
Me fault lenguir; car tout vent me dechace;
Est ce bien droit meschief qui me cuert seure,
Quant bien me doit venir, meseur l'en chace?        25




ENCORE AULTRES BALADES

[Note: _Les cinq ballades et les quatre rondeaux qui suivent ne
se trouvent que dans le ms. Harley 4431 du Muse Britannique folios 49
v  53._.]


I

Mon doulx amy du quel je tien
Le loyal cuer, et pour le tien
Le mien en eschange te donne.
Je te pry, ne te doubte en rien,
Car je te jur et promet bien                5
Que se ne truys aultre que bonne
Ta voulent vers ma personne,
En ce qui peut honneur toucher,
Se ne passez de droit la bonne,
Je t'ameray et tiendray chier.              10

Et s'il te plaist qu'en ce len
Soit ton trs doulx cuer et le mien,
Et que ton vueil au mien s'ordonne,
Si qu'en nostre fait n'ait que bien,
Saches de vray et le retien,                15
Sanz qu'aultre foiz plus t'en sermonne,
Que l'amour qui en moy s'entonne,
Dont ta doulceur me vient preschier,
Durera, puis que m'y adonne.
Je t'ameray et tendray chier.               20

Par si que toudis ton maintien
Soit tel qu'ainsi que je le tien,
Non obstant qu'acueil t'abandonne,
M'onneur garderas par moyen
De loyaut se tu es sien;                   25
Tout le surplus je te pardonne,
Car, quoy que desir t'araisonne
Par force d'amour me touchier,
Mais que trop ne te desordonne,
Je t'ameray et tendray chier.               30

Pour ce, amis, gaignes la couronne
Sur tous amans, ne t'approchier
D'aultre vueil; sanz t'estre felonne
Je t'ameray et tendray chier.               34

[Note I:--16, 22 _et_ 23 _A_ que a--28 _A_ te t. _Corr._ me.]


II

Ton ale me met en tel tristece,
Mon doulx ami, que ne puis avoir joye.
Dieux! joye helas! et dont vendroit l'adrece,
Dont tant fust pou, se je ne te veoye,           4
M'en peust venir? Il n'y a tour ne voye;
Car esleu t'ay pour ma part de tous biens,
Tu es le tout et non mie partie;
Pour ce, de toy, que j'aim sur toute riens,
Certes trop m'est dure la departie.              9

La departie, lasse! c'est destresse
Trop dure a cuer que grant amour mestroye!
Quant est de moy bien scay que sanz leece
Demoureray, et, quel part que je soye,           13
N'aray plaisir ne chose qui m'esjoye.
Or je ne say quelz maulz seront les tiens
Ne quieulx regraiz aras de ta partie,
Mais quant a moy pour engriger les miens
Certes trop m'est dure la departie.              18

Et non pour tant le mal que si me blesse
Sera plus court, s'il te plaist toutevoye
Que ton retour soit brief, mais c'est simplece
Du dire a moy, je croy, ne que je doye           22
Penser qu'a toy en soit au fort se voye
Sauf ton honneur y a; tost t'en reviens,
Car te promet pour vray, sanz foy mentie,
Quoy qu'en faces, saches et le retiens,
Certes trop m'est dure la departie.              27

Amours me tient pour toy en ses lyens,
Mon doulx amy, ou soit sens ou sotie,
Que de tes yeulx et tes plaisans maintiens
Certes trop m'est dure la departie.              31

[Note II:--23 _A_ que a.]


III

A Dieu te dis, amis, puis qu'il le fault,
Combien qu'assez seuffre de dueil et peine
Pour ton depart qui me conduit et meine
De joye en dueil, ce m'est douleureux sault.          4
Puis qu'il convient qu'ainsi soit, riens n'y vault
M'en doulourer, Dieu pry qu'il te ramaine,
A Dieu te dis, amis, puis qu'il le fault.             7

Mais je say bien qu'en aray dur assault
D'Amours qui trop a son vueil me demaine,
Et qu'assez plus d'une foiz la sepmaine
Je pleureray, je ne say s'il t'en chault,
A Dieu te dis, amis, puis qu'il le fault.             12

IV

Helas! par temps seront passez six moys
Que je ne vy la riens que j'aime mieulx
Qui sur tous est bel et bon a mon choix,
Sage et courtois, mais loings est de mes yeulx
         Dont me venoit                               5
Joye et plaisir, c'est bien droit qu'il m'ennoit,
Car tout le bien qui est en souffisance
J'en avoie, ce puis je tesmoigner,
Et qui n'aroit regrait a tel plaisance
Et a si trs doulce amour eslongner?                  10

Car avec ce qu'a trs bon le congnoiz,
Tant de plaisirs me faisoit en tous lieux
De son pouoir, que pas seule une foiz
Je n'y trouvay faulte, et, ce m'aist Dieux,
         Tant s'en penoit                             15
Que d'aultre riens, croy, ne lui souvenoit.
Il me servoit tout a mon ordonnance,
De riens qu'il peust ne me faloit songner.
Et qui n'aroit regrait a tel plaisance
Et a si trs doulce amour eslongner?                  20

Dont a bon droit se j'en ay dueil et poiz
Et se le lonc demour m'est ennuyeux,
Car seulement d'or sa doulce voix
Et me mirer en ses ris et gieux
         Tant me donnoit                              25
De leece, que mon cuer y prenoit
Deduit et paix, confort et soutenance,
Car le veoye mien sans espargner;
Et qui n'aroit regrait a tel plaisance
Et a si trs doulce amour eslongner?                  30

Princes, jugiez s'a tort la souvenance
D'un tel ami me fait en plours baigner,
Et qui n'aroit regrait a tel plaisance
Et a si trs doulce amour eslongner?                  34

[Note IV:--24 _Sic dans A, Corr._ et ses gieux.]


V

Quant chacun s'en revient de l'ost
Pour quoy demeures tu derriere?
Et si scez que m'amour entiere
T'ay baille en garde et depost.            4

Si deusses retourner plus tost,
A fin que faisiens bonne chiere,
Quant chacun s'en revient de l'ost.         7

Puis qu' honneur point ne le te tolt
Qui te puet tenir si arriere?
Je m'en plaindray de la maniere
Au dieu d'amours, c'est mon prevost,
Quant chacun s'en revient de l'ost.         12


VI

Tu soies le trs bien venu,
M'amour, or m'embrace et me baise
Et comment t'es tu maintenu
Puis ton dpart? Sain et bien aise          4
As tu est tousjours? a vien,
Coste moy, te si et me conte
Comment t'a est, mal ou bien,
Car de ce vueil savoir le compte.           8

--Ma dame, a qui je suis tenu
Plus que aultre, a nul n'en desplaise,
Sachs que desir m'a tenu
Si court qu'onques n'oz tel mesaise,        12
Ne plaisir ne prenoie en rien
Loings de vous. Amours, qui cuers dompte,
Me disoit: Loyaut me tien,
Car de ce vueil savoir le compte.          16

--Dont m'as tu ton serment tenu,
Bon gr t'en say, par saint Nicaise;
Et puis que sain es revenu
Joye arons assez; or t'apaise               20
Et me dis se scez de combien
Le mal qu'en as eu a plus monte
Que cil qu' a souffert le cuer mien,
Car de ce vueil savoir le compte.           24

--Plus mal que vous, si com retien,
Ay eu, mais dites sanz mesconte
Quans baisiers en aray je bien?
Car de ce vueil savoir le compte.           28

[Note VI:--23 _A_ que a.]


VII

Qui vous en a tant appris,
Noble duc des Bourbonnoiz,
Des gracieux esbanoiz
Qui sont en dicter compris?            4

S'a fait Amours qui empris
L'a, pour oster voz ennoiz?
Qui vous en a tant appris?             7

Car si bien vous estes pris
A dicter, se m'y congnoiz,
Que je dy et recongnoiz
Que vous en portez le pris;
Qui vous en a tant appris?             12


VIII

Le plus bel des fleurs de liz
Et cellui que mieulx on prise
A mon gr en toute guise
Est cil que sur tous j'esliz.         4

Car il est jeune et joliz,
Doulx, courtoiz, de haulte prise,
Le plus bel des fleurs de liz.        7

Et pour ce je m'embeliz
En s'amour, dont suis esprise;
Si ne doy estre reprise
Se ay choisy, pour tous deliz,
Le plus bel des fleurs de liz.        12


IX

Tout bon, tout bel, tout assouvi en grace,
Lequel bon loz tesmoigne tout parfaiz,
Duc de Bourbon, jeune, sage et qui passe,
Selon l'age, mains vaillans en tous fais,
  Vous soiez le trs bien venu                   5
Du hault voyage, ou estes avenu
A ce a quoy desir d'onneur vous chace.
La merci Dieu, si en doit souvenir
A tout homme qui vaillance pourchace.
De bien en mieulx vous puist il avenir!          10

Mais de voz fais louez en toute place
S'ilz sont vaillans et qu'en pouez vous mais?
Ce fait Amours, de qui vient toute grace,
Qui vous y duit et repaist de ses maits;
  Pour ce ne pourris estre nu                   15
Des bons desirs et faiz qu'ont maintenu
Ceulx qui suivent des trs meilleurs la trace,
Qu'il prent et duit par plaisant souvenir;
De ce vous vient tout boneur a grant mace.
De bien en mieulx vous puist il avenir?          20

Dont ne croy pas que celle qui enlace
Vo gentil cuer en s'amour, quant le faiz
Du hault labour, qui nul temps ne vous lasse,
Ot raconter, que se souffrist jamais
  De vous amer, quoy que tenu                    25
Vous soyez loings, maiz souvent et menu
D'or en avant verrez sa doulce face,
Pour au plaisir honorable avenir
Que dame peut donner sanz que mefface.
De bien en mieulx vous puist il avenir!          30

Prince gentil, en qui bont s'amasse,
En armes Dieux vous vueille maintenir
Aussi d'amours qui jamais ne defface.
De bien en mieulx vous puist il avenir!          34

[Note IX:--_Entre le rondeau prcdent et la ballade IX il y a
dans le ms. Harley deux folios blancs qui portent les numros 51 et
52._--16 _A_ que o.]




COMPLAINTES AMOUREUSES

I

Doulce dame, vueillez or la plainte
De ma clamour; car pense destraintte
Par trop amer me muet a la complainte
      De mon grief plour                              4
Vous regehir, si ne croiez que faintte
Soit en nul cas; car frion, dont j'ay mainte
Et maint grief dueil me rendent couleur tainte
      Et en palour.                                   8
Chiere dame, dont me vient la dolour,
Par qui Amours trembler, en grant chalour,
Me fait souvent, dont j'ay vie et coulour
      Par fois estaintte.                             12
Mon piteux plaint ne tenez a folour,
Pour ce qu'en vous il a tant de valour;
Car je say bien, du dire n'ay couleur,
      Mais c'est contrainte.                          16

Dame sanz per, et sanz vous decevoir
Il m'est besoing de vous faire assavoir
De mon tourment amoureux tout le voir;
      Car amours fine                                 20
Sy m'y contraint pour faire mon devoir.
H! dame, en qui il a plus de savoir
Qu'il ne pourroit en autre dame avoir,
      La droitte mine,                                24
Ou tout bien croist, se comble et se termine.
Helas! le mal qui occist et affine
Mon dolent cuer et ma vie decline,
      Apercevoir                                      28
Vueilliez un pou, ou dedens brief termine
M'estuet morir; se par vous medecine
Je n'ay, par quoy mon malage deffine,
      Je mourray voir.                                32

Et mors fusse certes piea de dueil;
Mais garison vo trs doulz riant oeil,
Par leur plaisant et gracieux accueil
      Si doulcement                                   36
Me promettent, quant, en plaisant recueil,
Leur amoureux et trs doulz regart cueil,
Dont torner font souvent en aultre fueil
      Mon marrement;                                  40
De nulle part n'ay confort autrement.
Dame, or vueilliez, s'il vous plaist, liement
Et bouche et cuer accorder plainement
      A leur doulz vueil,                             44
Et se d'accort ils sont entierement,
Vous m'arez mis et trait hors de tourment,
Et de vivre a tousjours joyeusement
      Dessus le sueil.                                48

Mais de mon mal je ne m'ose a nul plaindre;
Car mieulz morir je vouldroie ou estaindre
Que regehir, tant me sceust on contraindre,
      La maladie                                      52
Que j'ay pour vous, ne comment j'aim sanz faindre,
Fors seulement a vous que je doy craindre,
Car mesdisans doy doubter et recraindre
      Et leur boisdie;                                56
Mais, fors a vous, n'avendra que le die;
Quant autrement sera, Dieu me maudie!
Mais, belle, a vous n'est droit que je desdie
      Par moy reffraindre                             60
Ce qu'Amours veult que souvent vous redie
Trs humblement a chiere acouardie,
Pour moy garir du mal dont je mendie,
      Viegne a vous plaindre.                         64

Helas! ma trs aoure deesse,
Et ma haulte souveraine princesse,
Ma seule amour, ma dame, ma leece,
      Qui reclamer                                    68
Me fault souvent en ma poignant destrece,
Ne prenez pas garde a la grant haultece
De vous envers ma foible petitece,
      Mais a l'amer                                   72
Que j'ay pour vous, qui me fait las clamer,
Et tant de plours et de larmes semer,
Et comment je vous vueil toudis amer
      Comme maistrece,                                76
Servir, doubter, ober et fermer
En vostre amour, et toudis confermer
A vo bon vueil, sanz ja m'en deffermer,
      Pour nulle asprece.                             80

Mais j'ay doubte qu'en vain tant me travail;
Car je say bien, dame, que trop pou vail
Pour si hault bien, et croy bien se g'y fail
      Ce yert par despris,                            84
Mais s'il vous plaist a daignier prendre en bail
Mon povre cuer que vous livre et vous bail,
Je say de vray que se je ne deffail
      Ou mort ou pris,                                88
Que je pourray par vous monter en pris,
En qui tous biens sont parfais et compris,
Et en qui puet a toute heure estre pris,
      A droit detail,                                 92
Los et honneur; en quoy seray apris
Par vous, si bien que ne seray repris
D'avoir failli, se je puis, ne mespris,
      Se si hault fail.                               96

Ha! hay dolens! mais trop me desconforte
Esperance, qui en mon cuer est morte,
Soventes fois, dont trop grief doulour porte
      Et trop grant rage,                             100
Quant je repense a la trs haulte sorte
Dont vous estes, par quoy doubt que la porte
D'umble piti pour mon bien sera torte
      Chose et ombrage;                               104
Mais Amours vient aprs qui m'assoage
Et me redit par si trs doulz langage
Que jadis ot Pymalion de l'ymage
      De pierre forte                                 108
Vray reconfort de l'amoureux malage,
Par lui servir de trs loial corage,
Et vraye amour, ouquel trs doulz servage
      Tout bien enorte.                               112

Helas! dame, puisque Pymalion,
Aussi Pirra et Decalion,
Ains que fond fust le noble Ylion,
      Amolierent                                      116
Pierres dures, n'ayez cuer de lyon
Et sanz piti vers moy; ains alion
Noz deux vrays cuers et ne les deslion
      De leurs jointures                              120
Jamais nul jour pour nulles aventures;
En loiaument amer soient noz cures,
Et noz amours savoureuses et pures
      Apalion,                                        124
Si bien que les desloiales pointures
De mesdisans, et leurs fausses murmures,
Ne nous soient ne nuisables ne sures,
      Si nous celion.                                 128

Et vous vueille, ma dame, souvenir
Que de ce fait ainsi ne puist venir
Com retraire j'o et maintenir
      Que il avint                                    132
D'un vray amant qu'Amours si voult tenir
En ses durs las et tant lui maintenir,
Que hors du sens lui convint devenir,
      Et a tant vint                                  136
A la parfin que morir lui convint
Par trop amer, mais pour riens qu'il avint
A sa dame nulle piti n'en vint,
      Ne retenir                                      140
Ne le daigna n'en vie soustenir,
Ainois le voult la crueuse banir
D'environ soy pour lui du tout honnir,
      Dont mort soustint.                             144

Mais le dolent amant trs douloreux,
Gitant sangloux et plains mausavoureux,
Quant vint a mort par piteux moz aireux,
      D'entente pure                                  148
Moult supplia aux dieux a yeulz plureux,
Que de celle qui le tint langoureux,
Par qui moroit dolent malereux,
      De mort trop sure                               152
Encor vengiez peust estre de l'injure
Qu'elle lui fait, et sentir tel pointure
Lui donnassent que fust com pierre dure,
      Mal doulcereux,                                 156
Son corps cruel toudis comme estature,
Dont les dames en ycelle aventure
Se mirassent, qui n'ont piti ne cure
      Des amoureux.                                   160

Adonc fina le las a tel hache;
Mais n'ot en vain sa priere affiche;
Car bien ont puis les dieux sa mort venge,
      Et quant en terre                               164
On le portoit, la felonne approche
De la biere s'est, lors fut accroche,
Car tel piti s'est en son cuer fiche
      Et si la serre,                                 168
Que, tout ainsi com fouldre chiet grant erre,
Celle enroidi et devint une pierre
De marbre blanc; encor la puet on querre
      La accroche.                                   172
Ainsi les dieux qui aux amans fait guerre
Vengence en font; pour ce vous vueil requerre
Dame, pour Dieu, qu'en ce vostre cuer n'erre,
      Dont mal en che!                               176

Ne me devez doncques bouter arriere
Combien qu'a moy si haulte honneur n'affiere,
Quant en penser n'ay en nulle maniere
      Chose villaine,                                 180
Ne ne croiez, dame, que vous requiere
Ne que jamais en ma vie je quiere
Chose nulle dont vostre honneur acquiere,
      Soiez certaine,                                 184
Blasme en nul cas ne nulle riens mondaine
Ou vostre honneur ne soit entiere et saine,
Ma doulce amour, ma dame souveraine,
      Et la lumiere                                   188
De mon salut qui me conduit et meine
A joyeux port, trs noble tresmontaine,
Ne vueilliez pas vers moy estre hautaine
      N'a ma priere.                                  192

Et s'il vous plaist, trs belle, a ottroier
Moy vostre amour, sanz la me desvoier
Et que j'aye si trs noble loier
      Par vous servir,                                196
Je vous promet a du tout emploier
Et cuer et corps, et moy tout avoier
A vous servir sanz jamais anoyer,
      Pour desservir                                  200
Si hault honneur: je m'y vueil asservir,
Et loiault vous promettre et pleuvir;
Et quant ainsi m'y vueil du tout chevir,
      M'en envoier                                    204
Honteux et maz par escondit our
Ne me vueilliez, pour ma vie ravir,
Et pour mes jours faire tost assovir,
      N'en plours baignier.                           208

Or y penss, pour Dieu, trs belle ne,
Dame d'onnour en ce monde ordonne,
Pour ma plaisant joyeuse destine,
      De qui je port                                  212
Emprainte ou cuer, toute heure de l'anne,
La trs plaisant face escripte et signe,
Et vo beaut parfaicte et affine,
      Et le doulz port                                216
De vo gent corps, lequel est le droit port,
Ou joye maint et plein de doulz aport,
En qui je prens mon savoureux deport;
      Et deffine                                     220
Soit ma dolour du tout et tel raport
Vo trs doulz oeil, a qui je me raport,
Me facent tost que tout mon mal enport
      En brief journe.                               224

Trs doulce flour, de qui fault que j'atende
Le doulz vouloir, a vous me recommande
Trs humblement et vo cuer pri qu'entende
      M'umble requeste,                               228
Et a garir mon mal amoureux tende
Humble piti, qui envers moy s'estende,
Si que soulas qu'ay tout perdu me rende
      Et joye et feste.                               232
Adonc sera souvie ma requeste,
Et m'esperance amoureuse et honneste.
Si pry a Dieu qu'a ce vous face preste,
      Et vous deffende                                236
De tout anuy, et vous doint sanz arreste
Tous voz desirs et longue vie preste
A vo beau corps, et puis a l'ame apreste
      Legiere amende.                                 240

EXPLICIT COMPLAINTE AMOUREUSE.


[Note I:--5 _B_ et ne c.--13 _A_ ne teniez--50 _B_ et e.--53 _B_
et c.--55 _B_ Car m. je d. trop fort r.--61 _B_ que vous die et
r.--62 _B_ T. h. non pas a l'estourdie--63 _B_ P. m. q. a chiere pou
hardie--64 _B_ Vieng je--67 _B_ Ma vraye a.--71 _A_ n'a ma trs f.
p.--78 _B_ et du tout c.--95 _Omis dans A_--91 _B_ a t. honneur
est p.--95 _A_ A mon pouoir n'en nulle faulte pris--101 _A_ Q. je
pense--117 _B_ neis c. de l.--126 _A_ Des m.--157 _A_ ainsi (_en
interligne_) c. e.--166 _B_ Lors s'est du corps, adonc f. a.--167 _B_
fu en s. c.--169 _A_ a. que f.--178 _A_ si h. amour--181 _A_ Et
ne--191 _B_ p. e. v. m. h.--193 a _effac dans A_--_A_ ma t. b.
o.--194 _A_ A m.--199 _A_ A v. amer--203 _A_ _B_ a. me v.--227 _A_
a vo c.--231 _A_ Et q.]


II[28]

[Note 28: _Cette complainte ne se trouve que dans le ms. Harley
4431 du Muse Britannique, fol. 48b_.]

_Ci commence une complainte amoureuse_.

Vueillez or en piti ma complainte,
Belle plaisant pour qui j'ay douleur mainte
Et que j'aour plus que ne saint ne sainte,
    Chose est certaine;                               4
Et ne cuidez que ce soit chose fainte,
Trs doulce flour dont je porte l'emprainte
Dedens mon cuer pourtraicte, escripte et painte.
    Car la grant peine                                8
Du mal d'amours qui pour vous me demaine
Me grieve tant, de ce vous acertaine,
Que plus vivre ne puis jour ne sepmaine,
    Dont par contrainte                               12
Dire me fault a vous, ma souveraine,
Le trs grant faiz dont ma pense est plaine,
Bonne, belle, tout le vous dis je a peine
    Et en grant crainte.                              16

Et se je crains, doulce dame, a le dire
Merveilles n'est, car qui vouldroit eslire
En tout le mond sans trouver a redire
    Une parfaicte                                     20
Haulte dame pour estre d'un empire
Couronne, si devroit il souffrir
De vous, souvraine, ou tout honneur se tire;
    Maiz, trs doulcette                              24
Jouvencelle, que mon cuer tant regraitte,
S'amours contraint mon cuer qu'en vous se mette
Pour vous servir sanz que ja s'en desmette,
    N'en ays yre,                                    28
Pour tant se ne vous vail, flour nouvelette,
Rose de may, belle, sade et simplette,
A qui serf suis, lige, obligi de debte
    Ou je me mire.                                    32

Mais s'il avient que vo valour s'orgueille
Contre mon bien, pour ce que pas pareille
N'estes a moy et que ne m'appareille
    A vo haultece,                                    36
Je suis perdus se fiert vous conseille
Que m'occiez, dangier qui tousjours veille
Me courra sus, si seroit bien merveille
    Qu'en tel asprece                                 40
Vesquisse, helas! ma dame et ma maistresse,
Mon seul desir, mon espoir, ma deesse;
Pour Dieu mercy que ne muire a destresce,
    Dame, ainois vueille                             44
Vostre doulceur tost me mettre en adresse
De reconfort quant voyez que ne cesse
De vous servir de fait et de promesse
    Quoy que m'en deuille.                            48

H! trs plaisant et amoureux viaire,
Doulx corselet, de beaut l'exemplaire,
Que vraye amour me fait amer et plaire
    Sur toute chose,                                  52
Le mal que j'ay je ne vous puis plus taire,
Car vo secours m'est si trs neccessaire
Que, se ne l'ay, a la mort me fault traire,
    Ne ne repose,                                     56
Si en ayez piti, fresche com rose,
Voyez comment tout de plour je m'arrose,
Et toute foiz a peine dire l'ose
    Ne vers vous traire,                              60
Tant vous redoubt; pour ce ay tenue close
Ma pense, mais or vous est desclose;
Car grant amour m'a fait a la parclose
    Le vous retraire.                                 65

Helas! belle, trop seroie deceu
Se le maintien que j'ay en vous ve
Tant doulx, tant quoy, si humble et qui m'a meu
    A vous amer,                                      68
Avoit en soy, sanz qu'il fust apperceu,
Fiert, dangier; certes ne seroit deu
Que si trs doulx ymage fust pe
    De fiel amer,                                     72
Et m'est advis qu'on vous devroit blasmer
Se cruault qu'on doit tant diffamer
Estoit en vous qu'on doit doulce clamer,
    Car a mon sceu                                    76
Nulle meilleur de vous n'oy renommer.
Ha! trs plaisant, ou je me vueil fermer,
Vostre doulx cuer a moy amy clamer
    Soit esme.                                       80

Et m'est advis, belle, se je pouoye
Vous demonstrer comment, ou que je soye,
Entierement suis vostre et qu'il n'est joye
    Qui d'aultre part                                 84
Me peust venir, certes je ne pourroye
Croire qu'en vous, doulce simplete et quoye,
N'est tant de bien, et c'est la ou m'apoye
    Et main et tart;                                  88
Et de piti que vo trs doulx regart,
Qui de mon cuer a nulle heure ne part
Ne dont n'ay bien fors quant je sent l'espart
      Par quelque voye,                               92
Ne confortast le mal dont j'ay grant part;
Mais je ne puis en secret n'en appart
Parler a vous, dont mon cueur de dueil part
      Et en plours noye.                              96

Et doncques las! dont vendroit reconfort
A mon las cuer qui meurt par amer fort,
Quant ne savez, m'amour, le desconfort
    Ou pour vous suis                                 100
Ne comment vous aim de tout mon effort?
Si couvendra que je soie a dur port,
Se vraye amour a qui m'attens au fort
    Tost n'euvre l'uys                                104
D'umble piti ou a secours je fuys;
Si vous dye comment durer ne puis
Pour vostre amour ou tout je me suis duys,
    Soit droit ou tort.                               108
Par quoy voyez comment et jours et nuis
De tous solas et de joye suis vuys.
Se tel secours bien brief vers vous ne truys
    Vez me la mort!                                   112

Car mesdisans tant fort redoubte et crain
Que je n'ose parler ne soir ne main
N'a nulle heure, dont je suis de dueil plain,
    A vous, trs belle,                               116
Pour vostre honneur qui est entier et sain,
Ne ja pour moy, vo cuer en soit certain,
N'empirera, quel que soit mon reclain,
    Ains mort cruele                                  120
Endureray, pour Dieu, ma demoiselle,
Ne doubtez point que vous face querelle
Fors en honneur, Dieux tesmoing en appelle,
    Mais je me plain                                  124
De ce qu'Amours si haulte jouvencelle
M'a fait amer qu'our n'en puis nouvelle,
Se par piti ne me vient, pour ce a elle
    Seule m'en claim.                                 128

Mais puis qu'Amours a voulu consentir
Qu'en si hault lieu me meisse sanz mentir,
Je ne croi pas, quoy que soie martir,
    Qu'au lonc aler                                   132
Ne resveille Piti qui departir
Face le mal dont suis au cuer partir.
Si me couvient, quoy que j'aye a sentir,
    Tout mon parler,                                  136
Mes faiz, mes diz, sanz riens lui en celer,
A vraye amour adrecier, qui voler
En vo doulx cuer vueille et vous reveler
    Comment ne tir                                    140
Fors a tout bien; ainsi s'Amour mesler
S'en veult, plus n'ay besoing de m'adouler,
Or vueille tost vo doulx cuer appeler
    Et convertir.                                     144

Si couvient dont qu'a Amours m'en attende,
Lui suppliant qu'a mon secours entende,
Et a Piti qui sa doulce main tende
    Pour redrecier                                    148
Mon povre cuer, car rien n'est qu'il attende
Fors que la mort qui son las corps estende
Dedens briefs jours; pour ce lui pry qu'il tende
    A avancier                                        152
Ma garison, et se vueille adrecier
Par devers vous, ma dame, et ne laissier
Vo cuer en paix jusqu'a ce qu'eslaissier,
    Si que j'amende,                                  156
Vueille le mien et de joye laissier.
Humble piti a ce vueille plaissier
Vo bon vouloir pour mon mal abaissier,
    Joye me rende,                                    160

Et entendis qu'Amours pour ma besongne
S'employera, belle, sanz faire alongne,
A celle fin qu'encor mieulx vous tesmongne
    Que je dis voir,                                  164
Vueillez, m'amour, sans en avoir vergongne,
Me commander que pour vous m'embesongne
En quelque cas, ne point n'en ait ressongne
    Vo bon vouloir,                                   168
Car je vous jur que se daignez avoir
Fiance en moy si que peusse savoir
Aucune riens qui vous pleust, tant valoir
    Toute Bourgongne,                                 172
Se moye estoit, ne me pourroit d'avoir
Com se de vous pesse recevoir
Aucun command, car a aultre chaloir
    Mon cuer ne songne.                               176

Plus ne vous say que dire, belle ne:
Tout vostre suis, non pas pour une anne
Tant seulement, mais tant que soit fine
    Ma vie lasse.                                     180
Si vous plaise que paix me soit donne
De la guerre d'amours qu'ont ordene
Voz trs doulx yeulx et beaut affine.
    Dieu par sa grace                                 184
Vous doint joye et tout bien, et a moy face
Tant de bont que puisse en quelque place
Faire chose dont je soye a vo grace.
    Tel destine                                      188
A vous et moy doint, qu'Amours, qui enlace
Maint gentilz cuers, les nostres deux si lasse
Que jamais jour ne vous en voye lasse
    Ne hors mene.                                    192

EXPLICIT COMPLAINTE.

[Note: 74 _A_ que on--75 _A_ que on--126 _A_ que o.--132 _A_
Que au--_Les vers 149 et 151 se trouvent rpts dans le manuscrit,
avec cette variante pour le vers 151_ Dedens briefs jours si luy pry
qu'il attende--155 _A_ jusque a--182 _A_ que ont.]





NOTES


CENT BALLADES (p. 1  100.)

Nous avons dj dit que ce recueil avait t publi par M.
Guichard dans le _Journal des Savants de Normandie_ (1844, p. 371.)
Quelques-unes de ces mmes ballades se trouvent galement reproduites
dans divers ouvrages que nous devons indiquer ici.

I

Christine consent  la prire de quelques amis  composer _aucuns
beaulz diz_. Cette ballade a t publie par Mlle de Kralio mais
d'une faon fort incorrecte (_Collection des meilleurs ouvrages
composs par des dames._ Paris, 1787, in-8, III, p. 52.)

III

L'auteur s'est videmment inspir des pitres XVIII et XIX des
Hrodes d'Ovide. Ce pote lui tait d'ailleurs trs familier, comme
nous aurons souvent l'occasion de le constater.

V  XX

Ces ballades sont consacres  la douleur de la veuve et 
l'inconstance de la Fortune. La XIIe a t publie par M. Poujoulat
(_Collection des Mmoires relatifs  l'Histoire de France_, I, p. 584)
et par Mlle de Kralio (_Op. cit._, III, p. 53) et la XIXe par la mme
(III, p. 54).

XXI

Publie par M. Paulin Paris (_Manuscrits franois_, V, p. 152).

XXIII et XXVI

Donnes par Mlle de Kralio (_Op. cit._, III, p. 55 et 56).

XXXI

Publie par Mlle de Kralio (_Op. cit._, III, p. 57) et par M. Paulin
Paris (_Op. cit._, V, p. 152).

XXXIV

Jolie pice sur le mois de mai (publie par Mlle de Kralio. _Op.
cit._, III, p. 58), sujet fort got de l'poque et qui a inspir 
Christine plusieurs ballades dans lesquelles elle trace, d'aprs la
mme facture, des sentiments divers.

XLII

L'ide exprime dans le premier couplet de cette pice est prise des
Mtamorphoses d'Ovide (_Livre XI, XVIII, Cyx et Alcyone_).

LII

Pice galement inspire d'Ovide.

LIV

Prceptes adresss aux jeunes gens qui dsirent remplir les qualits
requises des honntes poursuivants d'amour. Les comparer aux
commandements de la chevalerie donns plus loin dans la ballade LXIV.

LVIII

Quel est ce personnage dont Christine trace avec esprit le portrait
ironique? Quel est ce chevalier qui se piquait d'aimer les lettres et
auquel on reprochait sa mdisance et son peu d'ardeur au mtier des
armes?

M. Paulin Paris, qui a publi cette ballade (_Manuscrits franois_,
V, p. 155) s'est demand si elle ne visait pas Guillaume de Machaut.
L'hypothse ne nous parat pas admissible, ce pote n'ayant pu tre
le contemporain de Christine, puisque l'poque de sa mort, bien que
n'tant pas dtermine d'une faon certaine, ne peut cependant tre
recule au-del de 1380 et que notre ballade n'a certainement pas t
compose avant 1394.

LXI

Io et Jupiter (_Mtamorphoses d'Ovide_, I, VIII).

LXIV

Cf. avec une autre pice de Christine sur le mme sujet, _Autres
Balades_, N L, p. 264.

LXXVIII

Publie par M. Paulin Paris (_Op. cit._, V, p. 155).

XC

Adonis (_Mtamorphoses d'Ovide_, X, VIII).

XCII

loge d'un chevalier que Christine compare aux neuf hros qui ont t
choisis ds les premires annes du XIVe sicle comme les types de
la vaillance et ont donn lieu  la lgende des neuf preux (Voy.
_Bulletin de la Socit des Anciens Textes_, 1883, pp. 45-54).

XCIII

Au vers 10 de cette pice il a t imprim par erreur _Ottonien_ pour
_Ottovien_, c'est--dire Octavien, premier nom de l'empereur Auguste.

XCIV

Le refrain de cette ballade est un des proverbes les plus rpandus de
l'poque (voy. des exemples analogues dans Leroux de Lincy, _Livre des
Proverbes_, I, p. 240).

XCV

Elle a t publie par M. Leroux de Lincy (_Chants hist._ Paris, 1841,
I, p. 276  278).

Cette pice qui exprime si bien toute la part que Christine prenait
 la douleur publique, a du tre compose au commencement de l'anne
1394 quelque temps aprs ce funeste divertissement de cour connu
dans l'histoire sous le nom de ballet des Ardents et qui frappa si
vivement l'imagination du roi.

XCVII

Christine s'lve encore une fois contre la fragilit des dons de la
Fortune et invoque  l'appui l'autorit de Boce qui a consacr au
triomphe de cette thse gnrale les deux premiers livres de son de
Consolatione philosophica. Elle oppose avec raison aux biens de
la Fortune ceux qui sont le partage de la Nature et met en avant
l'opinion d'Aristote qui fait de la mmoire l'une des plus
prcieuses qualits. Le grand philosophe dit en effet au dbut de sa
Mtaphysique:

Le genre humain a pour se conduire l'Art et le Raisonnement.

C'est de la mmoire que pour les hommes provient l'exprience.
En effet, plusieurs souvenirs d'une mme chose constituent une
exprience. Or, l'exprience ressemble presque, en apparence,  la
science et  l'art. C'est par l'exprience que la science et l'art
font leurs progrs chez les hommes.

XCVIII

Pice entirement philosophique et  la louange de la Science qui est
la source de tous les biens et de toutes les richesses; le dbut de
la ballade est emprunt  Aristote qui a formul en tte de sa
Mtaphysique la mme pense: Tous les hommes ont naturellement le
dsir de savoir. Ce dbut a d'ailleurs t reproduit dans un grand
nombre de compositions du moyen ge; Dante, l'a employ dans le
_Convivio_, Richart de Fournival dans son _Bestiaire_ ou _Arrire
Ban_, etc. (Voy. _Bulletin de la Socit des Anciens Textes_, 1879, p.
84).

C

Publie par Mlle de Kralio (_Op. cit._, III, p. 59) et par M. Paulin
Paris (_Op. cit._, V, p, 149).


VIRELAIS (p. 101  118).

IV

Cf. _Cent Ballades_, VII, X et XII.

X

Publi par M. Paulin Paris (_Op. cit._, V, p. 156).

XII et XVI

Dans ces deux virelais Christine s'lve avec une grande franchise
contre les dfauts et les vices de son sicle; elle ne craint pas de
s'adresser au plus nobles, aux plus puissants et ses rticences sont
presque des dsignations:

.......... et se l'en me demande
Quelz gens ce sont, verit dire n'ose
Pour leur grandeur, mais Dieux scet toute chose.


BALLADES D'TRANGES FAONS (p. 119  124).

_Ballade rtrograde._

Publie incompltement et fort incorrectement par Mlle de Kralio
(_Op. cit._, III, p. 60), cette ballade consiste simplement dans un
assemblage de mots qui permet de prendre chaque vers par la fin et de
recomposer ainsi, sans en altrer le sens, une pice galement rime.

_Ballade  rimes reprises._

La rime de chaque vers sert de premier mot au vers suivant.

_Ballade  rponses._

C'est un dialogue amoureux, chaque vers renferme une interrogation ou
une exclamation suivie d'une rponse.

_Ballade  vers  rponses._

Pice galement compose sous forme de dialogue, mais diffrent de la
prcdente en ce sens que les interrogations et les rponses alternent
d'un vers  l'autre; c'est une adresse  l'Amour qui s'efforce de
rpondre aux reproches qu'on lui oppose et engage  la persvrance la
personne qui l'implore. Christine a trouv la situation de ce morceau
dans son _Dit de la Pastoure_ o elle le reproduit intgralement.


LAIS (p. 125  145).

Le premier lai, indiqu dans la rubrique comme compos de 165 vers
lonins, contient cependant un nombre plus considrable de rimes
lonines. La composition des deux lais de Christine ne nous parat pas
d'ailleurs avoir t tablie sur un plan bien dtermin, c'est plutt
un recueil de rimes qu'une oeuvre d'ensemble; ajoutons qu'en tout cas
l'oeuvre ne serait encore qu'bauche, car, ainsi que l'on pourra
le remarquer, la concordance entre les paragraphes d'un mme couplet
n'est pas toujours parfaite et les textes donns par les diffrents
mss. ne nous ont pas permis de la rtablir partout.


RONDEAUX (p. 147  185).

Pour le rondeau I Cf. _Cent Ballades_, XIV, v. 15.

Les rondeaux III, XXII, XXIII, XXXIII, ont t donns par Mlle de
Kralio (_Op. cit._, III, pp. 63 et 64).

Le rondeau LVI par M. Paulin Paris (_Op. cit._, V, p. 161).


JEUX A VENDRE (p. 187  205).

Les jeux 1 et 70 ont t publis par M. Paulin Paris (_Op. cit._, V,
p. 162).

Les jeux 10, 12, 18, 21, 23, 26, 35, 37, 42, 50 et 61, par Mlle de
Kralio (_Op. cit._, III, pp. 66  68.)


AUTRES BALLADES (p. 207  269).

I

Cf. _Cent Ballades_, XCVI.

II et III

Ces deux pices sont consacres  l'loge de Charles d'Albret que
Christine fait descendre du fabuleux Brutus, qui, suivant la lgende,
avait donn son nom  la Grande-Bretagne. On sait que Charles d'Albret
tait fils de Arnaud-Amanieu, sire d'Albret, et de Marguerite de
Bourbon, soeur de Jeanne de Bourbon, femme de Charles V. 11 fut nomm
conntable de France en 1402, servit en Guyenne contre les Anglais
(1406-1406), embrassa le parti des Armagnacs, fut destitu (1411) et
rtabli dans sa charge en 1413. Il mourut  la bataille d'Azincourt
o il commandait l'avant-garde le 25 octobre 1416. Ce prince aurait
recueilli en hritage toutes les qualits de son anctre Brutus
et paratrait aux yeux de Christine le modle du chevalier le plus
accompli (Voy. encore la ballade XVI), elle exalte surtout son courage
 soutenir la rputation des dames et fait allusion (_Dont vous portez
la dame en verde targe_)  une clbre association dont il tait l'un
des plus fervents compagnons, l'ordre de chevalerie appel _l'Escu
vert a la dame blanche_ et institu par le marchal de Boucicaut  son
retour d'Orient le 11 avril (jour de Pques fleuries) 1399. Les treize
chevaliers de cet ordre avaient jur de dfendre l'honneur des dames
envers et contre tous et devaient porter chascun d'eulx lie autour
du bras une targe d'or esmaille de verd, a tout une dame blanche
dedans (Voy. les statuts de cette association dans le _Livre des
faicts du Mareschal de Boucicaut_, Ire partie, chap. XXXIX). Ainsi
que nous l'avons expos dans la prface de ce volume la dfense de
l'honneur des femmes tait un des thmes favoris de Christine de
Pisan, on y peut rattacher galement la composition des ballades IV et
XII qui suivent.

VI

Les veuves sont abandonns de tout le monde, Christine fait ici
allusion aux dmls qu'elle eut  subir avec des dbiteurs de
mauvaise foi, circonstances dans lesquelles elle regrette amrement de
n'avoir trouv aucun soutien, aucun bon conseil.

XI

loge d'une princesse, probablement la reine Isabelle de Bavire
que Christine nomme gnralement ma redoubte dame (voy. plus loin
Ballade XVIII).

XII

Cette pice a t compose en l'honneur des chevaliers qui dfendent
la rputation des dames. Les personnages que cite Christine faisaient
partie de la clbre association _l'Escu vert a la dame blanche_ dont
nous avons parl plus haut.

Jean de Torsay, seigneur de Lezay, de la Mothe Sainte Heraye et de
la Roche Ruffin, chevalier, matre des Arbalestriers de France,
chambellan du roi et du duc de Berry, snchal de Poitou, servit en
Guyenne avec le conntable d'Albret, vint  Paris en 1404 avec cent
hommes d'armes sous les ordres du duc de Berry, fut nomm matre des
Arbalestriers de France le 8 janvier 1415. Destitu par la faction
de Bourgogne en 1418, il s'attacha  la personne du Dauphin, devint
capitaine de Saint-Maixent en 1425 et mourut peu aprs 1428. Il avait
pous Marie d'Argenton, veuve de Bertrand de Caselers et fille
unique de Jean d'Argenton, seigneur d'Hrion et de Gascognolles. (P.
Anselme, VIII, p 69).

Franois d'Aubiscourt, chevalier, seigneur de Ville-Oiseau, tait
chambellan du duc de Bourbon. Il pousa le 27 avril 1401, Jeanne
Flotte, fille d'Antoine Flotte, chevalier, seigneur de Revel, de
Montcresson, etc. (P. Anselme, VI, p. 277). Il tait le fils du brave
chevalier, messire Eustache d'Aubiscourt, souvent cit dans Froissart
et dont les amours furent clbres (Kervyn de Lettenhove, _tude sur
Froissart_, II, p. 32).

Bernard de Castelbajac, fils de Arnaud-Raymond de Castelbajac et de
Jeanne de Barbasan, chevalier, seigneur de Castelbajac, etc.,
snchal de Bigorre, fut institu hritier de son oncle maternel,
Arnaud-Guilhem de Barbasan, par testament du 10 aot 1410. Il tait
encore en 1426 snchal de Bigorre. (La Chenaye-Desbois et Badier, IV,
p. 770).

XIII

Sur un cas d'amour. La mme espce est pose dans le _Dit des
Trois Jugements_ et forme le premier des trois cas d'amour soumis 
l'apprciation du snchal de Hainaut.

XIV

Invocation  Pallas. Christine traduit ici la mme pense qui lui
avait dj inspir la ballade VII.

XVII

Cette ballade a t compose contre les hommes insidieux et menteurs.
L'auteur fait ds les premiers vers allusion  l'aventure d'Ulysse
chez Circ. C'est encore une fltrissure des dfauts et des vices du
sicle dont on trouve si souvent le modle dans les posies d'Eustache
Deschamps. (Voy. aussi plus loin la ballade XLI).

XVIII, XIX et XX

Ces ballades ont t adresses comme prsents et souhaits de nouvelle
anne. Les envois de compliments et de voeux se faisaient toujours
le 1er janvier. Nous en trouvons la preuve dans les inventaires de la
librairie du duc de Berry o nous voyons Christine de Pisan elle-mme
offrir certains de ses ouvrages en trennes, le 1er janvier.

La premire de ces ballades est envoye  la reine Isabelle de
Bavire, la seconde  Louis de France, duc d'Orlans; quant  la
troisime elle a t compose  l'intention de Marie de Berry,
fille du duc Jean de Berry, l'un des plus puissants protecteurs de
Christine. On sait que cette princesse avait pous en 1400 Jean Ier
duc de Bourbon auquel elle apporta en dot le duch d'Auvergne et le
comt de Montpensier.

XXI

Christine offre en trennes  Charles d'Albret une transcription de
son pome _du Dbat de deux Amans_. Cet exemplaire mme doit tre le
ms. 11034 de la Bibliothque royale de Bruxelles en tte duquel se
trouve place la prsente ballade.

XXII

M. Paulin Paris en a donn le texte dans ses _Manuscrits franois_, V,
p. 156.

Christine place son fils an sous la protection du duc d'Orlans.
Cette ballade nous apprend aussi que le comte de Salisbury avait
emmen  la cour d'Angleterre le fils de Christine. Bien que Richard
II et t dtrn (septembre 1399) et le comte de Salisbury dcapit,
Henri de Hereford, duc de Lancastre, usurpateur de la couronne,
avait retenu auprs de lui l'enfant de la clbre femme; mais la mre
rclama bientt son fils, qui dut revenir en France, aprs une absence
de 3 ans, en 1400 ou 1401.

XXVI

Cette ballade sur les douceurs du mariage a t publie par M. R,
Thomassy, _Essai sur les crits politiques de Christine de Pisan_, p.
107.

XXVIII cf. XXV

XXIX, XXX et XXXI

Sur le combat de sept chevaliers franais contre sept chevaliers
anglais. (Voy. dans Jean Juvenal des Ursins le rcit de cet engagement
qui eut lieu  Montendre prs de Bordeaux le 19 mai 1402. Ces trois
ballades ont t publies par M. Leroux de Lincy dans la _Bibl. de
l'cole des Chartes_, I, p. 379 et suiv., et la troisime seulement
dans son _Recueil de chants historiques_, I, p. 280; la XXXe a t en
outre donne par Mlle de Kralio, III, p. 61.)

La premire ballade a t compose en l'honneur du duc d'Orlans qui
avait prsid lui-mme aux prparatifs de la victoire remporte par
les sept chevaliers de sa maison, la seconde est  la louange des
chevaliers et la troisime s'adresse aux dames qui ont t l'objet du
combat.

Voici les noms des champions franais que Christine de Pisan glorifie
dans ces ballades:

1 Arnauld Guillem de Barbazan, gouverneur de Champagne, de Brie et de
Laonnais, prit une part active et glorieuse aux guerres du XV sicle,
Charles VII en fit son premier chambellan; il tait le chef des
chevaliers franais dans le combat dont il est ici question. Il
dfendit toujours la cause royale et on l'avait surnomm le chevalier
sans reproche. Il fut tu  la bataille de Bulgnville prs de Nancy
le 2 juillet 1431.(Paulin Paris, _Manuscrits franois_, II, p. 137).

2 Guillaume du Chastel, chambellan de Charles VI et du duc d'Orlans,
se distingua dans plusieurs expditions heureuses contre Jersey,
Guernesey et Plymouth, mais fut vaincu et bless  mort dans une
attaque contre Darmouth (1404).

3 Guillaume Bataille, chevalier, snchal du comt d'Angoulme
et chambellan du duc d'Orlans. Vivait encore en 1410. (Bibl. Nat.
_Pices orig._, 212).

4 Guillaume de la Champagne, chevalier, seigneur d'Apilly, chambellan
du duc d'Orlans, puis de Charles VI; il faisait presque toujours
partie de la suite du duc d'Orlans et accompagna ce prince dans le
voyage qu'il fit en 1403 es parties de Lombardie et d'Ytale; nomm
capitaine de la ville et chastel d'Avranche le 26 aot 1404. (Bibl.
Nat. _Pices orig._, 662).

5 Archambault de Villars, cuyer, matre d'htel du duc d'Orlans
(1402-1409), capitaine de Pontorson, envoy en Allemagne le 28 juillet
1406 par le duc d'Orlans pour aucunes besoignes qui grandement nous
touchent, capitaine de Blois en 1408 et 1414. (Bibl. Nat. _Pices
orig._, 3002).

6 Pierre de Brebant, dit Clignet, seigneur de Landreville, lieutenant
gnral en Champagne, chambellan du roi, nomm amiral de France en
1405, mort vers 1430.

7 Ivon de Karouis, chevalier breton.

Les sept chevaliers anglais taient, le seigneur de Scales, Aymont
Cloiet, Jean Fleury, Thomas Trayes, Robert de Scales, Jean Hron et
Richard Witevale. (Leroux de Lincy. _Recueil de chants histor._, I, p.
280).

XXXIII

Cette ballade est adresse  Jean de Werchin, snchal de Hainaut,
dont nous retrouverons le nom sous la plume de Christine qui le
choisit souvent comme arbitre de questions controverses et fort
dlicates. (Voy. surtout le _Dit des Trois Jugements_); c'tait
d'ailleurs l'un des chevaliers les plus renomms et les plus
entreprenants de son poque. La prsente pice fait l'loge de son
courage indomptable qui l'entranait sans cesse  courir de nouveaux
dangers, elle se rapporte sans doute au clbre cartel du mois de
juin 1402 par lequel le snchal de Hainaut s'engageait  se trouver 
Coucy au mois d'aot suivant et  attendre devant le chteau quiconque
voudrait mesurer ses armes avec lui. (Voy. Monstrelet, I, chap. VIII).

XXXIV

Publie par Mlle de Kralio (_Op. cit._, III, p. 62).

XXXV

Reproduite dans le _Dit de la Pastoure_.

XXXVI

Christine fait hommage  la reine Isabelle de Bavire de l'une de ses
oeuvres, peut-tre le _Dbat de deux Amans_.

XXXVII

Cette ballade, ainsi que le rondeau qui la prcde (publi par
Thomassy, _Op. cit._, p. 108), se rattache  la polmique de Christine
contre le Roman de la Rose.

XLII

Cette ballade a t publie par M. Thomassy (_Op. cit._, p. 131) et
par M. Leroux de Lincy dans son _Recueil de chants historiques_, I, p.
289  292.

Le duc de Bourgogne, dont Christine pleure la mort, est Philippe
le Hardi, quatrime fils de Jean, roi de France, et de Bonne de
Luxembourg, n le 15 janvier 1342, mari  Marguerite, fille unique
et hritire de Louis de Male, comte de Flandre. Il mourut le 27 avril
1404 au chteau de Hall en Hainaut; grand admirateur de Christine
de Pisan, il fut l'un de ses plus gnreux protecteurs. Celle-ci
d'ailleurs ne tarissait pas en loges sur sa personne et sur sa
cour (voy. la ballade XXXVIII). Pour rpondre  son dsir elle avait
commenc  crire en cette mme anne 1404 le _Livre des fais et
bonnes moeurs du Roy Charles le Sage_, et c'est avec un dsespoir
presque prophtique que se traduit dans la prsente ballade
l'expression de sa vive douleur,  laquelle elle associe celle du
roi, de la reine, du duc de Berry, de Louis d'Orlans, du jeune duc
de Bretagne (Jean VI) dsormais priv des sages conseils et de la
puissante sollicitude de son tuteur.

XLIX

Pice compose  l'occasion de ballades sanglantes contre les princes,
dont Christine redoutait les mauvais effets sur le peuple.

L

Cf. _Cent Ballades_, LXIV.


ENCORE AUTRES BALLADES (p. 271  279).

IX

Cette ballade et les deux rondeaux (VII et VIII), qui la prcdent,
concernent le duc Jean Ier de Bourbon, n en mars 1382 et qui succda
en 1410  son pre Louis II. Il avait pous, en 1400, Marie de Berry
qui lui apporta en dot le duch d'Auvergne et le comt de Montpensier.
Prince d'un courage prouv, comme le tmoigne sa glorieuse campagne
de 1413 contre des compagnies de brigands, il devait aussi possder
quelques qualits littraires auxquelles Christine fait allusion dans
le rondeau VII, mais il se distingua surtout par son humeur galante
et aventureuse qui l'entrana dans les emprises les plus
extraordinaires. C'est ainsi que le 1er janvier 1415 il fit publier un
cartel par lequel lui et seize chevaliers et cuyers s'engageaient 
porter  la jambe, en l'honneur de leurs dames, un fer de prisonnier,
d'or pour les chevaliers et d'argent pour les cuyers. Ces fers
votifs devaient tre conservs pendant deux annes entires s'il ne
se prsentait avant cette poque un nombre gal de chevaliers et
d'cuyers pour s'en rendre matres et les enlever aprs un combat 
outrance. Mais le duc de Bourbon fut fait prisonnier l'anne mme  la
bataille d'Azincourt et emmen  Londres o il mourut en captivit au
mois de janvier 1434.



TABLE                                                    Pages.


Introduction                                            I  XXXVII

CENT BALADES

I.--Pour acomplir leur bonne voulent                      1
II.--Digne d'estre de lorier couronn                      2
III.--Voyez comment amours amans ordonne!                  3
IV.--En trason, non pas par vacellage                     4
V.--Quant cil est mort qui me tenoit en vie                5
VI.--Et si ne puis ne garir ne morir                       7
VII.--Qui ma vie tenoit joyeuse                            8
VIII.--C'est bien raison que me doye doloir                9
IX.--Que mes griefs maulx soyent par toy delivr           10
X.--Puis que Fortune m'est contraire                       11
XI.--Seulete suy sanz ami demoure                         12
XII.--Que ses joyes ne sont fors que droit vent            13
XIII.--Car trop griefment est la mer perilleuse            14
XIV.--Qu'a tousjours mais je pleureray sa mort             15
XV.--Puis qu'ay perdu ma doulce nourriture                 16
XVI.--C'est souvrain bien que prendre en pacience          17
XVII.--Cuer qui en tel tristour demeure                    18
XXIII.--Car trop grief dueil est en mon cuer remais        19
XIX.--De faire ami, ne d'amer                              20
XX.--Encor n'en suis pas a chief                           21
XXI.--Qu'a peine le puis escondire                         22
XXII.--De reffuser ami si gracieux                         23
XXIII.--Certes c'est cil qui tous les autres passe         24
XXIV.--Car vous tout seul me tenez en leece                25
XXV.--Helas! que j'aray mautemps!                          26
XXVI.--Les mesdisans qui tout veulent savoir.              27
XXVII.--J'en ay fait a maint reffus.                       28
XXVIII.--Pour le desir que j'ay de vous veoir.             29
XXIX.--Par Dieu, c'est grant grace.                        30
XXX.--Qu'a vraye amour puissent faire grevance.            31
XXXI.--Je vueil quanque vous voulez.                       32
XXXII.--Se demeurez loing de moy longuement.               33
XXXIII.--Puis que partir vous convient.                    34
XXXIV.--Pour la doulour du jolis moys de May.             35
XXXV.--Tant ont a durer mes peines.                        36
XXXVI.--Et qui pourroit telle amour oublier?               37
XXXVII.--Et si ne m'en puis partir.                        38
XXXVIII.--Puis que le terme est pass.                     39
XXXIX.--Il en pert a ma coulour.                           40
XL.--Pour un seul bien plus de cinq cens doulours.         41
XLI.--Ne plus, ne mains ne que s'il estoit mort.           42
XLII.--Cil nonce aux gens mainte chose notable.            43
XLIII.--Ce me fait la maladie.                             44
XLIV.--Je m'en say bien a quoy tenir.                     45
XLV.--Et a la fois grant joye aporte.                      46
XLVI.--Ne nouvelles ne m'en vient.                         47
XLVII.--Puisqu'il m'a mis en nonchaloir.                   48
XLVIII.--Je ne m'i vueil plus tenir.                       49
XLIX.--Vous me ferez d'environ vous for.                  50
L.--Je m'en raport a tous sages ditteurs.                  51
LI.--Ce poise moy quant ce m'est avenu.                    52
LII.--Et que jamais leur meschance ne fine.                53
LIII.--Qui plus se plaint n'est pas le plus malade.        54
LIV.--Ainsi sera grance en vous assouvie.                  55
LV.--Car le voiage d'oultremer
     A fait en amours maint dommage.                       56
LVI.--Car l'oeuvre loe le maistre.                         57
LVII.--Jusques a tant que je le reverray.                  58
LVIII.--Ha Dieux! Ha Dieux! quel vaillant chevalier!       59
LIX.--Sont ilz aise? certes je croy que non.               60
LX.--Mais vous parlez comme gent pleins d'envie.           61
LXI.--Mais il n'est nul si grant meschief
      Qu'on ne traye bien a bon chief.                     62
LXII.--De moy laissier ainsi pour autre amer.              63
LXIII.--A il doncques tel guerredon?                       64
LXIV.--Qui maintenir veult l'ordre a droite guise.         65
LXV.--Ne me vueilliez, doulce dame, escondire.             66
LXVI.--Et vous retien pour mon loial ami.                  67
LXVII.--H Dieux me doint pouoir du desservir!             68
LXVIII.--Dame, pour Dieu, mercy vous cry                   69
LXIX.--Sire, de si tost vous amer                          70
LXX.--Que vigour et cuer me fault                          71
LXXI.--Doulce dame, je me rens a vous pris                 71
LXXII.--Ne say qu'on vous a raport                       72
LXXIII.--Las! que feray, doulce dame, sanz vous?           73
LXXIV.--Je vous laisse mon cuer en gage                    74
LXXV.--Ne vous oubli je nullement                          75
LXXVI.--De son ami, desirant qu'il reviegne                76
LXXVII.--Dame, qu'a vous servir j'entende                  77
LXXVIII.--Qui tant de maulz et tant d'anuis nous fait!     78
LXXIX.--Si vous en cry mercy trs humblement               79
LXXX.--Voulez vous donc que je muire pour vous?            80
LXXXI.--Prenez en gr le don de vostre amant               81
LXXXII.--Le dieu d'amours m'en soit loial tesmoins         82
LXXXIII.--Ha desloial! comment as tu le cuer?              83
LXXXIV.--Se vous me faittes tel grief                      84
LXXXV.--Mais, se Dieux plaist, j'en seray plus prochains   85
LXXXVI.--Se les fables dient voir                          86
LXXXVII.--A Dieu vous di, gracieuse aux beaulz yeux        87
LXXXVIII.--Ce sera fort se je vif longuement!              88
LXXXIX.--Ou autrement l'amour est fausse et fainte         89
XC.--BALADE POUETIQUE. Il y morra briefment, au
mien cuidier                                               90
XCI.--N'il n'est si bon qu'ilz n'y treuvent a dire         91
XCII.--Ainsi est il de vous certainement,
En qui Dieux a toute proece assise                         92
XCIII.--Il a assez science acquise                         93
XCIV.--Mais fol ne croit jusqu'il prent                    94
XCV.--Nostre bon Roy qui est en maladie                    95
XCVI.--S'il n'a bont, trestout ne vault pas maille        96
XCVII.--Se font pluseurs sages qui font a croire           97
XCVIII.--Qui des sages font grant derrision                98
XCIX.--Dieux nous y maint trestous a la parclose!          99
C.--En escrit y ay mis mon nom.                           100


VIRELAYS

I.--Je chante par couverture                          101
II.--Amis, je ne say que dire                        102
III.--Pour le grant bien qui en vous maint            103
IV.--Comme autre fois me suis plainte                 104
V.--Belle ou il n'a que redire                        105
VI.--Mon gracieux reconfort                           106
VII.--La grant doulour que je porte                   108
VIII.--Puis que vous estes parjure                    109
IX.--Je suis de tout dueil assaillie                  110
X.--Trs doulz ami, or t'en souviegne                 111
XI.--En ce printemps gracieux                         112
XII.--Se pris et los estoit a departir                113
XIII.--Dieux! que j'ay est decee                    114
XIV.--Trestout me vient a rebours                     115
XV.--De meschief, d'anui, de peine                    116
XVI.--On doit croire ce que la loi commande.          117


BALADES D'ESTRANGE FAON

       Balade retrograde
Acueil bel et agreable                      119
       Balade a rimes reprises
Renge mon cuer qui fors vous ne desire      120
       Balade a responses
Voire aux loiaulz.--Tu as dit voir          121
       Balade a vers a responses
Aime le; si feras que sage.                 122


LAYS

       Lay de clxv vers leonimes
Amours, plaisant nourriture                 125
       Lay
Si je ne finoye de dire.                    136


RONDEAUX

I.--Com turtre suis sanz per toute seulete                 147
II.--Que me vault donc le complaindre?                     148
III.--Je suis vesve, seulete et noir vestue                148
IV.--Puis qu'ainsi est qu'il me fault vivre en dueil       149
V.--Quelque chiere que je face                             150
VI.--En esperant de mieulx avoir                           150
VII--Je ne say comment je dure                            151
VIII.--Puis que vous vous en alez                          151
IX.--Bel a mes yeulx, et bon a mon avis                    152
X.--Puis qu'Amours le te consent                           153
XI.--De triste cuer chanter joyeusement                    153
XII.--Pour ce que je suis longtains                        154
XIII.--C'est grand bien que de ces amours                  154
XIV.--M'amour, mon bien, ma dame, ma princesse             155
XV.--Quant je ne fois a nul tort                           156
XVI.--Doulce dame, que j'ay long temps servie              156
XVII.--Je suis joyeux, et je le doy bien estre             157
XVIII.--Rians vairs yeulx, qui mon cuer avez pris          157
XIX.--Tout en pensant a la beaut, ma dame                 158
XX.--Sage maintien, parement de beaut                     159
XXI.--S'espoir n'estoit, qui me vient conforter            159
XXII.--De tous amans je suis le plus joyeux                160
XXIII.--Belle, ce que j'ay requis                          160
XXIV.--Jamais ne vestiray que noir                         161
XXV.--En plains, en plours me fault user mon temps         161
XXVI.--Visage doulz, plaisant, ou je me mire               162
XXVII.--A Dieu, ma dame, je m'en vois                      163
XXVIII.--A Dieu, mon ami, vous command                     163
XXIX.--Il me semble qu'il a cent ans                       164
XXX.--Il a au jour d'ui un mois                            164
XXXI.--Se loiault me puet valoir                          164
XXXII.--Trs doulz regart, amoureux, attraiant             165
XXXIII.--Le plus bel qui soit en France                    165
XXXIV.--J'en suis d'acort s'il vous plaist que je muire    166
XXXV.--De mieulx en mieulx vous vueil servir               166
XXXVI.--Helas! le trs mauvais songe                       167
XXXVII.--Trs doulce dame, or suis je revenu               167
XXXVIII.--Puis qu'ainsi est que ne puis pourchacier        168
XXXIX.--Doulce dame, je vous requier                       168
XL.--Se m'amour voulsisse ottroier                         169
XLI.--De tel dueil m'avez rempli                           169
XLII.--Or est mon cuer rentr en double peine              170
XLIII.--H lune! trop luis longuement                      171
XLIV.--Amis, ne vous desconfortez                          171
LXV.--Souffise vous bel accueil                            172
XLVI.--Se souvent vais au moustier                         172
XLVII.--Combien qu'ads ne vous voie                       173
XLVIII.--Comme surpris                                     174
XLIX.--Vous en pourriez exillier                           174
L.--Pour attraire                                          175
LI.--Amis, venez encore nuit                               176
LII.--Il me tarde que lundi viengne                        177
LIII.--Cest anelet que j'ay ou doy                         177
LIV.--La cause de mon annuy                                177
LV.--Dure chose est a soustenir                            178
LVI.--Cil qui m'a mis en pense novelle                    178
LVII.--Vostre doulour mon cuer attrait                    179
LVIII.--Se d'ami je suis servie                            179
LIX.--Chiere dame, plaise vous ottroier                    180
LX.--Vous n'y pouez, la place est prise                    180
LXI.--S'il vous souffist, il me doit bien souffire         181
LXII.--Source de plour, riviere de tristece                182
LXIII.--Bel et doulz et gracieux                           182
LXIV.--Pour quoy m'avez vous ce fait?                      183
LXV.--S'ainsi me dure                                      183
LXVI.--Amoureux oeil                                       184
LXVII.--Ma dame                                            184
LXVIII.--Je vois                                           185
LXIX.--Dieux.                                              185


JEUX A VENDRE

1.--Je vous vens la passerose                              187
2.--    ----     la fueille tremblant                      187
3.--    ----     la paternostre                            187
4.--    ----     le papegay                                188
5.--    ----     la fleur de mellier                       188
6.--    ----     l'esparvier apris                         188
7.--    ----     le vert muguet                            188
8.--Du dieu d'amours vous vens le dart                     189
9.--Du pr d'Amours vous vens l'usage                      189
10.--Je vous vens la fleur de lis                          189
11.--    ----     du rosier la fueille                     190
12.--    ----     la turterelle                            190
13.--    ----     le cerf voulant                          190
14.--    ----     le chappel de saulx                      190
15.--    ----     la harpe et la lire                      191
16.--    ----     les gans de laine                        191
17.--    ----     la fleur de parvanche                    191
18.--    ----     la rose amatie                           192
19.--    ----     le pont qui se haulce                    192
20.--    ----     le panier d'ozier                        192
21.--    ----     l'oisellet en cage                       193
22.--    ----     le vers chapellet                        193
23.--    ----     la clere fontaine                        193
24.--    ----     le chappel de soie                       193
25.--    ----     le cuer du lion                          194
26.--    ----     la couldre qui ploie                     194
27.--    ----     l'anelet d'or fin                        194
28.--D'un esparvier vous vens la longe                     194
29.--Je vous vens le coulomb ramage                        195
30.--    ----     le songe amoureux                        195
31.--    ----     l'aloe qui vole                          195
32.--    ----     l'espe de guerre                        196
33.--    ----     la fleur d'acolie                        196
34.--    ----     la branche d'olive                       196
35.--    ----     la fleur d'ortie                         196
36.--    ----     le chapel de bievre                      197
37.--    ----     la rose de may                           197
38.--    ----     la fleur de ser                         197
39.--    ----     la violete                               197
40.--    ----     le blanc corbel                          198
41.--    ----     l'aloue volant                           198
42.--    ----     le dyamant                               198
43.--    ----     le tourret de nez                        198
44.--    ----     la marjoleine                            199
45.--    ----     la fueille de houx                       199
46.--    ----     la blonde tresce                         199
47.--    ----     le souspir parfont                       199
48.--    ----     le blanc orillier                        200
49.--    ----     la voulant aronde                        200
50.--Du blanc pain vous vens la mie                        200
51.--Je vous vens la rose d'Artois                         200
52.--    ----     la colombelle                            200
53.--    ----     le blanc cueuvrechief                    201
54.--    ----     de soye le laz                           201
55.--    ----     l'anelet d'argent                        201
56.--    ----     la fleur de glay                         202
57.--    ----     la perle fine                            202
58.--Je ne vens ne donne les yeulz                         202
59.--Chascun vous vens, mais je vous vueil donner          202
60.--Je vous vens la fleur de peschier                     203
61.--    ----     du rosier la branche                     203
62.--    ----     d'Amours la prison                       203
63.--    ----     la rose vermeille                        203
64.--    ----     plein panier de flours                   204
65.--    ----     la feuille de tremble                    204
66.--Le saphir vous vens d'Orient                          204
67.--Flours vous vens de toutes couleurs                   204
68.--Je vous vens le levrier courant                       205
69.--    ----     la fleur mipartie                        205
70.--    ----     l'escrinet tout plein.                   205


AUTRES BALADES

I.--Car qui est bon doit estre appell riche               207
      _loge de Charles d'Albret._
II.--Si com tous vaillans doivent estre                    208
      _A Charles d'Albret._
III.--Et Dieux vous doint leur bon droit soustenir         210
IV.--Et honneur en toutes querelles                        211
V.--Avisons nous qu'il nous convient morir                 212
VI.--Ne les princes ne les daignent entendre               213
VII.--Car de Juno n'ay je nul reconfort                    215
VIII.--Il veult trestout quanque je vueil                  216
IX.--Amours le veult et la saison le doit                  217
X.--Amours le veult et la saison le doit                   218
XI.--Assez louer, ma redoubte dame                        219
XII.--Si qu'a tousjours en soit memoire                    220
XIII.--Vous semble il que ce fausset soit?                221
XIV.--Juno me het et meser me nuit                        223
XV.--Se Dieu et vous ne la prenez en cure                  224
XVI.--_A Charles d'Albret, conntable de France_
      Ce premier jour que l'an se renouvelle               225
XVII.--N'on n'en pourroit assez mesdire                    226
XVIII.--_A la reine Isabelle de Bavire_
      Ce jour de l'an, ma redoubte dame                   227
XIX.--_A Louis de France, duc d'Orlans_
      Ce jour de l'an vous soiez estren                   228
XX.--_A Marie de Berry, comtesse de Montpensier_
      Ce plaisant jour premier de l'an nouvel              229
XXI.--_Christine fait hommage  Charles d'Albret de
      son pome Du Dbat de deux Amans_
      Si le vueilliez recepvoir pour estreine              231
XXII.--_Christine recommande son fils an au duc
      d'Orlans_
      Si le vueilliez, noble duc, recevoir                 232
XXIII.--Faittes voz faiz a voz ditz accorder               233
XXIV.--Le corps s'en va, mais le cuer vous demeure         234
XXV.--Chapiaulx jolis, violetes et roses,
      Fleur de printemps, muguet et fleur d'amours         235
XXVI.--Et certes le doulz m'aime bien                      237
XXVII.--Et ce vous fait tout le monde plaire               238
XXVIII.--En ce jolis plaisant doulz moys de May            239
XXIX.--_Au duc d'Orlans, sur le combat de sept Franais
      contre sept Anglais (19 mai 1402)_
      De hault honneur et de chevalerie                    240
XXX.--_Sur le combat des sept chevaliers franais et
      des sept chevaliers anglais (19 mai 1402)_
      Sera retrait de leur haulte vaillance                241
XXXI.--_Mme sujet_
      On vous doit bien de lorier couronner                243
XXXII.--A pou que mon cuer ne font!                        244
XXXIII.--_Au snchal de Hainaut, 1402._
      D'entreprendre armes et peine                        245
XXXIV.--Apercevoir
      Vueillez le voir                                     246
XXXV.--Vostre doulceur me meine dure guerre                247
XXXVI.--_A la reine Isabelle de Bavire_
      Soit, sanz cesser, toute joye mondaine               248
RONDEL.--Mon chier seigneur, soiez de ma partie            249
XXXVII.--On est souvent batu pour dire voir                250
XXXVIII.--_Sur la Cour du duc Philippe de Bourgogne,
      1403._
      Selon seigneur voit on maigne duite                 251
XXXIX.--Car je vous ay retenue a ma vie                    252
XL.--Je mourray se m'estes dure                            253
XLI.--Qu'en France soit si menonge esleve                254
XLII.--_Sur la mort du duc de Bourgogne (27 avril
      1404)_
      Affaire eussions du bon duc de Bourgongne            255
XLIII.--Et ne croyez flajolz de decepveurs                 257
XLIV.--Ne mon penser nulle heure ne s'en part              258
XLV.--Mon doulx amy, d'autre ne me vient joye              259
XLVI.--Je m'en mettr a mon aise                           260
XLVII.--Et me vueillez ottroyer vostre amour               261
XLVIII.--Je le say bien, il fault que je m'en sente       262
XLIX.--Je dis que c'est pechi a qui le fait               263
L.--S'ainsi le faiz, tu seras preux et saige               264
LI.--Et ait ou mal fort et poissant couraige               266
LII.--Ce jour de May gracieux plain de joye                267
LIII.--Quant bien me doit venir, meseur l'en chace.        268


ENCORE AULTRES BALADES

I.--Je t'ameray et tiendray chier                          271
II.--Certes trop m'est dure la departie                    272
III.--A Dieu te dis, amis, puis qu'il le fault             273
IV.--Et qui n'aroit regrait a tel plaisance
      Et a si trs doulce amour eslongner?                 274
V.--Quant chascun s'en revient de l'ost                    276
VI.--Car de ce vueil savoir le compte                      276
VII.--Qui vous en a tant appris?                           277
VIII.--Le plus bel des fleurs de liz                       277
IX.--De bien en mieulx vous puist il avenir.               278


COMPLAINTES AMOUREUSES

I
Doulce dame, vueillez or la plainte.                      281

II
Vueillez or en piti ma complainte.                       289










End of Project Gutenberg's Oeuvres potiques Tome 1, by Christine de Pisan

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OEUVRES POTIQUES TOME 1 ***

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Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
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methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card
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Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
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unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
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